Virage américain
Barack Obama a repris l'avantage dans la course à la Maison Blanche. Grâce à son discours marquant sur le racisme, le sénateur de l'Illinois est sorti par le haut de la polémique orchestrée autour du pasteur Wright. Il devance à nouveau nettement Hillary Clinton dans l'électorat démocrate. Mieux, dans la plupart des dernières enquêtes d'intentions de vote, Obama obtient désormais un score supérieur à celui de John McCain.
Le candidat démocrate métis a certes encore des épreuves à endurer avant de décrocher l'investiture démocrate tandis que son adversaire républicain demeure redoutable. Mais l'état de la société américaine suggère une évolution de fond porteuse pour Obama. L'aspiration à un changement profond est mise en évidence par un très intéressant sondage New York Times-CBS News. On y apprend que pas moins de 81% des Américains - un chiffre record - estiment que leur pays va dans la mauvaise direction. Le bilan du dernier mandat de George Bush est très sévèrement jugé: 67% des sondés trouvent que les choses ont empiré depuis cinq ans.
Même si McCain cultive un style particulier, le candidat républicain, tout de même soutenu par le président sortant, aura bien plus de mal que son adversaire démocrate à incarner cette soif de rupture. D'autant plus que cette enquête révèle aussi de sérieuses évolutions idéologiques aux Etats-Unis. Alors que les inquiétudes liées à la crise économique prennent le pas sur le terrorisme, les idées conservatrices ont perdu du terrain. Une majorité d'Américains soutient désormais une augmentation des impôts pour les plus riches afin d'aider les autres. Et la proportion de ceux qui souhaiteraient "un gouvernement plus fort qui offre plus de services" atteint son plus haut niveau depuis 1991.
Tout ceci est de bon augure pour le candidat démocrate. Clinton a déjà singulièrement gauchi son discours par rapport aux thèses des "new democrats" qu'elle véhiculait ces dernières années. A sa manière, Obama a lui aussi saisi ces nouveaux équilibres. Dans un discours de fond consacré aux questions économiques, il a mis en cause les excès d'un marché insuffisamment régulé. S'en prenant explicitement aux politiques mises en oeuvre dans les années 80 et 90, sous les administrations républicaines mais aussi démocrates, il a prôné un nouveau modèle de régulation économique sur fond de critique de l'ultra-individualisme ("la vérité est que chaque Américain fait mieux lorsque tous les Américains font mieux").
Il peut évidemment se passer bien des choses d'ici novembre. Mais l'état profond d'une société américaine traumatisée par la guerre en Irak et la récession économique favorise incontestablement l'alternance. Et si Obama, le candidat démocrate le plus à gauche depuis le malheureux George McGovern en 1972, devait succéder à Bush, le virage politique de l'Amérique serait spectaculaire.
AJOUT LE 14 AVRIL:
Une étude de deux experts américains confirme l'évolution des équilibres idéologiques aux Etats-Unis. Si les Américains se méfient toujours du "big government", ils souhaitent un engagement public plus important et croient beaucoup moins aux réponses conservatrices.

Ha quel bonheur, cher ED, si un candidat américain pouvait vous prouver que vous n'avez pas tort d'être socialiste.
Je pense, hélas pour vous, que Barack Obama est ségolénisé : que sa popularité dissimule de réelles faiblesses de fond.
Maintenant, je peux me tromper : Barack paraît tout de même moins creux que Ségolène.
Quoi qu'il en soit, le socialisme d'Obama risque de se révéler plus libéral que le libéralisme de Sarkozy, mais en cas de victoire d'Obama, vous n'en écrirez pas moins que le socialisme a le vent en poupe et que le libéralisme passe de mode etc ...
Je vous fais un procès d'intention. J'espère me tromper.
Cordialement
Cordialement
Rédigé par: Franck Boizard | le 09 avril 2008 à 19h06
FB,
Obama n'est évidemment pas socialiste (l'espèce a disparu de longue date aux USA) et on peut s'intéresser à la politique américaine sans y projeter ses obsessions françaises. Il me semble simplement que la société américaine évolue actuellement vers la gauche - tout cela est relatif - et qu'effectivement un certain libéralisme y est désormais beaucoup plus contesté. Enfin, il suffit de lire les discours d'Obama, quoi qu'on en pense par ailleurs, pour se rendre compte qu'ils sont autrement plus structurés que ceux de Ségolène Royal.
Rédigé par: Eric Dupin | le 09 avril 2008 à 19h33
Le problème soulevé par Mr Dupin n'était pas de savoir si Obama était plus ou moins "libéral" que Sarkozy mais de savoir s'il l'était moins que, par exemple, Bush fils ou père ou encore Reagan. A la lecture des discours cela semble assez clair.
Rédigé par: Scodex | le 09 avril 2008 à 20h08
Quand comme Eric Dupin on tient un blog politique je suppose que l'on souhaite des réponses qui soient personnelle et non des copiés/collés d'articles où de reprises. C'est ce que je m'efforce de faire. Pour une fois je vais déroger à cette règle en reprenant un certains nombres de citations et en indiquant leur auteur.
·Celui qui contrôle l'argent de la nation contrôle la nation". Thomas Jefferson
·"Je crois que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés qu'une ·armée debout". Thomas Jefferson
·"Quand l'argent d'un gouvernement dépend des banques, ce sont elles et non les chefs du gouvernement qui contrôlent la situation". Napoléon Bonaparte
·"Si les gens de cette nation comprenaient notre système bancaire et monétaire, je crois qu'il y aurait une révolution avant demain matin". Sr Henry Ford
·"Donnez-moi le contrôle sur la monnaie d'une nation, et je n'aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois". Amchel Mayer Rothschild
·"Celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou, ou un économiste". Kenneth Boulding
·"Lorsque les arbres seront tous abattus, les animaux tous exterminés,
l'homme découvrira qu'il ne se nourrit pas d'argent" fable
·"L'histoire relate que les banquiers ont utilisé toutes sortes d'abus, intrigues, supercheries et violences possibles pour obtenir le contrôle des gouvernements en contrôlant l'argent et son émission" James Madison
·"Pour obtenir le contrôle total, deux ingrédients total sont essentiels : Une banque centrale et un impôt progressif pour qu'ils ne se rendent pas compte" Karl Marx
Alors Obama ou Clinton puis Mc Cain ou le démocrate élu je crois que la plupart de ces slogans resteront d'actualité. En France on a eu naguère un président socialiste, ces années ont été qualifiées "d'années fric". Pourquoi voudrait-on que ça change.
Rédigé par: flamant rose | le 09 avril 2008 à 20h27
réponses personnelleS avec un "S". Pardon
Rédigé par: flamant rose | le 09 avril 2008 à 20h28
deux petites remarquess
1) "Le candidat démocrate métis" me choque un peu. Obama est d'abord un humain, démocrate, avant d'être métis, on ne dit pas de Clinton : "la candidate démocrate blanche"... Mais bon, dans notre bonne vielle République, c'est peut-être pas pareil
2)Je crois que c'est bien l'éco qui va faire la campagne avant ou autant que l'Irak. La crise des subprimes l'a montré.
Autre chose, je ne sais pas si ça été dit ici, mais en discutant avec des amis socialos, ces derniers ont prédit qu'un trop fort clash entre clinton et obama pourrait avoir le même effet que les primaires socialistes et favoriser Mc Cain...
Rédigé par: tefy | le 09 avril 2008 à 22h07
Tefy,
Vous remarquerez quand même que je n'ai pas écrit "le candidat métis démocrate" ;-) Blague à part, loin de moi l'idée de définir quelqu'un, fut-il aspirant à la Maison Blanche, par sa "race". Mais on ne peut ignorer que la spécificité d'Obama sur ce plan dans un pays qui classe sans complexe les gens selon leur appartenance raciale (voir les sondages sortie des urnes) joue un rôle dans cette campagne. En le qualifiant de "métis", j'entendais seulement rappeler qu'il n'était pas exactement le candidat "noir" généralement décrit. Cela n'avait assurément rien de péjoratif. Pour le reste, dans son désormais fameux discours sur les races, Obama a montré qu'il se situait au-dessus de ces vaines étiquettes...
Rédigé par: Eric Dupin | le 09 avril 2008 à 22h22
Je me pâme d'admiration devant cette manière Dupinesque de renvoyer poliment Boizard à ses études, tout en crucifiant l'air de rien Séglène Royal, autant que devant cette façon de manier les étiquettes pour suggérer leur vacuité.
Rédigé par: Gatien | le 09 avril 2008 à 23h32
Ce propos d'Obama : "la vérité est que chaque Américain fait mieux lorsque tous les Américains font mieux", est étonnant; c'est l'envers exact du dogme libéral ("la poursuite des intérêts particuliers profite à la collectivité entière")! Je comprends mieux que certains socialistes, dont julien Dray, soit effrayé par cette candidature, et lui préfère de loin celle de Madame Clinton...
La question est de savoir si l'on peut encore espérer pouvoir articuler ensemble ces deux principes, "holiste" et libéral, en les jugeant complémentaires, pour pouvoir produire une espèce de "cercle vertueux", ou s'ils vont devenir de plus en plus incompatibles.
La série de citations donnée par Flament Rose sur le rôle des banquiers est tout à fait intéressante.
Sur les thèmes de campagne de l'élection américaine, la question de savoir comment se dégager du bourbier irakien me semble quand même essentielle, et celle de la politique au Proche-Orient en général.
Je crois me souvenir que Mc Cain confondait les chiites et les sunnites il y a quelque emps, associant l' Al Qaïda sunnite à l'Iran perse et chiite; c'est consternant. Il confirme le reproche adressé par les anti-américains aux Etats-Unis, de ne pas s'intéresser vraiment, au fond, à tout ce qui est étranger à leur culture.
Obama est certainement mieux placé à la fois pour comprendre l'importance des différences ethniques et confessionnelles, et refuser d'enfermer les gens dans des identités préétablies.
Rédigé par: D.H. | le 10 avril 2008 à 09h54
bon, c'est de bon augure...esperons que l'avenir vous donne raison..
Rédigé par: king selewa | le 10 avril 2008 à 11h01
Je tiens à rappeler à plusieurs de nos amis
que,ils doivent savoir que les américains sont très différents des européens et surtout des Français.N'essayez meme pas de comparer OBAMA à ROYAL.Chez les Américains c'est avant tout la compétence qui joue,tant qu'on est compétent on peut acceder à tout ce qui est boulot.C'est le cas avec OBAMA.Avec tout ce que nous a démontré HILLARY,beaucoup de nos amis Français ont toujours ce souci de la voir etre nominé par le parti démocrate.Il ya de ceux qui disent meme que BARACK n'est pas crédible par rapport à HILLARY.L'ouverture n'est pas pour aujourd'hui pour la plupart des FRANCAIS.L'amérique c'est autre chose,l'américain fait ce qu'il veut faire.Ne vous étonnez pas de voir OBAMA gagné en novembre.A la grande déception des nostalgiques du statu qvo.
Rédigé par: Munt Marius | le 10 avril 2008 à 13h27
Eric Dupin,
Obama on l'aime, il est tellement plus sympatique que Miss Rodham-Clinton.
Plus encore que Sarkozizi (lol).
Remarque, je le sais parce que j'en ai dans ma famille: Un "métis", ça existe aux Antilles (un capre, un chabin etc.), mais ni en France, ni aux USA.
Surtout pas aux USA !
Rédigé par: Ozenfant | le 10 avril 2008 à 18h32
Quitte à passer pour un couillon inculte j'aimerai connaître la signification de "lol" que Ozenfant met souvent à la fin de ses phrases. Il y a bien une raison ?
une bonne âme SVP.
Rédigé par: flamant rose | le 10 avril 2008 à 18h43
LOL = "Lot Of Laugh", Flament Rose, l'équivalent en anglais de notre cybernétique MdR(Mort de Rire), sur le réseau français.
Rédigé par: D.H. | le 10 avril 2008 à 19h09
Je connaissais une définition alternative, mais qui revient au même : "Laughing Out Loud" (à peu près : "rire à voix haute").
Et je viens d'apprendre la signification de MdR...
Rédigé par: Gatien | le 10 avril 2008 à 21h51
Merci pour l'info.
Mais j'avoue que bien que n'étant pas dénué d'humour (au contraire) l'expression Sarkozizi ne me fait pas mourir de rire. Je ne risquais donc pas de trouver.
Rédigé par: flamant rose | le 11 avril 2008 à 11h06
LOL.....MdM....
On abuse régulièrement de tous ces sigles !..
Et on fait semblant de les connaître ,pour n'avoir pas l'air -"couillon..!",pour n'avoir pas l'air, inculte ,"arriéré?",pas dans la course..
Bravo donc à Ozenfant,à Gatien pour leur
simplicité,leur fraîcheur d'âme ..
Tout comme eux ,je viens d'apprendre la signification de ces abréviations . merci....!
Rédigé par: Raymonde Meyer | le 11 avril 2008 à 15h02
Défense et illustration de la nouvelle langue française ...
Rédigé par: Erick | le 11 avril 2008 à 16h04
Mon doux Flamingo,
C'est l'association de Sympathique avec Sarkozy, qui est commique (dans un blog dont l'illustre écrivain est de gauche) !
Pas l'allusion (il est vrai) douteuse avec ses pulsions sexuelles de vieux beau.
Rédigé par: Ozenfant | le 11 avril 2008 à 18h26
Donc l'américain, se sentant menacé de toutes part va se réfugier vers la "gauche" (que je ne confond pas avec la gauche d'ici) et ne penchera pas vers un reflèxe individualiste. Je ne comprend pas pourquoi partager mes dollars quand j'en ai de moins en moins.
Rédigé par: belka | le 11 avril 2008 à 23h00
Les Américains sont un peu comme nous, réduits à devoir "choisir" entre bonnet blanc et blanc bonnet, l'équivalent de notre UMP PS Modem...
Changeons.
Rédigé par: Benji | le 13 avril 2008 à 22h00