Tout s'est joué dans la dernière ligne droite. En règle générale, l'électorat se cristallise au cours de la campagne électorale et les choix tardifs ne pèsent guère sur l'issue du scrutin. Il en est allé différemment cette fois-ci. Dominée un temps par le cas Bayrou, la morne campagne européenne n'est pas parvenue à intéresser véritablement les citoyens. Et c'est seulement dans la semaine précédant le jour du vote que leurs intentions se sont enfin précisées.
Une enquête TNS Sofres (1) réalisée le 7 juin nous apprend que 14 % des votants se sont déterminés dimanche, 6 % samedi et 24 % « au cours de la semaine ». Au total, près d'un électeur sur deux qui s'est rendu aux urnes a arrêté son vote dans les huit derniers jours. C'est le cas pour 61 % des électeurs d'Europe Ecologie contre seulement 37 % pour ceux du PS et 28 % à l'UMP. Les listes écologistes ont bel et bien été dopées par la fin de la campagne.
Deux événements ont contribué à créer la surprise d'une Europe Ecologie faisant jeu égal avec le PS et écrasant le Modem : le débat du 4 juin sur France 2 (2,4 millions de téléspectacteurs), où François Bayrou a choqué par son agressivité à l'endroit de Daniel Cohn-Bendit, et la diffusion, le lendemain sur la même chaîne, du documentaire de tonalité écologiste « Home » (8 millions de téléspectateurs). La dynamique portant Europe Ecologie était toutefois antérieure à ces deux événements médiatiques. L'enquête sur les intentions de vote TNS Sofres réalisée les 3 et 4 juin hissait déjà ces listes à 15,5 %. L'enquête confidentielle Ipsos, effectuée vendredi et samedi, enregistra ensuite les violents décrochages qui allaient caractériser le scrutin européen avec Europe Ecologie bondissant à 16,5 % des suffrages potentiels, un PS en baisse à 18 % et un Modem plongeant à 8,5 %.
Portés par une heureuse conjoncture, les écologistes ont récupéré une fraction notoire de l'électorat de centre gauche un temps séduit par le Modem et une partie de l'électorat socialiste déçu par les valses-hésitations du PS. Avec 16,3 % des suffrages exprimés, Europe Ecologie bat tous les records de ce courant politique aux élections européennes. Il faut remonter à 1989 pour retrouver un score écologiste à deux chiffres (10,6 % pour Antoine Waechter). L'unité réalisée entre des sensibilités différentes, de Daniel Cohn-Bendit à José Bové, s'est révélée payante. On aurait toutefois sans doute tort de réduire ce succès à ses dimensions conjoncturelles ou politiciennes. Si rien ne prouve que l'écologie pourra enfin être un acteur à part entière du jeu politique français, sa percée s'inscrit dans un mouvement de fond de nos sociétés.
C'est d'abord le PS qui a pâti de la vague verte. Avec 16,5 % des voix, les socialistes enregistrent leur plus mauvais score à ce type de scrutin, à l'exception de l'accident de 1994 (14,5 % pour Michel Rocard concurrencé par Bernard Tapie). La cuisante défaite du 7 juin contraste avec les succès du PS lors des municipales de l'année dernière. Comme si cette formation était devenue un parti d'élus locaux en peine de convaincre dans les scrutins de portée plus large.
L'échec est cependant peut-être plus lourd de conséquences pour le Modem. Le parti de François Bayrou voit brutalement invalidée sa stratégie de contestation systématique du pouvoir en place dans un scrutin qui est pourtant favorable aux postures protestataires. Avec 8,5 % des suffrages, le Modem retrouve presque exactement le score modeste de la centriste Simone Veil en 1989. Le recul est net par rapport à 2004 mais aussi 1999. C'est une troisième déconvenue électorale pour Bayrou après son isolement législatif de 2007 et ses insuccès municipaux de 2008. Plus grave, l'image personnelle du leader centriste sort abîmée d'une campagne où, de son propre aveu, il s'est laissé entraîner dans une « polémique excessive ».
L'incontestable victoire de l'UMP tient, elle aussi, à l'adoption d'une stratégie unitaire, ici en direction du Nouveau Centre et des ralliés de « l'ouverture ». Avec 27,9 % des suffrages, les listes de la majorité présidentielle devancent de 11 points celles du principal parti d'opposition. Un cas de figure inédit même s'il est déjà arrivé, en 1979 et 1994, que la formation au pouvoir décroche la tête au scrutin européen.
Il reste que la France qui a voté dimanche (seulement 40,7 % des inscrits) n'a pas plébiscité la droite. Avec son extrême, celle-ci ne totalise que 41,5 % des voix contre 45,4 % pour les gauches. Si l'on ajoute l'inconnue que représente la destinée des voix centristes, les prochaines échéances électorales s'annoncent très ouvertes.
(1) Enquête TNS Sofres - Logica - Radio France - France Télévisions - « Le Monde », « Le Point », 7 juin.
Article publié dans Les Echos du 9 juin 2009.
"Il reste que la France qui a voté dimanche (seulement 40,7 % des inscrits) n'a pas plébiscité la droite. Avec son extrême, celle-ci ne totalise que 41,5 % des voix contre 45,4 % pour les gauches. Si l'on ajoute l'inconnue que représente la destinée des voix centristes, les prochaines échéances électorales s'annoncent très ouvertes."
Oui à ceci prés cependant :
- A coté des verts purs et durs et des déçus du PS comme du MODEM, il paraîtrait qu' il se trouverait également un certain nombre d' électeurs de la majorité.
- Sauf à opérer un redressement et un regroupement spectaculaires, la gauche aura bien du mal à prendre l' avantage. De plus, s' il est vrai que le PS est devenu un parti d' élus locaux, comment ceux-ci vont-ils se comporter lors de la préparation des régionales ?
- Enfin (commentaire peu original !), la solidité du bloc Europe Ecologie sera à démontrer dans sa déclinaison au niveau national.
Rédigé par: Erick | 09 juin 2009 à 11h26
45,4%pour les gauches en comptant europe écologie? Or les électeurs de cette liste ne sont pas tous de gauche!
Quant à moi j'appartiens aux 60% d'abstentionnistes ( la première fois depuis que j'ai le droit de vote!) Cette Europe à 27 est une machine infernale même si elle nous a sans doute évité une catastrophe financière. Mais dans la vie de tous les jours certaines décisions sont incompréhensibles ( le vin rosé, la disparition progressive des fromages au lait cru....) Il en va de ce manque de clarté européénne comme de ce manque de clarté nationale: les réformes indispensables ne touchent pas encore directement le peuple. Instituteur ( j'ai refusé de devenir professeur des écoles) j'avais l'impression il y a encore 10 ans d'appartenir à la classe moyenne mais maintenant...
Cependant j'ai voté pour Sarko et aux prochaines élections nationales je ne voterai pas pour la gauche qui est incapable de comprendre que nous ne sommes plus au XIX ème siècle. La lutte des classes n'a plus aucun sens.
L'Europe devrait s'occuper de grands projets communs industriels( comme airbus)et il y a de quoi faire! de projets écologiques pourquoi pas! d'une défense commune pourquoi pas! Les décisions doivent-elles appartenir aux chefs d'états et de gouvernement ou à une assemblée de parlementaires?
Rédigé par: yves baland | 09 juin 2009 à 12h22
Dans toute l’Union Européenne, quel est le taux de participation aux élections européennes ?
En 1979, le taux de participation aux élections européennes était de 61,99 %.
En 1984, le taux de participation aux élections européennes était de 58,98 %.
En 1989, le taux de participation aux élections européennes était de 58,41 %.
En 1994, le taux de participation aux élections européennes était de 56,67 %.
En 1999, le taux de participation aux élections européennes était de 49,51 %.
En 2004, le taux de participation aux élections européennes était de 45,47 %.
En 2009, le taux de participation aux élections européennes était de 43,1 %.
http://www.elections2009-results.eu/fr/turnout_fr.html
Quand on regarde le graphique ci-dessus, on constate que plus on fait l’Union Européenne, plus les électeurs s’abstiennent.
Le divorce entre l’Union Européenne et les électeurs est consommé.
L’idée européenne est morte.
Rédigé par: BA | 10 juin 2009 à 00h35
"Le parti de François Bayrou voit brutalement invalidée sa stratégie de contestation systématique du pouvoir en place dans un scrutin qui est pourtant favorable aux postures protestataires." Cette analyse, qui est reprise un peut partout, semble faire consensus.
Je serais curieux de savoir ce qu'en dit Marianne et JFK dans la mesure où le choix de JFK comme tête de liste Modem est l'illustration emblématique de cette stratégie.
Eric, avez vous des informations à ce sujet ?
Rédigé par: Michel | 10 juin 2009 à 09h02
Bonjour a tous,
je souhaites ma vue d'un francais de couche populaire, pensons un innstant au changement de contenant au lieu du contenu , croyez-vous que l'ump n'a pas de jeunes de talents , copé , baroin , nkm , dati , etc--- croyez-vous qu'ils sont moins intelligents ou n'ont pas des projets pour la france ? JE SUIS UN MILITANT PS . ET JE PEUX VOUS DIRE JE SUIS MAINTENANT CONVAINCU QU'IL FAUT UN PROJET . DES DEBATS D IDEES A GAUCHE ET QUE LE MEILLEUR GAGNE. UNE LECON A TIREE ... MR BAYROU EST LE CHEF DE SON PARTI .. DONC PAS DE PROBLEME DE LEADERSHIP MAIS POURQUOI LE MODEM N A PAS GAGNE LES EUROPEENNES . EST CE BAYROU ETAIT VIEUX ??? REPONSE . PAS DE PROJET.... JE PREFERES DES HOMMES ET DE FEMMES QUI ONT UN PROJET POUR LA FRANCE . PLUS DE GENS QUI PARLENT COMME PENDANT LA CAMPAGNE DE L UNION AVEC LE MODEM / PEILLON/ HOLLANDE. SEGO. MOSCO . EST LA ILS NE VEULENT MEME PAS S'EXCUSER DE NE PAS AVOIR FAIT UN BON JUGEMENT... LE PS DOIT TRAVAILLER AVEC LES VERTS ET LA GAUCHE. MERCI
Rédigé par: BOLINGO | 10 juin 2009 à 13h47
test : Les électeurs d'Europe-écologie, qui se croient éclairés parce qu'ils lisent les journaux et regardent des films, sont représentatifs de cette faune bobo-sentimentale qui mérite bien le Sarkozy qu'elle pense combattre.
Apolitiques, dépourvus de sérieux repères historiques, ils aiment les révoltes convenables, les postures radicales qui n'engagent à rien, sinon, pour l'heure, à manger de la racine bio et à élever des lombrics dans leur compost domestique. Pas question pour eux de se salir les mains dans de vrais partis politiques. On leur a appris, à ces néo-scouts épris de pureté, à ramasser les papiers gras, à ne pas fumer n'importe quoi ( le tabac non, la moquette oui...) à regarder ensemble dans la même direction ( mais bon sang de bonsoir laquelle ?)...
Ce sont les mêmes, de centre-gauche (?) aujourd'hui, qui ont voté gauchiste ou chevénementiste en 2002; les mêmes que Ségolène a fait mourir d'extase en 2007...
A chaque fois ils sont les alliés objectifs de la droite mais ça ne semble pas les perturber outre mesure puisqu'à chaque fois ils recommencent en tout bien tout honneur.
Donc cette fois c'est Cohn-Bendit, ce gros bonimenteur libéral-libertaire, qui ramasse la mise. Ca aurait pu tout aussi bien être Mélenchon ou Bayrou, s'ils avaient eu l'avantage de la nouveauté.
Cohn-Bendit nouveau il fallait le faire, il l'a fait !Pourtant avec ses happenings transgressifs - et je te tutoie et je te traite de minable - sa gouaille et sa vulgarité provocatrice inchangés depuis 68, n'a-t-il pas l'air d'avoir pourri sur pied ?
Bref, c'est à désespérer de ce qu'on appelait de mon temps le peuple de gauche. Je serais Martine je me barrerai, comme Jospin en 2002, ni une ni deux.
Et pourquoi faudrait-il une Première Secrétaire ? A Mickeyland, ce que demande le peuple ce sont des animateurs ! Dany et Ségo feraient très bien l'affaire. On pourrait même les marier, ça nous ferait du spectacle.
Rédigé par: TDB | 10 juin 2009 à 15h36
J'ai écrit "test" au début du précédent message parce que la machine refusait mon envoi. Finalement le "test" a marché, mais le mot est resté qui ne veut rien dire !
Rédigé par: TDB | 10 juin 2009 à 15h45
Je ne comprends pas bien des sondages qui changeraient autant en si peu de temps, sinon que cette variation rapide confirme l'effet non négligeable du film 'Home', diffusé le 5 au soir. Pas grand-chose donc à voir avec Cohn Bendit, mais plutôt avec l'habile Yann Artus B.
Ajouté à ça, l'effet Chabot, autant dire que les électeurs verts sont sous l'influence de France 2.
Rédigé par: Annick | 10 juin 2009 à 18h08
J'avais rapporté ici même, il a quelques mois, le pronostic formulé alors par Marcel Gauchet: selon lui la crise actuelle, exceptionnelle, n'allait pas contrairement aux apparences, profiter à la gauche, mais bien plutôt à la droite, réputée plus pragmatique, ou plus réaliste.
J'aurais tendance à regrouper ensemble, dans les résultats de cette élection, les scores d'Europe-Ecologie et ceux du Modem. Ces deux partis me semblent relever d'une même volonté de s'extraire définitivement du schéma structurel de la lutte des classes, et être plus aptes à délaisser le social en faveur du sociétal.
Ce qui revient à dire la même chose je crois que TDB (Trésor De Bienfait?), mais d'une autre manière.
Rédigé par: D.H. | 10 juin 2009 à 19h58
Oui, D.H. c'est bien moi. (Et je comprends maintenant pourquoi la machine, habituée à mon pseudo en toutes lettres, m'a fait des manières tout à l'heure)
Je crois comme vous, et comme l'ont sans doute compris Cohn-Bendit et Bayrou, puisqu'ils se sont battus comme des chiens chez Arlette Chabot, à une certaine communauté de vues et d'électorat entre le Modem et Europe-Ecologie notamment dans l'effacement du clivage droite-gauche. Mais je doute qu'ils aient les mêmes visées sociétales. Bayrou, antilibertaire de toute son âme, a d'ailleurs cru bon - et de manière très calculée à mon avis - de marquer sa différence sur le plan des moeurs par le rappel du livre controversé de son adversaire. Maladresse insigne parce que coup bas, mais derrière l'anecdote c'était bien d'un désaccord de fond qu'il s'agissait.
Rédigé par: Trésor de Bienfaits | 10 juin 2009 à 22h28
Voici les chiffres définitifs des élections européennes :
Electeurs inscrits : 44 282 679.
UMP : 10,83 % des électeurs inscrits (4 798 921 voix).
PS : 6,40 % des électeurs inscrits (2 837 674 voix).
Europe Ecologie : 6,32 % des électeurs inscrits (2 802 950 voix).
MoDem : 2,46 % des électeurs inscrits (1 091 681 voix).
Front de Gauche : 2,35 % des électeurs inscrits (1 041 755 voix).
NPA : 1,89 % des électeurs inscrits (840 713 voix).
Libertas-MPF-CPNT : 1,86 % des électeurs inscrits (826 269 voix).
Alliance Ecologiste Indépendante : 1,41 % des électeurs inscrits (625 220 voix).
Debout La République : 0,68 % des électeurs inscrits (304 769 voix).
Lutte Ouvrière : 0,46 % des électeurs inscrits (206 119 voix).
http://www.ipolitique.fr/archive/2009/06/08/resultats-definitifs-elections-europeennes.html
Ces 10 partis politiques avaient TOUS le même programme : ces 10 partis politiques voulaient TOUS ré-orienter l’Union Européenne tout en restant à l’intérieur de l’Union Européenne. Aucun ne proposait de sortir de l’Union Européenne, ni de revenir au franc.
Conséquence : 60 % d’abstention.
Rédigé par: BA | 13 juin 2009 à 15h12
Pour une social-écologie (Libération)
17 juin 2003
Il y a déjà plus de dix ans, j’avais évoqué le concept d’« écodéveloppement » pour qualifier la démarche que je souhaitais, à la fois économique et écologique. Avec la social-écologie, c’est de cela qu’il s’agit. Une démarche authentiquement écologique doit devenir centrale dans la définition de nos politiques. La gauche doit relever le défi. Nous pouvons compter pour nous y aider sur les Verts, avec lesquels nous devons passer notamment un contrat global. Au travail !
Au moment où la gauche passe du choc de la défaite à une approche plus offensive et plus constructive, il est bon de rappeler que la social-démocratie européenne est née de la volonté d’améliorer la vie des salariés, en se fondant sur une analyse des rapports de production. Ce projet est pleinement actuel. Mais, pour l’accomplir, il nous faut répondre à des questions nouvelles, en particulier la question écologique.
Car, quoi qu’en disent certains, il y a urgence sur ce plan. Déjà 40% de la planète manque d’eau potable. Si l’on ne réagit pas, la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère doublera d’ici 2050 : le réchauffement climatique poussera des populations entières à l’exil, multipliant les tensions et les guerres. Le nombre de personnes touchées par les catastrophes naturelles pourrait passer d’ici une décennie à plus de 200 millions.
La « crise écologique » creuse les inégalités. 4 milliards d’êtres humains survivent avec moins de deux euros par jour, cependant que 20 % des habitants de notre planète accaparent 90 % de la consommation mondiale. En France même, les premières victimes sont les personnes les plus démunies : ce sont elles qui ont le plus à souffrir des atteintes à la qualité de l’air, du bruit dans les villes, des crises alimentaires et des pollutions à répétition.
Ces dérèglements nourrissent de nouvelles inquiétudes. Ils suscitent aussi de nouvelles attentes. L’opinion commence à se mobiliser, particulièrement à gauche, autour des problématiques social-écologiques. Face à ces mouvements de fond, la réponse de beaucoup de politiques reste insuffisante. Plusieurs raisons à cela : les cycles électoraux sont courts, les résultats en matière d’environnement sont longs à obtenir ; là où il faudrait agir à l’échelle d’un continent ou du monde, les gouvernements demeurent cloisonnés ; enfin, les stratégies publiques en faveur de l’environnement réclament des arbitrages difficiles, elles remettent en cause certaines habitudes et se heurtent à de nombreux groupes de pression.
Adossée à son orthodoxie libérale, la droite parlera du développement durable sans le mettre en ouvre. Cela supposerait des révisions déchirantes pour elle, telle que la remise en cause du modèle ultra-productiviste, le partage des risques environnementaux ou la responsabilisation des producteurs pollueurs. De façon emblématique, la crise de l’ESB a pour origine directe la décision de Margaret Thatcher de diminuer les normes de chauffage des farines animales. En France, Jacques Chirac illustre ces contradictions : les déclarations peuvent être généreuses, mais les actes vont toujours dans le même sens : défense sclérosée d’une PAC favorable aux gros exploitants mais anti-Sud et anti-environnement ; mascarade de « débat national sur les énergies » pour mieux légitimer le tout nucléaire ; vacuité de la charte de l’environnement, qui reste muette sur le lien entre santé et environnement et consacre sans le consacrer tout en le consacrant le fameux principe de précaution. Ce qui risque à la fois de nuire au progrès des sciences et de ne pas bénéficier à celui de l’environnement.
La gauche doit relever le défi. Elle doit retenir parmi ses priorités centrales une authentique politique écologique. Nous pouvons compter pour nous y aider sur les Verts, pour lesquels l’environnement est un élément fort d’identité et qui, quelles que soient les critiques entendues, ont permis plusieurs avancées aujourd’hui remises en causes - par exemple la loi sur l’aménagement et le développement durable du territoire. Respecter notre partenaire écologique, c’est passer notamment un contrat global avec lui - fait de droits, de devoirs et d’engagements dans la durée - et pouvoir lui confier le moment venu des responsabilités diversifiées. Telle a d’ailleurs été la démarche de nos partenaires socialistes en Europe au cours des dernières années. Dans sa réflexion écologique, le PS devra construire et proposer de nouveaux compromis : entre la croissance et l’environnement, entre le souci à court terme des salariés et celui des générations à venir, entre l’attachement au progrès scientifique et la nécessité d’en maîtriser les effets. Aucun de ces dilemmes n’est indépassable. Le PS devra indiquer des priorités d’action. Dès à présent, j’en distingue cinq :
1. Placer l’écologie au cour du projet de maîtrise de la globalisation. Une Organisation mondiale de l’environnement (OME) devra garantir la régulation environnementale internationale. Cette OME pourrait comprendre une représentation nationale ou régionale tripartite : Gouvernements, experts, ONG. Elle devra être consultée par l’OMC - et pouvoir s’imposer à elle - sur toute question commerciale comportant des enjeux environnementaux. Deux thèmes devraient mobiliser en priorité l’OME : la lutte contre le réchauffement climatique à travers l’application du protocole de Kyoto et une taxe mondiale de faible montant sur les émissions de gaz carbonique, ainsi que la transformation de l’eau en un bien public mondial accessible à tous. La question agricole constitue également une dimension décisive. Favoriser une agriculture écologique et respectueuse des équilibres Nord-Sud exige de réformer la PAC et de refuser le tout OGM. Face aux tergiversations, nous devrons être fermes sur ces deux points.
2. Diversifier notre stratégie énergétique nationale est une nécessité. Nos modes de production et de consommation manquent de durabilité : d’ici quarante ans, l’exploitation à bas coût des hydrocarbures pourrait toucher à sa fin. La question des déchets nucléaires reste sans réponse satisfaisante. A moins d’un recours aux surgénérateurs dont les risques demeurent considérables, le nucléaire ne constitue pas une alternative suffisante à l’épuisement des ressources fossiles. La construction d’un nouveau réacteur EPR que le gouvernement semble sur le point d’annoncer ne serait pas conforme à une vraie stratégie de diversification. Nous devons faire du soutien aux économies d’énergie et du rééquilibrage de notre politique énergétique vers les énergies renouvelables , une priorité créatrice d’emplois. Nous devons avoir une approche plus européenne.
3. Améliorer la qualité de vie urbaine est un autre axe majeur. C’est souvent dans nos villes que la crise écologique est la plus durement ressentie, avec notamment les pics de pollution de l’air et les ratés massifs de l’urbanisme des décennies 60 et 70. Dès lors, il faut favoriser les transports collectifs face au tout voiture : meilleure desserte des quartiers et plus grande fréquence des bus, métros et tramways. Nous devons également améliorer la gestion des déchets et reconquérir le paysage urbain. A la périphérie des villes, on a laissé s’installer de vastes centres commerciaux et autres zones d’activité dans le plus grand désordre et sans souci esthétique. Les cités elles-mêmes sont souvent dégradées. Un « plan paysage » devrait se donner pour objectif de parvenir à une harmonie architecturale dans nos quartiers, fondement d’un véritable éco-urbanisme.
4. Il est temps de créer un service public de protection de l’environnement. Sur l’eau, l’air et le bruit, sur les déchets, la pollution des sols et les risques industriels, tout citoyen doit pouvoir disposer d’une protection contre les nuisances et les dangers. Cela impliquera une législation exigeante face aux pollueurs, applicable dans de nombreux cas au niveau européen . Pollueurs maritimes : c’est l’évidence. Pollueurs terrestres : l’exemple de Metaleurop a montré qu’un groupe industriel pouvait mettre la clef sous la porte en s’exonérant de sa responsabilité sociale et de sa responsabilité environnementale. Cela doit cesser ! Les services territoriaux du Ministère de l’environnement devront être renforcés, et les devoirs des citoyens réaffirmés : développer les économies individuelles d’énergie, encourager le tri sélectif des déchets, ce sont des moyens utiles pour une vraie éducation à l’environnement.
5. Enfin, nous devrons mettre en place une démocratie des choix technologiques. Nous entrons dans la « société du risque ». Cela suppose que les politiques prennent leurs responsabilités ; cela exige, en amont, de mieux informer les citoyens. A chaque avancée technologique, on doit dire les avantages escomptés et les risques encourus ; quand on opte pour une procédure de précaution, il faut en préciser le coût pour la collectivité. Le manque de transparence de l’Etat laisse souvent l’opinion sous l’influence de groupes de pression. Les choix énergétiques et les choix en matière de bioéthique devront être au cour de ce débat collectif.
Il y a déjà plus de dix ans, j’avais évoqué le concept d’« écodéveloppement » pour qualifier la démarche que je souhaitais, à la fois économique et écologique. Avec la social-écologie, c’est de cela qu’il s’agit. Une démarche authentiquement écologique doit devenir centrale dans la définition de nos politiques. Elle suppose que nous nous interrogions sur nos modes de production, que nous prenions conscience des dangers de la marchandisation du monde et que nous pratiquions une réelle coopération internationale . Elle offrira un véritable contenu, intellectuel et politique, à la notion de développement durable, et non de simples bonnes paroles. La tâche est immense. Au travail !
LAURENT FABIUS
Rédigé par: boli | 14 juin 2009 à 16h29
Un autre texte du même, paru le 11 mai :
Verdir la dette
http://bloglaurentfabius.com/
Rédigé par: Trésor de Bienfaits | 14 juin 2009 à 22h59
Attention Eric, c'était en 1999, donc pas la dernière mais l'avant-dernière fois finalement, que le parti au pouvoir était arrivé largement en tête aux européennes (liste Hollande 22%, liste Sarkozy 12,8%, derrière Pasqua-Villiers).
Sur le plan médiatique, on constatera que tous les journalistes ont repris sans broncher la revendication du prétendu exploit ("une 1ère depuis 1979") lancée par l'UMP, peut-être de bonne foi d'ailleurs, ce qui est sans doute plus désespérant (alors qu'à l'heure de Wikipedia,la vérification prend 30 secondes).
De toute façon, j'ai été consterné que la grande majorité des commentateurs (même Mélenchon parce que son intérêt est de déclarer la gauche en crise), passe outre le résultat le plus important du vote: le rapport gauche/droite penche à gauche comme il ne l'avait pas fait depuis longtemps (et, a fortiori, le rapport G+ext-G / D+ext-D).
Parce qu'électeur du Front de Gauche, dimanche soir fut pour moi une double victoire: 1)large victoire de la gauche, 2)le Front de Gauche pas si loin que ça du MoDem (très important pour la stratégie du PS aux régionales).
PS + EE + FdG sont quand même à très peu de choses près les 3 piliers de l'ex-gauche plurielle, non??
Certes, la victoire en sièges, incontestable, est moins nette que la victoire en voix, en raison de la répartition proportionnelle à la plus forte moyenne [il sera amusant de calculer la répartition des sièges au plus fort reste à la rentrée, hé hé], qui a bénéficié aux listes uniques fusionnant (encore plus difficilement que pour les listes PS) UMP, LNC et Parti radical (comme de juste, le Mouvement POPULAIRE réalise ses meilleurs scores à Neuilly et dans le XVIème).
Le trompe-l'oeil est venu du resserrement de la victoire en sièges (33/30 contre 40/31 en 2004, alors même qu'en voix elle est encore plus nette: 40%/33% contre 42%/37% en 2004.
Beaucoup contestent la victoire de la gauche avec un argument absurde: EE aurait bénéficié de votes de droite. L'argument ne vaut pas un centime, ne porte pas une seule demi-seconde, puisque le seul critère qui vaille, c'est la gueule des élus. Or, la quasi-totalité des eurodéputés de EE sont clairement marqués à gauche, et même pour plusieurs à l'extrême-gauche. Je ne vois pas d'autre critère pertinent.
Qu'une partie des votes qui ont propulsé Bové à Strasbourg viennent d'électeurs qui votent à droite habituellement, je n'y vois pas quant à moi un signe évident que le sarkozysme triomphe particulièrement.
... Mais j'ai sans doute raté un épisode, ou alors les idiots parlent fort, et bizarrement souvent dans le sens des appareils idéologiques d'Etat.
Rédigé par: Fabre | 16 juin 2009 à 02h11
17 jours sans article ! , ED c'est pas génial le blog !
Rédigé par: dortmunder | 26 juin 2009 à 17h32
L'UMP fait autant qu'aux dernières élections (UMP+UDF)et vous appelez ça une victoire incontestable...
Je suis perplexe...
Rédigé par: Hervé | 27 juin 2009 à 17h07
L'inconnue des voix centristes? C'est oublier:
-que 2012 sera à deux tours.
-que si Sarkozy fait un score proche de 2007 au premier tour avec un adversaire à quatre points ou plus derrière lui la dynamique de second tour sera avec lui.
Or il est tout à fait vraisemblable qu'avec la fin de l'effet "21 avril" (ou vote utile) et le morcellement de l'opposition à Sarkozy cet écart soit même supérieur à quatre points.
J'ajoute qu'il n'est pas totalement judicieux de surinterpréter les rapports de force de ce scrutin. En gros, les retraités (Sarko-noyau dur) et la classe moyenne supérieure étaient aux urnes, les jeunes et les catégories modestes sont restés chez eux. S'abstiendront-ils toujours en 2012? Il faut également ajouter la dimension personnelle de Cohn Bendit, sa capacité à avoir su faire l'alliance des contraires. Or il ne candidatera pas en 2012.
Ceci dit, l'abstension de catégories pas forcément socialophiles mais majoritairement sarko-hostiles (les jeunes) ou sarko-déçues (catégories modestes) en dit long sur l'incapacité des partis de gouvernement (PS, Modem) à leur proposer une alternative crédible. Avantage Sarko pour le moment donc.
Rédigé par: BRF | 01 juillet 2009 à 16h31
Vous êtes bien silencieux depuis quelques temps, Mr Dupin !
Dites-nous si, de votre point de vue, en fait de dernière ligne droite, la route s' arrête ici pour le PS.
Rédigé par: Erick | 20 juillet 2009 à 11h12
41 jours ...
Rédigé par: dortmunder | 20 juillet 2009 à 18h47
Mille excuses pour ce très - trop - long silence. Quelques soucis, comme on dit aujourd'hui, m'ont conduit à délaisser ce blog. Pour l'heure, je suis en vacances mais je tenterai de le réanimer au plus tôt !
Rédigé par: Eric Dupin | 20 juillet 2009 à 20h44
Hé bien ! Bon "resourcing" et bonnes vacances !
Rédigé par: Erick | 21 juillet 2009 à 10h16
Oui, et revenez vite pour commenter ce qui se passe au PS, avant qu'il ne disparaisse!
Rédigé par: D.H. | 21 juillet 2009 à 14h01
Même pas un petit article sur Michel Rocard?
l'emprunt Sarkozy, la taxe carbone, il y en a des commentaires à faire.
Et je ne parle pas de Martine et Manuel, et Julien ...
Mais si c'est les vacances, il est temps de bronzer ...
En attendant, on pourrait jouer à un jeu?
Rédigé par: Annick | 22 juillet 2009 à 17h00
Un petit sudoku peut-être?
http://fr.games.yahoo.com/sudoku.html
Rédigé par: Annick | 23 juillet 2009 à 16h34
Des électeurs européens-écologistes, j'en ai même rencontré pendant ma campagne au printemps. J'explique: ma copine Raymonde, de Moselle (si si!) me dit "pas la peine de me donner ton tract, je vote vert..." Moi: "Ah oui, et pourquoi donc?" Elle "Parce que le matin, en faisant ma marche (si si!) je ramasse des papiers et des paquets de cigarettes vides" Voilà. Tout est dit, et aussi le reste. Trop de gamins mal éduqués qui jettent leurs papiers et leurs mégots n'importe où... D'ici à leur causer de décroissance, à ces électeurs, c'est une autre paire de manches. Tout ça pour dire aussi que le Front de Gauche, vous l'avez un tantinet passé en pertes et profits dans vos analyses. Comme les électeurs de Sarralbe, d'ailleurs, qui n'ont pas daigné se déplacer aux réunions que nous organisions, mais qui ont voté pour ceux qui ne sont pas venus leur parler... Cherchez l'erreur!
Rédigé par: Brigitte BLANG | 29 juillet 2009 à 20h37