Election cachée
Attention, une élection peut en cacher une autre. Depuis 1998, le scrutin cantonal a perdu son autonomie. Les conseillers généraux sont renouvelés par moitié, tantôt avec les conseillers municipaux, tantôt avec les conseillers régionaux. Ces regroupements de vote avaient pour objectif de stimuler la participation. Un but pas véritablement atteint puisque l'abstention aux cantonales continue à osciller autour d'un bon tiers des électeurs inscrits. La simultanéité de la désignation des élus des départements avec ceux des régions ou des communes a plutôt eu l'inconvénient de faire glisser dans l'ombre les batailles cantonales. Les médias se focalisent sur les enjeux municipaux et ne se préoccupent guère du sort des départements qui sera aussi en question les 9 et 16 mars.
Dans la hiérarchie des pouvoirs locaux, les départements occupent pourtant une place de choix. Les conseils généraux qui les dirigent disposent de budgets imposants même si beaucoup de dépenses sont contraintes. Héritage de la Révolution, le département n'est pas près de disparaître. La rapidité avec laquelle Nicolas Sarkozy a écarté la proposition de les supprimer avancée par le rapport Attali en témoigne. Aussi les états-majors des partis scrutent-ils avec attention la future donne cantonale.
La droite s'intéresse tout particulièrement à ce scrutin, et pas seulement Jean Sarkozy, candidat de dernière heure dans le canton de Neuilly-Sud. Elle espère qu'un résultat honorable aux cantonales compensera ses probables défaites municipales. Plusieurs raisons fondent ce calcul. La première est que le scrutin cantonal est traditionnellement moins politisé bien qu'il lui soit également arrivé d'être emporté par les bourrasques d'un « vote sanction » dirigé contre le pouvoir en place. La participation électorale est généralement plus forte dans les cantons ruraux, où le conseiller général est un notable relativement connu et où la droite conserve un avantage structurel. Le contrôle politique des départements dépend, en outre, souvent de facteurs locaux qui limitent les dynamiques électorales nationales. Certains conseillers généraux de départements à dominante rurale sont peu marqués politiquement et l'élection du président, à bulletins secrets, réserve parfois quelques surprises au regard du vote des électeurs.
L'optimisme relatif de la majorité est encore basé sur la référence historique du prochain scrutin cantonal. C'est la série de sièges élus en 2001 qui sera renouvelée en mars. Le partage des voix entre droite et gauche fut relativement équilibré il y a sept ans et la gauche avait alors conquis au total 6 nouveaux départements. L'opposition actuelle a ensuite remporté les cantonales de 2004 en ajoutant à son armée départementale 10 nouvelles unités (Hautes-Alpes, Cher, Charente, Doubs, Drôme, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique, Oise, Saône-et-Loire, Seine-et-Marne). Pour la première fois dans l'histoire électorale, la gauche gouverne une majorité de départements (51 contre 49 à la droite). Il lui sera mathématiquement difficile de progresser encore énormément...
L'examen des contextes locaux laisse d'ailleurs présager de multiples chassés-croisés. Certains départements basculeront à droite tandis que d'autres effectueront le trajet inverse. A l'UMP, on lorgne, avec une certaine confiance, la reconquête du Cher, du Doubs et de la Seine-et-Marne. La gauche ne dispose que d'un siège de majorité dans ces conseils généraux où la droite avait été défaite en raison de ses divisions internes. La majorité entretient également quelques espoirs dans les Hautes-Alpes, la Drôme, l'Oise, les Pyrénées-Orientales ou encore le Val-de-Marne où le PCF est en danger.
Symétriquement, la gauche se prépare à s'emparer d'une nouvelle série de départements. Le PS espère sérieusement prendre la présidence de la Corrèze où son premier secrétaire, François Hollande, veut se tailler un nouveau fief. La gauche est également donnée favorite en Charente-Maritime, en Indre-et-Loire, dans les Deux-Sèvres, dans le Lot-et-Garonne. Elle pourrait encore conquérir l'Ain, la Côte-d'Or et le Val-d'Oise. Dans l'Allier, où une cantonale partielle a déjà fait basculer la majorité du conseil général à gauche, c'est le PCF qui pourrait hériter d'une nouvelle présidence. Cela le consolerait de la perte possible de celle de la Seine-Saint-Denis visée de manière pressante par le socialiste Claude Bartolone.
Au total, les pertes des uns pourraient équilibrer, à quelques unités, les gains des autres. Mais cette hypothèse de match cantonal presque nul ne vaut qu'en l'absence d'une puissante dynamique électorale nationale. Or les sondages calamiteux qui se succèdent pour le président fragilisent cette hypothèse. En 2004, déjà, la droite avait imaginé que le sort des urnes lui serait plus favorable aux cantonales qu'aux régionales. Une attente finalement déçue. Au soir du 16 mars, la gauche pourrait, pour la première fois, diriger à la fois une majorité de villes, de départements et de régions.
Article publié dans Les Echos du 22 février 2008.

Plus encore que pour les municipales, il sera assez difficile de tirer une quelconque conclusion des élections cantonales, sauf si bien sûr celles-ci se traduisent par un raz-de-marée en faveur de la gauche.
Il y avait dans le Point de la semaine dernière un reportage très intéressant sur la hausse de la fiscalité locale. Cette hausse est expliquée par l'empilement des structures administratives, la mauvaise répartition des compétences entre toutes ces structures, et au fait que beaucoup d'élus locaux, par clientélisme et électoralisme, n'ont de cesse d'augmenter les dépenses publiques, n'hésitant pas à sortir le cas échéant du domaine de compétence présumé de la collectivité qu'ils gèrent. Les transferts de charges non compensés par les transferts de financements correspondants ne sont qu'un prétexte. En cause également le développement des communautés de communes, dont les frais de gestion sont très importants, et qui ne s'est nullement accompagné d'une baisse des effectifs dans les communes ou les départements. Bref, beaucoup de choses que l'on savait déjà plus ou moins, mais les exemples cités dans cet article sont assez édifiants.
Si l'on veut vraiment freiner l'inflation de la fiscalité locale, cela passera nécessairement par la suppression d'une ou deux de ces structures administratives, notamment les communes et les départements. On dit que les Français sont attachés à leur département et que la proximité des services publics serait remise en cause par la suppression des départements. Mouais... Ce qui compte, en matière de services publics, c'est où se trouve le bureau de poste, où se trouve l'école, où se trouve la caisse d'allocations familiales, où se trouve la mairie, où se trouve la sous-préfecture où l'on va chercher sa nouvelle carte grise, et peu importe que le centre de décision se trouve dans le chef-lieu de département ou un peu plus loin dans le chef-lieu de région. Je ne crois donc pas que la suppression des départements pénalisera la vie quotidienne des Français.
J'ai surtout l'impression que si la plupart des élus locaux veulent conserver les départements, c'est par clientélisme et par souci de conserver les sièges de conseillers généraux qui vont avec. Le service public n'est qu'un prétexte.
Rédigé par: johanono | le 22 février 2008 à 09h38
" Les cantonales , c'est pr élire des cantonniers. C'est pas méchant. Moi, j'y suis pas allé : y a pas d'herbe dans ma rue".
Dixit Coluche...
Plus sérieusement, n'oublions pas que le député PS A.Montebourg fer de lance de la lutte contre le cumul des mandats se lance à l'assaut du Conseil Gen de saône-et-loire...
Rédigé par: Tefy | le 22 février 2008 à 09h54
En effet, cette élection cantonale risque d'être très intéressante, d'un point de vue politologique, car il ne faut pas oublier également que celle de 2004 s'est produite au lendemain de la réforme Raffarin et dans un contexte de crise de popularité très intense du gouvernement, loin de l'élection du Président en place.
Cette fois ci, le Chef de l'Etat semble en crise de popularité, moins d'un an après son élection.
Je pense que les élections cantonales seront bien couplées avec les élections municipales, mais que si vote sanction il y a, du fait du mode de scrutin, elles seront plus spectaculairement impactées par le contexte national.
Du coup, on risque d'assister à une situation politico - journalistique intéressante : alors que les médias ont choisi de porter leur regard pratiquement exclusivement sur les élections municipales, l'évènement politique majeur se passerait aux cantonales.
Ce n'est encore qu'une hypothèse (en démocratie, heureusement, c'est l'électeur qui fait l'élection!), mais c'est probable.
Rédigé par: Roy J.-P. | le 22 février 2008 à 10h25
"Plus encore que pour les municipales, il sera assez difficile de tirer une quelconque conclusion des élections cantonales, sauf si bien sûr celles-ci se traduisent par un raz-de-marée en faveur de la gauche."
Bien sûr, mais quel genre de conclusion pourrait-on en tirer ? Sachant déjà tout, dorénavant des défauts (et des qualités) de cette présidence ?
Rédigé par: Ozenfant | le 22 février 2008 à 10h53
Effectivement, on n'en parle pas assez.
Ce manque de lisibilité pose la question du sutème d'élection choisi, sans doute à revoir.
Autre chose, rien à voir :
Voici une réflexion sur le modem, et les relations avec le PS.
Voici la première partie, il y en aura 5.
Le sommaire est :
Qu'est-ce que le modem ?
1 De l'udf au modem
2 Qu'est-ce aujourd'hui ?
3 Vers où se dirige le modem ?
Quel doit être le positionnement du PS vis à vis de celui-ci
1 La pratique nouvelle et décomplexée d'alliances municipales avec le modem
2 Risque ou opportunité pour le PS ?
Modem : quelques questions que l'on doit se poser... (1)
http://rfrn.over-blog.com/article-16912385.html
Qu'en pensez vous ?
Rédigé par: jani-rah | le 22 février 2008 à 11h25
Eric Dupin,
Je ne sais pas si les municipales ne vont pas finalement être un raz de marée contre la droite (en tous cas dans les municipalité ou la personalité des candidats est floue).
Ceci pour une bonne raison:
Hausse des prix de folie sur les prix alimentaires et net ralentissement de l'activité en France en début d'année. http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/02/hausse-des-prix.html#comments
Rédigé par: Ozenfant | le 23 février 2008 à 11h18
Je viens de regarder le discours de Sarkozy sur De Gaulle, sur élysée.fr (http://www.elysee.fr/webtv/).
Il tente, quasiment du début à la fin, d'établir un parallèle entre son action et celle du général.
Et puis, il y a ce moment où il évoque la démission de De Gaulle après le référendum. Mais bien sûr! Voilà une porte de sortie élégante!!
Il ne reste plus qu'à trouver la question qui permettra à Sarkozy de démissioner avec grandeur.
Rédigé par: Gatien | le 23 février 2008 à 13h16
Jani-rha,
"Mon" Bayrou (au 1er tour), vient encore de me décevoir, pris la main dans le sac, avec son gros mensonge à BERTRAND. Décidément, on en revient trop souvent à:
"Feindre d'ignorer ce qu'on sait, de savoir tout ce qu'on ignore, d'entendre ce qu'on ne comprend pas, de ne pas voir ce qu'on entend..., voilà toute la politique." (Beaumarchais)
Rédigé par: Ozenfant | le 24 février 2008 à 11h02
@ Ozenfant
Avez-vous lu l'article de Mariette Darrigand sur le sujet sur son blog ?
http://www.rue89.com/signes-contre-signes/bayrou-trop-bavard-sur-le-rsa-ou-le-mensonge-par-profusion
Rédigé par: JD3000 | le 24 février 2008 à 14h18