Nicolas Sarkozy fait désormais la course en tête de la campagne du premier tour pour la quasi-totalité des instituts de sondage. C’était son objectif. Rien ne lui assurait pourtant de l’atteindre. Il y a seulement trois mois, le candidat non-déclaré de l’UMP était talonné par Marine Le Pen et distancé par François Hollande.
D’abord, s’occuper du Front national
Ce succès du Président sortant est le fruit d’une stratégie mûrie de longue date. Cela fait plusieurs années que Sarkozy explique à ses proches que la clef de sa réélection se trouve dans la création d’une forte dynamique de premier tour.
Cet axe supposait, en premier lieu, de priver le Front national de son espace d’expansion. Sur les conseils de Patrick Buisson, Sarkozy a réussi a ramener dans son giron une partie de l’électorat lepéniste. Le candidat de l’UMP concurrence la représentante du FN sur deux plans, à la fois sur les questions de société et sur les thématiques socio-économiques.
Ce n’est pas un hasard si sa « Lettre au peuple français » débute, en référence aux drames de Montauban et Toulouse, par l’exigence de « vivre en sécurité » pour embrayer immédiatement sur une critique du « continent passoire » que serait l’Europe. Sarkozy enfonce le clou sur le couple sécurité-immigration mais prend également soin de s’appuyer sur les préventions populaires à l’égard du libre-échange et de la mondialisation :
« C’est une mondialisation sans règles, une mondialisation où tout est permis, dumping social, dumping fiscal, dumping écologique, une mondialisation qui a mis le profit au-dessus de l’humain et substitué le pouvoir impersonnel des marchés à celui des peuples et des Etats. »
Bien entendu, le discours sarkozien reste très éloigné de celui de la candidate frontiste. Acrobate de la dialectique, le Président sortant promet, pour sa part, de « réconcilier les gagnants et les perdants de la mondialisation » par un tour de passe-passe étonnant.
Mais ce discours a cassé la dynamique Le Pen, par ailleurs attaquée par le surgissement du phénomène Mélenchon. La candidate du Front national n’a pas bénéficié de l’analyse politique, pourtant validée à sa manière par les rafles médiatisées d’« islamistes » , qu’elle avait produite à l’occasion des événements de Toulouse.
Cohérent... dans une France moins à droite
Il faut reconnaître au discours sarkozien de 2012 une cohérence politique – à défaut d’un sérieux intellectuel avéré – autour de la notion de « France forte ». La thématique de la protection par l’effort est déclinée de mille et une manières. C’est sans doute ce qui explique que le candidat de l’UMP a réussi, dans la dernière période, à séduire des électeurs à la fois tentés par Marine Le Pen et par François Bayrou, à en croire la dernière étude d’Ipsos.
Le feu d’artifices un peu désordonné de propositions auquel s’est livré Sarkozy lui a aussi permis d’occuper le terrain et de consolider l’électorat de droite autour de sa candidature. Il reste que ses « idées », par leur dimension parfois provocatrice, ne fédèrent pas au-delà de son camp.
Selon une enquête CSA, seulement 40% des Français se disent « très souvent » ou « assez souvent » « d’accord avec les idées exprimées par Nicolas Sarkozy ». A ce jeu, François Hollande obtient 47% de taux d’approbation. La dynamique du candidat de l’UMP l’a très clairement installé à droite dans une France en crise où les équilibres idéologiques ne sont plus aussi favorables à ce camp qu’en 2007.
Un entre-deux tours agressif
Rien de grave, se rassure-t-on à l’Elysée. « C’est une toute autre campagne qui débutera après le 22 avril », répète-t-on à l’unisson. Le problème est qu’un second tour ne se situe jamais en contradiction avec les équilibres révélés par le premier. Parfois, il les atténue ; le plus souvent, le tour décisif accentue les tendances révélées par le vote précédent.
Décrocher la première place le 22 avril ne laisse aucunement présager un succès le 6 mai. En 1974, François Mitterrand, candidat unique de la gauche porté par une belle campagne, s’était hissé sur le plus haute marche du podium au premier tour. Il avait été battu au second. Inversement, en 1981, le Président sortant l’avait devancé au premier round avant que le candidat socialiste ne l’emporte finalement.
Le camp sarkozyste compte transformer l’entre-deux tours en « duel » avec Hollande. Il mise visiblement sur une campagne agressive, déjà commencée, focalisée sur les faiblesses du candidat socialiste. La perception des deux candidats par les Français montre pourtant que leurs défauts semblent s’annuler à leurs yeux. Hollande aurait certes nettement moins que Sarkozy « l’étoffe d’un président de la République » (22% contre 47% selon une enquête Ifop). Mais le candidat socialiste est simultanément vu comme « le plus sensible aux préoccupations de Français » (40% contre 20%).
Le vote anti-Sarkozy
Un entre-deux tours dominé par les critiques croisées des finalistes a toutes les chances de tourner à l’avantage du candidat de gauche. Le rejet de Sarkozy est autrement plus fort que les réserves qu’inspire Hollande. Par ses ambiguïtés et sa prudence, celui-ci s’est placé en position de fédérer plus facilement les multiples courants hostiles à son adversaire. Non seulement la grande majorité de l’électorat de gauche le soutiendra dans le combat final contre un adversaire honni mais, quelle que soit la position adoptée par Bayrou, Hollande bénéficiera d’une bonne part de l’électorat centriste.
D’ores et déjà, selon le CSA, l’électorat potentiel du candidat socialiste au second tour est majoritairement (59%) composé d’électeurs qui souhaitent « avant tout que Nicolas Sarkozy ne soit pas élu président de la République ». Cette motivation négative l’emporte également pour le candidat de l’UMP mais de manière moindre (53%).
Hollande pourra se permettre de rester dans un certaine continuité programmatique tout en prenant en compte, de manière plus ou moins symbolique, les équilibres révélés par le premier tour. Sarkozy sera, lui, mis au défi d’une mutation vers une posture rassembleuse pour le moins périlleuse.
Les derniers sondages évaluent à 53-54% les intentions de vote de second tour en faveur du candidat de gauche avec une forte « certitude de choix ». Ses incontestables qualités de candidat permettront peut-être au Président sortant de réduire cette marge. Pas de l’inverser.
Article publié sur Rue89.
Donc ,comme je l'écris ici depuis des semaines ,c'est perdu pour Sarkozy ,mais il faut bien continuer à commenter l'actualité ...La précarité ,la crise ,le rejet de Sarkozy par beaucoup ,et la solidité de Hollande ("sa normalité" ,son absence de cynisme ) ,autant d'arguments implacables : le résultat sera l'inverse de 2007 !
Rédigé par : catherine Brachet | 09 avril 2012 à 08h46
« Et ça veut gouverner la France ?! »
Le « ça » désigne l’adversaire socialiste, réduit à une chose…
Jamais la droite n’aura présenté un candidat aussi violent, aussi extrémiste.
Il ne s’agit pas seulement de provocations.
Le projet politique qui transparaît à travers sa lettre est profondément anti-humaniste.
... Jusque dans ses omissions. Sur le logement, il faut aller du côté de Mediapart, dans l’article de Laurent Mauduit pour savoir ce qui se prépare dans ce domaine :
« Logement : un violent plan d’austérité en préparation
« Selon nos informations, le ministère des finances prépare une diminution d'un tiers des aides au logement. Les aides à l’hébergement des plus défavorisés seraient aussi rabotées. Ces crédits profitent pourtant aux foyers les plus modestes »...
Rédigé par : D.H. | 09 avril 2012 à 15h05