La campagne présidentielle de 2012 promet de soumettre à rude épreuve la patience des électeurs. Ni François Hollande ni Nicolas Sarkozy ne sont pressés d'être pleinement candidats à l'Elysée. Le moindre de leurs faits et gestes est certes aimanté par l'échéance du 6 mai prochain.
Mais les deux principaux compétiteurs s'astreignent à une remarquable retenue stratégique. Le Président sortant se garde de descendre trop tôt dans l'arène électorale tandis que l'élu de la primaire socialiste gère précautionneusement le rythme de sa campagne, attentif qu'il est à ne pas en brûler les étapes.
Sarkozy cramponné à son statut de Président
On ignore quand Sarkozy officialisera une candidature qui ne fait de doute pour personne, pas même pour ce néophyte du suffrage universel qu'est Claude Guéant. Un tel acte ne devrait pas intervenir avant février ou mars. Ce timing est classique pour un Président sortant qui songe à se représenter devant les Français. François Mitterrand ne s'était déclaré que le 22 mars 1988 et Jacques Chirac le 11 février 2002.
L'actuel chef de l'Etat a pourtant des raisons que ses prédécesseurs n'avaient pas pour agir ainsi. Impopulaire comme aucun Président sortant à quelques mois du jugement électoral, il lui faut conserver le plus longtemps possible les avantages liés à sa fonction. C'est même en agissant comme Président que Sarkozy espère battre le plus efficacement campagne.
Il l'a prouvé lors de ses vœux du 31 décembre en annonçant un « sommet social » sur l'emploi, le 18 janvier, et en promettant que des mesures seraient prises à sa suite. De même a-t-il osé relancer la piste de la « TVA sociale » alors que cette thématique avait coûté électoralement à la droite pendant la campagne des législatives de 2007.
Dans la même logique d'un Président qui s'acharne à convaincre l'opinion qu'il agit, autant que faire se peut, pour « protéger les Français », Sarkozy n'a pas hésité à prendre ses ministres à contre-pied pour aider les salariés de SeaFrance à reprendre, sous forme de Scop, leur société en perdition. Là encore, la rentabilité électorale de la manœuvre est douteuse. Mais reconnaissons à Sarkozy d'être cohérent dans sa stratégie.
Hollande agrippé à son statut d'opposant
Par un compréhensible effet de symétrie, Hollande soigne sa posture de principal opposant au président en place. Pauvre en perspectives, son « adresse aux Français » est avant tout une charge tous azimuts contre le bilan sarkozyste. Le candidat socialiste sait que le rejet du Président sortant, toujours puissant dans le pays, reste son principal atout pour l'emporter au printemps. Et il est résolu à exploiter ce filon jusqu'au bout.
La crainte des socialistes serait que le débat tourne trop vite autour de leurs propres propositions au lieu de porter sur le bilan du quinquennat finissant. C'est pourquoi ils s'efforcent de pilonner l'adversaire sans dévoiler trop tôt leurs propres batteries. Au risque, bien évidemment, que Hollande semble faire du surplace en répétant tout le mal qu'il pense de son adversaire sans avancer ses propres idées et propositions.
Des projets introuvables
Il est vrai que les deux principaux candidats de la droite et de la gauche ont en commun d'entrer dans la compétition présidentielle sans projet clairement défini. Sarkozy n'est plus du tout dans la situation de 2007. Il y a cinq ans, il se présentait aux électeurs fort d'un projet de l'UMP forgé, sous son autorité, au fil de très sérieuses conventions thématiques. Emmanuelle Mignon, qui en était à l'époque la cheville ouvrière, grince aujourd'hui que « Sarkozy n'a pas de colonne vertébrale idéologique ».
Toujours est-il que l'UMP ne propose rien de très convaincant à mettre sous la dent de l'électeur. Le projet esquissé par le parti au pouvoir souffre d'influences contradictoires, Bruno Le Maire n'ayant guère eu les coudées franches. On ne sait ce que Sarkozy sortira lui-même de son chapeau le moment venu. Trouver les propositions qui font mouche sans tomber sous le coup de la démagogie éhontée ne sera pas une mince affaire. On comprend que le Président prenne son temps.
Pas de grand coup pour Hollande
Côté socialiste, les choses ne sont pas simples non plus. Les socialistes avaient accompli un important travail de fond avec leur « Projet socialiste ». Leur candidat n'en a pas moins pris soin de s'en distinguer, plus ou moins clairement, en arguant de l'aggravation de la crise et de sa propre singularité.
Au demeurant, Hollande n'a pas l'air de vouloir frapper un grand coup en dévoilant son projet présidentiel. Son entourage explique désormais qu'il ne faut plus attendre un tel document et que le candidat se contentera de préciser par petites touches, au fil de la campagne, ce qu'il entend faire une fois parvenu au pouvoir. Pour le reste, l'électeur est poliment renvoyé au « Projet » alors même que celui-ci a été relégué au rang de simple document de référence.
Mardi soir, sur France 2, Hollande a tout de même confié qu'il présenterait « à la fin du mois un projet dans la limite des moyens qui nous sont permis ». A en croire les confidences de ses proches, Hollande semble enclin à en retirer les mesures les plus sensibles, comme la fusion entre le CSG et l'impôt sur le revenu prête à se transformer en simple « rapprochement ».
Tant que les principaux candidats n'auront pas dévoilé clairement leur projet – François Bayrou n'a pas, lui non plus, encore franchi ce cap – la campagne présidentielle en restera à ses préliminaires. Qu'il ne faut ni bâcler ni prolonger exagérément.
Article publié sur Rue89.
Ne pourrait-on pas imaginer -et peut-être même, dans l'intérêt de la démocratie, souhaiter- que le piège du vote utile se referme sur le PS?
Si les sondages faisaient apparaître -ce qui pourrait se produire- que FB est un meilleur candidat de second tour que FH, les électeurs souhaitant la défaite de NS ne pourraient-ils pas en effet être tentés, au nom de l'argument du vote utile dont le PS a tant usé et abusé, de voter pour le candidat centriste? Dans la foulée de la présidentielle, le PS pourrait d'ailleurs peut-être remporter les législatives et gouverner ensuite avec ses alliés ou, plus vraisemblablement, constituer un gouvernement d'union nationale incluant des personnalités de la droite modérée (centistes, gaullistes sociaux etc.).
Rédigé par : chatel | 08 janvier 2012 à 14h21
A méditer : « La centralité de la candidature socialiste à gauche est désormais totale, que cela plaise ou pas, parce qu'elle parait la seule efficace pour atteindre le programme commun le plus élémentaire : être présent au second tour et battre la droite". Jean-Luc Mélenchon, décembre 2006.
(Avec l’aimable autorisation de M. Launay)
Rédigé par : D.H. | 09 janvier 2012 à 14h44
Je trouve que la campagne de Hollande est un cas d’espèce très intéressant pour les analystes politiques. C’est bien la première fois que l’on voit un candidat de gauche adopter à ce point une position de type centriste, sans se soucier outre mesure de mobiliser son propre électorat au premier tour. La seule comparaison est peut-être la campagne de Mitterrand en 1988, sur le thème de la « France unie », mais le contexte était quand même très différent.
Même si cela me désole, je ne peux m’empêcher de penser : mais a-t-il tort, du strict point de vue de l’efficacité électorale ? Si on regarde en effet les 3 derniers sondages (Harris interactive, Opinion Way et tout récemment IFOP) on s’aperçoit avec inquiétude que le total des voix de gauche ne dépasse guère les 40%, un niveau de départ qui, en toute logique, interdit à la gauche de gagner dans un affrontement « pur », droite- gauche, comme on les aime. Il faut donc brouiller les pistes, un exercice dans lequel, on le sait, François Hollande est un redoutable expert, et sans doute l’homme idoine. Et on voit bien qu’il est en train d’adopter la méthode dite de la triangulation, qui consiste à adopter les propositions, thèmes et références de ses adversaires pour mieux les neutraliser.
On en a eu un exemple récemment dans la lettre qu’il a publiée dans Libération où il a enrôlé sous sa bannière le général De Gaulle et le 13 mai 1958. Je le cite : « Comme en 1981, comme en 1958, ce qui est en jeu dans cette élection ... c’est l’indispensable redressement de la Nation. » On ne saurait être plus clair. Chose étrange, aucun journaliste politique n’a relevé ce point, alors qu’il s’agit d’un texte écrit, évidemment mûrement réfléchi, et dont tous les mots ont été pesés au trébuchet. Au fond, Hollande fait comme Sarkozy en 2007, qui avait recruté Jean Jaurès et Léon Blum dans ses discours de campagne. Cela ne lui avait pas porté tort.
Rédigé par : René Fiévet | 09 janvier 2012 à 17h02
Hollande est habile mais il n'a pas de fond et cela pourrait lui faire du tort. On ne saurait trop lui conseiller, par exemple, de cesser d'émailler ses discours de citations bidons pour faire croire qu'il est cultivé. Non seulement il réinvente Shakespeare ici mais là c'est Baudelaire qu'il caricature en transformant un passage très travaillé des _Phares_ en cette lamentable platitude : " le meilleur témoignage de notre dignité c'est la culture. " tout juste bonne pour un Sous-Préfet aux champs à l'occasion de comices agricoles.
Rédigé par : TDB | 25 janvier 2012 à 17h31