François Bayrou serait-il en voie de communisation mentale ? On ne fait pas ici allusion à sa subite, et inexpliquée à ce jour, découverte des méfaits du libre-échange. C'est sa manière de pratiquer le débat politique qui rappelle étrangement Georges Marchais. L'ancien secrétaire général du PCF cognait avec une mauvaise foi égale à son culot d'acier. Le président du MoDem est à la même école. Il faut une bonne dose de malhonnêteté intellectuelle pour accuser Daniel Cohn-Bendit de connivence avec Nicolas Sarkozy en s'appuyant sur des propos du président de la République qui n'ont pas cette signification.
Bayrou rappelle encore Marchais par cette façon de s'en prendre aux médias et aux sondages comme bouc-émissaires de ses prévisibles difficultés électorales. Hier soir, sur France 2, l'ancien ministre centriste s'est toutefois distingué de l'ancien dirigeant communiste par une attaque en-dessous de la ceinture contre son concurrent ex-soixantuitard. Un manque de sang-froid étonnant pour un homme qui aspire obsessionnellement à la plus haute fonction de l'Etat. Les sondages décevants de fin de campagne pour le MoDem ont visiblement usé les nerfs de Bayrou. Mais cette manière de combattre lui coûtera certainement des suffrages. L'électorat de centre-gauche, plutôt éduqué, qui hésite entre Europe-Ecologie et le MoDem ne se laissera pas facilement convaincre par les grosses ficelles et les basses attaques de Bayrou.
Les chances d'Europe-Ecologie de dépasser le MoDem ont sans doute été renforcées par ce débat télévisé où Cohn-Bendit a été le participant le plus vif. Jean-Luc Mélenchon a également marqué des points par sa capacité à argumenter précisément. Pour le reste, chacun est resté fidèle à son image pour ne pas dire à sa caricature. Xavier Bertrand a fait preuve d'une louable placidité en répétant tranquillement deux ou trois formules. Martine Aubry s'est accrochée à un discours un tantinet abstrait. Olivier Besancenot a réitéré, avec un débit de mitraillette, son habituel propos. Marine Le Pen a manifesté, une fois de plus, son incompétence braillarde tandis que Philippe de Villiers semblait imiter sa propre marionnette.
D'accord avec vous sur le rapide tableau que vous dressez de nos "acteurs" politiques.
Pas d'accord avec votre refus de voir à quel point les français ne sont plus du tout en phase avec leurs médias... et vis et versa.
Les médias n'échappent, pire ils participent activement à ce qui apparaitra plus tard comme une énorme entreprise de démolition.
Rédigé par: noop | 05 juin 2009 à 15h00
Que voulez-vous dire noop ?
Si vous faites allusion à la responsabilité de France 2 et d'Arlette Chabot en particulier dans la déplorable tenue du débat d'hier soir (casting contestable avec les chefs de partis et non les candidats, mélange entre questions journalistiques et débat entre participants, mauvaise conduite des débats avec notamment un surréaliste tour de table sur le vin rosé), je suis d'accord avec vous. C'était tellement criant que j'avais choisi de n'en point parler.
Quant à la responsabilité des médias dans l'atonie de cette campagne, je crois en effet qu'ils n'ont pas fait beaucoup d'effort pour en présenter les enjeux. J'y avais fait allusion au début de ma chronique du 22 mai...
Rédigé par: Eric Dupin | 05 juin 2009 à 15h27
Eric, que pense JFK, que vous semblez connaitre **, de l'orientaion Marchaisienne de son "ami" Bayrou. JFK a-t-il choisi le mauvais cheval... ou le bon, car il correspond à son tempérament: "mauvaise foi" + "culot d'acier".
** http://ericdupin.blogs.com/murmures/2008/08/griffes-russes.html
et http://ericdupin.blogs.com/murmures/2008/10/au-revoir-maria.html
Rédigé par: Michel | 05 juin 2009 à 18h16
Michel,
Je n'ai pas vu JFK récemment mais je crains qu'il ne soit pas très choqué par le toupet de Bayrou...
Rédigé par: Eric Dupin | 05 juin 2009 à 18h34
Eric, votre crainte semble infondée. J'ai entendu JFK à France Inter ce soir. Il a pris conscience, me semble-t-il, que Bayrou a fait une bourde. Bourde qui a déjà des conséquences:
http://dinersroom.eu/2653/elections-europeennes-jai-fait-mon-choix-merci-francois-bayrou/
Au passage, notez que Diner's room n'est plus ici
http://dinersroom.free.fr/index.php
comme vous l'indiquez, mais ici
http://dinersroom.eu/
que versac a changé d'adresse,
que paxablog n'existe plus,
et que votre orthographe d'Aphatie est fausse.
Rédigé par: Michel | 05 juin 2009 à 21h59
D'accord sur la description des acteurs du débat, et sur la piètre idée que consiste, pour Bayrou, l'antienne de la théorie du complot. Je n'avais pas pensé à la comparaison avec Georges Marchais, mais elle est pertinente sur le fond, même si la forme est différente. Pour l'attaque "au-dessous de la ceinture" de Cohn-Bendit (qui lui-même ne vole pas toujours très haut) je suis moins convaincu : même si je ne l'imagine pas coupable de pédophilie, je suis quand même étonné que les médias poussent des cris d'orfraie quand on évoque à nouveau ses écrits des années 70. Il me semble que d'autres hommes politiques auraient vu leur carrière plus sérieusement perturbée par l'exhumation de ce genre de concessions à l'"air du temps". Cohn-Bendit, si ma mémoire est bonne, s'en est tiré à bon compte, par une pirouette, et je n'ai pas l'impression qu'il se soit expliqué sur le fond.
Rédigé par: Nikita | 06 juin 2009 à 17h43
Pour ma part, je trouve que les deux, Cohn-Bendit et Bayrou, se sont comportés de manière lamentable.
Le président du Modem s'était tout de même entendu rétorquer, comme le rapporte Marianne (pour qui cela semble curieusement normal, dans un débat télévisé) : "Mon pote tu seras jamais président de la République, tu es trop minable... »
Cohn-Bendit, qui ne veut pas devenir Président de la République, pouvait se permettre le luxe d'une sortie d'une telle inconvenance, comme s'ils étaient toujours dans leur loge avant d'entrer sur le plateau.
Bayrou, en position plus délicate, aurait bien sûr dû redoubler de vigilance à cet instant. Il a d'ailleurs hésité.
Rédigé par: D.H. | 06 juin 2009 à 21h13
@ D.H.
La pique de Cohn-Bendit à Bayrou "Mon pote tu seras jamais président de la République, tu es trop minable... » me parait être totalement de circonstance. Alors qu'il appartient à la famille politique la plus européenne, Bayrou a fait une campagne uniquement axée sur l'anti sarkozisme: voir son livre. Pire encore, la critique principale qu'il adresse à Cohn-Bendit est de ne pas être aussi anti-Sarko que lui. C'est effectivement un argument de minable, car si Bayrou veut être un jour président, il faudra qu'il présente aux français un projet politique original.
Par ailleurs Bayrou n'a pas à se plaindre de la manière dont les journalistes le traitent, car, comme le dit JM Aphatie sur son blog:
"Quand tout ceci est posé, il faut en revenir à la mauvaise humeur de François Bayrou. Que reproche-t-il, au fond, au journalisme?...dans une société de libre débat, le journalisme et ceux qui en font n’ont aucun pouvoir. Ils n’orientent, ni ne déterminent l’opinion publique. Ceux qui construisent les esprits et impriment les consciences, ce sont les acteurs. Ce sont eux qui choisissent et agissent. Et s’ils font mal, ou s’ils sonnent faux, ils ne doivent pas s’en prendre à ceux qui leur tendent le miroir de leur action."
http://blogs.rtl.fr/aphatie/index.php/post/2009/06/03/Ce-matin-la-colere-de-Francois-Bayrou-03/06
Rédigé par: Michel | 06 juin 2009 à 23h19
@ Eric Dupin
Que voulez-vous dire noop ?
Je veux dire que les bouleversements à venir sont colossaux pour l'Europe. Que les partis politiques continuent à "regarder ailleurs" c'est une chose, que les médias qui ont un rôle d'information les suivent ou les laissent faire continue de me surprendre. J'y vois comme une sorte de solidarité.
Le crash énergétique c'est pour demain, le crash démographique c'est pour demain... Ces sujets ne semble intéresser personne, même les "écolos", ceux mis en valeur, ne la ramènent pas tant que ça sur ces sujets. Sans doute parce qu'ils savent fort bien qu'ils sont responsable d'avoir perdu un temps considérable en politicailleries politiciennes bien éloignées des sujets écologiques.
Pour le reste l'antisarkozisme dont le PS devrait battre sa coulpe est aussi celui des médias...
Ce matin j'écoutais Itélé.
Interview de Moscovici qui a eu la possibilité de dérouler un long argumentaire sans que le journaliste ne le coupe pour rien par des remarques "piquantes".
Quelques minutes plus tard interview de Copé... Vous devinez la suite sans plus d'explications.
Rédigé par: noop | 08 juin 2009 à 10h36
Est-ce que vous n'avez pas remarqué qu'on peut être minable et élu quand même Président de la République?
et même être minable et obtenir 16% des voix exprimées, (parce que pour moi, ce qu'a écrit DCB, même si c'était en 70 et que tout le monde lui donne l'excuse du contexte de 'la libération sexuelle' post 68, c'est minable).
Rédigé par: Annick | 08 juin 2009 à 16h16
Maintenant que Bayrou est sur la touche ou hors champ, il est intéressant de voir ce qui bouge tant dans le monde politique que médiatique. Quoi qu'on dise, Bayrou empêchait certains de s'autoriser d'eux-mêmes. Maintenant c'est fini, le PS s'enfonce dans la déliquescence et la presse jusqu'à Marcel Gauchet n'hésite plus.
L'affaire "opinionway" ne fait même plus réagir.
Rédigé par: bsna | 17 juillet 2009 à 12h27