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13 mai 2008

Yalta français

    Le pouvoir national à droite. Les pouvoirs locaux à gauche. Le renouvellement municipal et cantonal de 2008 a accentué un insolite partage du territoire. La droite contrôle la présidence de la République, le gouvernement, l’Assemblée nationale et le Sénat. La gauche dirige la quasi-totalité des régions, près des deux-tiers des départements et les trois-quarts des plus grandes villes. Ce partage des responsabilités plaît apparemment à une majorité de Français. Il n’en comporte pas moins de sérieux risques, au moins pour l’opposition.

    L’illusion du contre-pouvoir flotte dans les rangs socialistes. Fidèle à elle-même, Ségolène Royal en appelle à la résistance à partir des « territoires » contrôlés par la gauche. Elle promet aux électeurs de « réparer les dégâts nationaux » provoqués par la politique gouvernementale. Les collectivités locales auraient vocation à protéger le peuple contre les ravages d’une politique anti-sociale. De manière plus positive, d’aucuns imaginent transformer ces pouvoirs locaux en lieux d’expérimentation d’un « nouveau socialisme » pragmatique. En 2004, déjà, les régions roses devaient être d’inventifs laboratoires…

    La tentation du socialisme territorial s’appuie sur une ancienne tradition. Le municipalisme a profondément marqué l’histoire du socialisme français. Depuis la première conquête de la commune de Commentry (Allier), en 1882, les communes sont devenues le berceau d’une gauche coupée du syndicalisme par la charte d’Amiens. Les socialistes contrôlaient 297 communes en 1912 et déjà 1375 en 1935. De grandes villes comme Brest, Lille ou Toulouse ont été conquises avant 1914. Grâce à des politiques audacieuses en matière de services publics, d’aide sociale, de logement ou de culture, les élus socialistes ont organisé une résistance concrète au capitalisme. Avec ses cités rouges, le communisme municipal s’est inscrit dans la même lignée. Au travers de l’encadrement social et de la politisation du quotidien, un avant-goût de socialisme fut offert aux populations ouvrières.

    Le contexte actuel est cependant, pour le moins, différent. Ne croyant plus à l’avenir radieux, la gauche est devenue gestionnaire. Ses municipalités peuvent certes aider les plus démunis en leur accordant des avantages supplémentaires. Ses collectivités ont encore le loisir d’imprimer leur marque sur le développement local ou sur l’animation culturelle. Mais une gauche incapable d’inscrire son action dans une pensée globale s’expose au danger d’être réduite à l’accompagnement social de dynamiques politiques et économiques non maîtrisables. C’est la promesse peu réjouissante d’un « socialisme sparadrap ».

    Malgré la décentralisation, les masses financières brassées par les collectivités locales ne doivent pas aveugler. Beaucoup de dépenses sont contraintes par des législations nationales et c’est le pouvoir central qui décide des dotations financières à ces collectivités. Le socialisme territorial se heurtera vite à ses limites, sauf à décider de prélèvements fiscaux impopulaires.

    L’histoire enseigne aussi que le municipalisme soumet la gauche à de graves travers. Pendant sa traversée du désert, la SFIO s’est repliée sur des fiefs soumis à des notables tout-puissants. Les militants étaient à leur dévotion et la direction du parti ne se mêlait pas de leurs affaires. A Montpellier, Georges Frêche a fait survivre ces pratiques. Le PS d’aujourd’hui est souvent structuré par des élus locaux qui contrôlent étroitement leur territoire. Les alliances politiques qui assurent leurs succès électoraux sont désormais à géométrie variable, comme à la belle époque de Guy Mollet.

    En 1968, la moitié des membres de la SFIO étaient des élus municipaux. Depuis le reflux des nouveaux adhérents attirés par la braderie de 2007, le PS est à nouveau dominé par le poids des élus et de ceux qui vivent, d’une manière ou d’une autre, du pouvoir local. Les grands barons du parti ont-ils d’ailleurs vraiment intérêt à une reconquête nationale qui les exposerait au risque d’être sanctionnés, par ricochet, lors des scrutins locaux ?

    Le passé est enfin révélateur d’une mutation des élites roses. Dans les années soixante-dix, les conquérants du PS refondé à Epinay s’emparaient des cités à partir de leur pouvoir dans le parti. Jean-Pierre Chevènement fut ainsi parachuté, non sans turbulences, à Belfort. La jeune garde socialiste y apprenait l’exercice des responsabilités. En 2008, c’est plutôt le pouvoir local qui légitime les ambitions nationales. Ségolène Royal s’est sentie pousser des ailes depuis sa belle victoire de 2004 en Poitou-Charentes. Bertrand Delanoë a rebondi de son bastion parisien. Ces élus, comme un Gérard Collomb qui n’a pas encore manifesté ses prétentions, ont en commun une approche « désidéologisée » très en vogue. Rappelons tout de même que le municipalisme a aussi fait sombrer le socialisme d’antan dans l’opportunisme le plus plat.

Article publié dans Enjeux-Les Echos de mai 2008.

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Voici les sites qui parlent de Yalta français:

Commentaires

Je ne pense pas un seul instant que vous croyez à ce que vous dites en écrivant je cite " les communes sont devenues le berceau d’une gauche coupée du syndicalisme par la charte d’Amiens". Je suis certain que Georges Seguy et Henri Krasuki avaient fait abstraction de cette charte lorsqu'ils présidaient la CGT. Cette charte qui date je crois de 1906 a été réellement été mise en application par Louis Viannet. Mais enfin ce n'est pas l'essentiel de votre billet.

Pour ce qui est des collectivités locales vous avez raison. Elles peuvent " aider les plus démunis en leur accordant des avantages supplémentaires", elles peuvent aussi "imprimer leur marque sur le développement local ou sur l’animation culturelle". mais ce n'est pas l'exclusivité des collectivités territoriales de gauche.

Je crois que ce que a compris la gauche c'est que compte tenu de la mondialisation et de la création d'une Europe de type fédéral l'état va devoir plus ou moins s'effacer et le rôle des collectivités va s'accroître. Les collectivités locales disposent d'un budget qui représente tout de même 11% du PIB et 20% du total des dépenses publiques. Le financement des collectivités locales provient de 3 sources : les recettes de la fiscalité locale, les dotations de l'état et les autres recettes comprenant notamment le produit de la tarification des services publics locaux. A ces 3 sources peut évidemment s'ajouter l'emprunt.

Ce qui m'inquiète le plus c'est la gabegie de ces collectivités parfois dirigées par des potentats qui ont le culte de la personnalité. Ils y a trop de financements opaques, la plupart des cours des comptes régionales ont dénoncé cet état mais il n'y a ni suivi ni sanction. L'endettement de ces collectivités est impressionnant, les dépenses de fonctionnement et la masse salariale augmentent dans des proportions affolantes. Qui paie ? Bien évidemment les contribuables qui ont vu leurs taxes d'habitations et foncières augmentées de façon considérable, les commerçants avec les taxes professionnelles. Ceux qui ont ou ont eu des fonctions électives au sein d'une collectivité savent que le trésor public n'accepte aucun découvert non seulement dans sa globalité mais aussi sur les différentes lignes budgétaires. La conséquence est immédiate, c'est que les élus jouent avec les SEM, les bureaux d'études voire les associations et que les comptes deviennent ainsi plus opaques.

Alors y a t-il un Yalta français. Je suis loin d'en être convaincu. Il suffit de lire certaines déclarations de personnalités de droite battues aux diverses élections régionales, municipales et législatives pour être persuadé que le partage n'a pas été souhaité mais contraint. Je crois même qu'à la suite des municipales les oreilles du président ont sifflé.

Le contrôle (tôt ou tard) sur les gabegies dont parle FR, la participation forcée aux économies sur les dépenses de l' Etat, la réforme des structures locales qui imposera plus de transparence et de rigueur ... Autant de facteurs qui changeront la gestion des collectivités locales et son "style" et ce peut-être plus rapidement qu' on pourrait le croire.

Très bien vu Mr Dupin, tellement bien vu que j'en reste coi !

Flamant Rose

"Ce qui m'inquiète le plus c'est la gabegie de ces collectivités parfois dirigées par des potentats qui ont le culte de la personnalité. Ils y a trop de financements opaques, la plupart des cours des comptes régionales ont dénoncé cet état mais il n'y a ni suivi ni sanction."

C'est en effet l'impression que donne le feuilleton des démêlés de Serge Dassault avec sa cours des comptes régionales, sa commune explosant tous les records d'endettement, d'opacité, et de clientélisme.
Je ne peux, de ce fait, que rejoindre Flamant Rose et Erick, pour réclamer plus de transparence, tant je suis convaincu que les réseaux de financement opaques sont source de corruption, et que la corruption est le cancer de la démocratie.

Flamant Rose a écrit

"Ce qui m'inquiète le plus c'est la gabegie de ces collectivités parfois dirigées par des potentats qui ont le culte de la personnalité. Ils y a trop de financements opaques, la plupart des cours des comptes régionales ont dénoncé cet état mais il n'y a ni suivi ni sanction."

C'est en effet l'impression que donne le feuilleton des démêlés de Serge Dassault avec sa cours des comptes régionales, sa commune explosant tous les records d'endettement, d'opacité, et de clientélisme.
Je ne peux, de ce fait, que rejoindre Flamant Rose et Erick, pour réclamer plus de transparence, tant je suis convaincu que les réseaux de financement opaques sont source de corruption, et que la corruption est le cancer de la démocratie.

Le journal Le Point a publié il y a quelques semaines un remarquable article sur la dérive des comptes publics des collectivités locales.

On y apprend, si on ne le savait déjà, que si les déficits publics et la pression fiscale continuent à augmenter aujourd'hui, c'est principalement le fait des collectivités locales. Plusieurs raisons à ce phénomène :
- les transferts de compétences non totalement financés par l'Etat,
- le clientélisme de la part de beaucoup d'élus locaux, pratique dont on constate qu'elle est électoralement payante dans un pays comme la France (l'exemple de Georges Frêche étant assez édifiant à ce sujet),
- la création de nouvelles entités administratives, notamment les communautés de communes, non compensée par des suppressions d'effectifs dans d'autres structures telles que les communes,
- une délimitation des compétences insuffisamment claire, ce qui incite toutes les collectivités à s'occuper de tout et n'importe quoi.

Je crains que cette dérive ait encore de beaux jours devant elle, car aucun gouvernement n'osera de sitôt supprimer quelques échelons administratifs tels que les communes et les départements.

Surtout, on est bien obligé de constater qu'il est beaucoup plus judicieux, en France, de faire campagne en multipliant les promesses qu'en promettant une maîtrise des finances publiques. Le clientélisme paye, c'est un fait. Mais après tout, un peuple a la classe politique qu'il mérite...

Pour faire court,
je pense qu'en ces temps d'évolution mondialisée et incertaine, qu'au niveau national, les français vont plus volontier et en plus grand nombre vers un discours qui intègre l'idée de nation et non vers un discours qui désintègre cette notion.

"Mieux vaut ne rien savoir que beaucoup savoir à moitié" disait Nietzsche.
Que n'aurait-il dit pas alors, des blogueurs qui dans 90% des cas, ne font que répéter des idées, reçues de journalistes sachant tout à moitié ?


Mon cher Dupin,
c'est quoi cette classification ?

On peut etre un politicien national au niveau local. National signifie articuler "la Nation", càd cette fiction de forces vives qui est en réalité la bourgeoisie.

Nous avons des politiciens nationaux au PS, comme Ségolène Royal, d'ailleurs.

Votre classification ne permet pas d'expliquer les conservatismes dans le socialisme, ni par exemple la censure du "socialisme municipal" par le Conseil d'Etat.

C'est avec un système de valeurs cohérent qu'on pourra tous proposer un projet à la France.

Bonne journée,
Pierre le Belge de Lille

Ozenfant dit "Mieux vaut ne rien savoir que beaucoup savoir à moitié" disait Nietzsche.
Que n'aurait-il dit pas alors, des blogueurs qui dans 90% des cas, ne font que répéter des idées, reçues de journalistes sachant tout à moitié"

L'inverse devient également de plus en plus vrai. Des journalistes récupèrent des idées de blogueurs pour les incorporer dans leurs articles. Les rôles sont alors inversés, c'est le blogueur qui devient l'informateur et le journaliste diffuseur de l'info ainsi récupérée. On peut même constater que les politiques eux aussi retiennent des idées trouvées sur les blogs.

"Les grands barons du parti ont-ils d’ailleurs vraiment intérêt à une reconquête nationale qui les exposerait au risque d’être sanctionnés, par ricochet, lors des scrutins locaux ?" Remarque trés subtile et trés interessante!

@ flamand rose
post ci-dessu de 9h43

Ah bon ?

Des exemples de "récupérations" ?

@ Bernard

Libénaute pour libération

Les blogueurs associés pour Marianne 2 ( avec le consentement des auteurs de l'article diffusé)

De grands quotidiens qui modèrent les commentaires des intervenants, lesquels intervenants retrouvent les-dits commentaires modifiés dans le texte mais pas dans l'idée générale.

Laurent Joffrin qui dans un article paru dans libé du 8 octobre 2007 s'en prend vigoureusement aux internautes sur un sujet concernant la rupture du couple Sarkozy.

L'Express et l'Expansion qui proposent des scoops à certains internautes dits "influents". En général ces blogueurs sont des personnes extrêmement pointues sur les sujets qu'ils traitent. Je ne suis pas un spécialiste de l'internet mais il me semble que si des titres aussi prestigieux que l'Express et l'Expansion proposent d'eux mêmes de donner des scoops c'est parce qu'ils ressentent une certaine perte de maîtrise de l'information et que la cause en est le net..

Ségolène Royale qui a récupéré des idées d'internautes sur son blog "désirs d'avenir"
L'Elysée où Nicolas Pricen à pour fonction de surveiller tout ce qui s'écrit sur le net .

Flament Rose !
Pour des idées farces, oui de temps en temps !

Les vrais idées, donc celle qui diffèrent de la pensée unique du PS/UMMP tracée par les médias se heurtent toujours aux préjugés
(ça dure depuis que le monde est monde).
Comme disait Einstein : "Il est plus facile de désintégrer un atome qu‘un préjugé"...

Ces vraies idées là, même si elle existent dans quelques très rare blogs, ne pourraient jamais être reprises par la presse : ce sont les cancannages ou les pseudos "scoops" qui sont repris !

Mais là, peut-être que je parle Chinois ?

Perçu par certains comme une occasion de solder les comptes de la présidentielle passée, vécu par d'autres comme une étape déterminante pour se placer pour la présidentielle suivante, le Congrès du Parti socialiste est mal engagé.

Cette échéance interne devrait être l'occasion d'engager collectivement le débat sur le rôle du parti et son articulation avec les forces sociales, sur ses stratégies d'alliances et la perspective d'un parti de toute la gauche, sur la mise en œuvre de primaires et ses conséquences sur l'organisation du PS, sur son renouvellement et sa diversité, sur la place enfin des militants et de leur capacité à être de véritables acteurs du changement dans la société.

Pour l'instant, nous en sommes loin. Les seules perspectives qui sont publiquement évoquées se limitent à favoriser l'émergence d'un leadership présidentiel ou bien la multiplication de candidatures improbables !

Les militants en ont ASSEZ et lancent un appel dispo sur http://www.appelmilitant.net

@Natacha,
Le malheur pour notre parti est que :
1° soit tout le monde se rassemble derrière de véritable chefs d'état comme Hubert Védrine (peut-être Manuel Valls ?)
2° soit ils se scindera entre les sociaux-démocrates niais qui ont déjà fait la preuve de leur énorme incompétence (Royal, Hollande et le gang de Solferino)...... et entre les guignols de la gauche du PS (Emmanuelli, La Méluche & Co.)!

Je veux bien voter pour vous, si vous n'êtes par "partisan" !

@Ozenfant"
Les guignols de la gauche du PS". Ceux que vous appelez ainsi sont tous ceux qui sont encore indiscutablement de gauche au PS. Quant à M Valls, qui milite pour un allongement de la durée de travail sur la semaine et sur la vie, sa place est à l'évidence auprès de NS. Comme le dit très justement B. Hamon (sûrement un autre "guignol"), il faut "deux offres politiques vraiment clivées, avec une vraie gauche face à cette vraie droite".

Un Yalta entre UMP et PS?
Ce serait très grave, car ne l'oublions pas, Yalta s'est fait sur un "compromis" entre Staline et Churchill, s'échangeant la Grèce et la roumùanie, le 1er étant plutôt communiste à la fin de la guerre, et la seconde plutôt royaliste et pro-occidentale.
résultat: des emprisonnements massifs dans ces deux pays, une conversion musclée au "camp" auquel ils étaient censés appartenir, et tout cela, dans un silence assourdissant.
Si le PS et l'UMP s'étaient "partagé" la France, j'espère que personne n'en souffrira, au niveau local ou national.
@ Belog: même si des personnages "nationaux" gèrent des collectivités locales, elles assumentr quand même des responsabilités locales et non nationales.
Le parlement n'ayant pas beaucoup de pouvoir, même après la réforme en cours des institutions, le seul pouvoir national existant se situe à Matignon et à l'Elysée.
mais je ne crois pas au partage entre UMP et PS, sinon dans le cadre de l'ouverture sarkozienne.

"avec une vraie gauche face à cette vraie droite"

Il va peut-être falloir se dépêcher d' expliquer ce qu' est une vraie gauche, particulièrement par rapport aux gauches espagnoles, allemandes, anglaises et autres dont notre "vraie droite" tente de s' inspirer.

@ Erick
« Il va peut-être falloir se dépêcher d'expliquer ce qu'est une vraie gauche, particulièrement par rapport aux gauches espagnoles, allemandes, anglaises et autres dont notre "vraie droite" tente de s'inspirer ». La réponse est contenue dans votre question. Il y a une vraie gauche parce qu’il y a une fausse gauche dont elle se distingue : celle de T Blair que NS considère en effet comme un modèle, le SPD qui, en Allemagne, préfère gouverner avec la droite plutôt qu’avec die Linke ou encore la gauche de W. Veltroni qui, en Italie, a pris le risque de laisser gagner SB plutôt que de s’allier avec la gauche de gauche.
En Espagne, la situation est quelque peu différente dans la mesure où un vrai clivage entre la droite et la gauche subsiste, notamment sur la religion et les questions de société (mais malheureusement pas sur les questions économiques).
B. Hamon remarque à juste titre que l’absence de clivage entre la gauche et la droite profite toujours à cette dernière, le dernier exemple en date étant la très nette défaite de W. Veltroni.

mmh cette confusion entre gauche et droite doit pouvoir s'expliquer.

Je l'ai expliquée par un phénomène que je baptise d'un acronyme : "mascialisation", une forme de parasitage sociologique.

Le Belge

Non. Je ne vois toujours pas ce qu' est une "vraie gauche" aujourd'hui. Mais si elle se définit simplement au travers d' une comparaison négative avec les PS européens d' une part et en fonction de ses alliances avec ce qui reste du PC, L.O., LCR, Verts, altermondialistes, etc ... j' ai peur que l' image ainsi donnée ne soit pas trés "sexy".

une vraie gauche ?
République (càd droits humains préexistants), progressisme, salariés, travail, souveraineté de la loi...

le Belge

@Erick
Je ne vois pas ce qui permet de trouver plus "sexy" la gauche sociale-démocrate qui perd toutes les élections en Europe (et aussi son âme lorsqu’elle préfère gouverner avec la droite plutôt qu’avec l’autre gauche) ou l’alliance avec un MoDem en voie d’implosion, ainsi que le préconise SR, désormais totalement discréditée.
Si la gauche veut être plus « sexy », qu’elle commence par être elle-même au lieu de chercher à singer la droite !

« Si [« la vraie gauche »] se définit simplement au travers d'une comparaison négative ». Il ne peut en être autrement, la langue elle-même nous en faisant obligation. Il est en effet d’usage de qualifier de « vraie » toute chose qu’on entend distinguer par ce moyen d’une autre qui n’en a que l’apparence illusoire.

Eternel Chatel,

On aura cependant remarqué que les fausses gauches européennes ont été bien souvent en responsabilité, en charge des affaires, parfois pendant des années, et qu’elles ont menées les réformes nécessaires dans leurs pays. A la différence notable de la vraie gauche française qui, année après année, plafonne et ne parvient pas à convaincre déjà dans son propre camp, au sein de la sphère de gauche, où il y aurait pourtant non dit-on une communauté de valeurs.

La différence entre cette vraie gauche française, dont Hamon serait un des tenants, et ses satanées gauches européennes (qui sont en fait des droites) tient à la reconnaissance, fort ancienne dans certains cas, et sans réserve du principe de l’économie de marché. Il y aussi chez celles-ci la prise en compte du phénomène de mondialisation, de cette donne mondiale où les pays et leurs industries sont en concurrence, en compétition.

Plutôt que de « combattre » la mondialisation et le capitalisme, plutôt que chercher à « lutter » contre les deux, les gauches européennes qui ont accédé au pouvoir, l’ont occupé, et ont souvent été reconduites (rappelons cette différence de performance du faux sur le vrai), elles ont fait la démonstration qu’elles étaient capables de constituer un projet alternatif crédible à leurs droites respectives, et de rassembler d’ailleurs pour ce faire au-delà de leur sphère, en convainquant leurs concitoyens de voter pour elles.

Ce pourrait être la même chose ici, sauf que la vraie gauche refuse de considérer comme une donnée, l’économie de marché, et la mondialisation, qu’elle rejette tout projet de réforme au motif que certains, les patrons grands argentiers, ne font eux aucun effort, oubliant que pratiquement 3 salariés sur 4 travaillent dans des PME, où le patron ne ressemble guère à la caricature que la vraie gauche peut en faire. La classe ouvrière, comme on dit, a compris bien mieux que ses soi-disant défenseurs, que son destin était lié à celui du patron, au carnet de commande, et à la conjoncture, c’est pourquoi elle a pu participer au vote Sarkozy, comme elle pourra de nouveau participer au vote et à l’élection de la fausse gauche. La vraie gauche convainc peu la dite classe ouvrière de la pertinence de ses analyses, de la justesse de ces propos, et de la crédibilité de son projet. Le rétablissement de l’autorisation administrative de licenciement peut séduire au premier abord, mais il se sait de plus en plus que ce genre d’artifices volontariste comporte un revers, revenant en général en pleine poire de ceux qu’ils étaient sensés protéger.

Enfin le propre de ses fausses gauches européennes, si dévoyées par rapport à la vraie gauche française, est de profiter du jeu démocratique et des saines alternances, tantôt chassée par le vote citoyen, chassant à son tour les vilaines droites. Ainsi va l’opinion publique. Une chose est sûre, la vraie gauche française a assez peu d’avenir de ce point de vue. Elle a sûrement encore quelques réserves, quelques marges de progression, la droite au pouvoir, sarkozienne de surcroît étant sûrement un élément favorable, mais son dogmatisme idéologique et les divergences radicales qu’il l’agitent, l’empêcheront de fait de convaincre une majorité de nos concitoyens. Je crois le fond du discours et le positionnement obsolètes. Il est une chose de dénoncer, de critiquer et de lutter, il en est une autre de monter un projet crédible, politiquement acceptable. Si l’on considère les débats théoriques et pratiques, houleux et sans fin, qui ont agité le bocal de la gauche révolutionnaire pour finir de constater qu’aucune action commune n’était possible en 2005, on est peinard pour un bout de temps. Et heureusement.

@ Matéo
« [Les fausses gauches] ont mené les réformes nécessaires dans leurs pays ». Plus exactement les réformes que la droite jugeait telles.
«La différence entre cette vraie gauche française… tient à la reconnaissance, fort ancienne dans certains cas, et sans réserve du principe de l’économie de marché». Je crois qu’il est faux de dire que la gauche de gauche rejette l’économie de marché. Elle estime seulement que la place du marché doit être strictement circonscrite et juge inacceptable l’extension de sa logique à toutes les dimensions de l’existence humaine.
« La vraie gauche refuse de considérer comme une donnée, l’économie de marché, et la mondialisation ». La mondialisation est une donnée en ce sens qu’elle est un fait. Mais, elle n’était pas destinée à exister de tourte éternité. Elle a été voulue et organisée progressivement dans le cadre des accords du GATT puis de l’OMC. Il n’est pas inutile de rappeler à cet égard que l’OMC est actuellement dirigée par le socialiste français P. Lamy, ce qui en dit long sur la collusion entre libéraux de droite et libéraux de gauche.
«La vraie gauche convainc peu la dite classe ouvrière de la pertinence de ses analyses ». Et la gauche bobo y parvient-elle davantage? Est-ce « la classe ouvrière », comme vous dites, qui a élu BD à Paris ?
«Si l’on considère les débats théoriques et pratiques, houleux et sans fin, qui ont agité le bocal de la gauche révolutionnaire pour finir de constater qu’aucune action commune n’était possible en 2005, on est peinard pour un bout de temps ». Sur ce dernier point, il n’est pas absolument certain que vous ayez tort. Malheureusement.


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