L’Europe sera sans doute doublement perdante au soir du 7 juin. Son avenir n’a guère été discuté au cours d’une campagne électorale dominée par des préoccupations hexagonales. Et les Français, comme d’autres peuples de l’Union, devraient manifester à nouveau leur désaffection pour le Parlement européen. Selon TNS-Sofres (1), 55% des électeurs déclarent ouvertement « s’intéresser » peu ou pas du tout au scrutin du 7 juin. Cette indifférence culmine chez les jeunes (69% parmi les 25-34 ans) et dans les catégories populaires (72% chez les ouvriers).
Un tel manque d’intérêt, pour des raisons examinées antérieurement (2), ne peut que saper la participation. On se dirige vraisemblablement vers un nouveau record d’abstention pour ce type de scrutin. Dans sa dernière enquête, l’Ifop (3) l’estime à 63%. Ipsos est légèrement plus optimiste avec un taux d’abstention prévisible de 58 à 62% des inscrits. L’apathie électorale serait encore plus impressionnante qu’en 2004 (57,2% d’abstention).
Cette faible participation attendue réduira la portée politique du scrutin. Lorsque moins d’un citoyen sur deux se rend aux urnes, le message envoyé par le corps électoral perd de son impact. Nul doute que les perdants, dimanche soir, en tireront argument pour relativiser leur contre-performance…
Le Parti socialiste est sans doute celui qui attendra avec le plus d’appréhension le verdict des électeurs. Du vote sanction anti-Barroso ou anti-Sarkozy à « l’Europe sociale » en passant par le vote utile ou efficace, le principal parti d’opposition n’a cessé d’ajuster son tir. Ce manque de continuité et de cohérence n’a pas échappé aux Français. Le PS est le parti qui a conduit une « mauvaise campagne » pour le plus grand nombre d’électeurs : 52% selon une enquête Ipsos (4), cette opinion étant même partagée par une majorité relative de 42% des sympathisants socialistes.
Soumis à forte concurrence, le PS a ainsi vu ses intentions de vote décliner au cours de la campagne pour se rapprocher dangereusement du seuil des 20%. La mise en scène de son unité lors du meeting commun de Martine Aubry et Ségolène Royal, à Rezé (Loire-Atlantique) le 27 mai, semble avoir permis d’enrayer cette dynamique négative. Le PS est repassé de 19% à 20% des votes potentiels d’après l’institut TNS-Sofres qui a sondé juste avant et après l’événement. Il reste à confirmer que cet effet ne se sera pas dissipé le jour du scrutin. Au mieux, les socialistes ne sont crédités que de 21,5% dans l’enquête la plus favorable.
A l’inverse, ce sont les écologistes qui ont mené la meilleure campagne selon l’enquête d’opinion citée plus haut. L’unité réalisée entre diverses sensibilités de cette mouvance semble devoir être récompensée par les électeurs. Les listes Europe-Ecologie ont eu tendance à gagner du terrain au cours de la campagne pour finir par menacer de dépasser le MoDem, avec 13,5% des intentions de vote dans l’enquête la plus généreuse.
Après avoir nettement progressé, le mouvement de François Bayrou s’est tassé en fin de campagne. Ramené à une fourchette de 11 à 13% dans les dernières intentions de vote, il rééditerait simplement la performance de l’UDF d’il y a cinq ans.
A la gauche du PS, c’est incontestablement le « Front de gauche » qui est le bénéficiaire de la campagne. L’alliance du PCF et du parti de Jean-Luc Mélenchon (5 à 7% des intentions de vote) a presque rattrapé le NPA d’Olivier Besancenot (5 à 7%). La détermination à aller voter étant nettement plus forte chez les premiers que celle des seconds, il n’est pas du tout exclu que le Front de gauche dépasse son concurrent.
A la droite de l’UMP, le paysage n’a guère bougé. L’alliance « Libertas » du MPF de Philippe de Villiers et des chasseurs de CNPT reste créditée de 4 à 6% tandis que le FN n’est pas parvenu à remonter la pente (4 à 8% des intentions de vote).
Reste l’UMP qui a continûment fait la course en tête lors de cette campagne atone. Le parti présidentiel a lui aussi subi une certaine érosion de ses intentions de vote en raison de la dispersion attendue des suffrages. Mais les dernières mesures le situent entre 25% et 27% de votes. Cela n’a toutefois rien d’extraordinaire pour un parti qui contrôle l’exécutif et le législatif. Et parions qu’une bataille des additions se déroulera dimanche soir pour contester la « victoire » de l’UMP. Car les opposants au pouvoir seront certainement majoritaires, la gauche devant aussi devancer la droite.
(1) Enquête TNS-Sofres-Logica-France Télévisions-Radio France-Le Monde, 2 juin.
(2) Voir cette chronique du 20 avril et du 22 mai.
(3) Enquête Ifop-Paris Match, 28-29 mai.
(4) Enquête Ipsos-SFR-Le Point-20 minutes, 29-30 mai.
Article publié dans Les Echos du 5 juin 2009.
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