La géographie politique du Parti socialiste est bouleversée à quelques mois du congrès de Reims. Les quatre principales motions déposées hier dessinent un drôle de paysage. L'affrontement annoncé, depuis des mois et des mois, entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë a cédé la place à une bataille quadripolaire aussi ambiguë qu'incertaine.
Les deux présidentiables les plus en vue – celle qui a déjà été candidate et celui qui voudrait l'être – sont certes toujours dans la course. Mais Royal et Delanoë ont dû prendre des gants. Consciente de l'affaiblissement de son influence dans le parti, la présidente de Poitou-Charentes s'abrite désormais derrière Gérard Collomb et les barons d'une « Ligne claire » qui ne mérite plus vraiment ce nom. Quant à l'ambition du maire de Paris, elle doit encore plus être dissimulée depuis le ralliement de Pierre Moscovici, l'homme qui était prêt à faire don de sa personne aux socialistes pour leur éviter de passer sous la coupe d'un présidentiable.
Les militants savent pourtant qu'en choisissant l'une de ces deux motions, ils avantageront Royal ou Delanoë dans la perspective de la présidentielle de 2012. Car ce n'est pas l'orientation de fond qui diffère vraiment entre elles. La nuance qui les distingue porte plutôt sur la pratique politique. La motion Collomb-Royal porte en germe une mutation du PS tandis que la motion Delanoë-Hollande incarne une certaine fidélité à sa tradition. Ce n'est pas un hasard si c'est la question de l'alliance avec le MoDem – envisagée par la première et rejetée par la seconde – qui apparaît ici la plus clivante.
On n'en saurait cependant exagérer la cohérence de ces deux motions. Le camp de la « mutation » est soutenu par certaines grosses fédérations comme les Bouches-du-Rhône qui n'ont jamais brillé par leur sens de l'innovation. Et le camp « traditionnel » de l'appareil hollandais est tout de même appuyé par bon nombre de rocardiens historiques. La confusion atteint cependant des sommets avec la troisième motion, emmenée par Martine Aubry. Celle-ci mêle des partisans de Laurent Fabius et de Dominique Strauss-Kahn. Elle balaie tellement large qu'elle risque de donner le tournis aux militants. La question stratégique de l'alliance au centre va d'ailleurs mettre mal à l'aise le maire de Lille qui a passé un accord local avec le MoDem dans sa propre ville. La motion Aubry pourra, au mieux, proposer une vaste redistribution des cartes et, au pire, un front du refus aux deux principaux présidentiables.
Reste la motion la plus aisée à définir : celle du député européen Benoît Hamon. Pour la première fois depuis des lustres, la gauche du PS s'est unie autour d'un seul texte à proposer aux militants. Cette motion rassemble à la fois les amis d'Henri Emmanuelli, ceux de Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienemann, de Jean-Luc Mélenchon et même de Pierre Larrouturou. S'y mêlent à la fois des vétérans de la gauche historique et des figures plus récentes. La clarté de son discours devrait lui assurer une audience non négligeable.
Or il suffira que la gauche du parti recueille entre 15% et 20% des mandats, un score qui semble tout à fait à sa portée, pour qu'elle puisse être en position d'arbitrer l'issue du congrès. Les motions Royal et Delanoë auront le plus grand mal à s'allier, rivalité d'ambitions oblige. La motion Aubry tentera également de jouer sa propre carte. L'appoint de la motion Hamon a donc toutes les chances d'être décisif pour forger la future majorité du PS.
Article publié sur marianne2.fr
Sans rapport, un bon extrait de l' Aphatie de ce jour :
"Une remarque sur le livre de Martine Aubry. De manière incomplète et sans doute pudique, Le Parisien présente ce livre comme était édité par les éditions de l’Aube. les lecteurs de ce blog savent que les éditions de Radio France ont également participé à la naissance de l’ouvrage, le logo de la radio France Inter figurant même sur la couverture blanche du livre pour bien revendiquer la co édition.
On voit donc que Radio France a fait une bonne opération. Ayant investi une part modeste de la redevance dans ce projet littéraire, ce qui n’est pas le but premier de la redevance, mais bon, la littérature c’est important aussi, la voici en passe de ramasser la mise. Un seul mot: bravo! La transparence liée à l’utilisation de l’argent public conduira-t-elle la direction de l’entreprise publique à communiquer, le moment venu, sur l’argent gagné par le contribuable, ou pour lui, en son nom, dans cette opération commerciale? Ce serait souhaitable, et ce sera sans doute fait. Ceci apparaît d’autant plus nécessaire que d’autres projets littéraires sont projetés, si j’ose tautologiquement dire. Un livre de dialogue avec Daniel Cohn-Bendit est en préparation, qui pourrait sortir opportunément pour la campagne électorale qu’il va mener ce printemps, en France, pour les élections au parlement européen. Puisque décidément la radio se lance dans la librairie, autant qu’une ligne comptable nous renseigne sur les mouvements financiers affectés à la publication d’ouvrage des personnalités politiques.
J’insiste sur cette affaire, au risque de lasser les fidèles blogueurs, car elle nous renseigne sur un point important. En effet, depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, et dans les faits un peu avant, plusieurs journalistes vigilants s’angoissent de l’indépendance de la presse par rapport aux responsables politiques. Il en effet important pour le bon fonctionnement de la démocratie que les journalistes se tiennent à bonne distance, et tout est dans le « bonne », de ceux qui gouvernent ou qui aspirent à le faire.
Moi même, épinglé ici ou là dans diverses occasions, j’ai été suspecté de « sarkozysme » plus ou moins aigü. Un jour, par exemple, j’aurai négligé de dire d’un ami du président qui intervenait sur RTL qu’il était précisément l’ami du président. Omission regrettable qui m’a valu d’être un peu rôti par les flammes sur un petit bûcher, au demeurant talentueux. Une autre fois, ayant le président en face de moi un petit matin blême de printemps, je me serai rendu coupable de partialité éhonté puisque ne l’ayant point griffé, giflé ou agressé.
Malgré tout, les plus hautes autorités morales de la profession ont décidé, après quelques moqueries, de me laisser ma carte de presse mais, en réalité, j’ai eu chaud. Demeure le combat d’un ex journaliste, bientôt candidat au parlement européen, qui déplore ma « fausse neutralité » et me classe, fort de sa science et de son sens des choses définitives, « à la droite de Nicolas Sarkozy », ce qui dans sa bouche n’est pas précisément un compliment.
Naïvement, je croyais que la vigilance des plus hautes autorités morales du journalisme français valait en toute circonstance. Je pensais que ce qui était important, c’était l’indépendance des journalistes par rapport à tous les responsables politiques. C’est ici que le livre co édité par les éditions de l’Aube et France Inter nous apporte un enseignement précieux. L’indépendance, c’est uniquement par rapport à Nicolas Sarkozy, aux membres du gouvernement et à l’UMP et, peut-être au Nouveau centre, encore qu’à mon avis, le Nouveau centre, on s’en fout un peu dans le journalisme.
En revanche, une grande radio peut éditer le livre d’un responsable socialiste, projeter d’en éditer un d’un responsable écologiste, cela ne nuit en rien à l’indépendance. La radio en question peut apposer son logo sur la couverture, aucun problème non plus. Et enfin, la dite radio peut inviter l’auteur à parler du livre qu’elle édite, elle reste toujours à la « bonne » distance du sujet, puisque jusqu’ici les hautes autorités morales du journalisme n’ont rien trouvé à y redire.
Chaque jour qui passe apporte ainsi sa leçon à propos de cet immense théâtre des vanités où se côtoient, en se mélangeant parfois, mais pas toujours, journalistes et responsables politiques."
Rédigé par: Erick | 24 septembre 2008 at 12h48
Sans oublier, pour être complet, les tendances écolos qui reproduisent à l' intérieur du PS ce que sont les Verts au niveau national : émiettement et insignifiance.
Rédigé par: Erick | 24 septembre 2008 at 13h52
Petit sondage suite au dépôt des motions hier. N'hésitez pas à venir donner votre avis. Merci.
http://www.jeune-garde87.org/2008/09/24/congres-socialiste-les-des-sont-jetes/
Rédigé par: Pazmany jeune garde 87 | 24 septembre 2008 at 15h28
A la lecture de ce billet je reste perplexe. Parce que il me semble Eric Dupin que vous nous faites part de choses que l'on est en mesure de constater nous même à savoir qui est avec qui, mais avec une analyse traitée au stricte minimum.
Vous avez souligné plusieurs fois et vous avez raison que le PS est essentiellement préoccupé par le fait de savoir qui va le diriger qui va en prendre le contrôle, qui sera le futur présidentiable. Alors bien évidemment les réponses sont importantes et fonction des notoriétés, des personnalités.......Mais quand cette question de "leader ship" occulte tout le reste et en particulier prend le pas sur le débat de fond cela devient inquiétant et c'est ça que votre métier d'analyste devrait développer. Pourquoi ?
Parce que après vous avoir lu on ne sait toujours pas très bien où se situe la différence entre certaines motions. Une analyse plus approfondie de votre part nous permettrait d'être en mesure d'avoir la réponse à une question qui me paraît fondamentale et que je vous pose.
A votre avis si les socialistes s'affrontent essentiellement sur le leadership est ce parce qu'ils craignent le débat d'idées ? Et s'ils craignent le débat d'idées est ce parce que finalement ils ne sont pas tant que ça en désaccord ? Ou au contraire est ce par absence d'idéologie ou de doctrine ou tout simplement par manque d'idées.
Par ailleurs, et je reviens 18 mois en arrière. Vous vous souvenez comme moi de cette sortie verbale de Arnaud Montebourg. Je le cite car j'ai archivé la phrase sur mon disque dur dans le dossier politique et sous dossier "petites phrases". "Rien ne sera plus comme avant au PS. Fini le temps des éléphants et place aux jeunes lions" . C'était ce qu'on appelait la rénovation du PS et les lionceaux étaient outre Montebourg, Manuel Valls, Gaëtan Gorce.et quelques autres. Or au dépôt des motions qui retrouvent-on ? Fabius, Aubry, Royale, Delanoé. En clair les éléphants que les lionceaux voulaient remplacer.. Cela aussi aurait mérité une analyse. Pourquoi ne retrouve t-on aucun jeune lion à la tête d'une motion ? Les jeunes lions devenus adultes ont-ils décidés de faire bande à part (traduire mener leur propre carrière) plutôt que de chasser en meute l'éléphant. Finalement se prépare t-on à la même rivalité chez les quadras que chez leurs ainés ? Auquel le PS n'est pas prêt de se relever.
Vous voyez je ne suis bon qu'à poser des questions, je n'apporte pas de réponse, je ne les ai pas et ce n'est pas mon métier. Peut être dans un prochain billet les apporterez vous ? Peut être pas ? Mais je vous lirai quand même avec plaisir.
Rédigé par: Flamant rose | 24 septembre 2008 at 15h53
@ Erick
Merci pour la transmission du billet de JM Apathie. Quelle justesse et que j'aurais aimé l'écrire.
Rédigé par: Flamant rose | 24 septembre 2008 at 15h57
J'ai beau m'intéresser au sujet, lire pas mal de chose dessus, l'analyse d'Eric Dupin est très intéressante et m'a appris quelque chose.
Je n'avais pas pensé au fait qu'effectivement, à y mieux regarder, « La motion Collomb-Royal porte en germe une mutation du PS tandis que la motion Delanoë-Hollande incarne une certaine fidélité à sa tradition ». Je n'avais pas vu ça comme ça, mais je trouve cette vision pertinente.
Le rôle probable d'arbitre de la gauche du parti, fort d'un score accessible de 20 %, me paraît effectivement déterminant mais aussi révélateur. Le score est à mettre en rapport avec le vote de 40% de militants en faveur du « non » lors du scrutin interne. Une bonne partie d'entre eux sont des rangs et soutiens à Benoît Hamon. La schizophrénie va donc s'aggraver, mettant mieux en lumière les deux cerveaux en lutte dans un même corps. L'un étant « obligé » de composer avec l'autre. C'est demain la soupe tiède programmatique garantie, de quoi rivaliser, pas de quoi gagner. La machine à perdre quoi !
Le « surmoi gauchiste » ;-)) les empêche de ressembler aux autres partis socialistes européens, et la gauche du parti a une belle aventure politique devant elle et de beaux scores nationaux avec les partis anti-capitalistes en perspective. Il leur faudrait sauter le pas. Ils ne devraient pas trop souffrir de lâcher l'appellation « parti socialiste », et ils préconisent un capitalisme très fortement régulé, dont la distance est assez faible avec les recettes de l'économie semi-administrée. En tous cas, distance ridicule, par rapport à celle les séparant des sociaux-libéraux dans leur propre parti.
Flamant Rose. Vous avez la manifestation éclatante que la question « Pourquoi est-on ensemble et pour quoi faire ?» est seconde. Elle ne se pose peut-être même pas du tout. Les programmes politiques ne s'élaborent pas comme dans la chanson sur la base de valeurs communes, d'idées partagées sur les solutions, les projets, la direction. On chante d'abord une partition plus ou moins socialiste, on compte ses troupes, on négocie (on s'allie), on prend les gouvernes du parti, et après on cause « programme » et « solution ». On n'y passe, chez « nos amis », assez peu de temps, parce qu'on n'a pas grand chose à partager, et on passe rapidement et pour une période en générale assez longue à la désignation du candidat.
La suite, vous la connaissez. On essaye de rassembler à gauche, vaste sujet, on monte des mayonnaises, on fait feu de tout bois, on ne parle pas programme contre programme, on essaye de jouer sur la dramatisation, on donne dans le pathos. Et on perd. On perd parce qu'on n'a pas rassemblé, on perd parce qu'on n'a pas pris le temps d'élaborer un programme réfléchi et complet, à partir d'analyses communes de la société française et d'unités de point de vue sur la place du fameux curseur entre dynamisme et régulation.
Rédigé par: matéo | 24 septembre 2008 at 19h51
J’ai l’impression que la situation est beaucoup moins ouverte que ne le laisse penser Eric Dupin. En fait, sur le fond, on sent qu’il y a un axe central majoritaire Aubry-Delanoë qui est en train de se constituer, et qui va diriger le Parti. Ils sont d’accord sur tout, sauf sur le nom du 1er secrétaire. L’alliance entre les 2 textes se fera au moment du Congrès; elle est inscrite dans les faits. En définitive, c’est le ralliement des fabiusiens (qu’Aubry amène dans ses bagages) qui va faire la majorité; et jospinistes et fabiusiens vont se retrouver bras dessus-bras dessous à la tête du Parti (Martine Aubry a vu juste: l'ambiance est bien meilleure qu'au Congrès de Rennes...).
Selon toute probabilité, les Royalistes n’en seront pas: Delanoë n’en voudra pas, au nom de la clarification politique (question de l’alliance avec le Modem, nature du PS: parti de militants contre parti de supporters). Très probablement, la gauche du Parti n’en sera pas non plus, ici encore au nom de la clarification politique: la question européenne (alors que les fabiusiens sont devenus très discrets sur cette question).
Il reste à savoir qui sera le premier secrétaire: c’est probablement le vote des militants sur les motions qui décidera: il n’y aura pas de second tour.
Voici donc comment je vois les choses. Comme Eric Dupin, j’adore faire des prédictions dans le domaine politique. Et à chaque fois je mon trompe, avec une régularité de métronome.
Rédigé par: René Fiévet | 24 septembre 2008 at 23h29
@Eric Dupin
Je prends du plaisir à lire vos billets ou plus exactement je « prenais », car depuis la rentrée votre sujet préféré semble être la marmite socialiste. Peut-être que « Marianne » en est la raison…Le sujet traité ( la gouvernance du parti) est cependant bien éloigné de la préoccupation des Français me semble-t-il. D’abord parce que le débat et ce qui se joue au sein du principal parti d’opposition ( ?) est une guéguerre de personnalités en mal de devenir ou de revenir, et, dans leurs joutes pour atteindre leur but ils en oublient le…socialisme. Les attitudes et les discours des uns et des autres (je pourrais mettre cela au féminin bien entendu) sont dérisoires en face de la situation actuelle de notre pays et des difficultés à venir.
Si seulement lors de leurs interventions, et, quand ils ne parlent pas d’eux-mêmes, ils proposaient quelques solutions innovantes et rassurantes. Mais non. Ils tiennent toujours les mêmes propos archaïques à croire que leur courte vue s’arrête à l’horizon de leur prochaine grand-messe. C’est tout à fait nul et grotesque.
Bref, vous aurez compris que je me fiche complètement des tribulations quasi enfantines de ces dames et messieurs et je ne pense pas être le seul.
Rédigé par: Louis de Saint-Aout | 26 septembre 2008 at 15h53
Je constate le silence assourdissant des médias et blogs sur les 2 autres motions (Utopistes et Pôle écologique).
J'avoue ne pas bien connaitre le 1er, mais je trouve que le minimum pour un équilibre des débats c'est de citer toutes les motions !
Je n'ai pas trouvé le lien vers les utopistes, mais voilà quand même celui des écolos du PS :
http://www.monpoleecologique.fr/
Rédigé par: Jougoun | 26 septembre 2008 at 18h20
Autant pour moi :
http://www.utopia-terre.fr/dans-les-partis-politiques/au-parti-socialiste/la-motion-utopia-ps
Rédigé par: Jougoun | 26 septembre 2008 at 18h37
Bon article, très interressant, je vous félicite vivement pour votre blog.
je vous souhaite une bonne continuation et longue vie à votre site
à bientôt
frank
Rédigé par: saint valentin | 05 février 2009 at 16h09