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11 mars 2008

Conquêtes promises

    Les Français ont envoyé dimanche un message d’avertissement au pouvoir sur fond de faible mobilisation électorale. Le taux élevé d’abstention (34% soit un peu plus qu’en 2001) prouve que ces municipales ne sont pas le théâtre du classique « vote-sanction » dont la droite avait souffert en 1977 puis la gauche en 1983. Ce schéma suppose une fréquentation assidue des bureaux de vote. Quand l’électorat se montre plus alangui, les batailles municipales sont moins nationalisées.

    Rien n’autorise, pour autant, à affirmer que le scrutin du 9 mars a permis à la droite de mieux résister que prévu. Contrairement à 2001, les enquêtes pré-électorales ont, la plupart du temps, fourni une appréciation très correcte des rapports de forces. Elles ont bien anticipé la bonne tenue des grandes mairies de gauche (Paris, Lyon, Dijon, Lille, Rennes) comme les difficultés attendues chez nombre de villes de droite (Caen, Rouen, Strasbourg). La performance d’Alain Juppé  à Bordeaux avait été perçue, de même que les menaces pesant sur la majorité à Marseille ou à Toulouse.

    L’écho incessant autour de l’impopularité de Nicolas Sarkozy et la litanie d’ enquêtes municipales superficiellement lues ont toutefois créé un climat caricatural. L’idée fausse s’est installée que la gauche était promise à un véritable raz-de-marée électoral. D’où l’impression d’un résultat décevant, pour elle, dimanche soir. Les acteurs politiques ont intérêt à conforter cette représentation biaisée de la réalité. Au-delà de son réel soulagement, la droite a tout avantage à relativiser la portée politique nationale de ce scrutin en le présentant comme l’addition de compétitions locales hétérogènes. A l’opposé, la gauche a bien compris qu’il n’était pas de son intérêt de crier victoire trop tôt. Sa fausse modestie vise aussi à mieux mobiliser son électorat pour le tour décisif.

    Les équilibres révélés par les votes du 9 mars sont pourtant très clairement favorables à l’opposition. Où est la quinzaine de villes de plus de 30.000 habitants que Patrick Devedjian espérait encore conquérir à la veille du scrutin ? L’élection, au premier tour, de Luc Chatel à Chaumont et de Laurent Wauquiez au Puy-en-Velay est assurément remarquable. Mais ces villes abritent moins de 30.000 habitants. A l’issue du premier tour, les gains potentiels de la majorité sont rares, au moins dans les communes d’une certaine taille. La droite est certes en ballottage favorable à Belfort. Elle peut également compter sur la prise possible d’Angers, où sa tête de liste est soutenue par l’ancien maire divers gauche Jean Monnier. Mais des cités comme Chambéry ou Tourcoing, susceptibles de basculer, ont réélu une équipe de gauche dés le premier tour.

    A l’inverse, le nombre de gains acquis ou potentiels pour les socialistes est impressionnant. Rouen est déjà tombé dans l’escarcelle du PS tout comme Alençon, Chalon-sur-Saône, Laval ou Rodez. A Strasbourg, la liste de gauche, qui devance de dix points celle de la maire sortante, est en ballottage très favorable. Les chiffres du premier tour sont également annonciateurs de succès probables du PS à Caen comme à Reims. A Toulouse, si le maire sortant Jean-Luc Moudenc arrive en tête du premier tour, il lui faudrait de mauvais reports à gauche et l’appui des électeurs du Modem pour conserver son siège. Le cas de Marseille est plus incertain. Un examen de la situation dans les différents secteurs de la cité phocéenne montre néanmoins que Jean-Claude Gaudin est en situation délicate. La gauche est en ballottage favorable dans la premier secteur tandis que le troisième, autre lieu stratégique du combat, est livré à l’arbitrage d’un Modem qui penche localement à gauche.

    La théorie des cycles municipaux rend assez bien compte de certains résultats. Le beaux scores de Bertrand Delanoë et surtout de Gérard Collomb sont aussi à mettre au compte du bilan apprécié d’un maire en fin de premier mandat. A l’inverse, les reculs enregistrés par André Rossinot à Nancy (la gauche progresse de 19 points par rapport à 2001) et de Jean-Marie Rausch à Metz (qui perd 13 points) le sont par des édiles blanchis sous le harnais. Dans ces deux cités de l’Est, l’issue finale apparaît incertaine. Elle l’est aussi à Périgueux, où Xavier Darcos recule de 14 points par rapport au scrutin de référence, bien qu’il soit en ballottage plutôt favorable.

    Les résultats du 9 mars accentuent le dilemme existentiel du MoDem. Arrivé second à Pau, François Bayrou ne peut espérer son salut personnel que d’un accord avec la droite. Pour autant, dans nombre de grandes villes où sa formation recueille aux alentours de 6% des suffrages exprimés, ses électeurs regardent plutôt à gauche dans le contexte actuel. Les chiffres ne sont guère plus réjouissants pour les Verts. Le parti écologiste essuie un sérieux revers à Paris où son score est pratiquement divisé par deux en six ans, même s’il franchit la barre des 10% à Grenoble, Morlaix ou Lille. A Montreuil, Dominique Voynet est devancée de 7 points par le maire apparenté communiste Jean-Pierre Brard. Ailleurs, les Verts gagneront des sièges mais au prix d’une satellisation par le PS.

    Quant au Front national, le voici promis – comme tout parti en déclin – à devenir une formation locale. L’engagement de Marine Le Pen à Henin-Beaumont  (Nord) a certes permis au FN d’engranger 10 points de plus qu’en 2001 mais sans aller au-delà de 28,5% des voix. A Marseille, le FN plonge à 7,6%. A Mulhouse, l’extrême droite obtient 10,3%, en recul 17 points…

    Le PCF, quant à lui, peut avoir le sourire. Pour la première fois depuis longtemps, un renouvellement municipal va lui permettre de grossir sa pelote. Dés le premier tour, les communistes ont reconquis Dieppe et Vierzon. Ils peuvent même songer sérieusement à battre Serge Dassault, en ballottage délicat à Corbeil-Essonnes. Et la plupart des primaires tentées par le PS pour lui ravir ses bastions ont tourné à son avantage, tout particulièrement en Seine-Saint-Denis. Si l’on ajoute les bons scores enregistrés, ici et là, par l’extrême gauche, le PS n’a électoralement pas intérêt à lorgner seulement du côté du MoDem.

Article publié dans Les Echos du 11 mars 2008.

RECTIFICATIF: Une erreur de codification des résultats consultés lundi sur internet m'a fait écrire que la gauche avait progressé de 19 points à Nancy depuis 2001. C'est inexact et André Rossinot est, en réalité, en ballottage très favorable.

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Voici les sites qui parlent de Conquêtes promises:

Commentaires

Un point marquant du vote dominical : en gros, la droite recule dans les grandes villes, et on constate un assez large statu quo dans les communes moins peuplées, la limite se situant autour de 30.000 habitants.

Cette limite marque assez bien le seuil entre la perception palpable, physique de l’impact d’une équipe municipale sur notre quotidien, et la perception relayée par l’image, par le commentaire. Un peu comme si le focus médiatique sur la popularité présidentielle, quotidiennement oscultée, souvent pour le pire, n’avait eu d’impact que quand l’image et le commentaire avaient pris le pas dans notre décision sur la perception de l’action politique.

On peut s’indigner des comportements médiatiques de campagne, mais ce constat souligne qu’un comportement de l’électeur moins “émotionnel”, moins influençable, passe par un travail plus actif et sincère de pédagogie de l’action politique. Ce qui se pratique naturellement dans les cités où la communication avec les élus se fait sans média interposés.

Les communistes progressent...
Triste constat.
Partout dans le monde depuis des décennies le communisme et ses fautes régresse.
En voila une incongruité dans cette France qui a vraiment du mal a comprendre tout ce qui se passe au delà de ses frontières.
On a vraiment 30 ans de retard en France.
A pleurer !

Eric Dupin,
J'aime ce texte spécifique aux élections, mais le problème de fond, en France, c'est le renouvellment des idées au sein de l'opposition:
Manifeste pour que reposent en paix les éléphants de la caviar-bobocratie ! http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/03/manifeste-pour.html#comments

"Partout dans le monde depuis des décennies le communisme et ses fautes régresse."
Ah bon?
Faites vous partie de ceux qui refusent la réalité quand elle ne leur plait pas?
Chypre viens d'élire un Président communiste.
Dans les ex pays de l'est, après un rejet massif des partis communistes, ceux-ci redeviennent des formations incontournables.

Et voilà une nouvelle vague, cette fois elle est rose. On parle de vote sanction, mais quelle sanction? il n'y a pas de réforme, on ne peut rien sanctionner. De vagues roses en vagues bleues, commentaires et analyses vont bon train, pendant ce temps on ne réforme pas au sommet de l'Etat, quelle cirque ces élections à la française...

Sarkozy le 8 janvier :
"Je m'engagerai à la place qui est celle du président de la République, le gouvernement s'engagera pour mobiliser notre électorat, (...) parce que le concept d'élection dépolitisée est absurde".

Sarkozy le 11 mars :
"Le président de la République n'a pas à s'impliquer dans les élections municipales, [lors du deuxième tour des municipales] c'est de la démocratie locale dont il est question".

Cette capacité à affirmer tout, puis le contraire, avec le même aplomb, me fascine.

Autre phrase étonnante :
"Il est de mon devoir d'appeler chacun, quel que soient ses choix, ses croyances, ses opinions, à se mobiliser pour que dans chaque ville, dans chaque village, ceux qui seront élus aient la légitimité dont ils auront besoin pour agir"

Qu'est-ce que les "croyances" viennent faire la dedans?

La gauche à d'ores et déjà gagné à Rouen, Laval, Alençon, Rodez, s'apprête peut-être à le faire à Caen, Saint-Brieuc, Quimper, Périgueux, Strasbourg et Toulouse : à l'exception de Satrasbourg, toutes ces villes ont majoritairement voté pour Ségolène Royal à la dernière présidentielle. Où voyez-vous, Mr Dupin, une quelconque sanction à l'endroit de Sarkozy ?

47% des voix pour la gauche, 45% pour la droite : où voyez-vous, Mr Dupin, une quelconque sanction à l'endroit de Sarkozy ?

vous ne parlez pas du très bon score de l"extreme gauche" (LCR etc)...??

"Le communisme régresse dans le monde..." ce qui régresse, c'est l'appellation "communiste" qui à vous entendre fleure encore bon "l'homme au couteau entre les dents" des années 30...
si les cocos sont réélus, c'est aussi parce qu'ils savent pas trop mal "gérer" (ah oui ca coupe la chique, on pensait qu'ils ne savaient que dépenser l'argent des autres) sans forcément augmenter les impots locaux (sinon ils ne seraient pas réélus...), concilier développement économique et social...

Si le désir de "rupture" était réel les électeurs ne se seraient pas privés de sanctionner la gauche à ces Municipales en votant pour les listes UMP et ainsi signifier un soutien au patron Sarkozy censé concrétiser ce désir populaire de "rupture" d'avec le passé chiraquien.

Compte tenu de la dérive de l'opposition depuis le 6 mai les scores réalisés au 1er tour de ces Municipales relèvent presque du tour de force.

La gauche semble donc bien ancrée à l'échelon local. Le PS national aurait tout intérêt à en tirer les conséquences pour 2012. La tâche n'en sera que plus herculéenne pour un parti toujours destabilisé par la prséidentielle de 2007.

En fait Mr Dupin cette situation ne ressemble t-elle pas à celle que connu l'ancêtre du PS il y a quelques décennies (un parti tenu par des barons locaux)?

Un petit détail de campagne amusant. Diverses personnes de la majorité ont tenté d' alarmer les électeurs sur le thème "la gauche augmente l' imposition locale". Normalement, on aurait dû voir une levée de boucliers. Hé bien non ! F. Hollande a demandé aux élus de ne pas augmenter les impôts locaux. Aveu troublant ?

@Franck,
Bien d'accords avec vous: quand rien n'est fait au pouvoir et rien proposé en face:
Que peut-on diable sanctionner ?

@Gatien,
Il me semble...
Qu'Eric Dupin fait allusion a la tendance aux certitudes partisannes des "clients" de ce blog... donc à leurs croyance qui les empêcheraient de respecter le résultat des urnes....

@ Johanono
"47% des voix pour la gauche, 45% pour la droite : où voyez-vous, Mr Dupin, une quelconque sanction à l'endroit de Sarkozy ?" Faut-il vous rappeler, johanono, que NS avait obtenu 6 points de plus que SR à la présidentielle, il n'y a même pas un an? Le moins qu'on puisse dire est que sa politique n'a guère convaincu. Un point positif pour lui, toutefois: les anciens électeurs du FN semblent lui conserver leur confiance.

"L’idée fausse s’est installée que la gauche était promise à un véritable raz-de-marée électoral."

Vous n'avez pas l'impression d'y avoir peu ou prou et d'une façon ou d'une autre participé ?

Reivilo,

Ben non, relisez une de mes dernières analyses d'avant le premier tour...

Et puis ce que nous, plutôt je, rentiendrais de ces élections c'est le taux de participation: 66.54%, soit le plus faible taux depuis 1959 pour des élections municipales! Alors vote "sanction", laissez moi rire, désintérêt de la part Français plutôt. Et dire qu'on parlait d'un renouveau démocratique dans ce pays suite à la forte participation aux présidentielles...à voir les taux de participation historiquement faibles aux législatives qui ont suivi et maintenant aux municipales, on peut toujours encore parler de crise de la démocratie. Bizarrement c'est mis de côté par les analystes.

Alors justement, les électeurs qui ont voté NS confirmeraient leur choix et encourageraient la politique du gouvernement en revotant UMP s'ils approuvaient sa politique.
Même si l'on peut dire que c'est un vote local, les électeurs savent bien que leur bulletin de vote envoie un signal.
Le moins que l'on puisse dire c'est qu'ils se sont fait discrets.
Peut-être pas vraiment une sanction, en tout cas, pas d'encouragement.
Ils n'ont justement pas forcément envie de voter à gauche pour le moment, ça aussi c'est un signal.

Le Chafouin produit un bon post décrivant la cuisine électorale actuellement concoctée à Lille. C' est assez édifiant. D' ailleurs, qui en parle ?
En même temps il en fait ressortir l' incidence sur le contrôle des communautés urbaines.
Dans les deux cas il pose une question assez essentielle : et l' électeur dans tout celà ?

On peut gloser sur la signification de ces élections communales mais à cette lecture on peut se demander légitimement si cette discussion a un sens et un intérêt.

http://penseespolitiques.over-blog.com/

Prenez un type qu'on assomme de coups. Si vous l'entendez protester ou se plaindre et que vous pensez qu'il voudrait que ça s'arrête, vous avez tout faux. S'il se plaint c'est parce qu'il trouve que les coups sont trop faibles et pas assez nombreux. Et voilà pourquoi notre premier ministre est grand.

Eric Dupin,

Le message a été beaucoup plus fort qu'il n'y paraît, si on tient compte des faits que:

1° C'est une municipale.
2° L'UMP est le seul parti dont les électeurs connaissent les options politiques.

En effet, moi qui ait voté pour Bayrou au 1er tour des présidentielles, je ne sais sur quelle ligne il est actuellement (il en change sans arrêt).
Pour ce qui est du PS, c'est pire, ils vont jusqu'a avouer (pour les plus honnêtes) qu'il n'ont pas encore décidé.......... ce qu'ils pensaient !
Le père UBU a encore de beaux jours devant lui !

Ces grandes villes qui votent à gauche... ne voit-on pas là l'état sociologique de leur peuplement, finacièrement aisé, pas attiré par le pavillon-tous-propriétaires (mais propriétaires souvent deleur appartement) et gourmands de culture cultivée citadine? dans ma petite ville de 8500 habitants, on vote comme à la présidentielle, 54% ump. 3ème mandat. Le rêve de droite est là, maison,4x4 et pîscine je les ai ou je les voudrais, et beaucoup de plus de 65 ans... pas de tri par le logement, agriculteurs, petits propiétaires, chômeurs et rmistes, intermittents, intérimaires et fonctionnaires,jeunes et vieux, ça ressemble à la France, et elle rêve à droite. Les succès citadins n'indiquent-ils pas ce que représente aujourd'hui la gauche de gouvernement, une gauche qui aime le jazz et le théâtre,le cinéma d'art et d'essai et les grandes expos, la vie du centre ville des grandes villes.

Tout à fait Catherine.

Il y a une rupture entre les grandes villes de gauche moralisatrice (dont font parti les médias sans s'en rendre compte) avec en leur sein les bobos et dans les quartiers périphériques, les immigrés (dans la plupart des cas, pas tous) et le reste de la France, où la mixité existe.

La preuve avec le MoDem, il fait 4% de voix au plan national (soit à peine 1.5 points de plus que le FN) mais beaucoup plus dans les grandes villes bobo-écolo donc les médias parisiens en parle comme s'il était une force qui monte en puissance. Mascarade...

Il ne faut pas se tromper sur les résultats du Modem: il est bien possible qu'une partie de ses électeurs ait voté pour le PS plutôt que pour le Modem dans le but de donner une majorité au PS plutôt qu'à l'UMP.

Ce qui serait plutôt à leur honneur! Alors qu’ils seront peut-être considérés en retour comme ayant à se plier à la majorité qu’ils auront avantagée.

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