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mars 2008

21 mars 2008

Leçon Obama

    Le soutien de Bill Richardson, seul gouverneur hispanique des Etats-Unis, à Barack Obama vient à point nommé. L'électorat "latino" est une composante stratégique du combat qui se livre au sein du parti de l'âne. Le candidat "noir" à l'investiture démocrate connaît un "momentum" délicat dans sa compétition avec Hillary Clinton suite aux polémiques créées par la révélation d'anciens propos anti-américains de son pasteur Jeremiah Wright. Les sondages ont noté un décrochage, tant par rapport à sa rivale démocrate qu'à son éventuel compétiteur final républicain.

    Mais cet appui pèsera sans doute bien moins, dans l'issue de la bataille, que le discours audacieux prononcé par Obama le 18 mars sur la question raciale. S'il doit finalement gagner, ce sera grâce à lui. S'il doit perdre, ce sera à cause de lui ! C'est dire s'il faut l'entendre ou le lire (le plus simple est d'imprimer le texte publié par le NYT) - particulièrement ceux qui, en France, sont prisonniers de la caricature d'une démocratie américaine forcément superficielle.

    Le bon accueil réservé à ce discours par nombre de commentateurs américains, qui ne préjuge nullement de son impact dans l'Amérique profonde, s'explique aisément. Pris au piège d'une controverse potentiellement fatale pour lui, Obama riposte en prenant à bras-le-corps la question du racisme. Notons,  en passant, qu'il n'en avait jamais fait un argument de vente du style: "Vous dites que je suis incompétent parce que je suis Noir" (suivez mon regard)...

    Prenant appui sur sa biographie personnelle, de métis comme chacun sait, Obama commence par assumer sans fard sa part de "négritude". Disant tout haut ce que tout le monde pense tout bas aux Etats-Unis, mais sans la démagogie instrumentale que cette expression revêt ici, le candidat potentiel à la présidence analyse ensuite de manière concrète les frustrations réciproques des Noirs et des Blancs. On est loin ici du discours "anti-raciste" aussi moraliste qu'abstrait et inefficace. Obama précise, au contraire, les multiples causes historiques, économiques et sociales des tensions raciales.

    Ces propos rassureront ceux qui, comme moi, commençaient à s'interroger sur la profondeur des convictions d'un homme qui a un peu trop joué sur son charisme. Ce discours, qui restera peut-être fameux, est marqué du sceau d'un authentique progressisme à l'américaine - c'est-à-dire mâtiné d'espérance chrétienne.

    A quand un discours comparable dans une France elle aussi travaillée par des tensions raciales qui disent encore moins leur nom qu'aux Etats-Unis ? Au mieux parle-t-on de "communautarisme" ou de rivalités "ethniques"... La classe politique vante une politique homéopathique de la "diversité". Mais ce n'est pas Rachida Dati, certes pas encore candidate à la présidence de la République (fort heureusement), que l'on imagine prononcer un discours du même type que celui d'Obama.

Ceux qui, comme moi, se passionnent pour les élections américaines (autrement plus excitantes que les municipales françaises) suivront tout particulièrement:

- La couverture très complète de Marjorie Paillon

- Le blog très éclairant du correspondant d'Europe 1 aux USA François Clemenceau.

18 mars 2008

Verdict sévère

    Le double scrutin municipal et cantonal de 2008 se solde par une très nette défaite de la majorité. Moins d'un an après ses victoires présidentielle et législative, le pouvoir est confronté au vif mécontentement de l'électorat. La dimension nationale du vote des 9 et 16 mars est incontestable. Les contextes locaux rendent assurément compte de la variété des résultats enregistrés d'une commune à l'autre. Mais lorsque tant de villes basculent de droite à gauche, avec des scores souvent impressionnants, la composante politique du verdict municipal est patente. Marseille, lot de consolation bienvenu pour une droite fort mal en point dimanche soir, ne saurait être l'arbre qui cache la forêt de la poussée socialiste.

    La défaite de Xavier Darcos à Périgueux est emblématique de cette dimension proprement politique. Le maire sortant jouissait d'une bonne réputation locale. Même président de conseil général, son adversaire ne bénéficiait pas de la même notoriété. Premier secrétaire de la fédération socialiste de Dordogne, Michel Moyrand pouvait même être caricaturé comme un homme d'appareil. Le ministre de l'Education a cependant choisi d'assumer la portée nationale du combat en invitant deux Premiers ministres (l'actuel, François Fillon, et l'ancien, Alain Juppé). A Périgueux, qui avait franchement voté Ségolène Royal en 2007, la sanction des urnes a été plus politique que locale.

    Le renouvellement municipal de cette année ne peut pas plus être présenté comme un simple rééquilibrage qui compenserait les succès de la droite en 2001. Au total, la gauche a conquis sur la droite ou sur le Modem 45 villes de plus de 30.000 habitants. Le mouvement inverse n'a concerné que 7 villes. Le solde net, pour la gauche, est positif de 38 villes. L'effet de bascule est autrement plus fort qu'il y a sept ans, où le gain net de la droite ne s'était élevé qu'à 19 villes de cette taille. On retrouve plutôt l'ampleur de la défaite subie par la gauche aux municipales de 1983 (perte nette de 35 villes).

    A l'issue du scrutin, l'opposition dirige désormais 183 villes de plus de 30.000 habitants (58,5 %). Jamais la gauche n'avait à ce point dominé le paysage communal depuis son triomphe historique de 1977. Elle écrase désormais la majorité dans les grandes cités : 25 mairies contre 12 dans les villes de plus de 100.000 habitants.

    Les élections cantonales, sur lesquelles comptait la droite pour compenser les pertes municipales attendues, ont confirmé la poussée à gauche. Celle-ci a recueilli 51 % des voix (contre 44,4 % à la droite) au second tour. L'opposition est en passe de conquérir au moins huit nouveaux départements, tandis qu'elle devrait conserver tous ceux qui semblaient menacés. Fait sans précédent, la gauche dirige désormais une nette majorité de villes, de départements et de régions.

    Le second tour a amplifié la dynamique de gauche enregistrée une semaine auparavant. Cette accentuation est d'abord à mettre au compte d'une meilleure mobilisation de l'électorat de gauche. Aux municipales, le taux d'abstention (environ 34 % des inscrits) est demeuré historiquement élevé, à peu près équivalent à ce qu'il était dans les mêmes communes au premier tour. Mais cette stabilité dissimule de fortes disparités. Là où la compétition était particulièrement serrée, un surcroît de participation a généralement été noté. Il semble avoir plutôt profité à l'opposition. Citons encore le cas de Périgueux. Le taux d'abstention a reculé de 5 points d'un tour à l'autre, tandis que la liste socialiste gagnait 5 points par rapport au score de la gauche du 9 mars. A Angers, la participation a bondi de 10 points et sans doute aidé le socialiste Jean-Claude Antonini à l'emporter de justesse malgré le refus de la LCR de le soutenir.

    Avec le recul, le Modem risque d'apparaître comme un grand perdant de ce scrutin. La courte défaite de François Bayrou à Pau, où sa progression d'un tour à l'autre égale la régression de la liste de droite, fragilise personnellement son chef. Mais c'est l'impression de confusion donnée par le Modem qui devrait être la plus lourde de conséquences. Aucune cohérence globale n'a prévalu, et l'image du parti centriste en pâtira. Ses maires sortants ont tous été réélus avec l'aide de la droite. Or ses électeurs ont plutôt penché à gauche, là où il présentait des listes autonomes au premier tour. A Caen comme à Strasbourg, les franches victoires de la gauche semblent liées à de bons reports des électeurs du Modem. La bonne tenue de Philippe Meyer dans le 5e arrondissement de Paris prouve l'existence d'un électorat situé entre l'UMP et le Parti socialiste. Mais son hétérogénéité profonde obère l'avenir du parti centriste.

    Stratégiquement, la droite s'est enfin libérée du Front national. L'extrême droite, qui aurait fait battre Jean-Claude Gaudin si elle avait pu se maintenir dans les secteurs clefs de Marseille, a perdu toute capacité de nuisance.

    A gauche, l'équation est plus complexe. Dans la cité phocéenne, l'alliance PS-Modem n'a pas été la martingale gagnante imaginée par Ségolène Royal. Là-bas aussi, les « centristes » locaux étaient très divisés. Inversement, la stratégie d'union de la gauche élargie aux Verts a généralement bien marché, tandis que la division tend à être fatale à l'opposition, comme à Calais, perdu par le PCF. La vieille règle de « discipline républicaine » sort toutefois mal en point du scrutin. A Aubervilliers, le PS a ravi une municipalité communiste grâce à l'appui de l'électorat de droite. A Montreuil aussi, l'écologiste Dominique Voynet a battu le maire apparenté PCF avec l'aide décisive des suffrages conservateurs.

    Droite et gauche risquent de mal interpréter ces élections. L'UMP est tentée de minimiser l'avertissement lancé par les Français, répétant l'erreur commise par les socialistes après les municipales de 2001. Et le PS pourrait croire que le balancier de l'alternance automatique s'est de nouveau remis en branle, réitérant son mauvais calcul après ses succès de 2004. « Errare humanum est, perseverare diabolicum ».

Article publié dans Les Echos du 18 mars 2008.

17 mars 2008

Leçons compliquées

    Il y a ce qui est simple - la très claire victoire de la gauche au deuxième tour des municipales qui confirme et amplifie les résultats du 9 mars - et ce qui est compliqué - quelle leçon chaque camp doit tirer de ce scrutin ?

    Tout en s'efforçant de minimiser la sanction des électeurs - au risque de répéter  l'erreur de la gauche aux lendemains de son insuccès aux municipales de 2001 - la droite est tentée par une réponse automatique: les Français auraient manifesté leur "impatience" et voudraient, au bout du compte, une "accélération" du rythme des réformes... Cette argumentation a pour elle la déception d'une fraction de l'électorat de droite qui ne trouve toujours pas son compte au regard de la "rupture" promise par le candidat Sarkozy. D'où une réelle démobilisation dans ce camp.

    Mais elle ignore la rancoeur d'un électorat populaire qui a voté Sarkozy en croyant à une amélioration de son sort. L'opposition n'a pas seulement gagné autour d'une contestation du style du pouvoir mais aussi sur fond de contestation de la politique menée depuis le printemps 2007.  Prétendre ne rien changer à ses orientations, ou même les accentuer, n'est sans doute pas la manière la plus subtile de comprendre le message envoyé dimanche par les électeurs.

    A gauche aussi, le malentendu guette. Le PS peut, comme en 2004, se croire revenu en grâce. Les socialistes ont certes à nouveau réussi à coaguler autour de leurs candidats les mécontentements de toutes sortes. De l'extrême gauche au centre, des électeurs très opposés ont mêlé leurs bulletins de vote pour assurer le succès de ses listes. C'est, en réalité, plus l'opposition que la gauche qui l'a emporté le 16 mars. Tout reste à construire pour que le socialistes incarnent une alternative crédible. L'électorat populaire ne s'est d'ailleurs que très modérément réveillé pour les soutenir.

    Une leçon peut néanmoins être d'ores et déjà tirée pour le PS. La ligne défendue par Ségolène Royal d'une alliance systématique et prioritaire avec le MoDem a prouvé sa vacuité. Elle se révèle à la fois irréaliste (une partie des centristes penchant inexorablement à droite) et inefficace (les alliances avec le "centre" ne garantissant nullement le succès comme à Marseille). Les électeurs eux-mêmes, à en croire une enquête Ipsos, préfèreraient que le PS reste fidèle à sa politique d'alliance avec les autres forces de gauche et les Verts.

    Avec l'échec personnel de son leader à Pau, le parti de François Bayrou, qui a fait la preuve de son hétérogénéité ontologique et dont la stratégie opportuniste n'a guère été comprise par les Français, restera enfin sans doute comme le grand perdant des élections municipales de 2008.

14 mars 2008

Réveil électoral

    Bien plus que les électeurs centristes, convoités de toute part, les nombreux abstentionnistes du 9 mars seront les véritables arbitres du scrutin de dimanche. Jamais, dans l'histoire de la Ve République, la mobilisation électorale ne fut aussi faible à un premier tour municipal. Dans les communes de 3.500 habitants et plus, le taux d'abstention a grimpé à 38,9 % des inscrits, battant le précédent record de 2001. Dans nombre de grandes villes, près de la moitié des électeurs ont boudé les urnes.

    Voilà pourquoi de sérieuses surprises sont à attendre au soir du 16 mars. Si l'on peut, sans grands risques, pronostiquer un succès global de la gauche, le sort particulier des différentes communes dépendra d'abord de la capacité de chaque camp à réveiller ses partisans. Cet enjeu concerne en premier lieu la droite. Une étude CSA-Dexia (1), réalisée le jour du premier tour, révèle que 32 % des abstentionnistes disent avoir voté Sarkozy au premier tour de la présidentielle, contre 15 % François Bayrou et seulement 9 % Ségolène Royal.

    La majorité a souffert d'un abstentionnisme plus marqué dans l'électorat populaire qui avait assuré le succès de Nicolas Sarkozy en 2007. Le président de la République a tenté de le reconquérir, cette semaine, en remettant la question de l'immigration au premier plan de son discours. La gauche, elle aussi, est confrontée à l'exigence d'une meilleure mobilisation de ses troupes. Dimanche dernier, sa base populaire ne s'est pas massivement pressée dans les bureaux de vote pour « sanctionner » le pouvoir. L'issue du scrutin dans les villes les plus emblématiques de la bataille, comme Marseille ou Toulouse, se jouera aussi sur la capacité de l'opposition à convaincre son électorat de donner le coup d'épaule décisif.

    Le second tour apportera une clarification sur l'ampleur de la poussée à gauche. On se méfiera de l'effet de loupe qui avait faussé l'interprétation des municipales de 2001. La victoire de la gauche à Paris et à Lyon avait occulté les nombreux gains de la droite dans les villes moyennes. Toutes proportions gardées, un décalage du même type est susceptible de se reproduire. La conquête, par l'opposition, des trois grandes cités qui focalisent l'attention des médias - Marseille, Strasbourg, Toulouse - aurait un fort retentissement symbolique.

    Mais il conviendra d'être aussi attentif aux rapports de force dans l'ensemble de l'Hexagone. Au premier tour, les listes de la gauche gouvernementale n'ont totalisé que 47,5 % des voix (en progrès de 2,5 points par rapport à 2001) et celles de la droite classique 44,4 % (- 3 %). La France n'a pas spectaculairement basculé à gauche. Le verdict des urnes dans les communes moyennes d'une France pavillonnaire peuplée de salariés modestes qui avaient soutenu Sarkozy sera un bon indicateur de l'avertissement adressé au pouvoir.

    Le vote du 16 mars illustrera enfin la désarticulation du paysage politique. Un premier signe provient du nombre de triangulaires (55) et de quadrangulaires (13) dans les villes de plus de 30.000 habitants. L'effet perturbateur du Modem est également patent. Si elle a réussi à faire émerger un authentique électorat centriste, cette nouvelle force demeure incapable de se libérer d'un jeu politique irréductiblement bipolaire. L'opportunisme dont le parti de François Bayrou fait preuve - allié ici à droite, là à gauche et seul ailleurs - fragilise son entreprise.

    Dans tous les cas de figure, l'attitude des électeurs du Modem reste une inconnue. Choisiront-ils un vote identitaire ou un vote utile pesant sur l'issue de la bataille dans les endroits stratégiques où ses listes se maintiennent, comme le 5e arrondissement de Paris ? Les électeurs centristes suivront-ils les responsables locaux du Modem qui sont alliés à la gauche (comme à Marseille) ou à la droite (comme à Toulouse) ? Ces mariages ont souvent provoqué de sérieuses tensions internes à ce mouvement. Au demeurant, les enquêtes d'opinion indiquent qu'une courte majorité d'électeurs du Modem souhaitent plutôt une victoire de la gauche.

    Les logiques locales l'emportent de plus en plus sur les raisons partisanes. Le cas d'Asnières est emblématique : une sainte alliance allant des socialistes aux divers droite s'est nouée pour barrer la route au très autoritaire UMP Manuel Aeschlimann. La vieille règle de « discipline républicaine » à gauche est moribonde : en Seine-Saint-Denis, les socialistes devancés par les communistes maintiennent quatre de leurs listes au second tour. Ailleurs, l'enjeu du report des voix à l'intérieur de la gauche, extrêmes compris, ne sera pas négligeable. Le PS a refusé des « fusions techniques » avec la LCR, qui a parfois réalisé de très bons scores, après avoir parfois accueilli sur ses listes des candidats de l'autre formation trotskiste, LO, dès le premier tour. Si l'on ajoute les valses-hésitations de l'UMP à l'égard du Modem, on constate que Bayrou, qui a encouragé successivement à Paris un accord avec Bertrand Delanoë et Françoise de Panafieu, n'a nullement le monopole de l'incohérence.

Article publié dans Les Echos du 14 mars 2008.

11 mars 2008

Conquêtes promises

    Les Français ont envoyé dimanche un message d’avertissement au pouvoir sur fond de faible mobilisation électorale. Le taux élevé d’abstention (34% soit un peu plus qu’en 2001) prouve que ces municipales ne sont pas le théâtre du classique « vote-sanction » dont la droite avait souffert en 1977 puis la gauche en 1983. Ce schéma suppose une fréquentation assidue des bureaux de vote. Quand l’électorat se montre plus alangui, les batailles municipales sont moins nationalisées.

    Rien n’autorise, pour autant, à affirmer que le scrutin du 9 mars a permis à la droite de mieux résister que prévu. Contrairement à 2001, les enquêtes pré-électorales ont, la plupart du temps, fourni une appréciation très correcte des rapports de forces. Elles ont bien anticipé la bonne tenue des grandes mairies de gauche (Paris, Lyon, Dijon, Lille, Rennes) comme les difficultés attendues chez nombre de villes de droite (Caen, Rouen, Strasbourg). La performance d’Alain Juppé  à Bordeaux avait été perçue, de même que les menaces pesant sur la majorité à Marseille ou à Toulouse.

    L’écho incessant autour de l’impopularité de Nicolas Sarkozy et la litanie d’ enquêtes municipales superficiellement lues ont toutefois créé un climat caricatural. L’idée fausse s’est installée que la gauche était promise à un véritable raz-de-marée électoral. D’où l’impression d’un résultat décevant, pour elle, dimanche soir. Les acteurs politiques ont intérêt à conforter cette représentation biaisée de la réalité. Au-delà de son réel soulagement, la droite a tout avantage à relativiser la portée politique nationale de ce scrutin en le présentant comme l’addition de compétitions locales hétérogènes. A l’opposé, la gauche a bien compris qu’il n’était pas de son intérêt de crier victoire trop tôt. Sa fausse modestie vise aussi à mieux mobiliser son électorat pour le tour décisif.

    Les équilibres révélés par les votes du 9 mars sont pourtant très clairement favorables à l’opposition. Où est la quinzaine de villes de plus de 30.000 habitants que Patrick Devedjian espérait encore conquérir à la veille du scrutin ? L’élection, au premier tour, de Luc Chatel à Chaumont et de Laurent Wauquiez au Puy-en-Velay est assurément remarquable. Mais ces villes abritent moins de 30.000 habitants. A l’issue du premier tour, les gains potentiels de la majorité sont rares, au moins dans les communes d’une certaine taille. La droite est certes en ballottage favorable à Belfort. Elle peut également compter sur la prise possible d’Angers, où sa tête de liste est soutenue par l’ancien maire divers gauche Jean Monnier. Mais des cités comme Chambéry ou Tourcoing, susceptibles de basculer, ont réélu une équipe de gauche dés le premier tour.

    A l’inverse, le nombre de gains acquis ou potentiels pour les socialistes est impressionnant. Rouen est déjà tombé dans l’escarcelle du PS tout comme Alençon, Chalon-sur-Saône, Laval ou Rodez. A Strasbourg, la liste de gauche, qui devance de dix points celle de la maire sortante, est en ballottage très favorable. Les chiffres du premier tour sont également annonciateurs de succès probables du PS à Caen comme à Reims. A Toulouse, si le maire sortant Jean-Luc Moudenc arrive en tête du premier tour, il lui faudrait de mauvais reports à gauche et l’appui des électeurs du Modem pour conserver son siège. Le cas de Marseille est plus incertain. Un examen de la situation dans les différents secteurs de la cité phocéenne montre néanmoins que Jean-Claude Gaudin est en situation délicate. La gauche est en ballottage favorable dans la premier secteur tandis que le troisième, autre lieu stratégique du combat, est livré à l’arbitrage d’un Modem qui penche localement à gauche.

    La théorie des cycles municipaux rend assez bien compte de certains résultats. Le beaux scores de Bertrand Delanoë et surtout de Gérard Collomb sont aussi à mettre au compte du bilan apprécié d’un maire en fin de premier mandat. A l’inverse, les reculs enregistrés par André Rossinot à Nancy (la gauche progresse de 19 points par rapport à 2001) et de Jean-Marie Rausch à Metz (qui perd 13 points) le sont par des édiles blanchis sous le harnais. Dans ces deux cités de l’Est, l’issue finale apparaît incertaine. Elle l’est aussi à Périgueux, où Xavier Darcos recule de 14 points par rapport au scrutin de référence, bien qu’il soit en ballottage plutôt favorable.

    Les résultats du 9 mars accentuent le dilemme existentiel du MoDem. Arrivé second à Pau, François Bayrou ne peut espérer son salut personnel que d’un accord avec la droite. Pour autant, dans nombre de grandes villes où sa formation recueille aux alentours de 6% des suffrages exprimés, ses électeurs regardent plutôt à gauche dans le contexte actuel. Les chiffres ne sont guère plus réjouissants pour les Verts. Le parti écologiste essuie un sérieux revers à Paris où son score est pratiquement divisé par deux en six ans, même s’il franchit la barre des 10% à Grenoble, Morlaix ou Lille. A Montreuil, Dominique Voynet est devancée de 7 points par le maire apparenté communiste Jean-Pierre Brard. Ailleurs, les Verts gagneront des sièges mais au prix d’une satellisation par le PS.

    Quant au Front national, le voici promis – comme tout parti en déclin – à devenir une formation locale. L’engagement de Marine Le Pen à Henin-Beaumont  (Nord) a certes permis au FN d’engranger 10 points de plus qu’en 2001 mais sans aller au-delà de 28,5% des voix. A Marseille, le FN plonge à 7,6%. A Mulhouse, l’extrême droite obtient 10,3%, en recul 17 points…

    Le PCF, quant à lui, peut avoir le sourire. Pour la première fois depuis longtemps, un renouvellement municipal va lui permettre de grossir sa pelote. Dés le premier tour, les communistes ont reconquis Dieppe et Vierzon. Ils peuvent même songer sérieusement à battre Serge Dassault, en ballottage délicat à Corbeil-Essonnes. Et la plupart des primaires tentées par le PS pour lui ravir ses bastions ont tourné à son avantage, tout particulièrement en Seine-Saint-Denis. Si l’on ajoute les bons scores enregistrés, ici et là, par l’extrême gauche, le PS n’a électoralement pas intérêt à lorgner seulement du côté du MoDem.

Article publié dans Les Echos du 11 mars 2008.

RECTIFICATIF: Une erreur de codification des résultats consultés lundi sur internet m'a fait écrire que la gauche avait progressé de 19 points à Nancy depuis 2001. C'est inexact et André Rossinot est, en réalité, en ballottage très favorable.

10 mars 2008

Anticipations faussées

    De retour d'une éprouvante soirée électorale, je réserve pour plus tard l'analyse précise et détaillée de ce premier tour des élections municipales (et cantonales). Mais une certaine tonalité du commentaire médiatique dominant m'étonne malgré ma connaissance du milieu. La gauche aurait obtenu le 9 mars des résultats quelque peu déçevants. Par rapport à quoi ? Les sondages ont, cette fois, été assez largement en phase avec le climat électoral. Le score triomphal de Gérard Collomb à Lyon semblait un peu exagéré. Il a été confirmé par les urnes. Rouen a bien basculé à gauche dés le premier tour et plusieurs grandes villes de droite semblent bien parties pour changer de camp dimanche prochain.
    Peut-on alors parler vraiment de "vaguelette rose", selon l'expression du titre donné par Rue89 à une série de témoignages au demeurant d'excellente facture ? Paradoxalement, le site du Figaro est mieux inspiré en titrant "la gauche bien partie pour le second tour" sa revue des résultats municipaux...
    Le problème vient sans doute de ce que les journalistes ont pris pour habitude d'analyser les résultats électoraux, non pas par rapport aux références antérieures d'un scrutin du même type (ici les municipales de 2001) ou même par rapport aux derniers équilibres politiques (ici présidentielles et législatives de 2007), mais au regard de l'impression générale dégagée d'une lecture détachée des sondages. Ceux-ci laissaient présager, à juste titre, une forte poussée à gauche. Ils n'ont jamais prédit de tsunami rose. La gauche n'a donc aucune raison d'être déçue par les votes d'hier. Ses meilleurs experts n'en demandaient pas plus !

09 mars 2008

Casse-tête territorial

     En ce mois de mars, les élections municipales occultent le scrutin cantonal qui se déroule les mêmes jours. Les conseils généraux ne sont pas simplement moins populaires que leurs homologues communaux. Les départements qu’ils dirigent sont périodiquement menacés de suppression pure et simple. Le rapport Attali sur la « libération de la croissance » ressort ce serpent de mer, en accordant toutefois à l’institution héritée de la Révolution française un délai de grâce de dix ans.

    L’organisation territoriale est un casse-tête dans un pays profondément engagé dans la voie de la décentralisation tout en conservant les structures héritées de son histoire d’Etat unitaire. Un passé coriace entrave les évolutions exigées par les bouleversements géographiques. Ses collectivités locales sont doublement trop nombreuses : trop d’échelons et de tailles trop réduites.

    Le pays de René Descartes se paie le luxe de quatre niveaux de gestion décentralisée. On compte 36 000 communes partiellement regroupées en quelques 2 500 EPCI (établissements publics de coopération intercommunale). Un troisième échelon rassemble 100 départements eux-mêmes réunis en 26 régions. Cet empilement de structures n’a pas que des désagréments. Il permet à un demi-million de citoyens de s’exercer aux fonctions électives. Mais cette complexité se paie aussi: enchevêtrement des compétences entre collectivités générateur de rivalités ou encore « financements croisés » d’investissements sources de confusion. Les deux grandes vagues de décentralisation (1982 sous le gouvernement Mauroy et 2003-4 sous celui de Raffarin) se sont bien gardées de prendre à bras-le-corps le problème.

    Il ne suffirait pas de supprimer l’un de ces échelons pour le résoudre. Chaque structure décentralisée est sujette à remise en cause. Ayant les paroisses pour ancêtres, nos communes sont les vestiges d’une France rurale qui n’a pas grand chose à voir avec un pays qui a muté au point d’inventer l’étrange concept de « rurbanité ». Aucun pays européen ne dispose de communes de taille moyenne aussi petite (1600 habitants par unité). Des pays scandinaves à l’Angleterre, en passant par l’Allemagne, la plupart ont procédé à des réductions d’effectifs communaux plus ou moins contraints. En France, le dogme du regroupement volontaire a laissé la question en l’état.

    Certes, l’intercommunalité a constitué une solution alternative. Environ 90% des communes ont mis en commun certaines compétences au moyen de multiples organismes (syndicats intercommunaux, communautés de communes etc.) A y regarder de plus près, ces succès de la solidarité locale sont moins éclatants. L’ajout de structures de coopération entre des communes qui persistent dans leur être génère un surcoût de fonctionnement. Surtout, ces organismes qui disposent parfois de pouvoir importants – comme les communautés urbaines – ne sont pas dirigés par des élus directement choisis par le suffrage universel. La transparence démocratique y perd.

    Des communes moins nombreuses et mieux regroupées réduiraient à coup sûr la pertinence de l’échelon départemental. Nombre de politiques locales se décideraient plus efficacement dans le cadre de « pays » ou d’agglomérations. Créé il y a plus de deux siècles pour permettre au pouvoir central de contrôler le territoire, le département peine à trouver sa voie à l’heure de la décentralisation. Doté de moyens importants, il en est souvent réduit à une fonction de gestion. Les départements versent ainsi le RMI mais ne décident pas de ses conditions d’attribution. Les Français – et pas seulement les élus – n’en demeurent pas moins attachés à une institution multiséculaire comme en témoigne la résistance au projet d’abandon des plaques numéralogiques départementales.

    Les régions subissent, elles aussi, l’héritage politique. Simples circonscriptions de déconcentration de l’Etat, elles furent jugées trop petites à l’aune européenne dés leur création au tournant des années soixante. Une étude réalisée pour la CEE en 1961 suggérait déjà d’en créer seulement neuf. En 1986, les régions sont devenues des collectivités locales mais n’ont pas grandi en taille. La Basse-Normandie et la Haute-Normandie font un peu curieuse figure face à la Catalogne ou à la Bavière… Redessiner la carte des régions française n’en serait pas moins une périlleuse entreprise.

    S’il est un domaine propice aux ruptures, c’est bien celui de notre organisation territoriale. Nicolas Sarkozy ne semble pourtant pas disposé à trop s’aventurer sur ce terrain. Il a certes relancé, au printemps 2007, l’idée d’un « Grand Paris » qui permettrait une meilleure adéquation entre découpage politique et pertinence des enjeux. Mais les Hauts-de-Seine, qu’il a longtemps dirigé, ont jusqu’à présent refusé les projets de coopération. Et l’une de ses premières réactions au rapport Attali fut d’écarter la suppression des intouchables départements.

Article publié dans Enjeux-Les Echos de mars 2008.

07 mars 2008

Géographie municipale

    Le Front national a été incapable de former une liste municipale à Dreux, berceau de son ascension électorale en 1983. Cette absence symbolise le déclin du parti d'extrême droite, qui n'est plus présent que dans 85 villes de plus de 10.000 habitants (contre 150 en 2001). Jean-Marie Le Pen a beau espérer reprendre quelques « billes » à Nicolas Sarkozy, qui lui avait ravi, l'année dernière, une large part de son électorat, rien n'est moins sûr. Les dirigeants du FN craignent l'abstention de ces néo-sarkozystes déçus et ne se font guère d'illusion sur leur capacité à renouer avec la dynamique d'antan.

    Le score du Front sera néanmoins à surveiller en quelques points du territoire. Marine Le Pen, qui a l'ambition de succéder à son père à la tête du parti, joue gros à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), commune qu'elle imaginait conquérir à la faveur des divisions de la gauche. Mais c'est surtout sur la façade méditerranéenne que le FN garde l'espoir de franchir la barre des 10 % des voix qui lui permettrait de se maintenir au second tour. A Marseille, tout particulièrement dans les quartiers nord, où sa présence militante demeure, la formation lepéniste compte bien troubler la donne.

    A l'autre bout du spectre politique, une nouveauté est un peu passée inaperçue. Lutte ouvrière, la formation d'extrême gauche qui dominait électoralement ce secteur de l'opinion depuis des décennies, a négocié un virage à épingle à cheveux stratégique. A la suite de la contre-performance de sa candidate historique à la dernière présidentielle, LO a cessé de renvoyer dos à dos gauche et droite au profit d'une stratégie d'alliance. Le parti d'Arlette Laguiller présente 117 listes autonomes, mais il est aussi présent sur 69 listes de gauche (dont 40 à tête communiste et 24 à direction socialiste). Cette innovation, destinée à contrer la montée en puissance de la LCR d'Olivier Besancenot, n'a guère suscité plus de contestations au sein de LO que dans les partis de la gauche de gouvernement...

    La principale nouveauté, en termes de géographie politique, de ces élections municipales se situe toutefois au centre de l'échiquier. Le Modem vit une épreuve de vérité qui a commencé avant même que le premier bulletin ne tombe au fond des urnes. Sa participation à la bataille offre à peu près tous les cas de figure. Le parti de François Bayrou s'est parfois allié dès le premier tour avec l'UMP, comme à Bordeaux. Il a choisi ailleurs un mariage précoce avec le PS : à Dijon, François Rebsamen réussit la performance de conduire une liste qui va du Modem au PCF. Dans d'autres cas, la cohérence de la jeune formation orange n'a pas résisté aux forces centrifuges. A Lyon, on trouve des candidats issus du Modem sur les listes de droite, de gauche et du centre.

    Le Modem a tout de même réussi à aligner quelque 340 listes autonomes dans les villes de plus de 10.000 habitants. Ses résultats seront particulièrement scrutés dans les grandes cités où Bayrou avait réalisé de très bons scores, à Paris ou dans l'ouest de la France. Mais les dilemmes stratégiques continueront à tarauder la formation centriste après le premier tour. Si le Modem penche parfois à gauche, comme à Paris, il devrait s'allier à droite dans d'autres communes. François Bayrou lui-même tente de conquérir, par ses propres forces, la mairie de Pau.

    Dans la capitale, le Modem est objectivement en concurrence avec les Verts. Ceux-ci n'ont pas réussi à concrétiser leur stratégie d'autonomie. Traumatisés par leur échec présidentiel, ils se sont généralement alliés à la gauche dès le premier tour. On ne compte que 58 listes Verts dans les villes de plus de 20.000 habitants (contre environ 80 en 2001).

    Au sein même de la droite et de la gauche classiques, les enjeux du premier tour sont loin d'être négligeables. Le PCF se bat pour conserver le tissu local qui lui reste. La direction nationale du PS lui a facilité la tâche en poussant à la reconduction de listes d'union de la gauche dans les municipalités communistes. On ne compte finalement que 11 primaires PS-PCF dans les 36 villes dirigées par le parti de Marie-George Buffet. Plus de la moitié se situent en Seine-Saint-Denis (Aubervilliers, Bagnolet, La Courneuve, Pierrefitte, Saint-Denis, Tremblay, Villetaneuse). Malgré leur désastre présidentiel, les communistes pourraient honorablement résister aux appétits socialistes. Mieux, le climat national leur laisse espérer certaines (re)conquêtes, comme à Dieppe, Sète ou Vierzon.

    A droite, ce sont les phénomènes de dissidence qui inquiètent. Le feuilleton de Neuilly-sur-Seine illustre les limites de la maîtrise du terrain par l'UMP. Les listes de Françoise de Panafieu sont aux prises avec des listes de droite dissidentes dans de nombreux arrondissements (notamment les 7e, 8e, 15e, 16e, 17e). Le député UMP Pierre Lellouche, lui-même candidat contre un maire d'arrondissement sortant, déplore une « frénésie suicidaire » de la droite. S'il est une règle électorale, c'est que le camp le plus divisé est souvent promis à la défaite.

Article publié dans Les Echos du 7 mars 2008.

03 mars 2008

Face à McCain

    Le plus dur est loin d'être fait pour Barack Obama. Sauf improbable renversement de tendance, le leader métis est sur le point de décrocher l'investiture démocrate à l'élection présidentielle (oui, je m'avance !). La campagne de la peur tentée désespérément par Hillary Clinton sent l'échec. Mais, pour Obama, le chemin est long et semé d'embûches d'ici le 4 novembre. Si les sondages lui donnent aujourd'hui souvent une légère avance sur John McCain, qui portera les couleurs républicaines dans la bataille, l'issue finale demeure ouverte.

    McCain est un animal politique particulièrement coriace. En 2000, il avait déjà fourni la preuve de ses talents politiques en menant une brillante campagne pour l'investiture républicaine, même s'il avait finalement dû s'incliner face à George Bush. Vétéran de la guerre du Vietnam, sénateur depuis plus de vingt ans, il pourra faire valoir l'argument d'expérience déjà utilisé par Clinton contre Obama. Un ancien conseiller de Jimmy Carter suggère à ce dernier quelques idées pour contrer ce genre d'attaques.

    Des analystes de sensibilités diverses considèrent d'ailleurs que plusieurs avantages qui expliquent le succès d'Obama face à sa rivale démocrate disparaîtront dans le combat décisif contre le candidat républicain. Le conservateur Kevin A. Hassett estime qu'il ne pourra plus se présenter comme un candidat du futur face au passé incarné par Clinton, et que ses indéniables talents réthoriques ne pourront dissimuler une orientation trop à gauche pour l'électorat.

    En fait, la grande question est de savoir si Obama saura densifier son message politique pour résister à l'accusation de "vacuité" que donne parfois ses chatoyants discours. Le double écueil à éviter est de rester dans un flou inquiétant ou bien de clarifier ses positions dans un sens trop progressiste par rapport à l'état de la société américaine.

    Parions tout de même qu'Obama n'est pas si mal parti que cela. D'abord parce que le camp démocrate pourrait paradoxalement plus facilement se retrouver derrière lui que les républicains derrière McCain. Le parti de l'âne sort surtout d'un affrontement de personnes et d'images. Le parti de l'éléphant, lui, a étalé au grand jour des désaccords idéologiques profonds. L'atypique McCain est détesté par beaucoup de conservateurs (qui ne lui pardonnent pas certaines de ses positions). Obama est a priori mieux placé pour convaincre la fraction stratégique des électeurs "indépendants" tout en conservant le soutien de la base démocrate.

    Obama est encore avantagé par l'agenda politique actuel. Les deux questions qui semblent aujourd'hui prioritaires aux yeux des Américains sont l'état inquiétant de l'économie et la guerre en Irak. Au moins sur ce dernier point, le candidat démocrate est plus en phase avec l'opinion que son adversaire. Demeure une seule certitude: la bataille sera très rude, avec sans doute pas mal de coups en-dessous de la ceinture.

AJOUT LE 5 MARS:

 J'aurais été plus prudent d'attendre, comme je l'avais initialement prévu, le résultat des votes du 4 mars pour publier cette note... Mais j'ai parfois l'esprit joueur ! Une chose est certaine: contrairement à ce que je pensais, la campagne de la peur choisie dans la dernière phase par Hillary Clinton (le scandaleux clip du réveil à 3H) semble avoir été efficace. Barack Obama a également souffert des polémiques autour de son attitude ambigüe à l'égard de l'ALENA et de la remontée à la surface d'anciennes relations d'affaires douteuses. Notons que les sondages, qui ont fourni de bonnes appréciations sur les scrutins de cette nuit, avaient relevé le retournement de tendance au Texas des derniers jours.

    Reste que les victoires de Clinton dans l'Ohio et le Texas ne lui permettent pas vraiment d'espérer conquérir démocratiquement l'investiture de son parti. Tous les spécialistes notent qu'il lui est mathématiquement presque impossible de rattraper son retard en délégués élus sur Obama. Sa seule chance serait d'atteindre suffisamment gravement l'image de son adversaire pour convaincre l'establishment démocrate (et les fameux "superdélégués") de lui accorder l'investiture contre le vote populaire. Après une telle bataille, ses chances de battre McCain seraient cependant très amoindries.

    La ténacité d'Hillary place ainsi le parti démocrate dans une situation fort délicate. Obama garde les meilleures chances de devenir son candidat. Mais la résistance de sa concurrente l'affaiblira inévitablement dans son combat final contre le champion républicain. La première phrase de mon billet tient parfaitement la route: "Le plus dur est loin d'être fait pour Obama" ;-)

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A droite toute

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