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Société

18 juin 2008

Convergence CGT-CFDT

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         IL flottait un petit air des années soixante-dix, hier, dans les rues de Paris. La manifestation essentiellement composée de militants de la CGT et de la CFDT rappelait l'époque lointaine de l'unité syndicale entre ce qui était alors une centrale d'obédience communiste et une autre d'inspiration socialiste. En ce temps là, FO, sous la houlette d'André Bergeron, faisait déjà bande à part...

    Le contexte actuel est évidemment très différent. La confédération de Bernard Thibault a rompu les amarres avec un PCF moribond. L'organisation dirigée par François Chérèque a encore moins de référent politique. Quant à FO, son positionnement est beaucoup moins clair que lorsqu'elle faisait figure de partenaire privilégié du gouvernement et du patronat. Il n'empêche que certaines conditions d'une nouvelle convergence entre la CGT et la CFDT semblent aujourd'hui réunies au-delà de leur complicité dans l'affaire de la loi sur la représentation sociale. Avec autant de fermeté que de réalisme, Thibault s'efforce de donner un visage responsable à la CGT. De son côté, Chérèque est bien obligé de constater les limites d'une orientation excessivement conciliatrice.

    Le pouvoir actuel a réussi la prouesse de renvoyer la CFDT dans les rangs d'une opposition sociale très nette. Les slogans entendus dans la manifestation d'hier du côté des cédétistes étaient rageusement anti-gouvernementaux.  Grosse différence cependant entre les années soixante-dix et aujourd'hui: la CFDT a troqué ses drapeaux rouges pour des drapeaux oranges qui font un peu travaux publics ! Voir notre petit reportage photographique.   

05 septembre 2007

Logique Vélib'

    Comme de nombreux Parisiens, je suis vite devenu un praticien enthousiaste de Vélib'. Il me semble cependant que l'entreprise risque d'être victime de son succès. En tous cas, celui-ci obligera certainement à aller plus loin dans la mutation des transports urbains.

    1. Malgré la montée en puissance du réseau de stations, la disponibilité du service menace d'être aléatoire. Pénurie de vélos dans la périphérie de la capitale et impossibilité de les garer en son centre seraient la sanction logique d'une utilisation systématique de ce mode de transports dans les navettes domicile-travail.

    2. Le maillage très honorable de Vélib' contraste avec le faible nombre de vraies pistes cyclables dans Paris. A l'expérience, le partage de certaines voies entre bus (et taxis) et vélos n'apparaît pas comme une excellente idée. Etre frôlé par un bus ou brutalement stoppé par un de ses arrêts n'est pas très réjouissant. Et plaignons leurs chauffeurs de devoir slalomer entre des cyclistes parfois désinvoltes. Un réseau serré de pistes cyclables dédiées s'impose.

    3. Rien n'indique que Vélib' permettra de réduire la part de la voiture dans les transports parisiens. Il semble plutôt que les nouveaux pédaleurs empruntaient le métro (c'est mon cas). Les transports publics risquent paradoxalement de souffrir de cette nouvelle concurrence, surtout s'ils n'améliorent pas leur offre (fréquence des rames en fin de soirée, par exemple).

     4. A vélo, la jungle parisienne est souvent effrayante. Les automobilistes ne respectent pas les cyclistes (et vice-versa), les cyclistes ne respectent pas les piétons (et vice-versa), les automobilistes ne respectent pas les piétons (et vice-versa). Sur le bitume aussi, le "vivre ensemble" est problématique. Bien avant Vélib', les pédaleurs ont pris l'habitude de réécrire à leur manière le code de la route en supprimant, par exemple, les notions de feux rouges ou de sens unique. A deux roues, il faut être d'une très rare vertu pour rester scrupuleusement dans les clous de la légalité ! A Paris, en tous cas.

05 octobre 2006

Bide médiatique

    Le 20H de TF1 n'en a presque pas parlé. C'est dire si l'opération policière d'hier matin aux Mureaux est un échec. Le bide médiatique est plus impressionnant encore que la modestie des résultats: une seule interpellation pour une centaine de policiers escortés d'une floppée de journalistes. Cette fois-ci, le ministère de l'Intérieur a vivement démenti avoir averti la presse. Certains syndicats de policiers, plus ou moins proches de la place Beauvau, semblent s'en être chargés. D'autres ont dénoncé ce mode d'intervention. Le secrétaire national de l'Unsa-police, présent sur place, a reconnu implicitement l'échec de l'opération, pour cause de médiatisation, tandis que le secrétaire départemental du SGP-Fo ironisait: "On aurait dit le débarquement des troupes américaines en Somalie".
    Espérons que cet épisode sera le dernier de ces shows aussi spectaculaires que peu efficaces. Le 25 septembre, une opération du même type s'était déroulée à la cité des Tarterêts. Avec des résultats modestes. Sa forte médiatisation n'avait, en tous cas, pas empêché de nouvelles agressions de policiers. La piste du guet-apens semble désormais être écartée pour celle des Tarterêts. C'est presque plus inquiétant: comme si, dans certaines cité, tout intervention des forces de l'ordre appelait une réaction violente et collective. Certaines bandes sont sans doute décidées à protéger leurs territoires. Raison de plus pour les démanteler sans mimer une guerre civile. Veut-on résoudre ce difficile problème ou simplement prendre à témoin l'opinion avec quelques arrière-pensées électorales ? Le faire-savoir entre ici en contradiction avec le savoir-faire.

10 septembre 2006

Farce scolaire

    Quel festival d'hypocrisie autour de cette pauvre "carte scolaire"!
    Il y a celui qui veut l'abolir pour permettre aux déshérités d'échapper aux ghettos scolaires - ben voyons. Et il y a celle qui veut l'assouplir parce que, de toutes manières, "il n'y a plus de mixité sociale" - appréciez la nuance. De Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal, à nouveau, la musique est ressemblante.
    Observons d'abord que ces aspirants aux plus hautes fonctions de l'Etat, prétendûment partisans de la loi et de l'ordre, considèrent comme une fatalité, contre laquelle on ne peut rien, que beaucoup de parents trichent avec la carte scolaire (1). Il est parfaitement exact que cette attitude, répandue jusque dans certains milieux populaires, manifeste un refus de la "mixité sociale" dont ils se gargarisent par ailleurs. Ou, pour le dire plus crûment, de la "mixité ethnique", tant il est vrai que c'est le rejet d'une coexistence avec une majorité d'enfants issus de l'immigration qui motive les manoeuvres de contournement de ladite carte.
    Mais suivons plutôt la logique de ces authentiques (nouveaux) réactionnaires. Que se passera-t-il si la carte scolaire est peu ou prou abolie ? Au bout d'un laps de temps limité, ce sont les écoles qui choisiront leurs élèves. Pour les meilleures, cela va sans dire. Et comment celles-ci choisiront-elles les impétrants ? Au pire par d'implicites critères sociaux-ethniques (dimension de castes de la société française), au mieux par l'examen du dossier scolaire (tradition de l'élitisme républicain).
    Quand bien même la deuxième méthode l'emporterait, les résultats seraient vite problématiques. Les établissements des "zones difficiles" seraient vidés de leurs meilleurs éléments (issus ou non de l'immigration) et deviendraient, pour le coup, de vrais ghettos. Personne ne peut croire que les hypothétiques "moyens supplémentaires", aujourd'hui pieusement promis, permettraient de surmonter leurs lourds handicaps socio-culturels dans un environnement concurrentiel.
    Il est certes légitime de prôner une telle approche libérale, qui peut par ailleurs avoir ses mérites en termes d'émulation entre les établissements. Mais que l'on nous épargne les couplets égalitaires qui l'accompagnent faussement.

(1) Ce n'est quand même pas le cas de tout le monde. Nos deux filles ont étudié au collège de notre quartier aux côtés d'une large majorité d'enfants issus de l'immigration...

13 juillet 2006

Boule dure

    Trois jours de réflexion n'ont pas permis à Zinédine Zidane de présenter son désormais fameux coup de boule de manière satisfaisante. En s'excusant auprès du public sans regretter lui-même son geste, le célèbre footballeur donne un signal négatif. C'est mal, mais je devais le faire, dit-il implicitement. "Zidane a voulu venger l'honneur de sa mère", peut titrer l'agence Reuters. Tant de violences sont justifiées au nom de "l'honneur". En assumant une violence physique répondant à une violence verbale, Zidane légitime la vieille loi du talion qui fait tant de mal à tous les niveaux, des rapports personnels aux relations internationales. Il reconnaît lui-même avoir réagi à une "provocation" sans toutefois déplorer être tombé dans ce piège. Beaucoup en retiendront qu'on a raison de "taper" quand on a été "traité". Et que la force vaut mieux que les mots. Sans parler de ceux qui pensent, avec un déterminisme sociologique épais, qu'on agit forcément ainsi lorsqu'on est issu d'une cité des quartiers Nord de Marseille.
    C'ette attitude est d'autant plus surprenante et regrettable que Zidane semble conscient des ravages de son geste. Il s'est particulièrement excusé auprès des "enfants" et des "éducateurs" en disant qu'il ne fallait "pas faire des choses pareilles". L'égocentrisme de ses explications - il n'a pas parlé des conséquences de son geste sur l'issue du match - et le refus de reconnaître son manque de sang froid vident cependant de portée ces belles paroles.
    A sa décharge, Zidane aura été encouragé dans le mauvais chemin par une certaine lâcheté ambiante. Alors qu'une majorité de sondés pardonnaient à l'idole, et même disaient comprendre son geste, chacun y est allé de sa présentation avantageuse. Bernard-Henri Lévy s'exclama, dans le Wall Street Journal ,"Ecce Homo": le coup de boule révélerait la troublante humanité du demi-dieu de stades. A la une du Monde, le romancier François Weyergans confia sa fascination pour cette "espèce de pulsion autodestructrice" en nous interdisant de juger le geste du héros. La classe politique a naturellement plaidé l'indulgence. Jean-Pierre Raffarin a déclaré sa flamme à cet "homme imparfait" tandis que Laurent Fabius saluait le pauvre "mortel". Et n'oublions pas l'essentiel: les précieux sponsors de Zidane l'ont assuré dés mardi de leur "soutien sans faille".

10 mai 2006

Instruction médiatique

    Les médias doivent-ils se transformer en auxiliaires de justice ? Ils participent assurément de plus en plus aux péripéties judiciaires comme en témoigne le déroulé de la présente affaire dite Clearstream. "Le Monde" lui a donné une forte dimension politique en y consacrant sa manchette pas moins de sept jours de suite à partir du 29 avril. Le quotidien du soir a révélé des extraits d'une audition du général Rondot le 18 mars 2006 puis, deux numéros plus tard, un rapport du même personnage datant du 19 octobre 2004. Cette semaine, "Le Canard Enchaîné" dévoile d'autres extraits de l'audition de Rondot tandis que "L'Express" en publie l'intégralité sur son site internet. Quant au "Figaro", il divulgue "les principaux extraits" de la déposition faite hier devant les juges par Nicolas Sarkozy.
     Le secret de l'instruction est à nouveau bafoué. Il faudra bien un jour en tirer les conséquences, dans un sens ou dans un autre, en allant au-delà de la remarque laconique du médiateur du "Monde", Robert Solé: "Les journalistes répondent habituellement que le secret de l'instruction, qui conduirait à étouffer certaines affaires, est inappliqué et inapplicable". Pour l'heure, les fuites médiatiques de l'instruction risquent toujours de donner une image partielle ou partiale d'une affaire. L'histoire du prétendu compte bancaire japonais de Jacques Chirac en constitue un exemple édifiant. Dans un premier temps, le "Canard" donne crédit à son existence en s'appuyant sur un extrait de l'audition de Rondot. Or la lecture de son texte intégral contredit, non sans ambiguïté, cette interprétation. Enfin, c'est au général Rondot qu'il revient d'expliquer comment il faut comprendre ses déclarations !
 

28 avril 2006

CGT mutante

    Ce n'est pas encore une véritable mutation mais cela commence à y ressembler. Surmontant de vives résistances internes, la CGT bouge. La bataille principale du congrès de Lille, qui s'achève aujourd'hui, portait sur un nouveau système de cotisations plus favorable aux petits syndicats. Elle a été nettement gagnée par la direction confédérale: 63% des délégués l'ont ratifié. Faisant passer leurs intérêts avant la solidarité, ce sont les fédérations les plus riches (agro-alimentaire, cheminots, chimie) qui l'ont combattu avec acharnement. Il est pourtant vital que la CGT cesse d'être à ce point dominée par le secteur public et quelques grandes entreprises pour mieux s'implanter dans le secteur privé et les PME.
    Fréquemment proches de l'extrême gauche ou de l'aile la plus archaïque du PCF, les opposants à Bernard Thibault se paient toujours de mots. Un syndicat contestataire a proposé de rajouter 60 fois la formule magique "lutte des classes" dans le document d'orientation ! D'autres amendements ont cherché à supprimer systématiquement la référence aux "individus". Seule concession sémantique: la direction a accepté de remplacer par une périphrase le mot de "compromis". Curieux que des syndicalistes aient peur de ce terme ! Maryse Dumas, numéro deux de la confédération, a philosophiquement estimé que ce serait pour le prochain congrès. L'essentiel reste qu'une écrasante majorité (80%) de délégués a ratifié la ligne de "syndicalisme rassemblé" proposée. La CGT ne continuera à évoluer que dans une démarche unitaire où la CFDT doit être partie prenante. Le mouvement anti-CPE n'aurait pas gagné sans cela.

16 mars 2006

Zapping social

    Armé de savants simplismes et d'abstraites certitudes, le raisonnement économique écrase tout. L'affaire du CPE pose pourtant une question de société majeure, celle de l'engagement. Au-delà des avantages de la flexibilité et des inconvénients de la précarité, mis en exergue par les uns et par les autres, ce contrat est révélateur d'un état d'esprit de défiance sociale très répandu. On ne comprendrait pas autrement le désir de certains de faire peser une épée de Damoclès rebaptisée "période de consolidation" sur les salariés. Le patronat se plaint, souvent à juste titre, du manque d'implication des jeunes dans l'entreprise. La logique utilitariste à court terme du CPE ne peut qu'aggraver le mal. Si je ne suis considéré que comme une force de travail éjectable à tout moment, je n'ai aucune raison de m'investir à fond dans mon travail.
    La crainte de la prise de risque dans les rapports sociaux dépasse le champ des entreprises. Le président de l'UNPI (Union nationale de la propriété immobilière) vient de proposer l'introduction d'une contrat de location "à l'essai": au 9ème et 21ème mois, le propriétaire pourrait donner librement son congé au locataire avec préavis de 3 mois. Le raisonnement de Jean Perrin est calqué sur celui des partisans du CPE. Ce bail à l'essai, explique-t-il, "induit une certaine précarité mais c'est mieux que ne pas avoir de logement". Et d'ajouter avec un brin de cynisme: "Il y a peu de chance que le locataire, dans le cas où il serait titulaire d'un CPE et où il occuperait un logement avec ce type de bail, se retrouve licencié et à la rue au même moment".
    Ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Pourquoi ne pas imaginer un Contrat Premier Amour (CPA) ? La précarité affective fait déjà des ravages avec son lot de ruptures et de divorces. Et il vaudrait mieux être en CPA que de se morfondre dans la solitude. Ce nouveau contrat, qui pourrait s'étirer sur cinq ans, éviterait aussi l'épreuve pénible des explications à donner en cas de cessation subite des relations...
    Voilà qui nous ramène à la "culture du rebut" décortiquée et critiquée par le sociologue Zygmunt Bauman (1) : "Ne vous engagez pas pour plus longtemps qu'il n'est absolument nécessaire. Que vos implications restent superficielles et minces, afin qu'elles puissent être déchirées sans laisser des blessures ni de cicatrices".

(1) Zygmunt Bauman, "Vies perdues - La modernité et ses exclus", Manuels Payot, 2006.

10 mars 2006

Pas de fumée...

    Le célèbre "principe de précaution" est à géométrie variable. Au 20 février, la grippe aviaire n'avait touché que 170 êtres humains dans le monde entier (dont la moitié de décès) selon l'OMS . Aucun cas humain n'avait encore été signalé dans l'Union européenne. Les médias n'en sont pas moins sur le qui-vive. Et les pouvoirs publics s'apprêtent à adopter, sans perdre une seconde, les mesures indispensables - et peut-être même d'autres...
    Le tabagisme, pour sa part, provoque en France quelques 60.000 décès par an. A lui seul, le tabagisme passif est annuellement responsable de la mort de 2.500 à 5.000 personnes selon les estimations. La loi Evin de 1991 qui visait à protéger les non-fumeurs est mal respectée. L'IGAS (Inspection générale des affaires sociales) vient de se prononcer en faveur d'une interdiction générale de fumer dans les lieux publics. Une mesure de bon sens déjà en vigueur dans des pays aussi différents que l'Italie, la Norvège ou l'Irlande et que d'autres pays s'apprêtent à imiter. La France sera-t-elle parmi les derniers ? Le fait est que la peur des buralistes et patrons de bistrots tenaille une bonne partie de la classe politique.

04 mars 2006

Portraits animaux

    Quelques animaux ont bien voulu poser pour moi au Salon de l'Agriculture - qu'ils en soient remerciés. Cela nous change des "présidentiables". Attention, certains clichés sont assez déshabillés, voire osés, et risquent de choquer les âmes sensibles.

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