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avril 2008

25 avril 2008

Illusoire com'

    La communication est devenue l'idéologie dominante de l'époque. Acteurs et commentateurs ont tendance à croire que la politique est désormais une affaire de représentations mentales. Les réalités n'existeraient plus que filtrées par des perceptions plastiques. Nicolas Sarkozy est loin d'être le seul dirigeant à être victime de ce prisme. Ségolène Royal est un exemple encore plus caricatural de ce postmodernisme qui conduit à négliger le fond pour mieux soigner la forme.

    Mais le talentueux avocat qu'est l'actuel président de la République mise visiblement un peu trop sur la com' pour rebondir après une année d'exercice du pouvoir qui a profondément déçu les Français. Sa prestation télévisée d'hier soir lui a permis de dessiner le profil d'un chef d'Etat à la fois plus humble - il reconnaît des "erreurs" - et toujours courageux - il entend poursuivre le train de réformes au risque assumé de l'impopularité. Même si Sarkozy est apparu sur la défensive, il se peut que ce nouveau style lui permette, à moyen terme, d'être réécouté par l'opinion.

    Qu'a-t-il cependant à dire et à proposer aux Français ? C'est là que la bât blesse. L'auto-critique du président est restée formelle. Le fameux "paquet fiscal" n'aurait été qu'une "erreur de communication totale"et non pas un train de mesures économiquement inefficaces  et socialement injustes. Pratiquant la méthode Coué, Sarkozy jure que le dispositif d'incitations aux heures supplémentaires "marche", ce qui n'est pas vraiment l'avis des économistes. Il est encore douteux que l'encouragement à "l'intéressement" résolve le problème du pouvoir d'achat. Et il est inquiétant d'apprendre que le futur "revenu de solidarité active" sera pour partie financé par une réduction de la "prime pour l'emploi" qui aide les salariés modestes.

    Les réformes, toujours vantées par un Sarkozy bien décidé à garder le cap d'une réduction du nombre de fonctionnaires, gardent le goût du sacrifice. Comment faire accepter un nouvel allongement de la durée de cotisation pour les retraites alors que l'emploi des "seniors" demeure aussi problématique ? On ne voit guère par quel miracle une telle politique pourrait devenir populaire. Les réalités pèseront plus lourd que toutes les explications du monde.

22 avril 2008

Réalisme socialiste

    Bourgeois, cessez donc de trembler comme des feuilles ! le PS renonce enfin officiellement à ses "espérances révolutionnaires". La presse bien-pensante s'en réjouit: les socialistes abandonnent leurs "vaches sacrées" idéologiques pour se mettre à jour. La nouvelle "déclaration de principes" du PS le définit clairement comme un "parti réformiste".

    Ironie mise à part, ce texte corédigé par Alain Bergounioux, subtil historien et idéologue du parti, et Henri Weber, autre amateur d'exercices théoriques, n'est pas trop mal troussé au regard des lois du genre. On s'amusera même à repérer quelques signes révélateurs de la spécificité maintenue du socialisme français. La déclaration affirme que la "critique historique du capitalisme" demeure "d'actualité" et que le PS porte un "projet de transformation sociale radicale". La précédente déclaration de principes, rédigée en 1990, ne définissait le PS que comme un "parti de transformation sociale", situant son réformisme au service d'hypothétiques "espérances révolutionnaires". En passant de la référence à une "économie mixte" admettant "les règles du marché" à celle d'une "économie sociale et écologique de marché" régulée par la puissance publique, les socialistes ne sombrent guère dans une dangereuse dérive droitière. Tous les courants du parti ont d'ailleurs ratifié le nouveau texte.

    L'essentiel reste pourtant à faire pour le PS. Sur le plan idéologique, il lui faudra d'abord préciser et creuser sa critique du capitalisme au-delà des facilités d'une dénonciation morale et d'une condamnation de ses défauts les plus criants. L'articulation entre pleine reconnaissance de l'économie de marché et contestation des logiques du capitalisme financier suppose un profond renouvellement d'analyses qui ne peuvent plus être adossées aux schémas marxistes.

    Simultanément, les socialistes doivent donner de la chair aux valeurs qu'ils réaffirment aujourd'hui en arbitrant clairement en faveur de quelles politiques publiques ils se prononcent. Qu'il s'agisse de "développement durable" ou d'"Etat social", le PS est mis au défi de mettre des propositions concrètes derrière ses mots. C'est ce que l'on attend du débat qui s'ouvre en son sein.

14 avril 2008

Modèle italien ?

    La défaite du Parti démocrate italien devrait faire réfléchir les socialistes français. Malgré un vote utile en sa faveur, l'alliance de centre-gauche conduite par Walter Veltroni a été défaite par la coalition de Silvio Berlusconi, battu de peu en 2006. Les deux personnalités les mieux placées pour prendre la tête du PS - Ségolène Royal et Bertrand Delanoë - avaient pourtant en commun une admiration déclarée pour ce qu'est devenue la gauche transalpine. La présidente de Poitou-Charentes a plusieurs fois vanté "l'exemple italien" d'une gauche qui choisit son leader grâce à une vaste consultation populaire. Dans une interview à "Libération" en date du 22 octobre 2007, Royal estimait, en référence à la création du Parti démocrate, que "l’alliance, contre la droite, entre un parti issu du parti communiste et un parti du centre, d’inspiration chrétienne, est très intéressante". S'inspirant explicitement de ce précédent, elle annonçait "des recompositions entre centre et PS en France".

    Si Delanoë s'est gardé de faire des appels du pieds au Modem aussi voyants que sa rivale,  il voyait lui aussi d'un très bon oeil la mutation de la gauche italienne. "Le parti démocrate est un modèle pour le parti socialiste français", a ainsi titré une interview du maire de Paris le quotidien "La Reppublica" du 9 avril. "Avec Veltroni, je suis sûr que les choses peuvent changer", s'enthousiasmait Delanoë, ajoutant que "son programme et son honnêteté sont une opportunité formidable pour l’Italie".

    L'avait-il vraiment lu ? Le programme du candidat Veltroni n'était qu'une enfilade de platitudes centristes peu susceptibles de mobiliser un électorat qui a d'ailleurs moins participé au scrutin qu'il y a deux ans. Comme l'a admis Paolo Franchi, directeur du quotidien de centre gauche Il Riformista, "Veltroni est sans doute aujourd’hui plus proche de François Bayrou que de Ségolène Royal". Même si le leader du PD a appartenu à l'ancien PCI, le nouveau parti fait la part belle à l'héritage démocrate-chrétien et aux accointances avec les puissances économiques. "Je ne suis pas de gauche", avait-il avoué au quotidien espagnol "El Pais".

    Au cours de sa campagne, Veltroni avait cherché à copier certaines recettes de Barack Obama au point de reprendre son slogan de campagne ("Yes, we can" devenant "Si, puo fare"). Mais vif est le contraste entre l'évolution des gauches italienne et américaine. Héritière d'un long passé sous hégémonie communiste, la première n'en finit pas de dériver vers la droite tandis que la seconde, réveillée par l'ampleur de la crise économique, renoue avec certains fondamentaux de la pensée progressiste. Si Obama n'as pas encore gagné, Veltroni a bel et bien perdu. Avis au PS.

09 avril 2008

Virage américain

    Barack Obama a repris l'avantage dans la course à la Maison Blanche. Grâce à son discours marquant sur le racisme, le sénateur de l'Illinois est sorti par le haut de la polémique orchestrée autour du pasteur Wright. Il devance à nouveau nettement Hillary Clinton dans l'électorat démocrate. Mieux, dans la plupart des dernières enquêtes d'intentions de vote, Obama obtient désormais un score supérieur à celui de John McCain.

    Le candidat démocrate métis a certes encore des épreuves à endurer avant de décrocher l'investiture démocrate tandis que son adversaire républicain demeure redoutable. Mais l'état de la société américaine suggère une évolution de fond porteuse pour Obama. L'aspiration à un changement profond est mise en évidence par un très intéressant sondage New York Times-CBS News. On y apprend que pas moins de 81% des Américains - un chiffre record - estiment que leur pays va dans la mauvaise direction. Le bilan du dernier mandat de George Bush est très sévèrement jugé: 67% des sondés trouvent que les choses ont empiré depuis cinq ans.

    Même si McCain cultive un style particulier, le candidat républicain, tout de même soutenu par le président sortant, aura bien plus de mal que son adversaire démocrate à incarner cette soif de rupture. D'autant plus que cette enquête révèle aussi de sérieuses évolutions idéologiques aux Etats-Unis. Alors que les inquiétudes liées à la crise économique prennent le pas sur le terrorisme, les idées conservatrices ont perdu du terrain. Une majorité d'Américains soutient désormais une augmentation des impôts pour les plus riches afin d'aider les autres. Et la proportion de ceux qui souhaiteraient "un gouvernement plus fort qui offre plus de services" atteint son plus haut niveau depuis 1991.

    Tout ceci est de bon augure pour le candidat démocrate. Clinton a déjà singulièrement gauchi son discours par rapport aux thèses des "new democrats" qu'elle véhiculait ces dernières années. A sa manière, Obama a lui aussi saisi ces nouveaux équilibres. Dans un discours de fond consacré aux questions économiques, il a mis en cause les excès d'un marché insuffisamment régulé. S'en prenant explicitement aux politiques mises en oeuvre dans les années 80 et 90, sous les administrations républicaines mais aussi démocrates, il a prôné un nouveau modèle de régulation économique sur fond de critique de l'ultra-individualisme ("la vérité est que chaque Américain fait mieux lorsque tous les Américains font mieux").

    Il peut évidemment se passer bien des choses d'ici novembre. Mais l'état profond d'une société américaine traumatisée par la guerre en Irak et la récession économique favorise incontestablement l'alternance. Et si Obama, le candidat démocrate le plus à gauche depuis le malheureux George McGovern en 1972, devait succéder à Bush, le virage politique de l'Amérique serait spectaculaire.

AJOUT LE 14 AVRIL:

    Une étude de deux experts américains confirme l'évolution des équilibres idéologiques aux Etats-Unis. Si les Américains se méfient toujours du "big government", ils souhaitent un engagement public plus important et croient beaucoup moins aux réponses conservatrices.

07 avril 2008

Attaque royaliste

    Sa détermination actuelle est à la mesure de ses hésitations passées. Ségolène Royal veut désormais s'emparer du PS. Elle a compris que le contrôle du parti lui était indispensable pour conduire les socialistes "vers d'autres victoires", selon son expression fameuse du soir de la défaite présidentielle. Fourbissant ses armes, l'ancienne candidate entend bien devenir la future première secrétaire.

    Cette reconnaissance du rôle stratégique du parti - qu'on ne peut aussi facilement contourner par l'opinion qu'elle l'a longtemps espéré - ne signifie cependant pas que Royal a changé sa manière de faire de la politique. Le but de son entreprise est moins de prendre la tête d'un parti centenaire que d'en transformer radicalement la nature.

    Pour sa première étape de conquête de la rue de Solférino, la présidente de Poitou-Charentes reste fidèle aux rites de la "démocratie participative". Elle se lance dans la bataille interne avec un texte supposé recueillir l'avis des militants et sympathisants socialistes. La méthode éprouvée permet d'afficher son ouverture d'esprit et sa capacité d'écoute tout en se préservant du risque d'assumer des positions tranchées. L'ancienne candidat navigue, avec plus ou moins de brio, au coeur des contradictions de la gauche. "Les peuples du Nord doivent être protégés de la concurrence internationale sans que les peuples du Sud ne soient victimes du protectionnisme", affirme-t-elle, par exemple, avant de demander ingénument quelles "nouvelles règles" pourraient organiser ce protectionnisme sans protectionnisme...

    Ce n'est pas sur des idées claires que les royalistes entendent gagner le prochain congrès. Ils comptent plutôt sur l'aspiration au changement, vive au terme de l'émolliente ère Hollande. La vérité de leur démarche est exprimée sans fard par Gaëtan Gorce, l'un des soutiens les plus réfléchis de Royal, dans une lettre aux dirigeants socialistes. Ce "rénovateur" convaincu fait du changement du "fonctionnement" du parti un "préalable" à sa renaissance.  Il prône courageusement une présidentialisation du PS: le premier secrétaire serait élu avant le congrès indépendamment d'un texte politique; les courants disparaitraient au profit d'une "vaste consultation" de la base qui serait arbitrée on ne sait trop comment (ou plutôt si). Tout cela s'inspire à la fois des moeurs contestables de la Vème République - au moment même où il est question d'y remédier - et des pratiques encore plus douteuses du "centralisme démocratique" de culture communiste.

     Le "reconstructeur" Jean-Christophe Cambadélis a donné la réplique à Gorce en pointant tous les dangers d'un tel changement de nature du PS. Sur le fond, ces deux dirigeants sont assez proches, partisans avoués d'une mue social-démocrate du parti. Mais leur désaccord est patent en matière de pratique politique. Alors que le premier tend la main à Bertrand Delanoë et que le second appuie Ségolène Royal, c'est bien la conception même du rôle d'un parti qui devrait cristalliser le débat entre les deux camps qui se dessinent.

     On se permet ici de qualifier de "royalistes" les partisans de l'ancienne candidate même si cette dernière avait elle-même conseillé - avec succès - aux journalistes de parler de "ségolistes". Non seulement ce terme respecte le patronyme de l'intéressée, mais sa connotation n'est pas tout à fait étrangère à son projet. Ne s'agit-il pas de convertir le Parti socialiste à une sorte de monarchie participative ?

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