Avantage Obama
Le peuple et les experts sont, pour une fois, d'accord: Barack Obama devrait devenir le prochain président des Etats-Unis. Les historiens spécialistes de l'élection américaine interrogés par Politico estiment que John McCain a très peu de chances de remporter la compétition. "C'est le plus mauvais environnement politique pour le parti au pouvoir depuis la deuxième guerre mondiale", souligne l'un d'entre eux. Le pronostic des Américains eux-mêmes est moins tranché, mais il va dans le même sens: 52% d'entre eux pensent qu'Obama va gagner le scrutin de novembre contre 41% qui anticipent un succès de McCain, selon un sondage Gallup.
Depuis qu'il est devenu le candidat incontesté du parti démocrate, Obama a repris l'avantage sur son adversaire républicain dans les intentions de vote nationales. Il devance désormais McCain chez tous les instituts, même si cette avance reste modeste (deux à sept points). De même, les projections en "grands électeurs" sont-elles plutôt favorables au candidat démocrate. On sait que l'élection présidentielle se joue par Etat: le candidat arrivé en tête remporte la totalité des "grands électeurs" affectés à cet Etat, devient ensuite président celui qui a obtenu une majorité de délégués ainsi élus.
Selon les savants calculs de l'institut Rasmussen, basés sur l'état actuel des rapports de forces, Obama domine aujourd'hui McCain par 260 contre 240 "grands électeurs", 38 demeurant très incertains. L'issue de la compétition n'est nullement acquise puisque 270 de ces délégués sont nécessaires pour décrocher la Maison Blanche. Une analyse prenant en considération l'ensemble des sondages dans tous les Etats m'a même permis d'aboutir à un scénario où McCain l'emporterait avec 286 "grands électeurs"...
Frappant est donc le contraste entre un contexte général exceptionnellement favorable aux démocrates et une compétition présidentielle qui demeure ouverte. Dans un document de propagande très bien réalisé, le directeur de campagne de McCain exploite ce décalage pour regonfler le moral de ses troupes. Sa grande idée est que l'impopularité du pouvoir républicain peut être plus que compensée par la popularité de la personnalité singulière de McCain.
S'il est exact que l'image personnelle du candidat républicain lui permet d'échapper en partie au rejet dont est victime son camp, rien ne dit que cet avantage se maintiendra au cours de la campagne. Obama est aujourd'hui aussi populaire que son adversaire. Surtout, après la longue marche des primaires, il est nettement plus identifié que McCain: 32% ont une opinion "très favorable" d'Obama contre 27% de "très défavorable". Pour McCain, ces chiffres sont respectivement de 16% et 19%. Autrement dit, l'image du candidat républicain n'est pas encore fixée dans l'esprit des Américains. Ses 71 ans, comparés aux 46 ans de son adversaire, seront notamment mis en lumière au cours de la campagne. Or les électeurs âgés se méfient parfois d'un vieux président tandis que les jeunes électeurs ne craignent guère un président trop vert...

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