Illusoire com'
La communication est devenue l'idéologie dominante de l'époque. Acteurs et commentateurs ont tendance à croire que la politique est désormais une affaire de représentations mentales. Les réalités n'existeraient plus que filtrées par des perceptions plastiques. Nicolas Sarkozy est loin d'être le seul dirigeant à être victime de ce prisme. Ségolène Royal est un exemple encore plus caricatural de ce postmodernisme qui conduit à négliger le fond pour mieux soigner la forme.
Mais le talentueux avocat qu'est l'actuel président de la République mise visiblement un peu trop sur la com' pour rebondir après une année d'exercice du pouvoir qui a profondément déçu les Français. Sa prestation télévisée d'hier soir lui a permis de dessiner le profil d'un chef d'Etat à la fois plus humble - il reconnaît des "erreurs" - et toujours courageux - il entend poursuivre le train de réformes au risque assumé de l'impopularité. Même si Sarkozy est apparu sur la défensive, il se peut que ce nouveau style lui permette, à moyen terme, d'être réécouté par l'opinion.
Qu'a-t-il cependant à dire et à proposer aux Français ? C'est là que la bât blesse. L'auto-critique du président est restée formelle. Le fameux "paquet fiscal" n'aurait été qu'une "erreur de communication totale"et non pas un train de mesures économiquement inefficaces et socialement injustes. Pratiquant la méthode Coué, Sarkozy jure que le dispositif d'incitations aux heures supplémentaires "marche", ce qui n'est pas vraiment l'avis des économistes. Il est encore douteux que l'encouragement à "l'intéressement" résolve le problème du pouvoir d'achat. Et il est inquiétant d'apprendre que le futur "revenu de solidarité active" sera pour partie financé par une réduction de la "prime pour l'emploi" qui aide les salariés modestes.
Les réformes, toujours vantées par un Sarkozy bien décidé à garder le cap d'une réduction du nombre de fonctionnaires, gardent le goût du sacrifice. Comment faire accepter un nouvel allongement de la durée de cotisation pour les retraites alors que l'emploi des "seniors" demeure aussi problématique ? On ne voit guère par quel miracle une telle politique pourrait devenir populaire. Les réalités pèseront plus lourd que toutes les explications du monde.

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