Ma Photo

Les commentaires récents

juillet 2008

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      

--------------------------

RECHERCHE

  • Google

----

Blog powered by TypePad

25 avril 2008

Illusoire com'

    La communication est devenue l'idéologie dominante de l'époque. Acteurs et commentateurs ont tendance à croire que la politique est désormais une affaire de représentations mentales. Les réalités n'existeraient plus que filtrées par des perceptions plastiques. Nicolas Sarkozy est loin d'être le seul dirigeant à être victime de ce prisme. Ségolène Royal est un exemple encore plus caricatural de ce postmodernisme qui conduit à négliger le fond pour mieux soigner la forme.

    Mais le talentueux avocat qu'est l'actuel président de la République mise visiblement un peu trop sur la com' pour rebondir après une année d'exercice du pouvoir qui a profondément déçu les Français. Sa prestation télévisée d'hier soir lui a permis de dessiner le profil d'un chef d'Etat à la fois plus humble - il reconnaît des "erreurs" - et toujours courageux - il entend poursuivre le train de réformes au risque assumé de l'impopularité. Même si Sarkozy est apparu sur la défensive, il se peut que ce nouveau style lui permette, à moyen terme, d'être réécouté par l'opinion.

    Qu'a-t-il cependant à dire et à proposer aux Français ? C'est là que la bât blesse. L'auto-critique du président est restée formelle. Le fameux "paquet fiscal" n'aurait été qu'une "erreur de communication totale"et non pas un train de mesures économiquement inefficaces  et socialement injustes. Pratiquant la méthode Coué, Sarkozy jure que le dispositif d'incitations aux heures supplémentaires "marche", ce qui n'est pas vraiment l'avis des économistes. Il est encore douteux que l'encouragement à "l'intéressement" résolve le problème du pouvoir d'achat. Et il est inquiétant d'apprendre que le futur "revenu de solidarité active" sera pour partie financé par une réduction de la "prime pour l'emploi" qui aide les salariés modestes.

    Les réformes, toujours vantées par un Sarkozy bien décidé à garder le cap d'une réduction du nombre de fonctionnaires, gardent le goût du sacrifice. Comment faire accepter un nouvel allongement de la durée de cotisation pour les retraites alors que l'emploi des "seniors" demeure aussi problématique ? On ne voit guère par quel miracle une telle politique pourrait devenir populaire. Les réalités pèseront plus lourd que toutes les explications du monde.

22 avril 2008

Réalisme socialiste

    Bourgeois, cessez donc de trembler comme des feuilles ! le PS renonce enfin officiellement à ses "espérances révolutionnaires". La presse bien-pensante s'en réjouit: les socialistes abandonnent leurs "vaches sacrées" idéologiques pour se mettre à jour. La nouvelle "déclaration de principes" du PS le définit clairement comme un "parti réformiste".

    Ironie mise à part, ce texte corédigé par Alain Bergounioux, subtil historien et idéologue du parti, et Henri Weber, autre amateur d'exercices théoriques, n'est pas trop mal troussé au regard des lois du genre. On s'amusera même à repérer quelques signes révélateurs de la spécificité maintenue du socialisme français. La déclaration affirme que la "critique historique du capitalisme" demeure "d'actualité" et que le PS porte un "projet de transformation sociale radicale". La précédente déclaration de principes, rédigée en 1990, ne définissait le PS que comme un "parti de transformation sociale", situant son réformisme au service d'hypothétiques "espérances révolutionnaires". En passant de la référence à une "économie mixte" admettant "les règles du marché" à celle d'une "économie sociale et écologique de marché" régulée par la puissance publique, les socialistes ne sombrent guère dans une dangereuse dérive droitière. Tous les courants du parti ont d'ailleurs ratifié le nouveau texte.

    L'essentiel reste pourtant à faire pour le PS. Sur le plan idéologique, il lui faudra d'abord préciser et creuser sa critique du capitalisme au-delà des facilités d'une dénonciation morale et d'une condamnation de ses défauts les plus criants. L'articulation entre pleine reconnaissance de l'économie de marché et contestation des logiques du capitalisme financier suppose un profond renouvellement d'analyses qui ne peuvent plus être adossées aux schémas marxistes.

    Simultanément, les socialistes doivent donner de la chair aux valeurs qu'ils réaffirment aujourd'hui en arbitrant clairement en faveur de quelles politiques publiques ils se prononcent. Qu'il s'agisse de "développement durable" ou d'"Etat social", le PS est mis au défi de mettre des propositions concrètes derrière ses mots. C'est ce que l'on attend du débat qui s'ouvre en son sein.

14 avril 2008

Modèle italien ?

    La défaite du Parti démocrate italien devrait faire réfléchir les socialistes français. Malgré un vote utile en sa faveur, l'alliance de centre-gauche conduite par Walter Veltroni a été défaite par la coalition de Silvio Berlusconi, battu de peu en 2006. Les deux personnalités les mieux placées pour prendre la tête du PS - Ségolène Royal et Bertrand Delanoë - avaient pourtant en commun une admiration déclarée pour ce qu'est devenue la gauche transalpine. La présidente de Poitou-Charentes a plusieurs fois vanté "l'exemple italien" d'une gauche qui choisit son leader grâce à une vaste consultation populaire. Dans une interview à "Libération" en date du 22 octobre 2007, Royal estimait, en référence à la création du Parti démocrate, que "l’alliance, contre la droite, entre un parti issu du parti communiste et un parti du centre, d’inspiration chrétienne, est très intéressante". S'inspirant explicitement de ce précédent, elle annonçait "des recompositions entre centre et PS en France".

    Si Delanoë s'est gardé de faire des appels du pieds au Modem aussi voyants que sa rivale,  il voyait lui aussi d'un très bon oeil la mutation de la gauche italienne. "Le parti démocrate est un modèle pour le parti socialiste français", a ainsi titré une interview du maire de Paris le quotidien "La Reppublica" du 9 avril. "Avec Veltroni, je suis sûr que les choses peuvent changer", s'enthousiasmait Delanoë, ajoutant que "son programme et son honnêteté sont une opportunité formidable pour l’Italie".

    L'avait-il vraiment lu ? Le programme du candidat Veltroni n'était qu'une enfilade de platitudes centristes peu susceptibles de mobiliser un électorat qui a d'ailleurs moins participé au scrutin qu'il y a deux ans. Comme l'a admis Paolo Franchi, directeur du quotidien de centre gauche Il Riformista, "Veltroni est sans doute aujourd’hui plus proche de François Bayrou que de Ségolène Royal". Même si le leader du PD a appartenu à l'ancien PCI, le nouveau parti fait la part belle à l'héritage démocrate-chrétien et aux accointances avec les puissances économiques. "Je ne suis pas de gauche", avait-il avoué au quotidien espagnol "El Pais".

    Au cours de sa campagne, Veltroni avait cherché à copier certaines recettes de Barack Obama au point de reprendre son slogan de campagne ("Yes, we can" devenant "Si, puo fare"). Mais vif est le contraste entre l'évolution des gauches italienne et américaine. Héritière d'un long passé sous hégémonie communiste, la première n'en finit pas de dériver vers la droite tandis que la seconde, réveillée par l'ampleur de la crise économique, renoue avec certains fondamentaux de la pensée progressiste. Si Obama n'as pas encore gagné, Veltroni a bel et bien perdu. Avis au PS.

09 avril 2008

Virage américain

    Barack Obama a repris l'avantage dans la course à la Maison Blanche. Grâce à son discours marquant sur le racisme, le sénateur de l'Illinois est sorti par le haut de la polémique orchestrée autour du pasteur Wright. Il devance à nouveau nettement Hillary Clinton dans l'électorat démocrate. Mieux, dans la plupart des dernières enquêtes d'intentions de vote, Obama obtient désormais un score supérieur à celui de John McCain.

    Le candidat démocrate métis a certes encore des épreuves à endurer avant de décrocher l'investiture démocrate tandis que son adversaire républicain demeure redoutable. Mais l'état de la société américaine suggère une évolution de fond porteuse pour Obama. L'aspiration à un changement profond est mise en évidence par un très intéressant sondage New York Times-CBS News. On y apprend que pas moins de 81% des Américains - un chiffre record - estiment que leur pays va dans la mauvaise direction. Le bilan du dernier mandat de George Bush est très sévèrement jugé: 67% des sondés trouvent que les choses ont empiré depuis cinq ans.

    Même si McCain cultive un style particulier, le candidat républicain, tout de même soutenu par le président sortant, aura bien plus de mal que son adversaire démocrate à incarner cette soif de rupture. D'autant plus que cette enquête révèle aussi de sérieuses évolutions idéologiques aux Etats-Unis. Alors que les inquiétudes liées à la crise économique prennent le pas sur le terrorisme, les idées conservatrices ont perdu du terrain. Une majorité d'Américains soutient désormais une augmentation des impôts pour les plus riches afin d'aider les autres. Et la proportion de ceux qui souhaiteraient "un gouvernement plus fort qui offre plus de services" atteint son plus haut niveau depuis 1991.

    Tout ceci est de bon augure pour le candidat démocrate. Clinton a déjà singulièrement gauchi son discours par rapport aux thèses des "new democrats" qu'elle véhiculait ces dernières années. A sa manière, Obama a lui aussi saisi ces nouveaux équilibres. Dans un discours de fond consacré aux questions économiques, il a mis en cause les excès d'un marché insuffisamment régulé. S'en prenant explicitement aux politiques mises en oeuvre dans les années 80 et 90, sous les administrations républicaines mais aussi démocrates, il a prôné un nouveau modèle de régulation économique sur fond de critique de l'ultra-individualisme ("la vérité est que chaque Américain fait mieux lorsque tous les Américains font mieux").

    Il peut évidemment se passer bien des choses d'ici novembre. Mais l'état profond d'une société américaine traumatisée par la guerre en Irak et la récession économique favorise incontestablement l'alternance. Et si Obama, le candidat démocrate le plus à gauche depuis le malheureux George McGovern en 1972, devait succéder à Bush, le virage politique de l'Amérique serait spectaculaire.

AJOUT LE 14 AVRIL:

    Une étude de deux experts américains confirme l'évolution des équilibres idéologiques aux Etats-Unis. Si les Américains se méfient toujours du "big government", ils souhaitent un engagement public plus important et croient beaucoup moins aux réponses conservatrices.

07 avril 2008

Attaque royaliste

    Sa détermination actuelle est à la mesure de ses hésitations passées. Ségolène Royal veut désormais s'emparer du PS. Elle a compris que le contrôle du parti lui était indispensable pour conduire les socialistes "vers d'autres victoires", selon son expression fameuse du soir de la défaite présidentielle. Fourbissant ses armes, l'ancienne candidate entend bien devenir la future première secrétaire.

    Cette reconnaissance du rôle stratégique du parti - qu'on ne peut aussi facilement contourner par l'opinion qu'elle l'a longtemps espéré - ne signifie cependant pas que Royal a changé sa manière de faire de la politique. Le but de son entreprise est moins de prendre la tête d'un parti centenaire que d'en transformer radicalement la nature.

    Pour sa première étape de conquête de la rue de Solférino, la présidente de Poitou-Charentes reste fidèle aux rites de la "démocratie participative". Elle se lance dans la bataille interne avec un texte supposé recueillir l'avis des militants et sympathisants socialistes. La méthode éprouvée permet d'afficher son ouverture d'esprit et sa capacité d'écoute tout en se préservant du risque d'assumer des positions tranchées. L'ancienne candidat navigue, avec plus ou moins de brio, au coeur des contradictions de la gauche. "Les peuples du Nord doivent être protégés de la concurrence internationale sans que les peuples du Sud ne soient victimes du protectionnisme", affirme-t-elle, par exemple, avant de demander ingénument quelles "nouvelles règles" pourraient organiser ce protectionnisme sans protectionnisme...

    Ce n'est pas sur des idées claires que les royalistes entendent gagner le prochain congrès. Ils comptent plutôt sur l'aspiration au changement, vive au terme de l'émolliente ère Hollande. La vérité de leur démarche est exprimée sans fard par Gaëtan Gorce, l'un des soutiens les plus réfléchis de Royal, dans une lettre aux dirigeants socialistes. Ce "rénovateur" convaincu fait du changement du "fonctionnement" du parti un "préalable" à sa renaissance.  Il prône courageusement une présidentialisation du PS: le premier secrétaire serait élu avant le congrès indépendamment d'un texte politique; les courants disparaitraient au profit d'une "vaste consultation" de la base qui serait arbitrée on ne sait trop comment (ou plutôt si). Tout cela s'inspire à la fois des moeurs contestables de la Vème République - au moment même où il est question d'y remédier - et des pratiques encore plus douteuses du "centralisme démocratique" de culture communiste.

     Le "reconstructeur" Jean-Christophe Cambadélis a donné la réplique à Gorce en pointant tous les dangers d'un tel changement de nature du PS. Sur le fond, ces deux dirigeants sont assez proches, partisans avoués d'une mue social-démocrate du parti. Mais leur désaccord est patent en matière de pratique politique. Alors que le premier tend la main à Bertrand Delanoë et que le second appuie Ségolène Royal, c'est bien la conception même du rôle d'un parti qui devrait cristalliser le débat entre les deux camps qui se dessinent.

     On se permet ici de qualifier de "royalistes" les partisans de l'ancienne candidate même si cette dernière avait elle-même conseillé - avec succès - aux journalistes de parler de "ségolistes". Non seulement ce terme respecte le patronyme de l'intéressée, mais sa connotation n'est pas tout à fait étrangère à son projet. Ne s'agit-il pas de convertir le Parti socialiste à une sorte de monarchie participative ?

21 mars 2008

Leçon Obama

    Le soutien de Bill Richardson, seul gouverneur hispanique des Etats-Unis, à Barack Obama vient à point nommé. L'électorat "latino" est une composante stratégique du combat qui se livre au sein du parti de l'âne. Le candidat "noir" à l'investiture démocrate connaît un "momentum" délicat dans sa compétition avec Hillary Clinton suite aux polémiques créées par la révélation d'anciens propos anti-américains de son pasteur Jeremiah Wright. Les sondages ont noté un décrochage, tant par rapport à sa rivale démocrate qu'à son éventuel compétiteur final républicain.

    Mais cet appui pèsera sans doute bien moins, dans l'issue de la bataille, que le discours audacieux prononcé par Obama le 18 mars sur la question raciale. S'il doit finalement gagner, ce sera grâce à lui. S'il doit perdre, ce sera à cause de lui ! C'est dire s'il faut l'entendre ou le lire (le plus simple est d'imprimer le texte publié par le NYT) - particulièrement ceux qui, en France, sont prisonniers de la caricature d'une démocratie américaine forcément superficielle.

    Le bon accueil réservé à ce discours par nombre de commentateurs américains, qui ne préjuge nullement de son impact dans l'Amérique profonde, s'explique aisément. Pris au piège d'une controverse potentiellement fatale pour lui, Obama riposte en prenant à bras-le-corps la question du racisme. Notons,  en passant, qu'il n'en avait jamais fait un argument de vente du style: "Vous dites que je suis incompétent parce que je suis Noir" (suivez mon regard)...

    Prenant appui sur sa biographie personnelle, de métis comme chacun sait, Obama commence par assumer sans fard sa part de "négritude". Disant tout haut ce que tout le monde pense tout bas aux Etats-Unis, mais sans la démagogie instrumentale que cette expression revêt ici, le candidat potentiel à la présidence analyse ensuite de manière concrète les frustrations réciproques des Noirs et des Blancs. On est loin ici du discours "anti-raciste" aussi moraliste qu'abstrait et inefficace. Obama précise, au contraire, les multiples causes historiques, économiques et sociales des tensions raciales.

    Ces propos rassureront ceux qui, comme moi, commençaient à s'interroger sur la profondeur des convictions d'un homme qui a un peu trop joué sur son charisme. Ce discours, qui restera peut-être fameux, est marqué du sceau d'un authentique progressisme à l'américaine - c'est-à-dire mâtiné d'espérance chrétienne.

    A quand un discours comparable dans une France elle aussi travaillée par des tensions raciales qui disent encore moins leur nom qu'aux Etats-Unis ? Au mieux parle-t-on de "communautarisme" ou de rivalités "ethniques"... La classe politique vante une politique homéopathique de la "diversité". Mais ce n'est pas Rachida Dati, certes pas encore candidate à la présidence de la République (fort heureusement), que l'on imagine prononcer un discours du même type que celui d'Obama.

Ceux qui, comme moi, se passionnent pour les élections américaines (autrement plus excitantes que les municipales françaises) suivront tout particulièrement:

- La couverture très complète de Marjorie Paillon

- Le blog très éclairant du correspondant d'Europe 1 aux USA François Clemenceau.

18 mars 2008

Verdict sévère

    Le double scrutin municipal et cantonal de 2008 se solde par une très nette défaite de la majorité. Moins d'un an après ses victoires présidentielle et législative, le pouvoir est confronté au vif mécontentement de l'électorat. La dimension nationale du vote des 9 et 16 mars est incontestable. Les contextes locaux rendent assurément compte de la variété des résultats enregistrés d'une commune à l'autre. Mais lorsque tant de villes basculent de droite à gauche, avec des scores souvent impressionnants, la composante politique du verdict municipal est patente. Marseille, lot de consolation bienvenu pour une droite fort mal en point dimanche soir, ne saurait être l'arbre qui cache la forêt de la poussée socialiste.

    La défaite de Xavier Darcos à Périgueux est emblématique de cette dimension proprement politique. Le maire sortant jouissait d'une bonne réputation locale. Même président de conseil général, son adversaire ne bénéficiait pas de la même notoriété. Premier secrétaire de la fédération socialiste de Dordogne, Michel Moyrand pouvait même être caricaturé comme un homme d'appareil. Le ministre de l'Education a cependant choisi d'assumer la portée nationale du combat en invitant deux Premiers ministres (l'actuel, François Fillon, et l'ancien, Alain Juppé). A Périgueux, qui avait franchement voté Ségolène Royal en 2007, la sanction des urnes a été plus politique que locale.

    Le renouvellement municipal de cette année ne peut pas plus être présenté comme un simple rééquilibrage qui compenserait les succès de la droite en 2001. Au total, la gauche a conquis sur la droite ou sur le Modem 45 villes de plus de 30.000 habitants. Le mouvement inverse n'a concerné que 7 villes. Le solde net, pour la gauche, est positif de 38 villes. L'effet de bascule est autrement plus fort qu'il y a sept ans, où le gain net de la droite ne s'était élevé qu'à 19 villes de cette taille. On retrouve plutôt l'ampleur de la défaite subie par la gauche aux municipales de 1983 (perte nette de 35 villes).

    A l'issue du scrutin, l'opposition dirige désormais 183 villes de plus de 30.000 habitants (58,5 %). Jamais la gauche n'avait à ce point dominé le paysage communal depuis son triomphe historique de 1977. Elle écrase désormais la majorité dans les grandes cités : 25 mairies contre 12 dans les villes de plus de 100.000 habitants.

    Les élections cantonales, sur lesquelles comptait la droite pour compenser les pertes municipales attendues, ont confirmé la poussée à gauche. Celle-ci a recueilli 51 % des voix (contre 44,4 % à la droite) au second tour. L'opposition est en passe de conquérir au moins huit nouveaux départements, tandis qu'elle devrait conserver tous ceux qui semblaient menacés. Fait sans précédent, la gauche dirige désormais une nette majorité de villes, de départements et de régions.

    Le second tour a amplifié la dynamique de gauche enregistrée une semaine auparavant. Cette accentuation est d'abord à mettre au compte d'une meilleure mobilisation de l'électorat de gauche. Aux municipales, le taux d'abstention (environ 34 % des inscrits) est demeuré historiquement élevé, à peu près équivalent à ce qu'il était dans les mêmes communes au premier tour. Mais cette stabilité dissimule de fortes disparités. Là où la compétition était particulièrement serrée, un surcroît de participation a généralement été noté. Il semble avoir plutôt profité à l'opposition. Citons encore le cas de Périgueux. Le taux d'abstention a reculé de 5 points d'un tour à l'autre, tandis que la liste socialiste gagnait 5 points par rapport au score de la gauche du 9 mars. A Angers, la participation a bondi de 10 points et sans doute aidé le socialiste Jean-Claude Antonini à l'emporter de justesse malgré le refus de la LCR de le soutenir.

    Avec le recul, le Modem risque d'apparaître comme un grand perdant de ce scrutin. La courte défaite de François Bayrou à Pau, où sa progression d'un tour à l'autre égale la régression de la liste de droite, fragilise personnellement son chef. Mais c'est l'impression de confusion donnée par le Modem qui devrait être la plus lourde de conséquences. Aucune cohérence globale n'a prévalu, et l'image du parti centriste en pâtira. Ses maires sortants ont tous été réélus avec l'aide de la droite. Or ses électeurs ont plutôt penché à gauche, là où il présentait des listes autonomes au premier tour. A Caen comme à Strasbourg, les franches victoires de la gauche semblent liées à de bons reports des électeurs du Modem. La bonne tenue de Philippe Meyer dans le 5e arrondissement de Paris prouve l'existence d'un électorat situé entre l'UMP et le Parti socialiste. Mais son hétérogénéité profonde obère l'avenir du parti centriste.

    Stratégiquement, la droite s'est enfin libérée du Front national. L'extrême droite, qui aurait fait battre Jean-Claude Gaudin si elle avait pu se maintenir dans les secteurs clefs de Marseille, a perdu toute capacité de nuisance.

    A gauche, l'équation est plus complexe. Dans la cité phocéenne, l'alliance PS-Modem n'a pas été la martingale gagnante imaginée par Ségolène Royal. Là-bas aussi, les « centristes » locaux étaient très divisés. Inversement, la stratégie d'union de la gauche élargie aux Verts a généralement bien marché, tandis que la division tend à être fatale à l'opposition, comme à Calais, perdu par le PCF. La vieille règle de « discipline républicaine » sort toutefois mal en point du scrutin. A Aubervilliers, le PS a ravi une municipalité communiste grâce à l'appui de l'électorat de droite. A Montreuil aussi, l'écologiste Dominique Voynet a battu le maire apparenté PCF avec l'aide décisive des suffrages conservateurs.

    Droite et gauche risquent de mal interpréter ces élections. L'UMP est tentée de minimiser l'avertissement lancé par les Français, répétant l'erreur commise par les socialistes après les municipales de 2001. Et le PS pourrait croire que le balancier de l'alternance automatique s'est de nouveau remis en branle, réitérant son mauvais calcul après ses succès de 2004. « Errare humanum est, perseverare diabolicum ».

Article publié dans Les Echos du 18 mars 2008.

17 mars 2008

Leçons compliquées

    Il y a ce qui est simple - la très claire victoire de la gauche au deuxième tour des municipales qui confirme et amplifie les résultats du 9 mars - et ce qui est compliqué - quelle leçon chaque camp doit tirer de ce scrutin ?

    Tout en s'efforçant de minimiser la sanction des électeurs - au risque de répéter  l'erreur de la gauche aux lendemains de son insuccès aux municipales de 2001 - la droite est tentée par une réponse automatique: les Français auraient manifesté leur "impatience" et voudraient, au bout du compte, une "accélération" du rythme des réformes... Cette argumentation a pour elle la déception d'une fraction de l'électorat de droite qui ne trouve toujours pas son compte au regard de la "rupture" promise par le candidat Sarkozy. D'où une réelle démobilisation dans ce camp.

    Mais elle ignore la rancoeur d'un électorat populaire qui a voté Sarkozy en croyant à une amélioration de son sort. L'opposition n'a pas seulement gagné autour d'une contestation du style du pouvoir mais aussi sur fond de contestation de la politique menée depuis le printemps 2007.  Prétendre ne rien changer à ses orientations, ou même les accentuer, n'est sans doute pas la manière la plus subtile de comprendre le message envoyé dimanche par les électeurs.

    A gauche aussi, le malentendu guette. Le PS peut, comme en 2004, se croire revenu en grâce. Les socialistes ont certes à nouveau réussi à coaguler autour de leurs candidats les mécontentements de toutes sortes. De l'extrême gauche au centre, des électeurs très opposés ont mêlé leurs bulletins de vote pour assurer le succès de ses listes. C'est, en réalité, plus l'opposition que la gauche qui l'a emporté le 16 mars. Tout reste à construire pour que le socialistes incarnent une alternative crédible. L'électorat populaire ne s'est d'ailleurs que très modérément réveillé pour les soutenir.

    Une leçon peut néanmoins être d'ores et déjà tirée pour le PS. La ligne défendue par Ségolène Royal d'une alliance systématique et prioritaire avec le MoDem a prouvé sa vacuité. Elle se révèle à la fois irréaliste (une partie des centristes penchant inexorablement à droite) et inefficace (les alliances avec le "centre" ne garantissant nullement le succès comme à Marseille). Les électeurs eux-mêmes, à en croire une enquête Ipsos, préfèreraient que le PS reste fidèle à sa politique d'alliance avec les autres forces de gauche et les Verts.

    Avec l'échec personnel de son leader à Pau, le parti de François Bayrou, qui a fait la preuve de son hétérogénéité ontologique et dont la stratégie opportuniste n'a guère été comprise par les Français, restera enfin sans doute comme le grand perdant des élections municipales de 2008.

14 mars 2008

Réveil électoral

    Bien plus que les électeurs centristes, convoités de toute part, les nombreux abstentionnistes du 9 mars seront les véritables arbitres du scrutin de dimanche. Jamais, dans l'histoire de la Ve République, la mobilisation électorale ne fut aussi faible à un premier tour municipal. Dans les communes de 3.500 habitants et plus, le taux d'abstention a grimpé à 38,9 % des inscrits, battant le précédent record de 2001. Dans nombre de grandes villes, près de la moitié des électeurs ont boudé les urnes.

    Voilà pourquoi de sérieuses surprises sont à attendre au soir du 16 mars. Si l'on peut, sans grands risques, pronostiquer un succès global de la gauche, le sort particulier des différentes communes dépendra d'abord de la capacité de chaque camp à réveiller ses partisans. Cet enjeu concerne en premier lieu la droite. Une étude CSA-Dexia (1), réalisée le jour du premier tour, révèle que 32 % des abstentionnistes disent avoir voté Sarkozy au premier tour de la présidentielle, contre 15 % François Bayrou et seulement 9 % Ségolène Royal.

    La majorité a souffert d'un abstentionnisme plus marqué dans l'électorat populaire qui avait assuré le succès de Nicolas Sarkozy en 2007. Le président de la République a tenté de le reconquérir, cette semaine, en remettant la question de l'immigration au premier plan de son discours. La gauche, elle aussi, est confrontée à l'exigence d'une meilleure mobilisation de ses troupes. Dimanche dernier, sa base populaire ne s'est pas massivement pressée dans les bureaux de vote pour « sanctionner » le pouvoir. L'issue du scrutin dans les villes les plus emblématiques de la bataille, comme Marseille ou Toulouse, se jouera aussi sur la capacité de l'opposition à convaincre son électorat de donner le coup d'épaule décisif.

    Le second tour apportera une clarification sur l'ampleur de la poussée à gauche. On se méfiera de l'effet de loupe qui avait faussé l'interprétation des municipales de 2001. La victoire de la gauche à Paris et à Lyon avait occulté les nombreux gains de la droite dans les villes moyennes. Toutes proportions gardées, un décalage du même type est susceptible de se reproduire. La conquête, par l'opposition, des trois grandes cités qui focalisent l'attention des médias - Marseille, Strasbourg, Toulouse - aurait un fort retentissement symbolique.

    Mais il conviendra d'être aussi attentif aux rapports de force dans l'ensemble de l'Hexagone. Au premier tour, les listes de la gauche gouvernementale n'ont totalisé que 47,5 % des voix (en progrès de 2,5 points par rapport à 2001) et celles de la droite classique 44,4 % (- 3 %). La France n'a pas spectaculairement basculé à gauche. Le verdict des urnes dans les communes moyennes d'une France pavillonnaire peuplée de salariés modestes qui avaient soutenu Sarkozy sera un bon indicateur de l'avertissement adressé au pouvoir.

    Le vote du 16 mars illustrera enfin la désarticulation du paysage politique. Un premier signe provient du nombre de triangulaires (55) et de quadrangulaires (13) dans les villes de plus de 30.000 habitants. L'effet perturbateur du Modem est également patent. Si elle a réussi à faire émerger un authentique électorat centriste, cette nouvelle force demeure incapable de se libérer d'un jeu politique irréductiblement bipolaire. L'opportunisme dont le parti de François Bayrou fait preuve - allié ici à droite, là à gauche et seul ailleurs - fragilise son entreprise.

    Dans tous les cas de figure, l'attitude des électeurs du Modem reste une inconnue. Choisiront-ils un vote identitaire ou un vote utile pesant sur l'issue de la bataille dans les endroits stratégiques où ses listes se maintiennent, comme le 5e arrondissement de Paris ? Les électeurs centristes suivront-ils les responsables locaux du Modem qui sont alliés à la gauche (comme à Marseille) ou à la droite (comme à Toulouse) ? Ces mariages ont souvent provoqué de sérieuses tensions internes à ce mouvement. Au demeurant, les enquêtes d'opinion indiquent qu'une courte majorité d'électeurs du Modem souhaitent plutôt une victoire de la gauche.

    Les logiques locales l'emportent de plus en plus sur les raisons partisanes. Le cas d'Asnières est emblématique : une sainte alliance allant des socialistes aux divers droite s'est nouée pour barrer la route au très autoritaire UMP Manuel Aeschlimann. La vieille règle de « discipline républicaine » à gauche est moribonde : en Seine-Saint-Denis, les socialistes devancés par les communistes maintiennent quatre de leurs listes au second tour. Ailleurs, l'enjeu du report des voix à l'intérieur de la gauche, extrêmes compris, ne sera pas négligeable. Le PS a refusé des « fusions techniques » avec la LCR, qui a parfois réalisé de très bons scores, après avoir parfois accueilli sur ses listes des candidats de l'autre formation trotskiste, LO, dès le premier tour. Si l'on ajoute les valses-hésitations de l'UMP à l'égard du Modem, on constate que Bayrou, qui a encouragé successivement à Paris un accord avec Bertrand Delanoë et Françoise de Panafieu, n'a nullement le monopole de l'incohérence.

Article publié dans Les Echos du 14 mars 2008.

11 mars 2008

Conquêtes promises

    Les Français ont envoyé dimanche un message d’avertissement au pouvoir sur fond de faible mobilisation électorale. Le taux élevé d’abstention (34% soit un peu plus qu’en 2001) prouve que ces municipales ne sont pas le théâtre du classique « vote-sanction » dont la droite avait souffert en 1977 puis la gauche en 1983. Ce schéma suppose une fréquentation assidue des bureaux de vote. Quand l’électorat se montre plus alangui, les batailles municipales sont moins nationalisées.

    Rien n’autorise, pour autant, à affirmer que le scrutin du 9 mars a permis à la droite de mieux résister que prévu. Contrairement à 2001, les enquêtes pré-électorales ont, la plupart du temps, fourni une appréciation très correcte des rapports de forces. Elles ont bien anticipé la bonne tenue des grandes mairies de gauche (Paris, Lyon, Dijon, Lille, Rennes) comme les difficultés attendues chez nombre de villes de droite (Caen, Rouen, Strasbourg). La performance d’Alain Juppé  à Bordeaux avait été perçue, de même que les menaces pesant sur la majorité à Marseille ou à Toulouse.

    L’écho incessant autour de l’impopularité de Nicolas Sarkozy et la litanie d’ enquêtes municipales superficiellement lues ont toutefois créé un climat caricatural. L’idée fausse s’est installée que la gauche était promise à un véritable raz-de-marée électoral. D’où l’impression d’un résultat décevant, pour elle, dimanche soir. Les acteurs politiques ont intérêt à conforter cette représentation biaisée de la réalité. Au-delà de son réel soulagement, la droite a tout avantage à relativiser la portée politique nationale de ce scrutin en le présentant comme l’addition de compétitions locales hétérogènes. A l’opposé, la gauche a bien compris qu’il n’était pas de son intérêt de crier victoire trop tôt. Sa fausse modestie vise aussi à mieux mobiliser son électorat pour le tour décisif.

    Les équilibres révélés par les votes du 9 mars sont pourtant très clairement favorables à l’opposition. Où est la quinzaine de villes de plus de 30.000 habitants que Patrick Devedjian espérait encore conquérir à la veille du scrutin ? L’élection, au premier tour, de Luc Chatel à Chaumont et de Laurent Wauquiez au Puy-en-Velay est assurément remarquable. Mais ces villes abritent moins de 30.000 habitants. A l’issue du premier tour, les gains potentiels de la majorité sont rares, au moins dans les communes d’une certaine taille. La droite est certes en ballottage favorable à Belfort. Elle peut également compter sur la prise possible d’Angers, où sa tête de liste est soutenue par l’ancien maire divers gauche Jean Monnier. Mais des cités comme Chambéry ou Tourcoing, susceptibles de basculer, ont réélu une équipe de gauche dés le premier tour.

    A l’inverse, le nombre de gains acquis ou potentiels pour les socialistes est impressionnant. Rouen est déjà tombé dans l’escarcelle du PS tout comme Alençon, Chalon-sur-Saône, Laval ou Rodez. A Strasbourg, la liste de gauche, qui devance de dix points celle de la maire sortante, est en ballottage très favorable. Les chiffres du premier tour sont également annonciateurs de succès probables du PS à Caen comme à Reims. A Toulouse, si le maire sortant Jean-Luc Moudenc arrive en tête du premier tour, il lui faudrait de mauvais reports à gauche et l’appui des électeurs du Modem pour conserver son siège. Le cas de Marseille est plus incertain. Un examen de la situation dans les différents secteurs de la cité phocéenne montre néanmoins que Jean-Claude Gaudin est en situation délicate. La gauche est en ballottage favorable dans la premier secteur tandis que le troisième, autre lieu stratégique du combat, est livré à l’arbitrage d’un Modem qui penche localement à gauche.

    La théorie des cycles municipaux rend assez bien compte de certains résultats. Le beaux scores de Bertrand Delanoë et surtout de Gérard Collomb sont aussi à mettre au compte du bilan apprécié d’un maire en fin de premier mandat. A l’inverse, les reculs enregistrés par André Rossinot à Nancy (la gauche progresse de 19 points par rapport à 2001) et de Jean-Marie Rausch à Metz (qui perd 13 points) le sont par des édiles blanchis sous le harnais. Dans ces deux cités de l’Est, l’issue finale apparaît incertaine. Elle l’est aussi à Périgueux, où Xavier Darcos recule de 14 points par rapport au scrutin de référence, bien qu’il soit en ballottage plutôt favorable.

    Les résultats du 9 mars accentuent le dilemme existentiel du MoDem. Arrivé second à Pau, François Bayrou ne peut espérer son salut personnel que d’un accord avec la droite. Pour autant, dans nombre de grandes villes où sa formation recueille aux alentours de 6% des suffrages exprimés, ses électeurs regardent plutôt à gauche dans le contexte actuel. Les chiffres ne sont guère plus réjouissants pour les Verts. Le parti écologiste essuie un sérieux revers à Paris où son score est pratiquement divisé par deux en six ans, même s’il franchit la barre des 10% à Grenoble, Morlaix ou Lille. A Montreuil, Dominique Voynet est devancée de 7 points par le maire apparenté communiste Jean-Pierre Brard. Ailleurs, les Verts gagneront des sièges mais au prix d’une satellisation par le PS.

    Quant au Front national, le voici promis – comme tout parti en déclin – à devenir une formation locale. L’engagement de Marine Le Pen à Henin-Beaumont  (Nord) a certes permis au FN d’engranger 10 points de plus qu’en 2001 mais sans aller au-delà de 28,5% des voix. A Marseille, le FN plonge à 7,6%. A Mulhouse, l’extrême droite obtient 10,3%, en recul 17 points…

    Le PCF, quant à lui, peut avoir le sourire. Pour la première fois depuis longtemps, un renouvellement municipal va lui permettre de grossir sa pelote. Dés le premier tour, les communistes ont reconquis Dieppe et Vierzon. Ils peuvent même songer sérieusement à battre Serge Dassault, en ballottage délicat à Corbeil-Essonnes. Et la plupart des primaires tentées par le PS pour lui ravir ses bastions ont tourné à son avantage, tout particulièrement en Seine-Saint-Denis. Si l’on ajoute les bons scores enregistrés, ici et là, par l’extrême gauche, le PS n’a électoralement pas intérêt à lorgner seulement du côté du MoDem.

Article publié dans Les Echos du 11 mars 2008.

RECTIFICATIF: Une erreur de codification des résultats consultés lundi sur internet m'a fait écrire que la gauche avait progressé de 19 points à Nancy depuis 2001. C'est inexact et André Rossinot est, en réalité, en ballottage très favorable.

Publicité

A droite toute

- - - -