Leçon Giscard
Les ans n'ont pas fait perdre à Valéry Giscard d'Estaing son art de la démonstration. L'ancien président de Convention européenne explique tranquillement, dans une tribune publiée par "le Monde", que le traité de Lisbonne diffère dans la forme et non sur le fond du traité constitutionnel rejeté par les Français en 2005. Les changements institutionnels, remarque-t-il, "se retrouvent intégralement dans le traité de Lisbonne, mais dans un ordre différent, et insérés dans les traités antérieurs". Les seules concessions portent sur les symboles de l'intégration européenne. Et la différence essentielle est que le nouveau traité, bien loin d'être un texte "simplifié" ou un "minitraité" comme il fut vendu à l'opinion, est proprement "illisible pour les citoyens" (il suffit d'y jeter un oeil) . Giscard souligne que les juristes du Conseil européen, qui ont repris la main, "sont partis du texte du traité constitutionnel, dont ils ont fait éclater les éléments, un par un, en les renvoyant, par voie d'amendements aux deux traités existants de Rome (1957) et de Maastricht (1992)".
L'ancien président de la République n'est pas le seul à faire cette analyse. "Toute la Constitution est là ! Il n'y manque rien !", a pu s'exclamer le député européen (UDF) Jean-Louis Bourlanges. La plupart des dirigeants de l'Union situent le nouveau traité dans le droit fil de celui qui a capoté. Or le caractère obscur du texte adopté le 18 octobre à Lisbonne, regretté par Giscard au nom de l'implication des citoyens dans l'aventure européenne, est cyniquement considéré comme un avantage par certains. Ecoutons Giuliano Amato, ancien vice-président de la Convention européenne: "Il a été décidé que le document devrait être illisible. S'il est illisible, c'est qu'il n'est pas constitutionnel; c'était là l'idée... Si vous parvenez à comprendre le texte au premier abord on risquerait des appels à référendum, parce que cela signifierait qu'il y a quelque chose de nouveau."
Nicolas Sarkozy est cohérent avec lui-même en défendant la ratification parlementaire du traité. C'est ce qu'il avait proposé pendant la campagne présidentielle. Les socialistes ont plus de difficultés. Ségolène Royal, qui n'est pas à une volte-face près, a abandonné l'exigence d'un référendum comme beaucoup de dirigeants du PS, dont François Hollande. D'aucuns, comme Vincent Peillon, passent carrément du "non" au TCE au "oui" à Lisbonne au travers d'une pauvre argumentation fataliste. Les socialistes semblent ne pouvoir tomber d'accord que sur le fait de ne pas débattre de la question entre eux. Que l'on ne compte pas sur eux pour demander que le peuple français arbitre sur le sort du nouveau traité européen. Après la fronde des électeurs, les parlementaires s'apprêtent à avoir le dernier mot.


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