Cet article a été rédigé le 17 décembre 2007 et envoyé à la rédaction du "Figaro", journal avec lequel j'avais un accord de collaboration comme chroniqueur chargé de l'opinion et des élections depuis octobre 2006. Il a été censuré, sans que l'on me fournisse la moindre raison, par Etienne Mougeotte, nouveau directeur des rédactions. Les lecteurs jugeront de la dangerosité de cette analyse. J'ajoute que j'en avais publié, à l'époque où Nicolas Beytout dirigeait la rédaction de ce journal, de plus sévères pour l'actuel chef de l'Etat. Naturellement, ma collaboration avec le Figaro s'est arrêtée là.
Suite aux commentaires, voici quelques précisions supplémentaires. Et quelques explications sur mon évolution personnelle en sus.
Les attentes sur le pouvoir d’achat minent la popularité de Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy est homme politique à susciter des réactions contrastées. Dans l’espace comme dans le temps. Le sixième président de la Vème République a savouré, en début de mandat, une popularité exceptionnelle. Sauf le général de Gaulle, aucun de ses prédécesseur n’avait connu pareille ferveur publique. Sept mois après son élection, le contexte a radicalement changé. Le chef de l’Etat doit se contenter d’une popularité modeste. A ce stade de leur mandat, tous les autres présidents français étaient plus appréciés, hormis Jacques Chirac qui avait déjà basculé dans la disgrâce (1).
Ces comparaisons historiques ont certes leurs limites. L’opinion est aujourd’hui beaucoup plus versatile qu’il y a plusieurs décennies. Le temps politique s’est considérablement accéléré et le rythme propre à Sarkozy n’est pas de nature à le ralentir. La rapidité du changement de l’opinion à son endroit n’en est pas moins frappante. Cinq des six instituts qui mesurent la popularité de l’exécutif concluent à une forte chute de la cote présidentielle depuis la rentrée. Son solde de « confiance » TNS-Sofres (2) était positif de 32 points en septembre. Il est devenu nul avec autant de sondés (49%) qui accordent et qui refusent leur confiance à Sarkozy. Cette enquête, la plus sévère pour le président, a été réalisée alors que le mouvement de grèves dans les transports publics semblait s’éterniser.
La fin du conflit social sur les régimes spéciaux de retraite puis l’intervention télévisée du chef de l’Etat le 29 novembre ont, semble-t-il, donné un petit coup de pouce à la cote présidentielle. Les deux instituts qui ont sondé dans les jours suivants ont enregistré un sursaut. Sarkozy regagne deux points d’opinions positives chez LH2 (3) même s’il en a, au total, perdu dix depuis septembre. La cote de confiance présidentielle remonte même de quatre points pour CSA (4), le seul institut à retrouver les niveaux obtenus à la rentrée.
La pente est, au contraire, régulièrement descendante chez BVA (5) où le solde des bonnes opinions sur les mauvaises est passé, de septembre à décembre, de vingt-quatre à huit points. Même évolution pour Ipsos (6) où la cote de popularité du chef de l’Etat chute, au cours de cette période, d’un solde positif de trente-quatre à quatorze points. Le changement de l’opinion est encore plus spectaculaire d’après le baromètre Ifop (7) : le solde entre « satisfaits » et « mécontents » de Sarkozy comme président de la République a fondu de quarante à cinq points en seulement quatre mois. Le chef de l’Etat ne « satisfait » plus que 52% des personnes interrogées. Cette enquête a été partiellement réalisée au moment de la visite du colonel Kadhafi en France, peu appréciée des Français selon tous les sondages.
Au-delà des raisons conjoncturelles, les causes de la chute de popularité de l’exécutif – qui touche aussi le Premier ministre – sont avant tout d’ordre social. La dernière enquête Ifop montre que Sarkozy mécontente désormais une majorité d’ouvriers, d’employés et de cadres moyens. Il n’est plus nettement populaire que dans la tranche d’âge, largement inactive, des plus de 65 ans.
Le pouvoir d’achat est devenu la préoccupation dominante. Son maintien et la lutte contre la hausse des prix sont considérés comme devant être les priorités du gouvernement par 54% des sondés (contre 27% en juin) d’après TNS. Or si le mot d’ordre de « travailler plus pour gagner plus » reste populaire, sa traduction concrète se heurte à un scepticisme grandissant. Seulement 18% des Français pensent que la politique impulsée par Sarkozy améliorera leur pouvoir d’achat, 50% estimant qu’elle ne le changera pas et même 25% qu’elle le diminuera, indique BVA. Chez LH2, le pouvoir d’achat n’est cité qu’en septième position parmi les enjeux dont Sarkozy « s’occupe le mieux », sur dix thèmes proposés.
Privée de leader et d’orientation claire, l’opposition est toutefois loin de tirer partie des difficultés de l’exécutif. Dans la même enquête TNS-Sofres (8), 40% des sondés ont une image « négative » du président de la République, et 72% de l’opposition ! D’après BVA, seulement 16% des Français pensent que le Parti socialiste « ferait mieux » que le gouvernement actuel s’il était au pouvoir. En l’absence de force d’alternance crédible, Sarkozy pourrait plus facilement endurer une période d’impopularité.
(1) Ces comparaisons sont basées sur l’étude du baromètre Ifop de l’exécutif, publié depuis 1958.
(2) Sondage TNS-Sofres-Figaro Magazine, 21-22 novembre.
(3) Sondage LH2-Libération, 30 novembre-1er décembre.
(4) Sondage CSA-I Télé-Parisien, 5-6 décembre.
(5) Sondage BVA-Orange-L’Express, 7-8 décembre.
(6) Sondage Ipsos-Le Point, 7-8 décembre.
(7) Sondage Ifop-Journal du Dimanche, 6-14 décembre.
(8) Sondage TNS-Sofres-Nouvel Observateur, 27-28 novembre.
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