Sauf incroyable rebondissement, Nicolas Sarkozy a déjà perdu l'élection présidentielle. Mais François Hollande n'est pas encore assuré de l'emporter. Et, surtout, de fortes incertitudes pèsent sur les conditions de la probable victoire du candidat socialiste. Tels sont désormais les enjeux de la campagne.
Un Président près de la sortie
Sans marquer de véritable tournant, la semaine dernière a installé un rapport de force très défavorable au Président sortant. Trois enquêtes d'intentions de vote (celles de BVA, de l'Ifop et de TNS-Sofres) ont été réalisées après l'intervention multitélévisée de Sarkozy de ce dimanche. Ils prennent en compte les effets du discours du Bourget et de la présentation du programme de Hollande.
Le verdict est sans appel. Le candidat socialiste écrase toujours le Président-candidat avec des scores exceptionnels à ce stade de la campagne (57 à 58% au second tour). Il conforte son avance au premier tour (31 à 34% contre 24,5 à 26%).
Contrairement à ce qui a souvent été affirmé, les enquêtes d'intentions de vote de la fin janvier sont pertinentes quant à l'équilibre global de l'électorat. En 1988, 1995 et 2007, elles indiquaient déjà le camp gagnant. En 1981 et 2002, elles révélaient que les jeux étaient très ouverts.
La dernière vague de sondages conforte la probabilité d'un duel Hollande-Sarkozy au second tour. A ce stade de la campagne, on ne peut cependant pas exclure deux hypothèses.
Le scénario (possible) de Marine Le Pen au second tour
Au cours de la dernière séquence, Sarkozy semble avoir solidifié son socle électoral. Les dernières enquêtes situent Marine Le Pen dans la fourchette de 15 à 19% avec une tendance à la baisse.
L'épisode du bal viennois de la candidate, venu rappeler de sulfureuses accointances d'extrême droite, risque de lui coûter cher. Mais le niveau réel de Le Pen est difficile à mesurer précisément et la dynamique d'une campagne peut encore lui être profitable.
Ses chances de devancer le Président sortant s'éloignent sans disparaître. Une telle hypothèse n'exposerait pas seulement Sarkozy au risque d'une humiliante élimination dès le 22 avril. Elle condamnerait simultanément Hollande à une victoire bien peu glorieuse contre l'extrême droite. On comprend que les socialistes redoutent, eux aussi, pareille configuration.
Le scénario (peu probable) de Bayrou au deuxième tour
Ils craignent moins aujourd'hui la qualification de François Bayrou pour le second tour. Le candidat centriste voit ses courbes d'intentions de vote se retourner après une phase de forte progression à la fin de l'année dernière. Crédité de 11,5% à 12% dans les toutes dernières enquêtes, il lui faudrait un nouveau rebond de grande ampleur.
Devenir le candidat de droite alternatif à Sarkozy (plutôt que le candidat alternatif à Hollande) serait sans doute la seule voie permettant à Bayrou de se qualifier pour le second tour. La défaite annoncée du Président sortant dans les sondages et les propres chances de Bayrou de l'emporter face à Hollande pourraient théoriquement faciliter un transfert du « vote utile » de droite sur sa candidature.
Tout cela reste pourtant très théorique. Sarkozy dispose d'un socle d'électeurs de droite légitimiste et âgé relativement incompressible. En outre, ses électeurs sont aujourd'hui les plus déterminés : 73% d'entre eux se disent « sûrs de leur choix » d'après l'Ifop. Et, parmi les 27% de « sarkozystes » qui pourraient changer d'avis, seulement 9% choisiraient Bayrou en « second choix ».
Au demeurant, Bayrou ne peut guère aller trop loin dans son virage à droite s'il ne veut pas perdre la composante importante de son électorat qui ne penche pas de ce côté. Le candidat du MoDem est celui qui a les soutiens les moins assurés : 69% de ses électeurs potentiels disent pouvoir encore changer d'avis ! Or, parmi ceux-ci, 21% envisageraient de voter Hollande contre seulement 14% Sarkozy. Bref, la partie s'annonce bien difficile pour le champion du centre.
Le scénario central : Sarkozy-Hollande (avec deux inconnues)
Le plus probable reste un duel Hollande-Sarkozy le 6 mai. Avec la victoire du candidat socialiste en perspective. Dans cette hypothèse, on peut distinguer deux inconnues qui constitueront aussi des enjeux importants de la campagne :
- La balance Bayrou-Mélenchon : les équilibres du premier tour pèseront lourd sur le prochain quinquennat. Le rapport des forces entre les candidats situés à la droite et à la gauche de Hollande, vainqueur présumé, déterminera pour une part les contours de la future majorité.
Pour simplifier (au détriment, on s'en excuse, de la candidature en difficulté d'Eva Joly), l'influence respective de François Bayrou et de Jean-Luc Mélenchon sera décisive.
Le candidat du Front de Gauche progresse tendanciellement dans les sondages. Crédité à l'heure actuelle de 7,5 à 9% des intentions de vote, il peut devancer le candidat centriste sur la ligne d'arrivée. Mélenchon dispose de soutiens d'autant plus fermes qu'ils sont plutôt âgés. Toute la question, pour lui, est de gagner un électorat populaire qui est loin d'être aujourd'hui acquis à sa cause.
- L'ampleur de la victoire : l'enjeu, pour Hollande, est enfin de décrocher une belle victoire au soir du 6 mai. Ce n'est pas pareil de gagner avec 52% des suffrages ou avec 55%. Il n'est pas indifférent de l'emporter au terme d'une campagne vibrante qui a pleinement mobilisé l'électorat ou bien de gagner sur fond d'abstentionnisme élevé et dans l'indifférence d'une large fraction des couches populaires.
L'anti-sarkozysme reste le principal moteur du succès hollandais. Il suffira pour être élu mais pas pour assurer la qualité de la victoire du candidat socialiste. Dans un pays en crise profonde, face à un électorat plutôt sceptique et désabusé, créer une dynamique propre ne sera pas une mince affaire.
Article publié sur Rue89.
Le scénario (peu probable) de Bayrou au deuxième tour.
rien que cette phrase discrédite votre analyse.
Dû à un manque de lucidité ou trop conditionné par les médias..
Ou alors ajoutez au titre de votre billet: (en se basant sur les sondages du jour)
C'est sûr que ça abaissera la valeur de l'analyse mais elle gagnera en crédibilité.
Rédigé par : Paul G. | 13 février 2012 à 14h43
vu l'écart actuel entre Bayrou et Sarkozy la probabilité de voir le premier au second tour est plus que réduite (sauf à croire que Bayrou récupère une bonne partie de l'électorat de Sarkozy
Rédigé par : philbr | 13 février 2012 à 15h44
Depuis octobre dernier, Eric Dupin considère la défaite de Sarkozy comme pratiquement inéluctable (de même qu’en 2007 il avait prédit sa victoire au moins un an à l’avance). Les faits semblent lui donner raison jusqu’à présent, ce qui l’amène tout naturellement à se projeter dans l’avenir.
Il est vrai qu’un Hollande à 52% (élu par défaut), ce n’est pas la même chose qu’un Hollande à 55% (toujours élu par défaut, mais avec un zeste de conviction). Je dis « élu par défaut » dans les deux cas, car un fait demeure : la gauche est minoritaire, et même très minoritaire (aux environs de 42%, si on fait la moyenne arithmétique des 3 sondages auxquels fait référence Eric Dupin). Il me semble qu’on considère généralement que 44-45 % est le niveau de premier tour qui permet à la gauche de nourrir des espoirs de victoire au second tour dans un affrontement traditionnel gauche-droite. Mais cette élection ne ressemble à nulle autre : c’est un référendum pour ou contre Sarkozy, à un point tel que je me demande si François Hollande n’est pas un peu « l’idiot utile » de l’élection 2012.
Une victoire étriquée de Hollande (aux alentours de 51-52%) assurerait-elle néanmoins, et ipso facto, une majorité socialiste à l’Assemblée nationale ? On peut se poser la question : certes, les socialistes bénéficieraient de l’élan de sa victoire, aussi faible soit-il ; mais en sens inverse, l’ « antisarkozysme », qui est le facteur structurant de cette campagne présidentielle, aurait disparu ipso facto lors des législatives. Et la gauche se retrouverait face à elle-même, orpheline de Sarkozy, et désespérément minoritaire dans le vote national.
Rédigé par : René Fiévet | 13 février 2012 à 20h16