L’heure de la relève a sonné au Parti socialiste. Ségolène Royal (54 ans) n’est sans doute pas la mieux armée pour conduire sa nécessaire rénovation. Mais elle lui a incontestablement ouvert la voie en démonétisant les grandes figures du PS. C’est l’hécatombe chez les « éléphants » du parti. Lionel Jospin (70 ans) a brutalement été renvoyé dans une retraite, cette fois, définitive. Laurent Fabius (61 ans) est contraint de se réfugier dans un statut de « sage actif ». Dominique Strauss-Kahn (58 ans) se reconvertit dans une carrière internationale. Jack Lang (68 ans) s’éloigne de ses camarades socialistes. Et François Hollande (53 ans) s’apprête à abandonner la direction du parti sous une pluie de critiques. La « génération Mitterrand » quitte la scène.
La nature ayant horreur du vide, une flopée de quadragénaires se bousculent pour prendre sa place. Ces impatients ne sont pas vraiment des perdreaux de l’année. Au PS, la responsabilité politique attend le nombre des années. Gaëtan Gorce (48 ans) s’amuse que les « rénovateurs » soient accusés d’être trop pressés malgré leur longue expérience. Le député de la Nièvre a plusieurs décennies de militantisme derrière lui. Il a été élu pour la première fois il y a douze ans. Manuel Valls (45 ans) est un élu de la République depuis 1986. Arnaud Montebourg (44 ans) milite, lui aussi, depuis les années quatre-vingt et il est député depuis dix ans. Vincent Peillon (47 ans) est également entré à l’Assemblée nationale en 1997. Quant à Benoît Hamon (40 ans), il a adhéré au PS dés 1987. Il n’y a qu’en France que des personnalités ayant franchi la quarantaine après plusieurs décennies de combat politique sont vues comme de jeunes espoirs.
Cette nouvelle génération va-t-elle fatalement remplacer la précédente ? Rien n’est moins sûr. La proximité des dates de naissance engendre des solidarités bien superficielles. Les entreprises menées au nom d’une classe d’âge se soldent généralement par des échecs. Que l’on songe à l’aventure malheureuse des « rénovateurs » de la droite. En 1989, « douze salopards » – selon leur ironique autodéfinition – tentèrent en vain de déboulonner Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing. Ils appartenaient pour moitié à l’UDF et pour moitié au RPR. Mais l’équipée était vouée à l’échec tant elle était hétérogène. Qu’y avait-il de commun entre Philippe de Villiers (40 ans à l’époque) et François Bayrou (38 ans) ? Entre Charles Millon (43 ans) et Philippe Séguin (46 ans) ? Avoir les mêmes ambitions et vouloir éliminer les même anciens ne suffit pas pour forcer le destin.
Aujourd’hui comme hier, les « rénovateurs » sont aux prises avec leurs contradictions et leurs rivalités. A une époque de personnalisation extrême de la vie politique, les talents émergents ont bien du mal à jouer collectif, même si Montebourg a réussi un joli coup en rassemblant nombre d’entre eux sur la même estrade pour sa « fête de la rose » de Frangy-en-Bresse. Surtout, chacun donne-t-il le même contenu à la « rénovation » partout invoquée ? Valls regarde vers une ligne très droitière prête à abandonner la référence socialiste. Gorce défend un révisionnisme audacieux. Peillon prône un modernisme plus respectueux de l’héritage. Montebourg n’a pas fait son deuil d’une certaine radicalité. Et Hamon campe résolument à la gauche du parti. Tous ces socialistes ont en commun de poser plus de questions qu’ils n’apportent de réponses. Mais plus ils avanceront dans la définition d’un projet et plus leurs divergences se manifesteront.
Or une vraie rénovation passe par une rupture d’orientation. Dans l’histoire récente du socialisme, le mythique congrès d’Epinay (1971) constitue le seul exemple de régénération réussie. C’est qu’il fut à la fois le lieu d’un changement d’équipe dirigeante – avec le renvoi des molletistes – et de la définition d’une orientation politique claire – le choix de l’union de la gauche. On se rappellera aussi que la rénovation des années soixante-dix fut conduite par une alliance entre jeunes et vieux. La coalition gagnante d’Epinay rassemblait Gaston Defferre (60 ans), François Mitterrand (54 ans), Pierre Mauroy (42 ans), Pierre Joxe (36 ans) et Jean-Pierre Chevènement (32 ans).
Où sont les socialistes trentenaires d’aujourd’hui ? Quels sont les quinquagénaires qui sauront impulser le changement d’ère ? Bertrand Delanoë (57 ans) apparaît bien placé pour chapeauter de son expérience une entreprise de refondation. Jean-Christophe Cambadélis (56 ans) fait également partie de ces dirigeants sous-utilisés pendant la dernière période. Tout l’art de la rénovation consistera à combiner clarté politique et diversité générationnelle.
Article publié dans Enjeux-Les Echos d'octobre 2007.
Je pense que Royal est loin d'être finie... et quant à DSK... hein...
Montebourg et Peillon (avec Hamon) étaient alliés depuis 2003 au sein du NPS mais Montebourg et Peillon ont soutenu Royal, Hamon a soutenu Fabius et semble désormais copain avec Hollande.
Gorce et Valls ont d'ailleurs signé une tribune dans le Monde sur la réforme des institutions : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-962482,0.html sans toutefois parler d'une VI Rep comme Montebourg.
Mais à propos de Valls, un ami socialiste me disait qu'il pensait surtout à sa pomme, qu'il ne lui voyait pas un réel fond idéologique...
Rédigé par: tefy | 08 octobre 2007 à 09h29
Eric Dupin a toujours été incontestablement un anti-Royal. Il a essayé de convaince son monde de la nécéssité de ne pas voir Ségolène Royal candidate socialiste, puis pendant la campagne de tout ce dont elle n'est pas capable, puis depuis l'apres-présidentielle au combien elle n'est pas utile, etc. C'est ainsi dans sa chonique dans le Figaro et autres.
Et comment sa musique sonnait dans le vide faute de quelqu'un à opposer à Royal voilà qu'il semble avoir - dans un mouvement médiatique général - trouvé un à lui opposer en la personne de Delanoë. Ah, le renouveau dans la pure lignée jospiniste ! Le PS est sauvé !!!
ça va sans doute jouer les coudes entre ces deux-là...
C'est curieux cette obstination continue à vouloir convaincre les gens de l'unitilité d'une personne quand chaque fois on est obligé de l'évoquer, tant - en réalité - elle paraît incontournable ?
Rédigé par: Alain | 08 octobre 2007 à 10h40
"une vraie rénovation passe par une rupture d’orientation", mais la rupture est là depuis 2002 et depuis le départ de Lionel Jospin, elle s'est imposée sans préparation, comme un traumatisme, privant brutalement le PS de rester maitre de son futur et ouvrant une béance sans contour ni contenu dans laquelle s'est engouffrée Ségolène Royal.
Parler de rénovation, c'est tenter de reprendre la main sur le futur, de faire disparaitre ce passé pénible, ceux qui ont souhaité sans complexe le départ de leurs ainés ont obtenu ce qu'ils souhaitaient mais devraient se garder de s'en réjouir: le problème de ces quadras est précisément qu'ils n'ont pas d'histoire, la réapparition de Lionel Jospin est alors plutôt une bonne nouvelle car le futur ne se construit pas sans lien avec le passé.
Rédigé par: Annick | 08 octobre 2007 à 12h02
Je note une fois de plus qu'évoquant le PS, et le terme désormais inséparable, immédiatement collé, de "rénovation", on parle encore et toujours des personnes, de la problématique du leadership. Toujours cet étrange sentiment que ce problème consiste à mettre la charrue avant les boeufs. Spécificité française ou particularisme socialiste ? Allez savoir.
Le débat d'idée, la définition d'une doctrine, les communs dénominateurs (à supposer qu'ils en restent), je comprends. Ce travail effectué, trouver un leader, un nouveau dirigeant en chef, pareil. Mais conjecturer sur Hamon ou Valls me paraît abscon.
A noter cependant et pour sacrifier à cet éternel exercice de casting, que Ségolène Royal (on aime ou on n'aime pas) est incontournable. Les 47 % de voix qui se sont portés sur elle, ne peuvent être balayés du revers de la main. Ca pose quand même un individu 47 %. Et pour le contenu, la philo de son côté étant fondé sur : "dites-moi ce que vous voulez que je fasse et je le ferai", le contenu de la doctrine quel qu'il soit ne devrait pas être une limite.
Je crois comme Annick que trentas, quadras ou quinquas, il faudra construire en lien avec le passé. Le plus dur, visiblement côté PS, est et reste : que vont-ils construire ?
Rédigé par: matéo | 08 octobre 2007 à 14h02
Je ne suis pas sur que l'âge des élus socialistes soit gage de renouveau ou à l'inverse de manque de socle historique.
Il s'agit bien d'idées et de stratégie.
Je me demande si les sociaux-libéraux pourront se développer dans le PS, cad l'opposition, ou si le dégagement provisoire de DSK et la constitution de la nouvelle gauche de JM Bockel ne va pas les sortir définitivement du socialisme. D'ailleurs, que pensez-vous de l'avenir du mouvement de Bockel?
Valls et d'autres, ont des positions curieuses, car sécuritaires d'un côté, mais pas forcément social-démocrates sur le plan économique.
La gauche du PS est-elle condamnée à rester minoritaire au PS ou à se rallier à une nouvelle formation à gauche du PS? Dans ce cas, si les soc-lib et les socialistes partent du PS, qui restera-t-il? Y aura-t-il une cohérence idéologique, ou des alliances cohérentes dans ce dernier carré?
Rédigé par: Karl Marx | 08 octobre 2007 à 15h36
Eric Dupin,
Que pensez-vous de l'hypothèse Moscovici pour le PS, lui qui fait joyeusement le grand écart entre toutes les tendances du parti pour se placer en vue de 2008? Il a une expérience ministérielle, il est entre deux âges, il passe plutôt bien médatiquement sans être un monstre de charisme - or sait qu'au PS pour s'imposer il vaut mieux en manquer. Je le sens en embuscade...
Alain,
Si Eric Dupin avait jugé votre prise à parti signifiante il l'aurait sans doute relevée. Un mot cependant sur Ségolène Royal : oui, elle est incontournable, parce qu'elle incarne tout ce qu'il ne faut pas faire pour être crédible en République, depuis le féminisme victimisant version pré-sixties jusqu'au mix de marialisme dix-neuviémiste et de marketing évangéliste américain.
Alors ne reprochez pas aux commentateurs attentifs de s'en apercevoir. Si tel n'était pas le cas, ils ne seraient plus lus, et ce serait mérité.
Rédigé par: damocles | 09 octobre 2007 à 11h00
bien que votre billet n'amène pas grand chose de nouveau sous le solei, votre titre n'en demeure pas moins follement audacieux, voire provocateur : la relève socialiste! ils auraient donc fini de dégringoler? damned, je ne m'en étais pas aperçue! soyez sympa, ne les bousculez pas comme çà, vous allez encore nous les traumatiser et à cause de ces gens pressés qui n'ont à la bouche que rénovation du logiciel...une perle, surtout quand on connait un peu le dit logiciel, ils vont se faire encore tout plein de noeuds, la main sur le coeur et nos vaillants humanistes auront tjs la tête dans le pâté en 2012. soyons soft: le paradis peut bien attendre!
Rédigé par: pascale | 09 octobre 2007 à 17h17
Eric Dupin,
Si le changement socialiste nous arrive de personages aussi, transparent que Cambadélis ou Delanoé, je ,prends les paris avec vous et suis d'accord
1° pour me faire moine et
2° pour que les poules aient des dents dès la semaine prochaine.
Un peu de sérieux !
Même si l'on sait que l'intelligence n'est pas compatible avec le goût du pouvoir, un QI d'huitre n'est quand même pas recommandé.
Beaucoup plus grave est la faillite de nos institutions, auquelles vous devez mon abscence depuis quinze jours, et notamment de notre médécine Hospitalière que les Français croient encore "dans le coup":
Faillite de nos institutions: La médecine Française est-elle l’exception qui confirme la règle ?
http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2007/10/faillite-de-nos.html#comments
Rédigé par: Ozenfant | 09 octobre 2007 à 18h16
"Les idées et la stratégie", sont tout ce qui me fait horreur, c'est tout juste bon pour les livres et pour marcher à côté de ses pompes, mais il faut reconnaitre que ce piège en rassure plus d'un.
Je leur préfère de loin le réel d'accord avec DSK) et l'adaptation au réel incluant forcément une dose de risque donc d'improvisation, impossible quand on a des idées et des stratégies.
Rédigé par: Annick | 10 octobre 2007 à 12h05
hollande est rayé un peu facilement
la question qui va se poser en 2010, c'est la même que fin juin: "qui pour faire barrage à ségolène?"
réponse: le françois qui en plus aura entretemps pris un peu de patine, c'est plus seyant pour son physique.
Rédigé par: Martin P. | 10 octobre 2007 à 19h30
Quinqua également je ne peux malheureusement m'occuper de cette rénovation directement, de par mes hautes fonctions qui ne m'y autorisent pas. Mais je vais quand même driver ça de loin, depuis "le château".
Votre Bling Bling President
Rédigé par: Mon Elysée | 10 octobre 2007 à 20h58
@Annick,
je suis bien d'accord sur l'adaptation au réel , mais le PS a quand même besoin de résoudre ses problèmes en affrontant le débat interne. Ce débat ne peut porter dans un premier temps que sur les idées. Ils ont besoin d'acter le poids des uns et des autres sur des lignes de fracture très opposées, pour ne pas dire symétriques. Une fois comptés, se posera la question de savoir s'ils doivent rester ensemble ou se séparer tant les divergences sont fondamentales.
Ok pour l'improvisation, mais pas au détriment des idées. Ils doivent confronter leurs opinions sur nombre de sujets ou de questions de fond. Après avoir défini un "socle commun", ils peuvent contruire une plateforme programmatique, même proposer une vision pour le pays. Il sera effectivement toujours temps d'improviser en fonction du réel.
Il leur faudra cependant une stratégie pour parvenir à rassembler au delà de la gauche, et faire élire un des leurs, président. Ils ont plus qu'à méditer la plus grande manifestation de leur dualité, la plus lourde de sens, à ce jour : le referendum de 2005 où l'électorat socialiste vota majoritairement pour le non, là où les militants avait voté majoritairement "oui", position officielle du parti.
La question est pourquoi ? Sur quelles bases , sur quels principes, il peut y avoir à ce point de décalage entre le vote de l'électorat du parti et le vote militant ? Schizophrénie, ou affleurement des vieilles querelles (100 ans tout de même, dans leur cas) toujours non tranchées.
Rédigé par: matéo | 10 octobre 2007 à 21h06
les français ont finalement une grande indulgence envers ce parti, qui en est éternellement à s'interroger, à s'affronter en interne, à tergiverser sur "un socle commun" et dont, dixit matéo, on attend une vision pour le pays, ce qui parait assez légitime, surtout pour ses électeurs. que pouvons nous voir qui se profile? quelqu'un a t-il une réponse? dans ce climat de tambouille, où, il faut bien le reconnaître, le PS excelle, et pour en revenir à la cruciale (!) question d'Eric Dupin, Hollande , le chantre depuis 10 ans, de l'immobilisme et de la manipulation d'appareil, n'a pas trop de souci à se faire.
Rédigé par: pascale | 11 octobre 2007 à 09h15
A lire sur "2007 la gauche, réussir ensemble le changement" accessible par le site de Fabius, un débat entre H. Weber et D. Olivennes.
Rédigé par: Trésor de bienfaits | 11 octobre 2007 à 17h15
Tout à fait Pascale, Hollande n'a pas de soucis à se faire !
Rédigé par: Ozenfant | 11 octobre 2007 à 17h52
@Mateo
Parler d'idées, c'est souvent parler d'idéal, de choses abstraites et je ne vois pas le débat comme une confrontation d'idées, mais plutôt comme une mise à l'épreuve de leurs fondements, un test de solidité et de cohérence en quelque sorte.
Vu ainsi, le débat doit pouvoir admettre les divergences, pourvu qu'elles ne soient pas extrêmes, comme une garantie de représenter au mieux les électeurs, encore faut-il qu'un leader, pour le moment absent, puisse en être le garant.
C'est bien à cela que prétend Sarkozy avec son 'ouverture', sauf que les fondements de ce gouvernement restent bien à droite, mais bien sûr, ça ne se voit pas.
Ils disaient au PS qu'il fallait être 'tous unis': peut-être une explication de ce décalage entre le vote militant et le vote de l'électorat.
Rédigé par: Annick | 12 octobre 2007 à 17h13
Je viens de lire que Royal était incontournable. Outre que ça choque sur le coup ça m'a aussi rappellé son existence !
Je crois que ce que cette année nous a apporté c'est que désormais la France se coupe entre deux camps totalement hermétique l'un à l'autre. Une droite, avec un président de droite ( chirac ayant été de gauche sans le moindre doute) et une gauche avec des idées de gauche mais sans le moindre leader.
Et chacun affirmant ses convictions. Je pense que c'est ça qu'il faut retenir dans un propos comme " royal est incontournable"...
Rédigé par: Olivier | 12 octobre 2007 à 17h23