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Economie

02 janvier 2007

Vases communicants

    Des travailleurs chinois remplacent des Roumains partis travailler en Italie tandis que des ouvriers ukrainiens prennent la relève de Polonais émigrés en Grande-Bretagne. Deux articles récents publiés par Le Figaro et Le Monde éclairent les nouvelles vagues migratoires qui frappent l'Europe de l'Est à l'heure où la Bulgarie et la Roumanie rejoignent l'Union européenne. L'ouverture du marché britannique et irlandais a provoqué la "ruée vers l'Ouest" d'un grand nombre de Polonais qualifiés, notamment dans le secteur du bâtiment. D'où une pénurie désormais comblée par l'arrivée, souvent clandestine, de travailleurs ukrainiens, biélorusses ou encore roumains. Depuis l'entrée de la Pologne dans l'UE, on estime à un million le nombre de ceux qui ont quitté leur pays.
    En Roumanie, l'exode n'a pas attendu l'entrée officielle dans l'Europe. Deux millions de personnes - soit un quart de sa population active - travailleraient dans un autre pays, généralement en Italie ou en Espagne, la moitié clandestinement. Là aussi, la pénurie de main d'oeuvre se fait désormais sentir. Et voici que des ouvrières chinoises commencent à être importées dans certaines usines. Elles triment presque aussi dur qu'en Chine mais gagnent quatre fois plus d'argent. De même, un maçon polonais peut multiplier par quatre ses revenus en travaillant en Grande-Bretagne... Cette mise en concurrence planétaire des salariés est sans doute économiquement efficace. Elle s'accompagne pourtant d'un cortège de difficultés sociales qui, pour être difficilement mesurables, n'en sont pas moins réelles.

10 novembre 2006

Addict Messier

    C'est plus fort que lui. Jean-Marie Messier ne peut rien faire d'autre que de jouer au Monopoly de l'hypercapitalisme financier. L'ancien "maître du monde" autoproclamé replonge dans la drogue des fusions-acquisitions. L'homme qui a précipité Vivendi dans une quasi-banqueroute (14 milliards de dollars de pertes en 2001) en procédant à quelques 77 milliards de dollars d'acquisitions s'est reconverti - si l'on ose dire - dans le conseil  aux entreprises qui veulent acheter et restructurer. Avec son culot proverbial, Messier assure que ses échecs passés garantissent le sérieux de ses avis. Il saurait désormais ce qu'il ne faut pas faire...
    Apparemment, cela marche (lire l'article sur le site de l'International Herald Tribune). Il a déjà prodigué ses sages conseils à Lagardère, Schneider Electric et PPR et plusieurs grandes sociétés internationales de capital investissement comme Clayton, Dubilier & Rice. J2M prévoit de doubler les effectifs de sa petite entreprise new-yorkaise. Le business des fusions-acquisitions se porte, il est vrai, à merveille: 2,9 trillions de dollars par an. L'anthropophagie capitaliste a de l'avenir. Ses serviteurs sans scrupule aussi.

27 février 2006

Libéral-protectionnisme

    La fusion précipitée de Suez et GDF, annoncée par le Premier ministre en personne pour éviter au premier de tomber sous la coupe du groupe italien ENEL, forme un curieux précipité de politique économique. La motivation affichée de défendre un "patriotisme économique" dont la cohérence avec la construction européenne reste à démontrer permet d'accélérer le processus de privatisation des entreprises publiques de l'énergie. L'éditorialiste du quotidien économique "La Tribune" relève "l'étrange logique d'une opération consistant, quel que soit l'affichage retenu, à livrer une entreprise publique florissante et sans histoire à une entreprise privée menacée d'OPA par un concurrent étranger". Pascal Aubert s'inquiète aussi de la rivalité qui s'annonce entre les deux géants français de l'énergie que seront EDF et la nouvelle entité.
    A propos, était-il impossible de rapprocher EDF et GDF pour protéger ce dernier ? André Canovas, secrétaire général de la fédération Unsa de l'énergie, estime que cette solution a été écartée pour des "raisons idéologiques". Toujours est-il que l'Etat ne détiendra plus qu'un tiers du capital de GDF fusionné avec Suez. La promesse solennelle faite par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie, que la part du capital privé dans GDF ne dépasserait pas les 30% date seulement de 2004.

17 janvier 2006

Contrat sur les jeunes

    C'est une nouvelle version de la stratégie du salami. On commence par institutionnaliser la précarité dans les entreprises de moins de vingt salariés au prétexte de leur fragilité économique. Cela s'appelle le "contrat nouvelles embauches" (CNE) qui condamne le salarié à une "période d'essai" de deux ans. Cinq mois plus tard, on élargit ce dispositif aux entreprises de plus de vingt salariés qui embauchent un jeune de moins de 26 ans. Cela se nomme "contrat première embauche" (CPE) avec, toujours, une période d'essai de deux ans pudiquement rebaptisée "période de consolidation de l'emploi". La présidente du Medef, Laurence Parisot, a manifesté son manque de sens politique en critiquant à l'avance ce dispositif. Elle aurait souhaité une généralisation immédiate du CNE, sans comprendre que le CPE n'est que la deuxième étape d'une stratégie qui n'est pas arrivée à son terme.
    En lançant le CPE, Dominique de Villepin oublie son engagement de procéder à une évaluation approfondie du CNE avant de poursuivre dans cette voie. Une enquête Ifop auprès de très petites entreprises laisse pourtant songeur: 70% des CNE signés concernent des emplois qui auraient, de toutes façons, été pourvus par ces entreprises, dont 57% par un CDI ! S'il incite à l'embauche dans 30% des cas, ce dispositif plonge aussi dans la précarité des salariés qui y auraient autrement échappé. Et l'on remarque, dans la même enquête, que seulement 43% de ces entreprises affirment avoir l'intention de conserver leur employés au terme des deux ans d'essai, la majorité restant dans l'expectative.
    Ces nouveaux contrats n'ont pas fini de générer rancoeurs et désillusions. On les justifie au nom d'un réalisme résigné et défensif. Mieux vaut la précarité que le chômage, deux ans de "consolidation de l'emploi" plutôt qu'une dizaine d'année de galère pour les jeunes etc. Soulignons tout de même que le CPE n'offre aucune garantie quant à la durée de la période de précarité lors de l'entrée sur le marché du travail. Les stages et autres CDD réalisés dans une même entreprise sont comptabilisés dans la fameuse période de deux ans. Mais le compteur revient à zéro dés que l'on change, pas forcément volontairement, d'entreprise. Soulignons encore que ces contrats de travail basés sur une "liberté" cousine de la défiance n'amélioreront certainement pas la qualité de l'engagement des jeunes dans l'entreprise.
     Tout cela n'implique pas de s'en tenir au statu quo. L'idée de fusionner le CDI et le CDD n'est pas, en soi, mauvaise. A condition de placer le curseur entre flexibilité et sécurité à un endroit raisonnable. Une période d'essai d'un à trois mois est effectivement parfois trop courte et les entreprises devraient pouvoir se séparer plus facilement des salariés manifestement incompétents. Ce n'est pas une raison pour basculer dans l'excès inverse et une gestion au jour le jour de la force de travail. L'intérêt bien compris des entreprises est de traiter les "ressources humaines" autrement que comme une pure variable d'ajustement conjoncturel.

08 décembre 2005

Bourse et emploi

    Trois semaines après son introduction en bourse, EDF annonce la suppression de 6000 emplois en deux ans. Fâcheuse coïncidence qui n'en est pas tout à fait une. Si le choix stratégique de ne remplacer qu'un départ à la retraite sur trois a été effectué avant l'ouverture du capital, il obéit à une même logique de compétitivité. Dominique de Villepin appelle cela "les exigences du monde d'aujourd'hui".
    La privatisation partielle d'EDF, inévitable dés lors que le marché de l'électricité était libéralisé au niveau européen, ne fait pas que des heureux. Jusqu'à présent, les "petits porteurs" qui croyaient avoir trouvé là une nouvelle bonne affaire ont été déçus. Le prix d'introduction de l'action EDF, calculé dans des conditions rocambolesques, a visiblement été surestimé. L'annonce de suppressions d'emplois dope souvent les cours de bourse. Mais une étude datant de quelques années montrait que, sur le moyen terme, les sociétés destructrices d'emplois enregistrent de moins bonnes performances financières que celles qui augmentent le nombre de leurs salariés.

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