La deuxième illusion qui n'a pas résisté à la cruelle épreuve du réel est celle du mythe qu'une cloison étanche séparerait la méchante finance de la saine économie. La fragilisation du système bancaire, la crise de liquidité qui menace, le plongeon des marchés financiers, tout ceci ne peut qu'avoir de sérieuses conséquences sur l'économie réelle. S'il existe des bulles spéculatives sans rapports avec les fondamentaux, les difficultés rencontrées par les mécanismes financiers ont forcément des effets sur la vie des entreprises.
Une troisième illusion est en passe de s'envoler : celle des réponses nationales à une crise dont tout montre qu'elle est devenue pleinement internationale. Les Etats-Unis, et on ne saurait le leur reprocher, ont été les premiers à prendre le problème à bras-le-corps avec le fameux plan Paulson voté, non sans mal, par le Congrès. De la Belgique à l'Irlande, en passant par l'Islande et quelques autres, d'autres pays sont venus au cours de leurs systèmes financiers menacés. Malheureusement, ces réponses n'ont pas totalement rassuré les marchés, c'est un euphémisme. Surtout, elles n'apportent aucune réponse systémique à la crise.
Le drame de la situation actuelle, c'est qu'on discerne mal quelle réponse internationale pourrait concrètement être apportée à cette crise. Le vœu exprimé par Nicolas Sarkozy de rebâtir un nouveau système financier international, par référence aux célèbres accords de Bretton Woods de 1944, risque de rester longtemps pieux. Le monde d'aujourd'hui est tiraillé entre l'hyperpuissance américaine et l'émergence de nouvelles puissances. Aucune instance de régulation efficace n'existe pour définir un système alternatif au désordre ambiant.
Le G7 des pays les plus riches du monde ne peut plus être le directoire des affaires du globe qu'il avait pu prétendre être. Il ne lui suffit même pas de s'élargir à la Russie en devenant G8. La montée en puissance, économique mais aussi politique, de la Chine et de l'Inde compliquent désormais singulièrement la donne. Un monde objectivement de plus en plus multipolaire manque d'instance sérieuse de décision.
On rétorquera peut-être que le FMI existe. « C'est la réponse multilatérale qui est la bonne », répète Dominique Strauss-Kahn, son président, sur tous les tons. Il a évidemment raison, mais cela ne fait pas beaucoup avancer les choses. Le Fonds monétaire international, qui a surtout tiré la sonnette d'alarme dans cette crise en prévenant qu'elle aurait des conséquences sur la croissance, n'est au demeurant pas le mieux placé pour aider concrètement à la résoudre. Dans la dernière période, il est surtout intervenu, avec des résultats très controversés, pour sortir des pays d'Amérique Latine ou d'Asie de graves crises financières. Le FMI ne semble pas vraiment outillé ni expérimenté pour conduire une médication lorsque le cœur du système capitaliste développé est atteint.
Faute de régulation mondiale, on pourrait se rabattre sur des actions continentales. C'est là que l'Europe est attendue au tournant. Elle n'en prend pourtant pas facilement le chemin. La réunion du G4 des pays européens membres du G8 n'a pas débouché sur une réponse commune à la crise. Les Allemands et les Britanniques ayant bloqué le projet d'un plan européen, les dirigeants des quatre pays se sont contentés d'affirmer leur accord… pour agir chacun de leur côté ! Les Italiens et les Français reviendront sans doute à la charge lors du sommet européen du 15 octobre. Si l'Europe devait échouer face à cette épreuve, on serait en droit de se demander l'intérêt, pour elle, d'avoir créé une monnaie commune. Et cela ajouterait une troisième impuissance.
Article publié sur marianne2.fr
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