L'exploitation de drames humains dans le combat politique est une obscénité qui tend à se répandre. Les incendies répétés dans des logements à risque de Paris en sont la dernière illustration. Le réflexe premier de beaucoup de responsables politiques - pas tous - a été de jouer d'un effet de levier par rapport à leurs propres thématiques. Les uns se sont focalisés sur la pénurie du logement social, les autres sur l'immigration irrégulière. Ces prismes idéologiques évacuent la complexité du réel. Personne ne sait, à l'heure actuelle, quelle est la cause exacte des incendies qui ont ravagé les immeubles du 13ème et du 3ème arrondissement. Mais personne ne devrait se voiler la face sur la multiplicité des problèmes révélés par ces affreux faits divers: manque de logement pour les plus démunis, précarité des immigrés en situation irrégulière, mais aussi effets pervers des squatts et conséquences de la polygamie tolérée.
Par simplisme ou par manque de courage, de nombreux acteurs et commentateurs s'interdisent de poser toutes ces questions en même temps. Remercions Maurice Goldring d'avoir ciblé "la politique de l'émotion ou l'antipolitique" dans une tribune publiée ce jour par "Le Monde". Précisons que l'auteur n'est pas seulement ancien professeur d'études irlandaises à l'université de Paris VIII, mais surtout ancien intellectuel communiste membre du comité de rédaction de la revue "La Nouvelle Critique".
C'est assez bien vu. Et en même temps, moi-même, alors que je ne suis même pas politique, j'y suis allé de mon ptit mot. Difficile de rester serein. Et chez les politiques, on sent une espèce de course au positionnement sur chaque évènement. Il faut dire aussi qu'on le leur reproche tant lorsqu'ils ne s'expriment pas sur un sujet...
Rédigé par : KoZ | 01 septembre 2005 à 09h45
Je suis d'accord avec KoZ, un politique qu ine parle pas est un mauvais politique...Il suffit de se rappeler la canicule, au moins on ne peut pas dire que nos dirigeants n'apprennent pas leurs leçons de communication.
Sarkozy est le dernier sophiste...
Mais ne faut il pas pointer du doigt les journalistes...après tout ce sont eux qui font l'actualité et ce sont eux qui devraient poser les bonnes questions et faire marcher la mémoire des français... Bien sûr on devrait être capable seul de ce souvenir des promesses non tenues, mais on n'a pas toujours l'info pour cela...
Mais bon essayons d'être optimiste, peut-être qu'il va y avoir de vraies prises de décisions en cette approche d'élection ...
Rédigé par : aurelie | 01 septembre 2005 à 10h11
A 100%d'accord.
Les images qu'on nous propulse chaque soir ne répondent qu'à une logique de l'émotion, ne font appel qu'à l'affect.
Rien qu'au journal de 20H de TF1 (du 1er septembre), je suis accablé par les images qui m'ont été proposées; entre le cyclone terrible qui a frappé la Louisianne (les gens qui pleurent, qui sont en détresse), l'Irak qui a connu une journée horrible près de 800 morts et des blessés par centaine, l'anniversaire du drame de Beslan où on revoit les familles pleurer la mort de leurs enfants qui ont péri dans ce scandale national. PLus de 30 minutes de malheurs, de drames, de l'émotion, mais en apprend rien sur les logiques qui ont crée ces évènements, pas complètement imprévisibles, malheureusement.
Que nous apprennent les médias?
Rédigé par : jerome | 01 septembre 2005 à 22h13
"Que nous apprennent les médias?"
Pas grand chose hélas parce que ça n'interesse pas grand monde au fond...C'est peut-être un peu fort mais parfois je me demande serieusment si c'est pas vrai. Quand je vois qu'on passe trois plombes sur le retour de Zidane ça me désole et d'un autre côté je me rend compte que ça remonte le moral de pas mal de monde...
Et puis les émissions TV qui expliquent sont toutes en deuxième partie de soirée (à part une ou deux sur la 5)...Perso heureusement qu'il y a la radio...
Rédigé par : aurelie | 02 septembre 2005 à 10h03
Ce blog n'est pas très vivant!
Il va falloir un peu plus l'animer, et répondre aux messages.
Dommage car j'apprécie vos analyses.
Rédigé par : jerome | 03 septembre 2005 à 17h59
Comment ça pas vivant ? Regardez, je réponds à la seconde à votre réaction ;-) Par parenthèse, je connais beaucoup de blogs lancés par des journalistes professionnels qui ne répondent JAMAIS aux messages reçus. En ce qui me concerne, j'entends bien jouer de l'interaction. Mais je plaide une circonstance atténuante: je mets la dernière main à un bouquin, ce qui m'occupe pas mal ces jours-ci ! Pour ce qui est de ce fil, enfin, je n'ai pas grand chose à ajouter étant assez d'accord avec les précédents intervenants.
Rédigé par : Eric Dupin | 03 septembre 2005 à 18h10
N'y voyait pas une critique, mais le fait d'échanger avec vous m'enthousiasmais. Vous êtes tout excusé, ce sera avec plaisir que je lirai votre nouveau livre.
Si ce n'est pas indiscret, sur quoi va t-il porter?
A bientot sur votre blog.
Un fidèle lecteur.
Rédigé par : jerome | 04 septembre 2005 à 18h01
"Il fallait respecter leur souhait de "rester ensemble". Les familles sont restées ensemble et c'est ainsi qu'elles sont mortes, ensemble."
"La politique dictée par l'émotion est le contraire de la patiente construction de solutions à long terme. Un incendie prend quelques heures, la construction de logements prend des années. Aucun micro, aucune caméra ne sont présents pour l'emménagement de familles dans un logement neuf. Ce n'est pas un événement."
Excellent papier que j'avais raté et qui illustre bien les dérives du tout-émotion ...
Mais si on appliquait, vous compris (voir billet suivant sur Katrina mais aussi sur Bush et ... l'Irak !) sa tout aussi excellente observation:
Un attentat-suicide ou une voiture piégée prend quelques minutes et fait des images spectuculaires, la reconstruction d'un pays détruit par la tyrannie prend des années et n'attire bien sûr ... aucun micro ni aucune caméra !
ps: j'ai aussi apprécié - ce qui est rarement fait - la mention du positionnement politique de l'auteur de la tribune ...
Rédigé par : jc durbant | 04 septembre 2005 à 18h28