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International

16 juin 2008

Avantage Obama

    Le peuple et les experts sont, pour une fois, d'accord: Barack Obama devrait devenir le prochain président des Etats-Unis. Les historiens spécialistes de l'élection américaine interrogés par Politico estiment que John McCain a très peu de chances de remporter la compétition. "C'est le plus mauvais environnement politique pour le parti au pouvoir depuis la deuxième guerre mondiale", souligne l'un d'entre eux. Le pronostic des Américains eux-mêmes est moins tranché, mais il va dans le même sens: 52% d'entre eux pensent qu'Obama va gagner le scrutin de novembre contre 41% qui anticipent un succès de McCain, selon un sondage Gallup.

    Depuis qu'il est devenu le candidat incontesté du parti démocrate, Obama a repris l'avantage sur son adversaire républicain dans les intentions de vote nationales. Il devance désormais McCain chez tous les instituts, même si cette avance reste modeste (deux à sept points). De même, les projections en "grands électeurs" sont-elles plutôt favorables au candidat démocrate. On sait que l'élection présidentielle se joue par Etat: le candidat arrivé en tête remporte la totalité des "grands électeurs" affectés à cet Etat, devient ensuite président celui qui a obtenu une majorité de délégués ainsi élus.

    Selon les savants calculs de l'institut Rasmussen, basés sur l'état actuel des rapports de forces, Obama domine aujourd'hui McCain par 260 contre 240 "grands électeurs", 38 demeurant très incertains. L'issue de la compétition n'est nullement acquise puisque 270 de ces délégués sont nécessaires pour décrocher la Maison Blanche. Une analyse prenant en considération l'ensemble des sondages dans tous les Etats m'a même permis d'aboutir à un scénario où McCain l'emporterait avec 286 "grands électeurs"...

    Frappant est donc le contraste entre un contexte général exceptionnellement favorable aux démocrates et une compétition présidentielle qui demeure ouverte. Dans un document de propagande très bien réalisé, le directeur de campagne de McCain exploite ce décalage pour regonfler le moral de ses troupes. Sa grande idée est que l'impopularité du pouvoir républicain peut être plus que compensée par la popularité de la personnalité singulière de McCain.

    S'il est exact que l'image personnelle du candidat républicain lui permet d'échapper en partie au rejet dont est victime son camp, rien ne dit que cet avantage se maintiendra au cours de la campagne. Obama est aujourd'hui aussi populaire que son adversaire. Surtout, après la longue marche des primaires, il est nettement plus identifié que McCain: 32% ont une opinion "très favorable" d'Obama contre 27% de "très défavorable". Pour McCain, ces chiffres sont respectivement de 16% et 19%. Autrement dit,  l'image du candidat républicain n'est pas encore fixée dans l'esprit des Américains. Ses 71 ans, comparés aux 46 ans de son adversaire, seront notamment mis en lumière au cours de la campagne. Or les électeurs âgés se méfient parfois d'un vieux président tandis que les jeunes électeurs ne craignent guère un président trop vert...

07 mai 2008

Calamity Hillary

    The game is over.  Hillary Clinton a perdu hier les minces chances qui lui restaient de décrocher l'investiture démocrate. Sa très courte victoire dans l'Indiana et sa large défaite en Caroline du Nord lui interdisent désormais tout espoir de convaincre les "super-délégués" de son parti de se porter à son secours. Barack Obama sera bien le candidat démocrate opposé au républicain John McCain à l'automne prochain.

    Et pourtant, l'ancienne "first lady" a encore juré qu'elle continuait le combat et demandé à ses supporters de l'aider financièrement. Cet entêtement doit beaucoup au caractère de cette forte personnalité qui, assurée du soutien de l'establishment démocrate, croyait presque que le job de la Maison Blanche lui revenait de droit. Il n'en est pas moins très dommageable politiquement pour les démocrates. Les précédents historiques montrent que le parti qui a connu l'épreuve de primaires prolongées perd généralement l'élection générale.

    Le risque pour Obama est d'autant plus réel que Clinton n'a pas hésité à creuser de dangereuses divisions, sociologiques et même raciales, au sein de l'électorat démocrate pour affaiblir son rival. Sa campagne démagogique, aux accents parfois proches de la propagande républicaine, laissera des traces. Le contexte général - rejet de la guerre en Irak, inquiétudes générées par la crise économique, aspiration au changement après deux mandats républicains - favorise certes l'alternance. Mais Obama devra faire preuve d'une grande habileté pour réunifier son parti, un camp divisé étant toujours promis à la défaite.

09 avril 2008

Virage américain

    Barack Obama a repris l'avantage dans la course à la Maison Blanche. Grâce à son discours marquant sur le racisme, le sénateur de l'Illinois est sorti par le haut de la polémique orchestrée autour du pasteur Wright. Il devance à nouveau nettement Hillary Clinton dans l'électorat démocrate. Mieux, dans la plupart des dernières enquêtes d'intentions de vote, Obama obtient désormais un score supérieur à celui de John McCain.

    Le candidat démocrate métis a certes encore des épreuves à endurer avant de décrocher l'investiture démocrate tandis que son adversaire républicain demeure redoutable. Mais l'état de la société américaine suggère une évolution de fond porteuse pour Obama. L'aspiration à un changement profond est mise en évidence par un très intéressant sondage New York Times-CBS News. On y apprend que pas moins de 81% des Américains - un chiffre record - estiment que leur pays va dans la mauvaise direction. Le bilan du dernier mandat de George Bush est très sévèrement jugé: 67% des sondés trouvent que les choses ont empiré depuis cinq ans.

    Même si McCain cultive un style particulier, le candidat républicain, tout de même soutenu par le président sortant, aura bien plus de mal que son adversaire démocrate à incarner cette soif de rupture. D'autant plus que cette enquête révèle aussi de sérieuses évolutions idéologiques aux Etats-Unis. Alors que les inquiétudes liées à la crise économique prennent le pas sur le terrorisme, les idées conservatrices ont perdu du terrain. Une majorité d'Américains soutient désormais une augmentation des impôts pour les plus riches afin d'aider les autres. Et la proportion de ceux qui souhaiteraient "un gouvernement plus fort qui offre plus de services" atteint son plus haut niveau depuis 1991.

    Tout ceci est de bon augure pour le candidat démocrate. Clinton a déjà singulièrement gauchi son discours par rapport aux thèses des "new democrats" qu'elle véhiculait ces dernières années. A sa manière, Obama a lui aussi saisi ces nouveaux équilibres. Dans un discours de fond consacré aux questions économiques, il a mis en cause les excès d'un marché insuffisamment régulé. S'en prenant explicitement aux politiques mises en oeuvre dans les années 80 et 90, sous les administrations républicaines mais aussi démocrates, il a prôné un nouveau modèle de régulation économique sur fond de critique de l'ultra-individualisme ("la vérité est que chaque Américain fait mieux lorsque tous les Américains font mieux").

    Il peut évidemment se passer bien des choses d'ici novembre. Mais l'état profond d'une société américaine traumatisée par la guerre en Irak et la récession économique favorise incontestablement l'alternance. Et si Obama, le candidat démocrate le plus à gauche depuis le malheureux George McGovern en 1972, devait succéder à Bush, le virage politique de l'Amérique serait spectaculaire.

AJOUT LE 14 AVRIL:

    Une étude de deux experts américains confirme l'évolution des équilibres idéologiques aux Etats-Unis. Si les Américains se méfient toujours du "big government", ils souhaitent un engagement public plus important et croient beaucoup moins aux réponses conservatrices.

21 mars 2008

Leçon Obama

    Le soutien de Bill Richardson, seul gouverneur hispanique des Etats-Unis, à Barack Obama vient à point nommé. L'électorat "latino" est une composante stratégique du combat qui se livre au sein du parti de l'âne. Le candidat "noir" à l'investiture démocrate connaît un "momentum" délicat dans sa compétition avec Hillary Clinton suite aux polémiques créées par la révélation d'anciens propos anti-américains de son pasteur Jeremiah Wright. Les sondages ont noté un décrochage, tant par rapport à sa rivale démocrate qu'à son éventuel compétiteur final républicain.

    Mais cet appui pèsera sans doute bien moins, dans l'issue de la bataille, que le discours audacieux prononcé par Obama le 18 mars sur la question raciale. S'il doit finalement gagner, ce sera grâce à lui. S'il doit perdre, ce sera à cause de lui ! C'est dire s'il faut l'entendre ou le lire (le plus simple est d'imprimer le texte publié par le NYT) - particulièrement ceux qui, en France, sont prisonniers de la caricature d'une démocratie américaine forcément superficielle.

    Le bon accueil réservé à ce discours par nombre de commentateurs américains, qui ne préjuge nullement de son impact dans l'Amérique profonde, s'explique aisément. Pris au piège d'une controverse potentiellement fatale pour lui, Obama riposte en prenant à bras-le-corps la question du racisme. Notons,  en passant, qu'il n'en avait jamais fait un argument de vente du style: "Vous dites que je suis incompétent parce que je suis Noir" (suivez mon regard)...

    Prenant appui sur sa biographie personnelle, de métis comme chacun sait, Obama commence par assumer sans fard sa part de "négritude". Disant tout haut ce que tout le monde pense tout bas aux Etats-Unis, mais sans la démagogie instrumentale que cette expression revêt ici, le candidat potentiel à la présidence analyse ensuite de manière concrète les frustrations réciproques des Noirs et des Blancs. On est loin ici du discours "anti-raciste" aussi moraliste qu'abstrait et inefficace. Obama précise, au contraire, les multiples causes historiques, économiques et sociales des tensions raciales.

    Ces propos rassureront ceux qui, comme moi, commençaient à s'interroger sur la profondeur des convictions d'un homme qui a un peu trop joué sur son charisme. Ce discours, qui restera peut-être fameux, est marqué du sceau d'un authentique progressisme à l'américaine - c'est-à-dire mâtiné d'espérance chrétienne.

    A quand un discours comparable dans une France elle aussi travaillée par des tensions raciales qui disent encore moins leur nom qu'aux Etats-Unis ? Au mieux parle-t-on de "communautarisme" ou de rivalités "ethniques"... La classe politique vante une politique homéopathique de la "diversité". Mais ce n'est pas Rachida Dati, certes pas encore candidate à la présidence de la République (fort heureusement), que l'on imagine prononcer un discours du même type que celui d'Obama.

Ceux qui, comme moi, se passionnent pour les élections américaines (autrement plus excitantes que les municipales françaises) suivront tout particulièrement:

- La couverture très complète de Marjorie Paillon

- Le blog très éclairant du correspondant d'Europe 1 aux USA François Clemenceau.

03 mars 2008

Face à McCain

    Le plus dur est loin d'être fait pour Barack Obama. Sauf improbable renversement de tendance, le leader métis est sur le point de décrocher l'investiture démocrate à l'élection présidentielle (oui, je m'avance !). La campagne de la peur tentée désespérément par Hillary Clinton sent l'échec. Mais, pour Obama, le chemin est long et semé d'embûches d'ici le 4 novembre. Si les sondages lui donnent aujourd'hui souvent une légère avance sur John McCain, qui portera les couleurs républicaines dans la bataille, l'issue finale demeure ouverte.

    McCain est un animal politique particulièrement coriace. En 2000, il avait déjà fourni la preuve de ses talents politiques en menant une brillante campagne pour l'investiture républicaine, même s'il avait finalement dû s'incliner face à George Bush. Vétéran de la guerre du Vietnam, sénateur depuis plus de vingt ans, il pourra faire valoir l'argument d'expérience déjà utilisé par Clinton contre Obama. Un ancien conseiller de Jimmy Carter suggère à ce dernier quelques idées pour contrer ce genre d'attaques.

    Des analystes de sensibilités diverses considèrent d'ailleurs que plusieurs avantages qui expliquent le succès d'Obama face à sa rivale démocrate disparaîtront dans le combat décisif contre le candidat républicain. Le conservateur Kevin A. Hassett estime qu'il ne pourra plus se présenter comme un candidat du futur face au passé incarné par Clinton, et que ses indéniables talents réthoriques ne pourront dissimuler une orientation trop à gauche pour l'électorat.

    En fait, la grande question est de savoir si Obama saura densifier son message politique pour résister à l'accusation de "vacuité" que donne parfois ses chatoyants discours. Le double écueil à éviter est de rester dans un flou inquiétant ou bien de clarifier ses positions dans un sens trop progressiste par rapport à l'état de la société américaine.

    Parions tout de même qu'Obama n'est pas si mal parti que cela. D'abord parce que le camp démocrate pourrait paradoxalement plus facilement se retrouver derrière lui que les républicains derrière McCain. Le parti de l'âne sort surtout d'un affrontement de personnes et d'images. Le parti de l'éléphant, lui, a étalé au grand jour des désaccords idéologiques profonds. L'atypique McCain est détesté par beaucoup de conservateurs (qui ne lui pardonnent pas certaines de ses positions). Obama est a priori mieux placé pour convaincre la fraction stratégique des électeurs "indépendants" tout en conservant le soutien de la base démocrate.

    Obama est encore avantagé par l'agenda politique actuel. Les deux questions qui semblent aujourd'hui prioritaires aux yeux des Américains sont l'état inquiétant de l'économie et la guerre en Irak. Au moins sur ce dernier point, le candidat démocrate est plus en phase avec l'opinion que son adversaire. Demeure une seule certitude: la bataille sera très rude, avec sans doute pas mal de coups en-dessous de la ceinture.

AJOUT LE 5 MARS:

 J'aurais été plus prudent d'attendre, comme je l'avais initialement prévu, le résultat des votes du 4 mars pour publier cette note... Mais j'ai parfois l'esprit joueur ! Une chose est certaine: contrairement à ce que je pensais, la campagne de la peur choisie dans la dernière phase par Hillary Clinton (le scandaleux clip du réveil à 3H) semble avoir été efficace. Barack Obama a également souffert des polémiques autour de son attitude ambigüe à l'égard de l'ALENA et de la remontée à la surface d'anciennes relations d'affaires douteuses. Notons que les sondages, qui ont fourni de bonnes appréciations sur les scrutins de cette nuit, avaient relevé le retournement de tendance au Texas des derniers jours.

    Reste que les victoires de Clinton dans l'Ohio et le Texas ne lui permettent pas vraiment d'espérer conquérir démocratiquement l'investiture de son parti. Tous les spécialistes notent qu'il lui est mathématiquement presque impossible de rattraper son retard en délégués élus sur Obama. Sa seule chance serait d'atteindre suffisamment gravement l'image de son adversaire pour convaincre l'establishment démocrate (et les fameux "superdélégués") de lui accorder l'investiture contre le vote populaire. Après une telle bataille, ses chances de battre McCain seraient cependant très amoindries.

    La ténacité d'Hillary place ainsi le parti démocrate dans une situation fort délicate. Obama garde les meilleures chances de devenir son candidat. Mais la résistance de sa concurrente l'affaiblira inévitablement dans son combat final contre le champion républicain. La première phrase de mon billet tient parfaitement la route: "Le plus dur est loin d'être fait pour Obama" ;-)

04 janvier 2008

Baraka Obama

    Bien sûr, le drôle de processus du "caucus" de l'Iowa, qui donne le coup d'envoi des primaires américaines, est critiquable d'un strict point de vue démocratique. On peut grimacer face aux votes à main levée (chez les Républicains) et aux attroupements hasardeux de partisans dans les gymnases (chez les Démocrates). On peut s'indigner de ce que deux millions d'électeurs inscrits dans un petit Etat absolument pas représentatif de cet immense pays jouissent, élection après élection, du privilège de faire tomber le premier verdict populaire. L'éditorial du "New York Times" s'émeut, non sans raison, du ridicule qui accompagne un système archaïque générateur d'une débauche de moyens financiers pour toucher les premiers à voter.

    Il reste que l'exercice n'est pas sans intérêt. Par son atypisme même, le système traditionnel des caucus introduit un piment d'incertitude dans le processus électoral américain. Dans le camp démocrate, très sûre d'elle au point de maltraiter les médias, Hillary Clinton, semblait invincible. Barack Obama a réussi à la détrôner grâce à la mobilisation d'une base démocrate plus libérale - comprendre plus à gauche - dans ce petit Etat plutôt conservateur.

    L'histoire enseigne que les résultats de premiers caucus sont rarement prédictifs du choix final des candidats par les deux principaux partis. Frappant les esprits (lire l'analyse enthousiaste de David Brooks), la performance d'Obama a néanmoins de bonnes chances de changer la donne. Clinton restera-t-elle prochainement aussi largement en tête dans les sondages nationaux ? L'ancienne First Lady est aussi sérieusement menacée d'être devancée par son rival dans le New Hampshire qui vote le 8 janvier. A force d'insister sur son "expérience", qui la prédestinerait à retourner à la Maison Blanche, Hillary a fini par agacer certains Américains. Après tout, si elle devait être élue en novembre, les familles Bush et Clinton dirigeraient les Etats-Unis pour au minimum 24 années !

    L'argument du changement, leitmotiv d'Obama, porte d'autant. A l'innovation de porter une femme à la Maison Blanche a succédé celle d'élire un Noir même s'il n'est pas exactement "afro-américain". Le sénateur de l'Illinois occupe également une position centriste stratégique au sein du Parti démocrate, entre les tendances droitières des "new democrats" qui soutiennent Clinton et les postures populistes de John Edwards. Obama réalise enfin une audacieuse synthèse entre les nouveautés qu'il incarne et un discours on ne peut plus traditionnel qui réactive le "rêve américain".

    L'affaire est cependant loin d'être jouée. Obama inquiète à juste titre pour son manque d'épaisseur politique (il est plus flou que Clinton sur bien des sujets). Surtout, sa rivale dispose de l'appui de l'establishment de son parti. Or celui-ci finit généralement par imposer ses choix dans le système des primaires.

    Une chose semble certaine: les Démocrates sont mieux partis que les Républicains. La victoire de Mike Huckabee dans l'Iowa déporte plus encore le parti de l'Eléphant vers la droite. Et la plus extrême confusion règne dans ce camp, partagé entre quatre candidats - le pasteur à la guitare, John McCain, Rudy Giuliani et Mitt Romney - qui gardent à ce stade de réelles chances.   

08 novembre 2006

Amérique recentrée

    La conquête, par les démocrates, de la Chambre des représentants marque la fin d'une ère de douze années. C'est en 1994 que les républicains s'en étaient emparés grâce à un spectaculaire raz-de-marée électoral. Sous la houlette de Newt Gingrich, la droite américaine s'efforça de pousser les feux d'une intransigeante "révolution conservatrice".
    Le vote du 7 novembre n'annonce toutefois pas un virage à gauche symétrique. Les Américains ont d'abord sanctionné la désastreuse politique irakienne de George Bush, mais aussi la corruption dans le camp républicain. Les commentateurs (lire les analyses du New York Times, du Washington Post et du Los Angeles Times) soulignent que ce sont souvent des candidats démocrates modérés, voire conservateurs, qui ont permis de gagner la majorité. L'électorat "centriste", au regard des équilibres idéologiques américains, a quitté les républicains. Dans ce contexte, les démocrates ne devraient pas s'engager dans une opposition trop radicale à l'administration Bush. Et celui-ci retrouvera partiellement les charmes de la négociation avec une majorité démocrate (conservatrice) qu'il avait longtemps connue comme gouverneur du Texas.

30 mai 2006

Vague atlantiste

    L'Europe est en panne. Elle est orpheline de projet, se lamente-t-on de toutes parts un an après l'échec du référendum constitutionnel. C'est un petit peu exagéré. Certains dirigeants européens caressent toujours un grand dessein. Pourquoi ne pas bâtir une puissante Euramérique, par exemple ?
    Le Parlement européen discute demain en séance plénière d'un "rapport sur les relations économiques transatlantiques" qui vaut le détour. Adopté en avril par la Commission du commerce international, ce texte propose de créer un "marché transatlantique libre d'entraves" à l'horizon 2015. Il s'agit d'éliminer non seulement les "barrières tarifaires" qui subsistent mais aussi les différences de règlementations qui gènent le libre-échange. On peut imaginer dans quel sens se ferait l'harmonisation des normes en matière de santé ou de sécurité... A nouveau, la finance est à l'avant-garde de cet enthousiasmant mouvement d'intégration. C'est dés 2010 que les services financiers et les marchés de capitaux devraient baigner dans l'union transatlantique.
    Ce rapport est dû à Erika Mann, députée européenne socialiste allemande. Cet élue est très engagée dans la cause atlantique puisqu'elle est aussi coprésidente du lobby "Transatlantic Policy Network" qui mêle milieux d'affaires et dirigeants politiques. Tout cela est quand même infiniment plus sérieux que les rêveries fédéralistes ou les slogans sur "l'Europe sociale"...

05 mai 2006

Fin de Blair

    La fin de règne de Tony Blair s'annonce difficile. Le New Labour a essuyé une cuisante défaite aux élections locales d'hier. D'après les projections nationales de la BBC, ce parti serait même arrivé en troisième position (avec 26% des suffrages) derrière les conservateurs (40%) et les libéraux-Démocrates (27%). Les travaillistes ont particulièrement souffert dans la région de Londres où ils perdent plusieurs de leurs bastions. Pis encore, ce scrutin a permis la percée du parti d'extrême droite BNP (British National Party) au sud-est de la capitale.
    Expliquer ces déboires par le climat de la campagne électorale - marqué par les frasques sexuelles d'un ministre et la grosse bourde d'un autre - serait certainement réducteur. Au fond, la magie Blair a disparu. Son refus de reconnaître s'être trompé à propos des introuvables "armes de destructions massives" en Irak avait déjà sérieusement entamé son crédit. De la réduction du budget des hôpitaux à l'introduction de financements privés dans les écoles publiques, son gouvernement a multiplié les sujets de mécontentements. La droitisation du New Labour est d'autant plus périlleuse que le Parti conservateur s'est spectaculairement recentré sous la houlette de son nouveau leader David Cameron. Celui-ci n'a pas hésité à donner une couleur écologiste à sa campagne avec l'étrange slogan: "Vote blue, go green".

27 avril 2006

Marque al-Qaida

    Intéressant et inquiétant article d'Arnaud de La Grange, ce matin dans Le Figaro, sur la réalité du terrorisme islamiste. Al-Qaida est décidément bien plus une marque, voire une sorte d'agence de conseil en terrorisme, qu'une organisation hiérarchisée donnant ses ordres ici et là. Elle sert de référence à des groupes locaux très variés dans leurs motivations mais réunis par leur haine de "l'Occident". Cette décentralisation du terrorisme complique assurément la lutte contre lui. Son enracinement dans des contextes nationaux divers contredit plutôt la thèse de la "guerre mondiale" contre le terrorisme qui reste la doctrine officielle des Etats-Unis. L'efficacité du combat anti-islamiste passe sans doute par un patient et profond travail de police éclairé par une meilleure connaissance des apprentis djihadistes.

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