Le soutien de Bill Richardson, seul gouverneur hispanique des Etats-Unis, à Barack Obama vient à point nommé. L'électorat "latino" est une composante stratégique du combat qui se livre au sein du parti de l'âne. Le candidat "noir" à l'investiture démocrate connaît un "momentum" délicat dans sa compétition avec Hillary Clinton suite aux polémiques créées par la révélation d'anciens propos anti-américains de son pasteur Jeremiah Wright. Les sondages ont noté un décrochage, tant par rapport à sa rivale démocrate qu'à son éventuel compétiteur final républicain.
Mais cet appui pèsera sans doute bien moins, dans l'issue de la bataille, que le discours audacieux prononcé par Obama le 18 mars sur la question raciale. S'il doit finalement gagner, ce sera grâce à lui. S'il doit perdre, ce sera à cause de lui ! C'est dire s'il faut l'entendre ou le lire (le plus simple est d'imprimer le texte publié par le NYT) - particulièrement ceux qui, en France, sont prisonniers de la caricature d'une démocratie américaine forcément superficielle.
Le bon accueil réservé à ce discours par nombre de commentateurs américains, qui ne préjuge nullement de son impact dans l'Amérique profonde, s'explique aisément. Pris au piège d'une controverse potentiellement fatale pour lui, Obama riposte en prenant à bras-le-corps la question du racisme. Notons, en passant, qu'il n'en avait jamais fait un argument de vente du style: "Vous dites que je suis incompétent parce que je suis Noir" (suivez mon regard)...
Prenant appui sur sa biographie personnelle, de métis comme chacun sait, Obama commence par assumer sans fard sa part de "négritude". Disant tout haut ce que tout le monde pense tout bas aux Etats-Unis, mais sans la démagogie instrumentale que cette expression revêt ici, le candidat potentiel à la présidence analyse ensuite de manière concrète les frustrations réciproques des Noirs et des Blancs. On est loin ici du discours "anti-raciste" aussi moraliste qu'abstrait et inefficace. Obama précise, au contraire, les multiples causes historiques, économiques et sociales des tensions raciales.
Ces propos rassureront ceux qui, comme moi, commençaient à s'interroger sur la profondeur des convictions d'un homme qui a un peu trop joué sur son charisme. Ce discours, qui restera peut-être fameux, est marqué du sceau d'un authentique progressisme à l'américaine - c'est-à-dire mâtiné d'espérance chrétienne.
A quand un discours comparable dans une France elle aussi travaillée par des tensions raciales qui disent encore moins leur nom qu'aux Etats-Unis ? Au mieux parle-t-on de "communautarisme" ou de rivalités "ethniques"... La classe politique vante une politique homéopathique de la "diversité". Mais ce n'est pas Rachida Dati, certes pas encore candidate à la présidence de la République (fort heureusement), que l'on imagine prononcer un discours du même type que celui d'Obama.
Ceux qui, comme moi, se passionnent pour les élections américaines (autrement plus excitantes que les municipales françaises) suivront tout particulièrement:
- La couverture très complète de Marjorie Paillon
- Le blog très éclairant du correspondant d'Europe 1 aux USA François Clemenceau.
Vous pouvez désormais trouver une traduction en français du discours là.
Rédigé par: vincent | 21 mars 2008 à 19h08
Merci beaucoup Vincent pour cette traduction qui aidera tous ceux qui ne maîtrisent pas bien la langue de Shakespeare à prendre connaissance de ce texte important !
Rédigé par: Eric Dupin | 21 mars 2008 à 19h23
ED, espérons qu'Obama ne soit pas un NS dont les discours sont quand même un peu beaucoup ceux de HG...
Rédigé par: DD | 21 mars 2008 à 21h24
DD,
Je ne connais pas HG, mais comparer ce discours d'Obama (l'avez-vous vraiment lu ?) à ceux de Sarkozy me semble un peu... rapide !
Rédigé par: Eric Dupin | 21 mars 2008 à 21h28
Le contexte essentiel, propose en principe par un ancien de Sciences Po: http://acropolisreview.com/2008/03/video-barack-obamas-philadelphian-unity.html
Rédigé par: Michelle | 22 mars 2008 à 07h53
Je n'ai suivi cette campagne qu'au travers de ce que l'on peut voir à la TV, rien n'a été dit sur ce discours qui ressemble à un aveu sur sa condition de noir. À part la venue à l'Élysée d'un quadragénaire avec des allures de fort des halles, et une sombre affaire de passeports. Dommage.
Rédigé par: claude | 22 mars 2008 à 08h57
Cher ED,
Comme toute l'intelligentsia bobo, vous avez les yeux de Chimène pour Obama :
> ça vous ennuierait qu'une femme, Clinton, réussisse là où votre championne, Royal, a échoué.
> Obama a toutes les caractéristiques superficielles qui attirent la faveur des bobos
Cependant, il me semble que, même si Obama est meilleur que Royal, il en partage certains traits qui peuvent le mener au même échec.
Sa capacité de séduction est basée sur une imagerie pieuse, certes attractive pour les sans cervelle, mais qui risque de pas résister au dur combat d'une campagne.
Clinton, Obama, Mc Cain : je m'en fous. Les USA ne sont pas mon pays et il y a tant à faire dans le mien.
Mais je ne peux m'empêcher d'être jaloux de la vitalité de leur démocratie.
Bien à vous.
Rédigé par: Franck Boizard | 22 mars 2008 à 10h11
Très beau discours.
Etonnant pour le français que je suis (pas assez anglophone) de lire un tel discours.
Je me trompe ou chez nous nous en sommes à : "les races n'existent pas" ?...
Obama regarde et parle à tous les américains en face, sans vouloir tordre les mots dans tous les sens pour leur donner un sens nouveau, pour inventer une sorte de "novlangue" hypocrite dont nous avons le secret. L'histoire des Etats-Unis d'Amérique n'est pas celle de la France. Peut-être cela explique-t-il cela ? Certainement.
Qu'un candidat en France s'essaie à parler ainsi de Dieu et de la religion pendant une campagne... et nous verrons toute notre chère presse d'opinion sortir l'artillerie lourde. Qu'un candidat s'essaie à parler de "race" comme Obama le fait dans son discours et l'on verra les commentateurs fondrent sur l'inconcient et mettre entre lui et Hitler le signe égal.
Obama au pied du mur fait un merveilleux discours, sur Le Sujet de toutes nos sociétés communautarisées, le racisme. Sans démagogie, sans outrance, sans esprit partisan, et en vérité. Et je pense qu'il a raison. Le temps est venu pour les Etats-Unis. Il, Obama, est imparfait, mais il est la meilleur occasion qui se présente aux américains de mieux s'unir, pour le bien des générations futures de leur pays, mais aussi des autres.
Rédigé par: noop | 22 mars 2008 à 10h14
Noop,
Il n'est pas utile de mettre les problêmes raciaux (je suis de famille black-blanc-beur), sur un plan d'égalité avec le plan religieux.
Il est exact que la France et notoirement la caviar-bobocratie sont complêtement coincés dans leur langue de bois compulsive.
Mais il y a une grande différence entre la liberté de ton US au plan de la race, qui touche une réalité tangible et leur obligation de parler de dieu pour augmenter leur potentiel de voix.
Rédigé par: Ozenfant | 22 mars 2008 à 10h28
Ozenfant,
je ne mets pas les problèmes raciaux sur un plan d'égalité avec le religieux.
Je relève simplement deux éléments forts d'un discours qu'il serait impossible d'évoquer ainsi en France. Nos fameux tabous, chers à la gauche et aux biens pensant.
La sincérité d'Obama sur le plan religieux ne me semble pas feinte. Le religieux simplement n'est pas un autre "tabou" aux Etats-Unis, c'est effectivement en revanche un passage obligé.
Rédigé par: noop | 22 mars 2008 à 10h44
""Je me trompe ou chez nous nous en sommes à : "les races n'existent pas" ?... ""
Scientifiquement les races n'existent pas en effet et toute la paléonthologie le prouve largement depuis plusieurs années.
Mais par contre le racisme produit purement humain existe bel et bien et nous devons le combattre de toutes nos forces quelqu'en soit la cible.
En ce qui concerne la religion il ne faut pas oublier que le Dieu des Américains des Etats Unis est avant tout "leur dieu", les pésidents étatsusniens ne prêtent-ils pas serment sur la Bible devant le capitole, en Europe et en particulier en France nous n'avons pas du tout ce genre d'approche, le Dieu des chrétiens reste dans le sphère privée (encore pour un temps et je l'espère pour toujours) et le message est bien plus universaliste.
Rédigé par: Lucie Coppens | 22 mars 2008 à 11h19
Un beau discours effectivement que celui d'Obama, très équilibré et respectant la complexité du débat, comme lorsqu'il met en garde à la fois contre le "politiquement correct" véhiculé par l'anti-racisme, et contre le risque de dérive raciste inavouée que pourrait comporter à l'inverse une dénonciation trop systématique du "politiquement correct".
Sur les fourvoiements de l'anti-racisme, ainsi que ceux du féminisme, aux Etats-Unis, le livre de référence je crois reste le roman "La Tache", de P. Roth.
Je suis d'accord avec le commentaire de noop sur la religion; la "vitalité américaine" (quoique, ces derniers temps...) provient peut-être en partie, du fait que ce pays n'a pas coupé totalement ses racines avec elle.
Rédigé par: D.H. | 22 mars 2008 à 12h15
@Lucie Coppens,
scientinfiquement les races n'existent pas
Dans la "Tête au carré" (France-Inter) Bertrand Jordan docteur et chercheur de son état est intervenu sur ce sujet. L'émission est disponible sur dailymotion. Il est beaucoup moins radicale que les politiques sur ce sujet... Surtout il a la "sagesse" du scientifique qui sait qu'une vérité à un moment donné peut être remplacer par une autre à un autre moment. Il dénonce d'ailleurs l'utilisation politique du constat scientifique actuel sur l'inexistence des races. Il dit en substance qu'avec ce genre de discours, le jour où l'existence des races serait démontrée, les racistes auront un boulevard devant eux... Il est d'ailleurs symptomatique que cette émission de France-Inter est été mise en exergue sur un site d'extrême droite que je nommerais pas.
Rédigé par: noop | 22 mars 2008 à 13h50
pardon j'aurai pu me relire jusqu'au bout :
ait été mise en exergue
Rédigé par: noop | 22 mars 2008 à 14h17
j'aurais ...
Eric Dupin vous n'envisagez pas de mettre une possibilité d'édition pour la correction des fautes pour les "boulets" comme moi ??? ;-)))
Rédigé par: noop | 22 mars 2008 à 14h21
Beau discours au demeurant.
Mais le tarif n'est pas le même pour tout le monde...
Sarkozy parlerait de religion et de races comme ça, vous lui tomberiez dessus avec plein d'autres...
Mais là, Obama, ben c'est bien ...
Rédigé par: Olivier | 22 mars 2008 à 15h24
@noop
Il est assez paradoxal de retenir du discours d'Obama une forme de légitimation du concept de race, alors que précisément, il propose d'abolir les distinctions raciales et démontre tout ce que les raisonnements racistes ont de nocif.
Que l'usage du mot "race" soit répandu aux Etats-Unis pour qualifier les groupes de population est un fait. Je n'y vois pas un signe que le débat est plus avancé là-bas qu'en europe, bien au contraire...
Avant d'affirmer que les races n'existent pas chez l'homme, il faudrait définir le sens du mot. C'est bien là qu'est le problème, toutes les définitions proposées par le passé se sont avéré foireuses. Donc, dans le cas de l'homme, le concept n'est pas pertinent (au contraire du chien, chez qui une sélection génétique rigoureuse et continue permet de maintenir l'hétérogénéité).
Dans ce discours d'Obama, il est clair que par "races" il désigne en fait les différentes communautés d'immigrants arrivées en amérique - forcés ou non. Vous pouvez remplacer dans tous le discours, "race" par "communauté", "noir" par "afro-américain", "blanc" par "américain d'origine européenne" sans changer en rien le sens du texte.
Au fait, de quelle race est Obama?
Autre paradoxe dans ce que vous dites noop :
"Obama regarde et parle à tous les américains en face, sans vouloir tordre les mots dans tous les sens pour leur donner un sens nouveau, pour inventer une sorte de "novlangue" hypocrite dont nous avons le secret."
Puis, citant Betrand Jordan :
"Il dénonce d'ailleurs l'utilisation politique du constat scientifique actuel sur l'inexistence des races. Il dit en substance qu'avec ce genre de discours, le jour où l'existence des races serait démontrée, les racistes auront un boulevard devant eux..."
Autrement dit, il ne faut pas dire au gens la vérité sur l'inexistence des races car ça pourrait donner un jour raison aux racistes.
N'est pas précisément avec ce genre de raisonnement compliqué qu'on crée des "novlangues" invraisemblables?
Rédigé par: Gatien | 22 mars 2008 à 16h06
J'avais déjà entendu l'argumentation de Bertrand Jordan.
Ce qu'il veut dire je crois, c'est qu'on ne peut fonder ni une politique raciste, ni à l'inverse un discours qui déligitimerait une telle politique, à partir de ce que nous dit la science sur les différences entre les groupes humains.
A ceux qui disent: "les races n'existent pas ; le racisme n'est donc pas fondé", Bertrand Jordan répond: "si les races (au sens scientifique, c'est-à-dire neutre du terme), existaient, il serait donc légitime, selon vous, d'être raciste?"
C'est un débat un peu circulaire, dans la mesure où le concept de race ne peut plus être neutre, politiquement.
La même chose arrive maintenant avec le terme d'"ethnie", qui recouvre pourtant une réalité anthropologique très précise (un ensemble d'individus partageant la même langue et la même culture); je me suis vu repris sévèrement dans une conversation de fin de dîner parce que je l'employais; ce n'était pas bien ce que je faisais là, m'a-t-on fait comprendre...
Quel que soit le nom que l'on donne à l'ensemble des différences morphologiques, culturelles, etc., à partir desquelles se reconnaissent mutuellement les groupes humains, face à elles ce qu'il faut faire à mon avis, ce n'est pas de les ignorer, mais de dire qu'il est illégitime d'établir à partir d'elles des jugements de valeur, ou établir des hiérarchies.
Bref, en attendant le métissage généralisé du Meilleur des Mondes possibles, s'autoriser par exemple à dire crûment que les émeutes de banlieue de 2005 étaient bien le fait majoritairement des beurs et des noirs des quartiers, mais préciser aussitôt qu'elles n'étaient pas étrangères à la misère sociale dont souffrent leurs auteurs, justement à cause de leur couleur de peau.
Rédigé par: D.H. | 22 mars 2008 à 19h01
Ca me fait rire cette histoire de diversité.
Moi je suis un Français d'origine "gauloise" qui habite un quartier pas trop tranquille mais ce n'est pas la jungle non plus. Il faut arrêter avec ce discours bien-pensant qui consiste à dire que la diversité est une richesse pour un pays. Jamais dans l'Histoire plusieurs ethnies ou religions ont cohabité pacifiquement ensemble (sauf à Cordoue je crois, mais c'était une question d'intérêts). La France, depuis les années 80 n'a plus osé "assimiler" ses immigrés et désormais on met en avant chaque couleur de peau, chaque religion, chaque ethnie etc etc (qui corresponds aussi à l'individualisation de la société qu'on retrouve au travers des associations gays etc) et non plus la nation. résultat chacu, se retourne vers ses racines et on ne veut plus vivre ensemble, si il y a les bobos qui vivent dans les grandes villes et quartiers riches qui eux avec leur parole moralisatrice peuvent se le permettre.
On est tous français, point barre, on a des droits ET DES DEVOIRS. Mais non, aujourd'hui on est d'origine immigrée, on est issu de l'immigration, on est noir, on est blanc, on est machin bidule. déjà qu'il n'est pas simple d'assimiler et d'intégrer des individus, on exacerbe les différences, quelle catastrophe, pauvres pays occidentaux. On construit des centaines de mosquées au pays de Molière, de Goethe...pendant que la jeunesse "blanche" perd peu à peu ses racines et qu'on n'a pas le droit de construire d'églises aux pays des mollahs. Comment voulez vous intégrer ces jeunes issus de l'immigrations avec nos valeurs en perte de vitesse. Jadis dans nos pays il y eut le catholicisme, le protestantisme, le nationalisme, le communisme, aujourd'hui il y a un vide qui est en train d'être comblé par l'Islam. de tous temps il y eut des invasions et des migrations, aujourd'hui en Europe, elles viennent du sud plus particulièrement. La population change à grands pas. Si nos pays sont encore puissants c'est seulement parce qu'ils sont encore forts économiquement, mais au fond ils ne sont plus que l'ombre d'eux^-même, des pays sans valeurs fortes, sans religions distinctes,...
Sociétés qui ont fait leur temps.
Alors ces bobos qui ont humilié notre état-nation, notre autoritarisme ils rigoleront quand l'islma deviendra la première religion d'Europe, la la liberté de la femme et autre...
Franck, qui se fait insulter souvent de sale roumi (un français blanc dans une cité), de sale blanc, qui se sent minoritaire dans certains endroits. Oui il est là le vrai racisme aujourd'hui, enti blanc et anti français.
Rédigé par: Franck | 22 mars 2008 à 19h51
Globalement d'accord avec vous D.H., à quelques nuances près (çi-dessous).
J'ai compris aussi ce que voulais dire Bertrand Jordan, mais on peut douter de l'efficacité de son argumentaire si, comme le dit noop, ses vidéos sont reprises par un site d'extrême droite...
"s'autoriser par exemple à dire crûment que les émeutes de banlieue de 2005 étaient bien le fait majoritairement des beurs et des noirs des quartiers"
J'ai déjà entendu plus crû que çà!!
On peut s'autoriser aussi à dire crûment que le ciel est bleu, la question est de savoir si la remarque a la moindre pertinence vis à vis du problème posé.
"mais préciser aussitôt qu'elles n'étaient pas étrangères à la misère sociale dont souffrent leurs auteurs, justement à cause de leur couleur de peau."
Est-ce vraiment à cause de leur couleur de peau? N'est ce pas surtout lié au contexte spécifique de l'immigration et de la politique d'urbanisme qui l'accompagne? Les immigrés italiens étaient ils dans une situation radicalement différente?
Rédigé par: Gatien | 22 mars 2008 à 20h51
Beau discours d'Obama. Il se rattache bien à l'histoire de son pays et tente de le parfaire dans ses idéeux et de corriger ses déviances, en assumant ses dérives.
Ce discours ne pourrait pas être tenu en France, car bien evidemment très américain.
Mais j'aimerais bien que des politiques français aient une démarche similaire en reprenant nos idéaux de 1789, 1791, 1830, 1848, 1870...en faisant aussi un état des lieux et regarder ce qui pourrait être amélioré, corrigé, les causes de notre insuffisance d'intégration, de justice sociale, économique.
Je sens qu'en disant cela, je vais me prendre une volée de réactions sur le thème: mais la France est plus ancienne que la république, la monarchie, la religion, l'empire etc...
Oui, ok, mais les USA aussi ont des causes historiques: la monarchie britannique, le colonialisme, et des récidives: l'esclavage, le massacre des indigènes, le Mc Carthisme etc...
Donc, nos deux pays ont choisi une forme de gouvernement particulière: la république. Laique pour la France, protectrice de la conscience religieuse aux USA. Les deux ont du lutter contre leur esclavagisme, leur colonialisme (qui n'a pas été de même nature). Un autre point commun est leur universalisme, et cela est quasiment exclusif à ces deux nations.
Rédigé par: Karl Marx | 23 mars 2008 à 13h48
Noop,
OK, je ne voulais pas faire de la controverse juste pour le plaisir.
Le fait qu'Obama soit religieusement sincère où non n'a aucune espèce d'importance, puisque lui seul le sait vraiment... et encore !
Quoi que.... pour ce qui est de la capacité de gouverner, -un non créduble mais croyant par diplomatie- me paraît infiniment plus rassurant qu'un supersticieux mythique, pour diriger une nation.
Rédigé par: Ozenfant | 23 mars 2008 à 17h56
Vous opposez le "superficiel" au "passionnant". Je dirais plutôt que les primaires sont superficielles (pas seulement parce qu'on y parle couleur de peau) ET passionnantes par la dramaturgie politique.
Le discours d'Obama est de qualité. Malheureusement, on sait aussi que la qualité des discours ne suffit pas: en 2007, un candidat français a enchaîné plusieurs discours d'envergure (Nîmes, Périgueux...) sans transformer cela en bonne et grande politique.
Rédigé par: Ratafee | 23 mars 2008 à 20h02
@ Gatien et D.H.
Bertrand Jordan ne cherche pas un "argumentaire" efficace... C'est un scientifique, pas un politique. Il n'est pas dans l'interprétation ***, mais dans le constat. Et il sait bien que le mot race, comme celui d'ethnie, est porteur de plusieurs interprétations, y compris culurelles (c'est je crois ainsi d'ailleurs que l'utilise Obama dans sont discours), qui ne sont pas dans le champ de ses investigations scientifique biologique. Et c'est à ce titre qu'il préfère utiliser d'autres mots (comme groupe géographique ou ascendance) mais pas pour des raisons d'argumentaires politiques.
***Pour lui dire "selon la science les races n'existent pas, c'est déjà une interprétaion" (4'46"" dans le premier extrait trouver sur dailymotion)
Rédigé par: noop | 23 mars 2008 à 20h41
Oui effectivement, Gatien, l'efficacité de l'argumentaire de ce Monsieur Jordan est certainement proche de zéro; pour ce qui est de la "crudité", j'ai peut-être inconsciemment pensé à l'ouvrage de l'ethnologue Claude Lévy-Strauss, "le Cru et le Cuit", puisque je parlais d'ethnies. Mais enfin, pour certains qui sont dans le déni de réalité, cela peut être très violent de voir un chat, être appelé un chat!
Pour répondre au passage à Karl Marx, est-ce qu'on ne peut pas imaginer assumer mieux la totalité de notre passé,y compris l'héritage (culturel et spirituel) chrétien, à côté de l'héritage laïc?
Et est-ce qu'on est sûr que cela poserait des problèmes, vis-à-vis des cultures différentes à intégrer?
Le déni de réalité dont je parlais plus haut, c'est aussi celui de l'Europe, refusant de se reconnaître des racines chrétiennes; est-ce que cela d'ailleurs empêcherait même d'intégrer la Turquie?
Je suis de plus en plus persuadé que le libéralisme économique est inséparable du libéralisme culturel; et j'ai l'impression que les Etats-Unis sont mieux armés contre les excès de ce dernier, grâce à la place des religions là-bas. Alors que nous, nous sommes tout nu devant lui, ne pouvant lui opposer que de maigres abstractions.
Je viens d'entendre les débatteurs chez Moati tomber d'accord sur fait que les couches populaires (qui se sont abstenues et ont fait basculer les résultats) restent l'enjeu pour les deux partis; la gauche devrait se souvenir que les ouvriers en 68 (certes souvent anticléricaux, mais je ne parle pas ici d'institutions) n'ont jamais rejoint les étudiants bourgeois licenciés ès transgressions.
C'est pour cette raison que Ségolène Royal, malgré tous ses défauts, a débusqué tout de même un lièvre intéressant, en agitant les thèmes de campagne qui étaient les siens; le danger étant bien sûr celui du populisme.
Rédigé par: D.H. | 23 mars 2008 à 20h50
@DH: reconnaître toutes les étapes de son histoire est une chose, mais décider de se définir exclusivement comme chrétiens, et parler de racines (à l'origine de tout), c'est me semble-t-il à la fois faux et partial. D'autant plus que ce qui doit nous définir, ce sont bien les principes de notre république et non des autres régimes.
La France a connu des animistes, des polythéistes celtes puis romains, aussi certaines divinités franques, puis le catholicisme, mais aussi le protestantisme, le judaisme, la religion musulmane plus tard avec la colonisation. Au-delà des religions, ce sont plutot les civilsations dans lesquelles ces religions ont fleuri , qui ont façonné notre pays et les autres pays d'Europe.
Rédigé par: Karl Marx | 23 mars 2008 à 21h21
@Karl Marx,
cette volonté bien française de ne surtout pas reconnaître les racines chrétiennes de l'Europe nous place évidemment à des années lumières du débat américain et du discours d'Obama. Cette attitude renvoie à la mauvaise habitude des "progressistes" de vouloir croire qu'un nouveau régime peut créer un nouvel homme sans lien avec l'ancien. Mais tout reste lier, et l'on ne créra jamais d'homme nouveau, même par la dictature et les génocides, pour le plus grand désaroi des "progressistes", et ce qui a façonné l'Europe d'aujourd'hui c'est bien le christianisme.
Rédigé par: noop | 24 mars 2008 à 17h05
@D.H.
"Je suis de plus en plus persuadé que le libéralisme économique est inséparable du libéralisme culturel; et j'ai l'impression que les Etats-Unis sont mieux armés contre les excès de ce dernier, grâce à la place des religions là-bas. Alors que nous, nous sommes tout nu devant lui, ne pouvant lui opposer que de maigres abstractions."
Pour ma part, je pense que le multiculturalisme n'est pas un problème. De de toute façon, la France n'a jamais été mono-culturelle. Le problème, c'est la misère et le sentiment de rejet, qui génère la haine et le repli sur des bases communautaires. Le problème, c'est aussi l'instrumentalisation des communautés à des fins politiques (qui a nommé un "préfet musulman" déjà?).
Dans les amphi-théâtres de certaines universités américaines, les étudiants blancs s'assoient d'un côté et les noirs de l'autre, sans bien sûr qu'aucun règlement le stipule, et sans même exclure une forme de respect mutuel (basé sur le fait que les blancs pensent devoir respecter les noirs, et inversement).
En France, je vois ne rien de tel, du moins dans les promotions d'ingénieurs que je forme. Des étudiants d'origines variées se mélangent et forment des petits groupes d'amitié indépendamment des origines de chacun. Ca me semble une bien meilleure base pour cohabiter en harmonie.
Si des replis communautaires sont constatés en France, serait-ce parceque tous les jeunes n'ont pas les mêmes perspectives d'avenir que mes élèves-ingénieurs?...
Je ne comprends pas votre remarque sur "l'Europe, refusant de se reconnaître des racines chrétiennes". Personne ne refuse de reconnaître des racines chrétiennes à l'Europe! Ce qui est refusé c'est la mention
de racines religieuses dans des textes de loi (et encore, les racines chrétiennes apparaissaient explicitement dans le traité constitutionnel, je ne sais pas ce que c'est devenu dans le mini-traité).
Obama réclame t'il que les racines esclavagistes des Etats Unis d'Amérique soient inscrites dans la constitution américaine?!
Rédigé par: Gatien | 24 mars 2008 à 17h21
@noop
Vous dites "Bertrand Jordan ne cherche pas un "argumentaire" efficace... C'est un scientifique, pas un politique. Il n'est pas dans l'interprétation"
J'ai répondu sur la base de ce que vous aviez écrit***, et qui était bien une prise de position politique de la part de Jordan (dont je ne trouve définitivement aucune trace sur dailymotion, vous avez un lien?).
*** "Il dit en substance qu'avec ce genre de discours, le jour où l'existence des races serait démontrée, les racistes auront un boulevard devant eux...". Et vous trouvez que c'est du langage de biologiste?
Rédigé par: Gatien | 24 mars 2008 à 17h43
@ Gatien
voilà le lien :
http://www.dailymotion.com/video/x4qndd_anthropobiologie-genetique-et-la-qu_politics
J'amende le " racistes auront un boulevard". Il parle plutôt d'une interpretation politique (le racisme n'a pas lieu d'être puisque les races n'existent pas) qui si on la renversait (les races existent...) permettrait aux racistes de légitimer le racisme".
Vous entendrez que le propos de Bertrand Jordan est très mesuré, bien loin de la radicalité du discours politique "efficace".
Rédigé par: noop | 24 mars 2008 à 19h22
@ Gatien
Je suis également favorable au multiculturalisme, et trouve aussi qu'il faut encourager la cohabitation, et même le mélange des différentes communautés sur les bancs des facs, mais surtout peut-être dans les quartiers des villes, et plus encore dans tous les emplois. Même chose d'ailleurs pour les communautés religieuses.
Ce que je visais par "libéralisme culturel" est bien autre chose que le multiculturalisme. Bien que le second puisse se rattacher au premier, à cause du relativisme culturel qu'il introduit ("tout se vaut, le polythéisme est absolument comparable au christianisme").
Un exemple de libéralisme culturel pourrait être donné par la dernière affaire médiatique, avec le débat sur l'euthanasie.
Chantal Sébire aurait pu diminuer ses souffrances par un traitement médical qui aurait par ailleurs accéléré la survenue de la mort; elle a préféré mener un combat en quelque sorte idéologique, en réclamant à la société le droit de pouvoir choisir de mourir "quand je veux, où je veux" (on n'ose ajouter, l'état actuel de la science ne le permettant pas encore: "si je veux"), autrement dit en mettant la société dans l'obligation de la tuer.
Ce qui l'a mû, c'est l'idée de l'autonomie radicale du sujet libéral, qui est à mon avis une fable (les pressions sociales sont inévitables); et cette idée rentre en contradiction avec les fondements de la morale judéo-chrétienne.
on en arrive à la mise sur le marché, de kits de suicide, comme aux Pays-Bas.
Excusez-moi d'avoir été un peu long, mais c'est malheureusement indispensable quand on veut exprimer des idées sans trop les trahir.
C'est ce que j'aurais dû faire à propos de l'Europe; car c'est justement ce que je voulais dire: qu'effectivement, comme vous le précisez, les racines chrétiennes n'avaient pas été mentionnées dans le Traité.
(par contre, ce que je ne comprends pas à mon tour, c'est pourquoi mettre sur le même plan les racines chrétiennes et les "racines esclavagistes"?)
Rédigé par: D.H. | 24 mars 2008 à 19h25
Un rectificatif Gatien, à ma charge, car je vous avais mal lu (je me disais bien, quelque chose me chiffonnait): vous parliez bien à propos des racines chrétiennes, des "textes de loi"; mais êtes-vous sûr qu'elles ont été finalement mentionnées dans le Traité?
Je me souviens qu'il y avait eu un débat, et que nombreux, à gauche, étaient ceux qui s'y étaient opposés; elles ont peut-être été finalement mentionnées à côté des Lumières, et de l'héritage gréco-romain, ce qui ne serait que justice.
Rédigé par: D.H. | 24 mars 2008 à 21h04
@noop
J'ai bien écouté Bertrand Jordan en suivant votre lien.
Il ne dit rien sur les discours politiques.
A propos du concept de race, j'ai entendu que :
1. En tant que scientifique, il n'utilise pas ce concept.
2. Ce concept s'est développé en tant que caution morale pour justifier la colonisation et l'esclavage massif organisé par les puissances occidentales.
En gros, cette idée a été inventée par des politiciens et reprise par la mauvaise foi et l'appât du gain.
Donc, je ne vois pas en quoi se passer d'utiliser de la notion de race dans un discours politique serait une sorte de déni de réalité (ce que vous sembliez dire au départ).
Non, Obama n'est pas avant-gardiste sur ce point.
Rédigé par: Gatien | 25 mars 2008 à 00h43
Bonjoursoir, je me permet, même si c'est complètement hors sujet ici (On a dû déjà vous contacter à ce sujet)
http://fr.youtube.com/watch?v=yIV1CYcIjJg
C'est assez énorme pour en faire profiter tout vos lecteurs !! XD
Rédigé par: Homonymie | 25 mars 2008 à 02h34
@ Gatien
C'est cette phrase que j'ai mis en exergue précédemment "dire selon la science : les races n'existent pas, c'est déjà une interprétation". Si vous ne vous voulez pas y voir un commentaire du discours politique, libre à vous.
Bertrand Jordan montre fort bien que les mots ont un sens, une charge, qu'il faut prendre en considération, y compris quand on les utilise dans le débat scientique. Et il est appréciable de l'entendre prendre du temps pour le dire, ce que les politiques qui visent "l'éfficacité" font rarement.
Obama n'est effectivement pas un avant-gardiste. Mais son discours est surpprenant pour nous, en France. Il est intransposable ici, pour des raisons historiques, culturelles et politiques. Vous savez bien que certains ont évoqué la nécessité de modifié l'article de la constitution française qui emploie le mot race... et que la gauche européenne s'est employé avec succès à faire retirer la référence aux racines chrétiennes de l'Europe dans le projet de constitution. C'est cela qui nous éloigne beaucoup du débat américain. Et je pense que l'on peut parler chez beaucoup de nos hommes politiques d'une volonté de déni de réalité. Si les mots dérangent, changeons les mots, ou éliminons les, par exemple en les rendant tabou. Mais la réalité demeure.
Rédigé par: noop | 25 mars 2008 à 09h40
Homonymie,
Oui, je n'ai rien à voir avec cette triste affaire dont est hélas victime l'autre Eric Dupin ! Guy Birenbaum explique cette histoire cocasse qui indigne, à juste titre, la blogosphère. La nullité de certains "journalistes" de télé est hélas chaque jour plus avérée...
Rédigé par: Eric Dupin | 25 mars 2008 à 09h59
@noop
Justement, le discours d'Obama contient un message universel, qui s'applique aussi bien en Europe qu'aux US : les divisions entre communautés s'expliquent par l'histoire et doivent être dépassées.
Relisez le discours d'Obama en comprenant le mot "race" dans le sens "catégorie construite par l'occident pour mettre en place et justifier des politiques discriminatoires" (la définition de Jordan - seule cohérente à ce jour). Vous comprendrez alors ce qu'Obama dit : ces catégories sont inutiles et sources de problème.
Obama le dit avec plus de diplomatie, les américains ne votent pas pour des avant-gardistes... mais au fond il se rapproche des principes universalistes européens sur ce point il me semble.
D'autres tabous en France : la réalité des rapports colon-colonisé, les zoos humains, l'état de quasi-colonisation dans lequel sont maintenus les pays du pré-carré africain, la torture en Algérie, le mépris pour les immigrés maghrébins depuis des décennies dans la rue, dans les campagnes, sur les chantiers de BTP (quand j'étais petit, malgré mes parents, j'ai cru au début que "arabe" était une insulte).
Tout celà est inscrit dans l'inconscient collectif, pèse, est porteur de culpabilité. Figurez vous que le déni dans ce domaine a conduit certains à proposer une loi proclamant les aspects positifs de la colonisation...
Nous aurions peut-être besoin d'un Obama pour évoquer ces questions avec justesse sans avoir l'air d'accuser les descendants des colons.
@D.H.
"(par contre, ce que je ne comprends pas à mon tour, c'est pourquoi mettre sur le même plan les racines chrétiennes et les "racines esclavagistes"?)"
Parceque dans les deux cas, il s'agirait de définir les citoyens autrement que par le simple fait qu'il sont citoyens. Ce qu'Obama ne fait pas. Dans la ligné de Luther King, il ne demande pas des droits pour les descendants des esclaves, ils demandent les mêmes droits pour tous.
"Je me souviens qu'il y avait eu un débat, et que nombreux, à gauche, étaient ceux qui s'y étaient opposés; elles [les racines chrétiennes] ont peut-être été finalement mentionnées à côté des Lumières, et de l'héritage gréco-romain, ce qui ne serait que justice."
Oui, c'est bien de cette façon qu'elles ont été mentionnées. Manière astucieuse de ménager la chèvre et le choux.
Ce qui aurait était grave, à mon avis, aurait été de définir l'Europe comme un bloc chrétien vis-à-vis du reste du monde ("Nous l'europe chrétienne"). Je comprends que le pape le réclame, mais je ne pense pas qu'il faille l'accepter.
Rédigé par: Gatien | 25 mars 2008 à 12h11
DH, vous dites que pour contrebalancer le caractère impitoyable du libéralisme, les repères religieux sont essentiels pour le bon équilibre des individus...
Je suis d'accord avec vous que c'est un peu ce qu'on observe aux Etats-Unis, et c'est un peu ce que veut nous vendre Nicolas Sarkozy...
Mais, si je suis d'accord avec vous que si on ne fait rien en France, on va laisser régner le cynisme, il n'en reste pas moins qu'il existe une morale, des valeurs hors religion...
D'une certaine manière, on peut dire que le communisme était une religion laïque... Bon, il est incompatible avec le libéralisme, c'est sûr...
Mais, si on prend un cas moins extrême, la Troisième République, mère de la laïcité, reposait sur des valeurs, notamment autour de l'Ecole laïque, gratuite et obligatoire... l'ascenseur social par le mérite...
Bref, il existe des valeurs, qui nous ont été transmises par l'histoire de notre civilisation, qui inclut notamment les Républiques et les leçons des guerres du 20éme siècle, les Lumières qui fondent notre réflexion sur le système politique, l'égalité et la liberté, la Renaissance qui remet l'Homme au centre de la Création, l'antiquité gréco-romaine, qui a fondé notre pensée, mais aussi, oui, le Moyen-Age, qui n'est pas qu'une période noire, qui outre des idées en matière d'organisation rurale, nous a transmis des valeurs, et essentiellement celles de la chrétienté, puisque les grands intellectuels de cette époque étaient religieux...
Oui, de nos racines chrétiennes, on peut tirer des valeurs, comme celles du partage, de la modestie et du pardon....
Mais, c'est quelque chose de profond qui se mêle à pleins d'autres éléments pour faire notre identité....
Et, j'ai aussi l'impression que la conception de la religion du gros des Américains et de Nicolas Sarkozy reste superficiel : il suffit de prier pour laver ses péchés, ses coups bas dans le grand marché commun... c'est le régne des "christian new-born" comme George Bush...
En quelque sorte, on sépare le monde en deux : le monde du religieux où la morale régne en maître, et le monde réel ou tout est possible, ou l'important c'est l'argent...
Au-delà de son discours de Latran, il ne faut pas oublier que Nicolas Sarkozy, reniant ses propos, a préféré aller faire le beau sur le yacht de Vincent Bolloré, plutôt que de faire sa retraite et méditation...
Rédigé par: Loïc | 25 mars 2008 à 12h14
Sinon, outre le fait de dire que mon message précédent accumulait les maladresses, avec de laides répétitions de "je suis d'accord", je voudrais revenir sur le texte d'Obama que je viens de lire...
Il est effectivement remarquable, en cela qu'il met tout sur le table : l'évolution de l'histoire et les frustrations actuelles des deux communautés, les blancs comme les noirs...
On aimerait avoir un discours comme cela en France, c'est vrai...
Franck, qui avait donné son avis un peu plus tôt, rappelait que le racisme anti-blanc existe bel et bien dans certaines zones...
Mais, opposer le racisme anti-blanc, avec le racisme anti-personnes d'origine africaine, est totalement contre-productif...
Trop souvent, on entend les discours fragmentés, qui ne font que casser plus notre sociétés en communautés : chez certains, on entend "Israël opprime les Palestiniens, et les Juifs sont très présents dans les médias et les cercles de pouvoir, si bien qu'Israël est toujours défendu"... chez d'autres, on entend "il y a de plus en plus de violences antisémites en France...des jeunes affichent ostensiblement leur haine du juif"
Parfois, on entend "les politiques ne laissent pas assez de place aux personnes de couleur", "quant tu t'appelles Mohammed, de nombreuses portes de travail se ferment..." , "quand le propriétaire m'a vu, accompagné de ma femme noire comme moi, il a fait une petite moue, mais après l'entretien, il m'a dit que je n'avais pas toutes les garanties pour devenir locataire" ... D'autres fois, on entend "des jeunes m'ont pris dans une cage d'escalier, en me disant "sale blanche, on va te niquer !" etc...
Chroniques du racisme ordinaire, mais jamais mises sur la table ensemble...
Alors, que un préalable à toute lutte pour un universalisme humaniste, c'est de savoir reconnaître les souffrances de chacun...
Là, Barrack Obama rappelle que les frustrations des deux communautés sont compréhensibles, et que ce n'est pas en se disant plus martyres l'une que l'autre, et en s'opposant, qu'elles détruiront efficacement les barrières structurelles, qui ne permettent pas le "mieux vivre ensemble"...
Les références religieuses du texte ne m'ont pas choqué... A vrai dire, elles n'apportent rien : on pourrait tout aussi bien dans ce discours remplacer "valeurs religieuses" par "valeurs humanistes", le rôle du pasteur, par le rôle d'un professeur, et les paraboles bibliques, par des épisodes fondateurs de l'Histoire de France...
Oui, c'est un beau discours... Et, oui, il faut toujours garder ses distances avec les beaux discours...Le tandem Nicolas sarkozy-Henri Guaino nous en a fait aussi beaucoup c'est vrai...
Je n'ai pas suivi tout le Nicolas sarkozy de la campagne présidentielle, mais en tout cas, je sais que j'avais vraiment apprécié le discours qu'il a fait après avoir été élu vers 20h00...
Son discours de périgueux, j'imagine que c'est celui sur l'éducation... Si je m'en souviens, il était pas mal aussi, avec une ambition pour l'école de demain... Par contre, on voyait ou il voulait en venir, il voulait justifier son choix politique d'école à la carte... Cela affleurait...
Et le problème était encore une fois qu'il pouvait y avoir confusion du discours et de l'action (avec ses déclarations d'intention toujours)
Ce qui est aussi remarquable avec le discours de Barack Obama, c'est qu'il se vaut par lui-même... Il n y a pas de "si je suis élu,..."... Comme Martin Luther King avec son rêve, l'important c'est le discours, pas le pouvoir politique associé...
Lutter contre les tensions communautaristes, c'est agir sur les mentalités, et ça se fait avec les mots...
Rédigé par: Loïc | 25 mars 2008 à 13h54
@Gatien,
je pense que vous voulez lire, entendre et comprendre que ce que vous voulez bien... Cela rend le dialogue un peu difficile. Obama emploie les mots qui sont les siens (si la traduction est fidèles), Bertrand Jordan a plusieurs reprises nuance les affirmations de son interviewer...
Le racisme existe aux Etats-Unis, en France, en Afrique, ce n'est pas une invention occidentale. C'est une attitude (trop et encore répandue). La colonisation repose sur des fondations "tordues" (la mission civilisatrice, la hiérarchie des races, des cultures), et les aspects positifs (ils existent) sont entachés, par les aspects négatifs autrement plus profonds. Pour autant faut-il les nier, les effacer...
La France qu'elle le veuille ou non, comme l'Europe, va changer de population, ce n'est pas en nous traitant de "salop de colon" à longueur de temps que l'on va construire une société fraternelle. Ce n'est pas non plus en niant tout ou partie de l'histoire. Celle-ci doit être abordé en face, sans biais. Obama lui au moins s'y essaie.
Rédigé par: noop | 25 mars 2008 à 14h10
Oui effectivement Loïc, l'hypocrisie est ce qui guette l'homme de religion lorsqu'il manque son rapport à cette dernière, à égalité avec le puritanisme, du côté opposé.
pour ce qui est de N. Sarkozy, je pense qu'il est tiraillé entre son matérialisme et l'aspiration à quelque chose qui remplisse autrement l'homme que l'accumulation stupide des objets et que lui, trouverait (chercherait) apparemment dans le christianisme; je l'ai entendu parler avec sincérité de l'Espérance; mais bon, ce sont de tels acteurs...
il y a aussi bien sûr chez lui l'idée d'instrumentaliser la religion.
Ce que je regrette, c'est d'abord que la déchristianisation soit telle chez nous que notre passé devienne illisible; à tel point que le célèbre ouvrage de Saint-Augustin, Les Confessions, ait été republié, pour faire "plus jeune", sous le titre "Les Aveux!"
Comme si le théologien du IVème siècle l'avait écrit, non pas pour se confier à son Dieu, mais sous la menace d'un policier!
Je me demande comment les enseignants arrivent encore à parler de Blaise Pascal, à faire aimer un tableau de Rembrandt, ou à emmener les élèves à la représentation d'une pièce de Claudel, ou visiter une cathédrale...
C'est ensuite l'aveuglement sur la manière dont notre société est travaillée par le message évangélique; tout de même, aucune autre société que la nôtre ne s'est livrée à autant d'actes de repentance, ou n'a érigé la victime à un tel degré d'idolâtrie; on dirait que nous devenons tous chrétiens, mais à reculons, sans nous en douter.
Après tout, autant abandonner peut-être ce terme, "chrétien", qui devient équivalent à celui de "race" dans l'esprit des gens. Mais le problème reste entier, et c'est bien celui, Gatien, de surmonter les divisions entre les individus. C'était justement le propos du libéralisme, au départ, dans sa phase en quelque sorte "idéale": substituer aux guerres de religions, la compétition pour la possession des objets.
Il semblerait à présent qu'on atteigne certaines limites: en particulier les limites naturelles: les capacités de la planète à nous fournir de quoi nous gaver, et les limites génétiques (jusqu'où aller dans les manipulations ? Faut-il créer le post-humain?).
Rédigé par: D.H. | 25 mars 2008 à 14h20
"DD,
Je ne connais pas HG, mais comparer ce discours d'Obama (l'avez-vous vraiment lu ?) à ceux de Sarkozy me semble un peu... rapide !"
Rédigé par: Eric Dupin | le 21 mars 2008 à 21h28
Ce qui a été rapide, disons elliptique, c'est ma formulation. Ce n'était pas les contenus que je comparais. Je me demandais si Obama ne faisait pas comme NS : lire les discours écrit par son penseur le plus attitré.
Lui (NS) ne pense à rien, sinon au pouvoir, à sa b... et à ses montres.
Rédigé par: DD | 25 mars 2008 à 15h40
Les références autobiographiques de ce discours et l'expérience même d'Obama m'incitent à penser qu'il ne se contente pas de lire un discours écrit par un "nègre" talentueux ! J'ai lu dans la presse américaine qu'il l'avait longuement travaillé. En France aussi, de Raymond Barre à Jean-Pierre Chevènement en passant par Lionel Jospin, de nombreux hommes politiques de premier plan écrivent eux-mêmes leurs discours...
Une autre des nombreuses questions soulevées dans cette intéressante discussion est celle de savoir s'il s'agit seulement d'un "discours". Certes, les actes doivent toujours suivre les propos. Mais le combat antiraciste sérieux suppose aussi, comme le remarque Loïc, de bien mettre en mots ces questions délicates au lieu de les débiter en "discours fragmentés"...
Rédigé par: Eric Dupin | 25 mars 2008 à 16h03
Eric Dupin,
Je suis depuis longtemps le parcours d'Obama dont j’avais applaudit un discours mémorable au Sénat, voici deux ans ?
Au delà du sexe des anges qui veillent sur Obama, ce qui semble être une des préoccupations favorites du moment, il existe des tas de supputations plus politiques, notamment l’appui que lui apportent les tenants de la droite isolationniste et Wall Street.
Quelle sera la politique économique d'Obama face à "La consternante démonstration de l’inefficacité de “l’économie de marché“. "
http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/03/la-consternante.html#comments
Rédigé par: Ozenfant | 25 mars 2008 à 17h55
S'obstiner à dire que "les races n'existent pas" équivaut à prendre le problème dans le mauvais sens : si, au plan scientifique, l'usage du mot "race" est contestable puisque les êtres humains appartiennent à la même espèce, il ne faut pas oublier que le terme est tout simplement utilisé, peut-être de manière impropre, pour catégoriser les ethnies, dont nul ne saurait discuter l'existence, à moins de faire preuve d'une sérieuse mauvaise foi. L'emploi du terme "race" par les américains (bien que le terme administratif soit "ethnicity") doit donc se comprendre ainsi. Le discours de Barack Obama est en tout cas tout à fait intéressant et traduit un certain courage dans sa manière d'appréhender sans langue de bois les problématiques ethniques. Reste à voir quelles seront ses actions s'il est élu.
Rédigé par: Nikita Malliarakis | 25 mars 2008 à 19h11
@noop
"je pense que vous voulez lire, entendre et comprendre que ce que vous voulez bien... Cela rend le dialogue un peu difficile. [...] Le racisme existe aux Etats-Unis, en France, en Afrique, ce n'est pas une invention occidentale."
Et hop! Vous êtes passé de "race" à "racisme"! Et c'est moi qui rend le dialogue difficile?!!
Vous avez raison, l'occident n'a pas inventé le rejet de l'étranger ou simplement de celui qui est différent (le racisme). Mais l'occident a bien inventé le concept de race.
Ce qui rend (aussi) le dialogue difficile, noop, c'est que j'ai commencé par dire qu'il n'y avait aucune définition cohérente de ce mot du langage courant : "race", et que vous continuer à l'utiliser sans dire quel sens vous lui donnez.
Nikita Malliarkis propose de considérer que c'est un synonyme d'"ethnie". Ce n'est visiblement pas le sens qui lui donne Obama**, mais pourquoi pas? Sur cette base on peut commencer une discussion. Mais tant que vous ne dites pas si pour vous les races font référence à l'ethnie, la couleur de peau, la nationalité, l'origine sociale, la religion, le groupe sanguin ou que sais-je encore, je ne sais pas de quoi vous parlez.
Je vous assure que ce n'est pas de la mauvaise foi, donc inutile de me répondre "tout le monde sait très bien ce que ça veut dire". Si tout le monde le sait, alors dites le moi. Pour moi, je le redis, ça désigne les catégories ad-hoc inventées par les occidentaux pour justifier l'injustifiable (encore une fois, c'est ce qui ressort sans aucune ambiguité de l'émission de radio que vous avez cité).
Si vous pensez vraiment que la notion de race (avec un sens défini par vous, donc) permet une analyse nouvelle et pertinente de certains aspects de la réalité francaise, je vous propose de nous livrer cette analyse. Je serai très intéressé, et ce sera plus constructif que d'accuser de déni ceux qui ne voient pas l'intérêt de ce concept.
**Si on prend "race" au sens "ethnie", on doit convenir alors qu'il n'y a pas une mais plusieurs ethnies d'origine africaine aux Etats-Unis. Sauf que... comme leur culture a continué d'évoluer après la déportation, les yorubas américains n'ont plus grand chose de commun avec les yorubas africains, mais se reconnaissent quand même entre eux comme yorubas. Il faut donc définir une nouvelle catégorie : les yorubo-américains?
Et pour les afro qui ne connaissent plus l'ethnie de leurs ancêtres, on fait comment?
On peut faire la même remarque pour les blancs. Par exemple, la communauté blanche catholique aux EU vit assez mal la domination protestante (voir par exemple "Catholic-Bashing: America's Last Acceptable Prejudice", http://www.beliefnet.com/story/128/story_12800_1.html)
Les protestants blancs eux-même ne forment pas une seule ethnie puisqu'ils viennent de l'Europe entière.
Si on ajoute les ethnies indiennes natives et la multitude d'ethnies asiatiques (allez dire à un chinois qu'il est pareil qu'un japonais...), on doit arriver à quelques centaines d'ethnies sur le sol américain...
Je maintiens que, dans le discours d'Obama race/noir/blanc désigne en fait les catégories sociales historiques (esclaves/maîtres). C'est la seule définition qui rende le discours intelligible.
Rédigé par: Gatien | 25 mars 2008 à 20h47
A la vérité, ED, j'ai un préjugé favorable à Obama, qui ressemble autant à notre NS qu'une Zénith à une Rolex (les connaisseurs comprendront).
Je m'inquiète quand même pour deux choses :
- L'impact des discours violemment anti-américain du pasteur qui a baptisé ses filles.
- Les conséquences de son duel à mort avec Hilary Clinton, pendant que Mc Cain se les roule ou presque.
Rédigé par: DD | 25 mars 2008 à 22h35
@ Gatien,
je considère que la définition de Jordan selon laquelle il y a différents groupes géographiques d'homme sur terre me convient. J'ajouterai que ces groupes se sont formés dans le temps également, en ajoutant aux spécificités physiques visibles, des spécificités culturelles. Ces spécificités, ces différences sont à la fois une richesse et une source d'oppositions et de divisions. Définissons cela sous le terme de race, d'ethnie, de groupe géographique, mais reconnaissons ces particularités et ce qu'elles engendrent. Ne les nions pas, dans l'espoir de voir disparaître leurs effets. Trop souvent derrière le débat sur l'emploi de tel ou tel mot se cache une bataille politique. Et moi quand je vois le politique décider ce qui est valide ou non, tabou ou non, dans la science, ou dans l'histoire, ça commence à me déranger. Et moi j'entend dans le discours d'Obama un propos qui va au delà de la simple question historico-social. Il prend en considération l'existence de perception différente de l'un à l'autre, du noir au blanc, du blanc au noir, qui se voient et se vivent différents, particuliers, sinon singulier. C'est parce que il ne le nie pas, que son discours est politiquement recevable, audible. Il part et parle de la réalité telle qu'elle est et non pas telle qu'il voudrait (peut-être) la voir, comme ici en France nos politiques le font encore trop souvent.
Rédigé par: noop | 26 mars 2008 à 10h50
"Je me demande comment les enseignants arrivent encore à parler de Blaise Pascal, à faire aimer un tableau de Rembrandt, ou à emmener les élèves à la représentation d'une pièce de Claudel, ou visiter une cathédrale..."
Bien justement le problème de notre belle EN est que les enseigants ne le font plus ou très peu, car la culture de grand papa n'est pas en odeur de sainteté dans les IUFM. Quant à visiter une cathédrale, dans certains colèges et lycées une partie des élèves restent dehors, convictions religieuses obligent. Et pourtant que c'est beau une cathédrale ou une mosquée ou une synagogue pout être sans préjugé.
Rédigé par: vox | 26 mars 2008 à 13h23
Moi qui suis de famille black/blanc/beur, à vous lire... j'ai vraiment du mourron à me faire ?
Tiens, je me demande s'il ne vaudrait mieux pas me suicider tout de suite !
Rédigé par: Ozenfant | 26 mars 2008 à 15h14