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novembre 2007

30 novembre 2007

Calcul Bayrou

    L’UDF, qui se meurt aujourd’hui même, est née en 1978 dans l’espoir d’incarner une autre droite. Le Mouvement Démocrate, consacré ce week-end, rêve pour sa part d’inventer une autre gauche. Valéry Giscard d’Estaing voulait en finir avec la suprématie gaulliste. François Bayrou cherche à supplanter les socialistes comme force d’opposition au sarkozysme. C’est dire si son pari est à la fois ambitieux et risqué.

    Pour son audacieuse entreprise, le principal atout de Bayrou réside dans son enviable capital de popularité. L’Ifop lui accorde pas moins de 70% de « bonnes opinions » (1). Selon Ipsos, 52% des Français jugent « favorablement » son action (2). Dans la dernière enquête TNS, le leader centriste fait partie, avec Bernard Kouchner et Jean-Louis Borloo, du trio de tête des personnalités dont les sondés souhaitent qu’elles jouent « un rôle important » dans l’avenir (3). L’ancien candidat a, semble-t-il, conservé l’essentiel de son audience malgré l’échec de sa formation aux élections législatives (7,6% des suffrages exprimés au premier tour). Une enquête d’intentions de votes présidentielles réalisée il y a un mois par l’Ifop lui accordait 17% contre 18,6% le 22 avril (4). La figure du courageux Béarnais se battant seul contre tous lui vaut la sympathie de larges secteurs de l’opinion. Bayrou est particulièrement populaire auprès des jeunes, des classes moyennes et des électeurs qui penchent à gauche.

    Mais cette cote personnelle est loin de se traduire par une adhésion forte à son parti ou même à son projet. Le MoDem demeure, à ce jour, un objet politique assez peu identifié par les Français. Pas plus de 38% d’entre eux en ont une « bonne opinion » d’après TNS. La marque MoDem ne s’est pas encore imposée. Et l’épreuve des élections municipales s’annonce périlleuse pour le tout jeune parti centriste. Bayrou reconnaît lui-même que ce scrutin ne sera « pas une élection facile pour une famille en formation ».

    Une fois de plus, c’est la démarche d’autonomie du leader centriste qui sera soumise à rude épreuve. Aux législatives, sa formation n’avait réussi à sauver que quatre députés. Bayrou souhaite présenter des listes MoDem indépendantes dans presque toutes les grandes villes. Mais cette logique militante se heurte aux pesanteurs d’élus en place ayant besoin d’alliances pour survivre. Une nouvelle cohorte de notables risque ainsi de s’éloigner de Bayrou. L’opportunisme électoral génère même des défections chez les nouvelles recrues. Jean-Marie Cavada a préféré se présenter dans le 12ème arrondissement de Paris sous les couleurs de l’UMP.

    De vives tensions internes traversent le MoDem en de nombreux points du territoire. A Lyon, le sénateur Michel Mercier préfèrerait une alliance à droite, qui favoriserait sa réélection à la tête du conseil général du Rhône, tandis qu’Azouz Begag prétend à l’investiture du parti avec un discours violemment anti-sarkozyste. A Marseille, le centriste très modéré Jacques Rocca-Serra s’oppose à l’ancien dirigeant écologiste Jean-Luc Benhamias. Le mélange des cultures entre anciens élus de l’UDF et militants nouvellement arrivés au MoDem ne va pas sans heurts. Le débat stratégique est d’autant plus animé que l’on s’achemine vers des alliances à géométrie variable. A Bordeaux, le MoDem s’apprête à faire cause commune avec l’UMP d’Alain Juppé. A Dijon, c’est avec François Rebsamen, numéro deux du PS, que les centristes pourraient se marier.

    Au vu de ces tiraillements, on comprend pourquoi Bayrou refuse l’existence de courants au sein de son parti. Conscient de son hétérogénéité de départ, il entend construire un « mouvement unitaire ». Les futurs statuts du MoDem accordent ainsi beaucoup de pouvoirs à son président. En son sein, Corinne Lepage n’a pas été la seule à s’en inquiéter.

    Mais Bayrou considère qu’il lui revient de piloter le plus librement possible sa vaste entreprise de remodelage du système politique français. Il reste convaincu que le « projet inégalitaire assumé » de Nicolas Sarkozy finira par être rejeté par les Français. Et que les socialistes ne pourront, cette fois-ci, incarner l’alternance. D’ores et déjà, Bayrou figure, aux yeux de l’opinion, parmi les meilleurs opposants au pouvoir actuel. Nul doute qu’il continuera à être écouté tant que le PS sera neutralisé par ses rivalités de personnes et ses contradictions idéologiques. Mais que espace resterait au MoDem si les socialistes sortaient de leur léthargie, surtout s’ils choisissaient une ligne moderniste ? Peu suspect d’anti-centrisme, Michel Rocard a confié récemment qu’il « croyait » à l’avenir du PS, un parti qui « a survécu à tout ». Bayrou aura du mal à le tuer pour triompher.

(1) Sondage Ifop-Paris Match, 31 octobre-2 novembre.
(2) Sondage Ipsos-Le Point, 9-10 novembre.
(3) Sondage TNS-Sofres-Le Figaro Magazine, 21-22 novembre.
(4) Sondage Ifop-Journal du Dimanche, 31 octobre-2 novembre.

Article publié dans Le Figaro du 30 novembre 2007.

26 novembre 2007

Drôle de bilan

    La bataille des régimes spéciaux n'est pas terminée. La délicate phase de négociations peut encore générer tensions et même conflits. Bernard Thibault, peut-être agacé que ses adversaires historiques n'en finissent pas de louer sa sagesse, vient de rappeler que la grève, seulement "suspendue", pourrait reprendre en cas de blocage.

    Tout indique cependant que l'essentiel du bras de fer s'est joué en ce mois de novembre. Or le bilan de l'affrontement n'est pas facile à tirer. D'un certain point de vue, tout le monde a perdu - et pas seulement les "usagers" pleurés par les grands médias. Les syndicats ont dû accepter de facto l'alignement de la durée de cotisation des "régimes spéciaux" sur le régime général. Le gouvernement d'une majorité qui promettait en campagne un "service minimum" n'a pas empêché une quasi-paralysie des principaux noeuds de transports pendant une dizaine de jours. Dans les deux camps, on a pu déceler un certain flottement stratégique. Aux sensibilités particulières de Didier Le Reste et Bernard Thibault ont fait écho les intonations différentes de François Fillon et Nicolas Sarkozy. La discrétion atypique du président de la République pendant l'épreuve témoigne aussi d'une certaine hésitation dans les hautes sphères de l'Etat.

    Mais on peut aussi juger que chacun ne s'en est finalement pas mal tiré du tout. Le mouvement syndical n'est pas sorti défait d'une bataille qu'il savait ne pas pouvoir remporter. Il a confirmé sa capacité de mobilisation dans le secteur public. Et il conserve ses forces pour les futures échéances. En face, le pouvoir a finement négocié une démarche dite de fermeté souple. Il a gagné la bataille symbolique des "quarante annuités" tout en incitant les entreprises publiques à lâcher un peu de lest en compensation pour les personnels. Ces concessions auront un coût. Mais celui-ci s'annonce très inférieur aux économies dégagées par la réforme.

    Tout ceci étant dit, reconnaissons qu'il est tout de même possible de désigner un vainqueur aux points: Nicolas Sarkozy. Apparemment bien conseillé, il a su résister à la tentation de prendre à partie l'opinion contre les grévistes. Pour démontrer qu'il n'était pas plus Margaret Thatcher que Jacques Chirac.

15 novembre 2007

Risque Thibault

    Si Nicolas Sarkozy n'est pas Margaret Thatcher, Bernard Thibault est encore moins Arthur Scargill. Sauf improbable retournement de situation, l'épreuve de force dure et longue n'aura pas lieu. La CGT a su ne pas tomber dans le piège d'un affrontement implacable dont elle ne pouvait sortir victorieuse. Le pouvoir a certes bien manoeuvré, mais il faut souligner la prise de risque de Thibault. Le secrétaire général de la CGT confirme qu'il inscrit son action dans le cadre d'une mutation de son organisation syndicale. Celle-ci est désormais très attentive à ne pas se replier sur ses bastions de secteur public et à ne pas se contenter d'un syndicalisme de blocage.

    Les tensions internes à la CGT risquent d'être fortes dans les jours qui viennent. La base cégétiste n'est pas exactement sur la même longueur d'onde que la confédération. Entre Didier Le Reste, le dirigeant des cheminots cégétistes partisan d'un syndicalisme traditionnel, et Jean-Christophe Le Duigou, chargé du dossier des retraites et très en pointe dans l'évolution de son organisation, il y a plus que des nuances. A la SNCF, la CGT doit d'ailleurs tenir compte de la concurrence, sur sa gauche, de Sud-Rail. Les conflits actuels révèlent la vigueur, ici et là, d'un néo-gauchisme qui continuera à faire parler de lui. Mais l'essentiel réside sans doute dans la maturité de la première (ou seconde) centrale syndicale française.

12 novembre 2007

Social-fiction

    Imaginez la scène. Le visage grave et le pas décidé, Nicolas Sarkozy pénètre dans le vaste hall de la gare Saint-Lazare. Epuisée par plusieurs journées de grève, la foule des banlieusards l'applaudit. "Je suis venu vous dire qu'aucun syndicat ne réussira à faire passer les privilèges de quelques uns avant les intérêts de l'ensemble du peuple français", lance le président de la République, protégé par un important dispositif de sécurité et discrètement entouré de militants UMP mis dans la confidence de son déplacement. "Et ce ne sont pas les groupuscules gauchistes, composés de jeunes déjà vieux dans leur tête, qui empêcheront les réformes d'équité pour lesquelles les Français ont voté", ajoute Sarkozy en haussant le ton. Les ovations couvrent quelques maigres sifflets.
     La veille encore, plusieurs commandos se réclamant de la "Coordination nationale étudiante" ont bloqué des gares aux quatre coins du pays. Les journaux télévisés se sont complaisamment fait l'écho de scènes spectaculaires. Des militants étudiants encagoulés descendent sur les voies de chemins de fer, s'en prennent aux conducteurs non-grévistes ou se réchauffent en brûlant des effigies de Sarkozy.
     Dés le lendemain de la descente ferroviaire du chef de l'Etat, l'UMP appelle la "majorité silencieuse" à une démonstration de force face à la nouvelle "chienlit". Une grande manifestation "pour la liberté du travail et la démocratie" déferle sur le Champs-Elysées. Le dernier sondage révèle que 78% des Français désapprouvent désormais le mouvement de défense des régimes spéciaux. La CGT apprend à "finir une grève" dans des conditions peu glorieuses. Le gouvernement et le Medef pavoisent. Les syndicats rasent les murs. Sans attendre, le pouvoir dépose un projet de loi flexibilisant le contrat de travail. Il sait que l'opposition sociale a les reins cassés pour un bon moment.
    Bien sûr, tout ceci - cauchemar pour les uns, rêve pour les autres - relève de la politique-fiction...

07 novembre 2007

Pessimisme français

    Trois millions de Français souffriraient de dépression. Notre pays est champion du monde pour la consommation de tranquillisants, antidépresseurs et autres psychotropes. On se gardera de ramener cette somme de mal-être individuels aux conditions sociales qu’endurent nos concitoyens. Des souffrances psychiques aussi répandues ne peuvent néanmoins être sans aucun rapport avec un moral national structurellement en berne.

    La France est le seul pays où les habitants estiment invariablement, et depuis déjà de nombreuses années, que « les choses ont tendance à aller plus mal ». A la fin du quinquennat chiraquien, cette proportion de pessimistes s’était hissée à 70% des personnes interrogées. En avril dernier, seulement 10% des Français considéraient que « les choses vont en s’améliorant ». L’élection de Nicolas Sarkozy, au terme d’une campagne présidentielle passionnée, avait semblé redonner quelque espoir au « vieux peuple » évoqué par le général de Gaulle. En août, les pessimistes n’étaient plus que 50% tandis que les optimistes rassemblaient 28% de l’échantillon. L’automne venu, le vent de la sinistrose s’est pourtant remis à souffler. Les tenants du mal en pis sont désormais 62% contre 18% de convaincus que demain sera mieux qu’aujourd’hui (1). Cette sombre perception de « la manière dont évoluent la France et les Français » est majoritairement partagée par toutes les tranches d’âge et dans toutes les catégories sociales.

    Les enquêtes d’opinion internationales confirment cette exception française. Selon le dernier Eurobaromètre (2), pas plus de 26% des Français apprécient positivement la « situation de l’économie » dans leur pays. Dans l’Union européenne, la moyenne des réponses se situe à 52%. Dans tous les grands pays européens, l’état de l’économie est mieux jugé qu’en France. L’opinion n’est plus sévère que chez les nouveaux membres de l’Est, à l’exception de la Grèce et du Portugal.

    La traditionnelle inquiétude française prend toutefois un nouveau visage. La hantise du chômage cède du terrain face aux préoccupations portant sur le niveau de vie. Les Français sont désormais plus nombreux à souhaiter que le gouvernement « s’occupe en priorité » de la lutte contre la hausse des prix (28%) ou du maintien du pouvoir d’achat (16%) plutôt que de la lutte contre le chômage (34%). Le choix de l’emploi a spectaculairement reculé de treize points en cinq mois tandis que celui des prix a augmenté d’autant.

    Dans un pays qui compte encore deux millions de demandeurs d’emploi, la crainte du chômage n’a pas disparu. La moitié des salariés – dont 52% des cadres et 73% des plus de cinquante ans – estiment qu’il leur serait « difficile de retrouver un emploi au moins équivalent » en cas de perte de celui qu’ils occupent actuellement (3). Mais les craintes relatives au niveau de vie tendent à passer au premier plan. Les cadres sont majoritairement convaincus (4) que, dans l’année qui vient, le « niveau de vie en France » va se dégrader (48%) plutôt que s’améliorer (16%) ou rester stationnaire (36%). Si le nouveau régime des heures supplémentaires, dont la complexité rebute certaines entreprises, ne connaît pas le succès escompté, l’aspiration à « gagner plus » risque de prendre de nouvelles formes. L’impopularité des franchises médicales ou encore la grogne provoquée par la hausse des carburants signent l’extrême sensibilité de l’opinion au pouvoir d’achat.

    Le gouvernement s’en trouve inévitablement exposé. Son action contre le chômage ou la hausse des prix est presque jugée aussi inefficace que celle de ses prédécesseurs. Six mois seulement après son entrée en fonction, le Premier ministre entre déjà dans la zone rouge. Selon TNS-Sofres, une majorité de sondés ne lui fait plus « confiance pour résoudre les problèmes » qui se posent au pays. Il est vrai que le climat social s’est singulièrement alourdi ces dernières semaines. Après la journée de grèves du 18 octobre et avant celles qui sont prévues en novembre, les trois-quarts de Français s’attendent à « beaucoup de conflits sociaux ». Le vote d’une loi sur le service minimum dans les services publics, de portée limitée et encore en attente d’application, n’a pas eu les vertus apaisantes espérées. On touche ici sans doute à l’une des raisons les plus profondes du pessimisme français : l’état dégradé des relations sociales dans un pays où chacun se méfie de l’autre. Une société de défiance généralisée est rarement heureuse.

(1) Baromètre TNS-Sofres-Figaro Magazine, 24-25 octobre.
(2) Eurobaromètre 67, avril-mai 2007.
(3) Observatoire du travail BVA-L’Express, 14-29 septembre.
(4) Le moral des cadres, baromètre LH2-HEC-Le Figaro Réussir-L’Express Réussir-France inter, 25-27 octobre.

Article publié dans Le Figaro du 7 novembre 2007.

05 novembre 2007

Cycles municipaux

    Les ministres battus aux élections municipales ne seront pas contraints de quitter le gouvernement. L’Elysée a décrété, dés septembre 2007, que le scrutin de mars 2008 était d’essence locale. Un an après l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, le renouvellement des conseils municipaux aura pourtant aussi inévitablement un statut de test politique national.

    Tout dépendra, en fait, du niveau de popularité du pouvoir au printemps prochain. Lorsqu’il est mécontent, l’électeur se sert des scrutins locaux pour sanctionner le gouvernement dans les communes importantes. C’est ce qui s’était passé en 1977 et en 1983. Dans le premier cas, l’opposition de gauche avait raflé une écrasante majorité de grandes villes. Dans le second, la droite avait profité de l’impopularité du régime mitterrandien pour reprendre l’avantage. La mobilisation protestataire du corps électoral avait dopé la participation à ces deux dates.

    Mais il existe un autre cas de figure. Quand l’équipe en place ne suscite pas de rejet, les élections municipales reprennent un tour plus local. Les citoyens ne punissent pas alors le pouvoir, mais ils ne le récompensent pas non plus. C’est l’ingratitude de l’électeur. Le politologue Jean-Luc Parodi a analysé ce phénomène avec le concept d’« élections intermédiaires ». Les scrutins qui ne mettent pas en jeu le pouvoir national se traduisent régulièrement pas un recul du camp qui gouverne, recul qui varie selon le degré de popularité des dirigeants. Depuis 1947, dans les grandes communes, le partis de la majorité gouvernementale ont toujours obtenu des résultats électoraux plus modestes aux municipales que lors du scrutin national antérieur. Cela ne veut pas dire qu’ils ont vu leurs positions locales se réduire systématiquement. Si le scrutin de référence leur était par trop défavorable, ces partis peuvent même gagner des municipalités sur le camp opposé.

    Lors des trois derniers scrutins municipaux – en 1989, 1995 et 2001 – la popularité du pouvoir a mis la majorité à l’abri de revers cuisants. En juin 1995, profitant de l’état de grâce d’un président venant d’être élu, la droite a bien résisté à la gauche. En 2001, la gauche a limité ses pertes à une vingtaine de villes de plus de 30.000 habitants. Pour ces scrutins apaisés, la participation fut faible jusqu’à tomber à 67,3% des inscrits il y a six ans. Si le pouvoir sarkozien conserve la faveur de l’opinion en mars prochain, l’UMP et ses alliés devront s’attendre à quelques pertes de positions locales mais seront épargnés d’une déroute électorale.

    Le contexte national ne suffit évidemment pas à rendre compte des joutes municipales. A ce scrutin, les logiques locales sont toujours à l’œuvre. Elle sont même particulièrement prégnantes en cas d’élections moins politisées comme ce fut le cas dans la dernière période. Avec le chef de l’Etat, le maire est l’élu que les Français identifient le mieux. Sa personnalité et son bilan jouent un rôle décisif dans le renouvellement, ou non, de son mandat. Le politologue Pierre Martin (1) a mis en évidence l’existence d’un véritable « cycle électoral municipal ». Les meilleures performances sont obtenues à l’issue du premier mandat d’un maire. Sa notoriété a été propulsée par l’exercice de ses responsabilités et il n’est pas encore gagné par l’usure du pouvoir. Les réélections ultérieures seront ensuite de plus en plus délicates.

    Tous les maires ne résistent pas de la même manière à l’épreuve de la durée. S’en sortent le mieux ceux qui ne cèdent pas aux facilités de l’autoritarisme, savent renouveler leur équipe et élargir leur base politique par une stratégie d’ouverture. A l’inverse, l’échec est presque assuré lorsque l’équipe municipale sortante s’est gravement divisée. Ces règles laissent présager des résultats électoraux très variables d’une ville à l’autre qui démentiront parfois spectaculairement la tendance nationale.

    Les futures municipales, d’ailleurs couplées avec des élections cantonales, fourniront encore de précieuses indications sur l’évolution de l’implantation des différentes forces politique en fonction des zones d’habitat. En 2001, le PS avait gagné Paris et Lyon, s’était très bien tenu dans les grandes cités mais avait essuyé de nombreux échecs dans les communes de taille moyenne. Il est possible que ces tendances se poursuivent l’année prochaine. On se dirigerait alors vers une inversion du schéma qui prévalait dans les années soixante-dix avec des villes-centre tenues par la droite cernées par des communes de banlieue dirigées par la gauche. Une évolution liée à la recomposition sociologique des électorats : la gauche est devenue plus attractive pour les personnes de haut niveau d’éducation qui logent souvent au cœur des agglomération urbaines.

(1) Pierre Martin, « Les élections municipales en France depuis 1945 », La Documentation française, 2001.

Article publié dans Enjeux-Les Echos de novembre 2007.

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