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octobre 2007

29 octobre 2007

Leçon Giscard

    Les ans n'ont pas fait perdre à Valéry Giscard d'Estaing son art de la démonstration. L'ancien président de Convention européenne explique tranquillement, dans une tribune publiée par "le Monde", que le traité de Lisbonne diffère dans la forme et non sur le fond du traité constitutionnel rejeté par les Français en 2005. Les changements institutionnels, remarque-t-il, "se retrouvent intégralement dans le traité de Lisbonne, mais dans un ordre différent, et insérés dans les traités antérieurs". Les seules concessions portent sur les symboles de l'intégration européenne. Et la différence essentielle est que le nouveau traité, bien loin d'être un texte "simplifié" ou un "minitraité" comme il fut vendu à l'opinion, est proprement "illisible pour les citoyens" (il suffit d'y jeter un oeil) . Giscard souligne que les juristes du Conseil européen, qui ont repris la main, "sont partis du texte du traité constitutionnel, dont ils ont fait éclater les éléments, un par un, en les renvoyant, par voie d'amendements aux deux traités existants de Rome (1957) et de Maastricht (1992)".

    L'ancien président de la République n'est pas le seul à faire cette analyse. "Toute la Constitution est là ! Il n'y manque rien !", a pu s'exclamer le député européen (UDF) Jean-Louis Bourlanges. La plupart des dirigeants de l'Union situent le nouveau traité dans le droit fil de celui qui a capoté. Or le caractère obscur du texte adopté le 18 octobre à Lisbonne, regretté par Giscard au nom de l'implication des citoyens dans l'aventure européenne, est cyniquement considéré comme un avantage par certains. Ecoutons Giuliano Amato, ancien vice-président de la Convention européenne: "Il a été décidé que le document devrait être illisible. S'il est illisible, c'est qu'il n'est pas constitutionnel; c'était là l'idée... Si vous parvenez à comprendre le texte au premier abord on risquerait des appels à référendum, parce que cela signifierait qu'il y a quelque chose de nouveau."

    Nicolas Sarkozy est cohérent avec lui-même en défendant la ratification parlementaire du traité. C'est ce qu'il avait proposé pendant la campagne présidentielle. Les socialistes ont plus de difficultés. Ségolène Royal, qui n'est pas à une volte-face près, a abandonné l'exigence d'un référendum comme beaucoup de dirigeants du PS, dont François Hollande. D'aucuns, comme Vincent Peillon, passent carrément du "non" au TCE au "oui" à Lisbonne au travers d'une pauvre argumentation fataliste. Les socialistes semblent ne pouvoir tomber d'accord que sur le fait de ne pas débattre de la question entre eux. Que l'on ne compte pas sur eux pour demander que le peuple français arbitre sur le sort du nouveau traité européen. Après la fronde des électeurs, les parlementaires s'apprêtent à avoir le dernier mot.

23 octobre 2007

Môquet Laporte

    Pardon à Guy Môquet d'associer ici son nom à celui de Bernard Laporte. Mais la République française a honoré hier, de manière certes différente, ces deux hommes encore plus différents. La mémoire du jeune résistant a été saluée, de manière plus ou moins chaotique, dans les écoles. Le même jour, l'ancien entraineur du Quinze de France est entré au gouvernement. Une coïncidence finalement évocatrice des étrangetés de l'époque.

    Il n'y a évidemment rien de commun entre le très jeune résistant communiste acceptant le sacrifice de sa vie comme prix de son engagement et le rusé dirigeant du monde des affaires et du sport déjà prêt à abandonner son "nouveau métier" politique s'il ne lui "plaît" pas. Guy Môquet symbolise une forme de pureté et de courage. Bernard Laporte est suspecté de toute une série des fraudes fiscales et de manoeuvres louches dans le monde très particulier des casinos.

    C'est pourtant le même Laporte qui a eu l'idée saugrenue de faire lire la fameuse lettre de Môquet dans les vestiaires de l'équipe de France avant le match de rugby France-Argentine. Car le point commun entre les promotions de Laporte et de Môquet n'est autre que Nicolas Sarkozy. C'est le fait du prince qui oblige à une lecture de cette lettre dans les écoles et qui hisse cet ancien sportif au rang de secrétaire d'Etat. Dans les deux cas, un bénéfice symbolique est recherché. L'hommage à Môquet, initié pendant la campagne présidentielle, visait à récupérer une grande figure de l'historiographie communiste. L'annonce anticipée de la nomination de Laporte au gouvernement cherchait à faire profiter le nouveau pouvoir de la ferveur populaire entourant la coupe du monde de rugby. Arrive pourtant un moment où les coups de communication finissent par s'annuler et où les incohérences du message politique l'emportent. Peut-on célébrer avec la même ardeur le sacrifice de soi et la réussite individuelle ?

18 octobre 2007

Figures manif

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  Un petit reportage photo sur la manifestation syndicale de ce jour, sans aucune prétention à la représentativité. Il y avait du monde, mais pas la masse des très grands jours. Surtout les troupes de la CGT. Mais aussi des militants de FO, les plus prompts à scander leur défense des "régimes spéciaux". Et puis les rangs de l'UNEF, assez dynamiques et photogéniques, ma foi...

16 octobre 2007

Libé tradition

        "Une nouvelle formule à la fois conforme à notre identité et radicalement nouvelle", annonce Laurent Joffrin, président du directoire de "Libération" et directeur de sa rédaction. A la lecture, la conformité identitaire l'emporte largement sur le radicalisme novateur. Le déroulé du journal change peu. On ne compte qu'une seule vraie rubrique nouvelle (la bonne idée du "contre-journal" de "l'actualité vue par les lecteurs et les libénautes"). L'essentiel du changement promis se résume à l'emploi d'une nouvelle typographie et à un agrandissement notable de photos plus fréquemment publiées en couleurs.

    Sur le fond, "Libé", où j'ai travaillé tant d'années (avec plaisir), reste égal à lui-même. On ne voit pas encore trace de la volonté de Joffrin de lui insuffler un ton "plus optimiste" et moins anxiogène. Une fois de plus, on semble confondre en France nouvelle formule et nouvelle maquette. Comme si la profonde crise endurée par la presse était une question d'emballage plus que de contenu.

15 octobre 2007

Malaises ADN

    Je l'avoue, sur cette affaire de tests ADN, je ressens plusieurs malaises plutôt qu'une seule indignation.

    Malaise d'abord face à la polémique sciemment lancée par une certaine droite obsédée par la volonté de contenir son extrême. Le désormais fameux "amendement Mariani" doit beaucoup à la volonté de consolider  la récupération d'une grande part de l'électorat FN par l'UMP. C'est surtout un signal qui renvoie, tout aussi symboliquement, à une tradition la plus réactionnaire de la droite: celle qui a toujours sacralisé l'inné par rapport à l'acquis (lire le point de vue du généticien Axel Kahn). Le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur a bien montré que l'on explique pas autrement l'entêtement des partisans de ces tests dont la portée ne serait que fort limitée.

    Malaise ensuite devant les bouffées d'indignation d'une certaine gauche qui fait comme si une mesure en vigueur dans d'autres pays européens, et pouvant faciliter le regroupement familial de certains immigrés, était le plus grand scandale de l'époque. Le journaliste Philippe Cohen n'a pas tort de se moquer de cette gauche qui préfère toujours prendre la pose morale plutôt que de se battre sur le terrain social.

    Malaise enfin en regard de la nature de ce débat. Le président du CRIF, Richard Prasquier, a expliqué pourquoi il ne signait pas les pétitions en soulignant les amalgames entretenus par les opposants à cette mesure. Une fois de plus, le goût de la polémique partisane, de la symbolique abstraite et des arrière-pensées tactiques ont fait des ravages.

11 octobre 2007

Failles Sarkozy

    C’est encore une enviable popularité, mais ce n’est plus l’état de grâce. La cote de Nicolas Sarkozy est orientée à la baisse dans la majorité des indicateurs d’opinion. Son niveau varie selon la question posée. Elle est plus élevée lorsque l’accent est mis sur l’image du président de la République plutôt que sur l’efficacité de son action.

    Selon LH2 (1), 66% des Français ont une opinion « positive » de Sarkozy. Pour Ipsos (2), 63% des personnes interrogées portent un jugement « favorable » sur « l’action de Nicolas Sarkozy en tant que président de la République ». L’Ifop (3) nous apprend que 61% des sondés sont « satisfaits » de Sarkozy. Dans deux de ces trois baromètres, la cote présidentielle ne bouge pratiquement pas par rapport au mois précédent.

    Elle est moins élevée, et plonge même de six à sept points, chez deux autres instituts qui questionnent plus directement la capacité d’action du chef de l’Etat. D’après TNS (4), 57% des Français font « confiance » au président de la République pour « résoudre les problèmes qui se posent en France actuellement ». Enfin, de manière cohérente, CSA (5) trouve 55% de personnes interrogées qui lui font « confiance » pour « affronter efficacement les principaux problèmes qui se posent au pays ». Le décalage entre la bonne image personnelle du président et le jugement plus nuancé sur son action est également perceptible dans l’écart qui sépare sa cote de celle, plus basse de cinq à neuf points, de son Premier ministre.

    La fragilité potentielle de Nicolas Sarkozy réside dans son rapport assez particulier à l’action publique. Les turbulences qui ont agité la majorité ces dernières semaines provenaient d’un doute sur le bien fondé d’orientations suspectées de ne pas être adaptées aux difficultés de la période (la « faillite ») ou d’être en recul par rapport aux attentes nées de la campagne électorale (la « rupture »). Les tensions entre le chef de l’Etat et celui du gouvernement ont également porté sur la manière d’agir, qu’il s’agisse de la marge de liberté du Premier ministre ou du rythme des réformes.

    Or le style d’action très personnel de Sarkozy l’expose à trois types de dangers. Le premier est celui du volontarisme exacerbé. Le président de la République ne cesse de répéter qu’il n’a pas été élu pour se prélasser à l’Elysée. Sa capacité à convaincre les Français que le pouvoir politique peut encore résoudre leurs problèmes a joué un rôle majeur dans sa victoire présidentielle. Mais la réaffirmation constante de la volonté d’agir ne garantit pas l’obtention de résultats tangibles. Le syndrome de la toute-puissance du verbe présidentiel pointe lorsque l’Elysée se propose d’aller « chercher la croissance avec les dents »…

    Le risque de céder à une forme de déni de la réalité est d’autant plus présent que Sarkozy fait preuve d’une étonnante forme de rigidité. Ce dirigeant qui se flatte de n’être enfermé dans aucun système idéologique se cramponne fiévreusement à la parole donnée aux électeurs. Là encore, l’attitude du nouveau président contraste avec celle de son prédécesseur. Jacques Chirac distinguait à l’extrême les propos de campagne des actes de gouvernement. Ennemi de l’improvisation et obsédé par le contrat passé avec les Français, Sarkozy pèche sans doute par excès inverse. Il en sacralise presque la parole du candidat qu’il fut et qu’il a du mal à ne plus être.

    Cette attitude génère un certain dogmatisme dans l’action publique. « Je ferai cette politique envers et contre tout », a-t-il lancé, le 3 octobre, aux parlementaires de la majorité. Elle se traduit aussi par des discours parfois lassants à force d’être répétitifs : attaques récurrentes contre la « pensée unique », insistance monomaniaque sur la thématique du « travail », hier « découragé » et demain « libéré », hissée au rang de solution universelle aux maux du pays.

    Une troisième faille réside dans la confiance excessive que Sarkozy place dans les vertus de la médiatisation. Le chef de l’Etat a théorisé depuis déjà quelques temps la communication comme une condition de l’action. Elle ne saurait pourtant s’y substituer. Sarkozy est ici victime de son propre talent pour l’autojustification, encore manifeste lors de sa prestation télévisée du 20 septembre. L’effet dans certaines enquêtes d’opinion fut immédiat. Mais les Français sont de moins en moins dupes de cette omniprésence. « Il est partout et nulle part à la fois », grogne un sondé interrogé par l’Ifop. Même en ces temps de démocratie médiatique, la réalité finit toujours par avoir le dernier mot.

(1) Sondage LH2-Libération, 21-22 septembre.
(2) Sondage Ipsos-Le Point, 5-6 octobre.
(3) Sondage Ifop-Journal du Dimanche, 13-21 septembre.
(4) Sondage TNS-Sofres-Le Figaro Magazine, 26-27 septembre.
(5) Sondage CSA-I Télé-Le Parisien, 26-27 septembre.

Article publié dans Le Figaro du 11 octobre 2007.

08 octobre 2007

Relève socialiste

    L’heure de la relève a sonné au Parti socialiste. Ségolène Royal (54 ans) n’est sans doute pas la mieux armée pour conduire sa nécessaire rénovation. Mais elle lui a incontestablement ouvert la voie en démonétisant les grandes figures du PS. C’est l’hécatombe chez les « éléphants » du parti. Lionel Jospin (70 ans) a brutalement été renvoyé dans une retraite, cette fois, définitive. Laurent Fabius (61 ans) est contraint de se réfugier dans un statut de « sage actif ». Dominique Strauss-Kahn (58 ans) se reconvertit dans une carrière internationale. Jack Lang (68 ans) s’éloigne de ses camarades socialistes. Et François Hollande (53 ans) s’apprête à abandonner la direction du parti sous une pluie de critiques. La « génération Mitterrand » quitte la scène.

    La nature ayant horreur du vide, une flopée de quadragénaires se bousculent pour prendre sa place. Ces impatients ne sont pas vraiment des perdreaux de l’année. Au PS, la responsabilité politique attend le nombre des années. Gaëtan Gorce (48 ans) s’amuse que les « rénovateurs » soient accusés d’être trop pressés malgré leur longue expérience. Le député de la Nièvre a plusieurs décennies de militantisme derrière lui. Il a été élu pour la première fois il y a douze ans. Manuel Valls (45 ans) est un élu de la République depuis 1986. Arnaud Montebourg (44 ans) milite, lui aussi, depuis les années quatre-vingt et il est député depuis dix ans. Vincent Peillon (47 ans) est également entré à l’Assemblée nationale en 1997. Quant à Benoît Hamon (40 ans), il a adhéré au PS dés 1987. Il n’y a qu’en France que des personnalités ayant franchi la quarantaine après plusieurs décennies de combat politique sont vues comme de jeunes espoirs.

    Cette nouvelle génération va-t-elle fatalement remplacer la précédente ? Rien n’est moins sûr. La proximité des dates de naissance engendre des solidarités bien superficielles. Les entreprises menées au nom d’une classe d’âge se soldent généralement par des échecs. Que l’on songe à l’aventure malheureuse des « rénovateurs » de la droite. En 1989, « douze salopards » – selon leur ironique autodéfinition – tentèrent en vain de déboulonner Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing. Ils appartenaient pour moitié à l’UDF et pour moitié au RPR. Mais l’équipée était vouée à l’échec tant elle était hétérogène. Qu’y avait-il de commun entre Philippe de Villiers (40 ans à l’époque) et François Bayrou (38 ans) ? Entre Charles Millon (43 ans) et Philippe Séguin (46 ans) ? Avoir les mêmes ambitions et vouloir éliminer les même anciens ne suffit pas pour forcer le destin.

    Aujourd’hui comme hier, les « rénovateurs » sont aux prises avec leurs contradictions et leurs rivalités. A une époque de personnalisation extrême de la vie politique, les talents émergents ont bien du mal à jouer collectif, même si Montebourg a réussi un joli coup en rassemblant nombre d’entre eux sur la même estrade pour sa « fête de la rose » de Frangy-en-Bresse. Surtout, chacun donne-t-il le même contenu à la « rénovation » partout invoquée ? Valls regarde vers une ligne très droitière prête à abandonner la référence socialiste. Gorce défend un révisionnisme audacieux. Peillon prône un modernisme plus respectueux de l’héritage. Montebourg n’a pas fait son deuil d’une certaine radicalité. Et Hamon campe résolument à la gauche du parti. Tous ces socialistes ont en commun de poser plus de questions qu’ils n’apportent de réponses. Mais plus ils avanceront dans la définition d’un projet et plus leurs divergences se manifesteront.

    Or une vraie rénovation passe par une rupture d’orientation. Dans l’histoire récente du socialisme, le mythique congrès d’Epinay (1971) constitue le seul exemple de régénération réussie. C’est qu’il fut à la fois le lieu d’un changement d’équipe dirigeante – avec le renvoi des molletistes – et de la définition d’une orientation politique claire – le choix de l’union de la gauche. On se rappellera aussi que la rénovation des années soixante-dix fut conduite par une alliance entre jeunes et vieux. La coalition gagnante d’Epinay rassemblait Gaston Defferre (60 ans), François Mitterrand (54 ans), Pierre Mauroy (42 ans), Pierre Joxe (36 ans) et Jean-Pierre Chevènement (32 ans).

    Où sont les socialistes trentenaires d’aujourd’hui ? Quels sont les quinquagénaires qui sauront impulser le changement d’ère ? Bertrand Delanoë (57 ans) apparaît bien placé pour chapeauter de son expérience une entreprise de refondation. Jean-Christophe Cambadélis (56 ans) fait également partie de ces dirigeants sous-utilisés pendant la dernière période. Tout l’art de la rénovation consistera à combiner clarté politique et diversité générationnelle.

Article publié dans Enjeux-Les Echos d'octobre 2007.

03 octobre 2007

Info pub

    La gratuité gagne encore du terrain dans l'information en ligne. Le New York Times vient d'abandonner sa zone payante, le Financial Times s'ouvre partiellement à la gratuité et même le Wall Street Journal songerait à abandonner son système d'abonnement pourtant rentable. En France, les quotidiens économiques Les Echos et La Tribune ont aujourd'hui un contenu payant. C'est également le cas du Parisien et, très partiellement, du Figaro et du Monde. Les tendances américaines finissant souvent par aborder nos rivages, il est fort possible que le modèle de la gratuité totale l'emporte ici aussi.

    Faut-il s'en réjouir ? Soulignons tout d'abord que la "gratuité" n'existe pas. Les entreprises de presse ont toujours besoin de ressources financières. En l'absence d'acheteurs, les voici financées par les annonceurs. Il est plus juste de parler de modèle publicitaire que de modèle gratuit. Et cela pose deux types de problèmes pour l'information sur internet.

    Tout d'abord, la manne publicitaire est-elle suffisamment généreuse pour financer à elle seule une information de qualité ? Certes, le pub en ligne se développe de manière spectaculaire. Mais on peut douter de la réponse. Les sites de presse qui s'annoncent bénéficiaires se nourrissent d'un contenu papier qui, lui, demeure payant. Les grands sites agrégateurs de nouvelles, comme Yahoo Actualités, paient à vil prix des dépêches d'agence vendues très cher aux médias traditionnels. Tout cela fausse le calcul économique.

    Une site d'information original et véritablement producteur de contenu peut-il se financer uniquement par la publicité ? C'est le pari tenté par mes amis de Rue89 et quelques autres. L'argument essentiel est celui d'un choix obligé pour s'adresser à un grand public désormais accoutumé à la gratuité de l'information sur le net. Certes. Le réalisme économique de ce choix reste néanmoins à prouver tant il est vrai que la recherche d'une information originale et son traitement rigoureux coûtent cher. On rétorquera peut-être que la télévision et la radio ont démontré la validité du modèle publicitaire. Mais ces médias produisent à la fois, et parfois de façon mêlée, de l'information et du divertissement.

     On touche ici à l'essentiel. Qu'on le veuille ou non, la logique de financement pèse sur les contenus. Les médias payants sont payés par des citoyens désireux de s'informer. Les médias gratuits sont rémunérés par des consommateurs influencés par la publicité. Nuance. Les stratégies de conquête du lectorat ne sont pas les mêmes dans les deux cas. Le modèle publicitaire incite à maximiser une audience selon certains types de critères (la ménagère de moins de cinquante ans ou encore le cadre supérieur à fort potentiel d'achat). Et les choix éditoriaux sont bien obligés d'intérioriser, plus ou moins consciemment, ces contraintes. Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, avait eu la cynique franchise de confesser que son vrai métier était de "vendre du temps de cerveau humain disponible" aux annonceurs. Le filon publicitaire ne peut plaider l'innocence.

01 octobre 2007

Cas DSK

    Revenons un instant sur la désignation de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI, un événement plutôt riche en significations. Les socialistes français peuvent-ils en être "fiers" comme a cru pouvoir l'affirmer un François Hollande en quête désespérée de motifs de satisfaction ? Rien n'est moins sûr.

    Tout d'abord, DSK n'a pas vraiment été élu à la direction générale de la prestigieuse institution monétaire même si "Libération", cédant à son penchant humoristique, a pu titrer "Un socialiste enfin élu". Bien sûr, Strauss-Kahn a envoyé pas mal de CO2 dans l'air (100 000 kms d'avion) pour convaincre les pays du Sud qu'il était leur allié bien compris. Mais l'heureux élu doit surtout son succès à une sorte de mode de scrutin censitaire épaulé par une entente américano-européenne qui laisse peu de place au suspense démocratique.

    C'est ensuite et surtout la trajectoire personnelle du chantre de la social-démocratie à la française qui laisse songeur. On peut comprendre sa tentation de s'extraire du bourbier de la gauche française pour se hisser dans les hautes sphères internationale grâce à un job fort convenablement rémunéré (300 000 euros par an, défiscalisés s'il vous plaît). Faut-il en déduire que son engagement politique et son ambition présidentielle étaient aussi peu profonds que certains l'en suspectaient ?

    Au-delà du tempérament d'un homme, c'est l'image de la politique qui souffre ici. Ceux qui pensent que tout est affaire d'opportunités individuelles et que les convictions idéologiques ne sont que masques seront confortés par l'exemple de DSK. Preuve est administrée que l'on peut parfaitement prétendre au leadership de la gauche et se servir de Nicolas Sarkozy comme tremplin de carrière. Car, à en croire le récit publié par Raphaëlle Bacqué dans "le Monde", c'est le dirigeant socialiste lui-même qui aurait appelé le président de la République pour quêter son appui.

    Toujours à l'affût de bons coups, Sarkozy a immédiatement compris l'intérêt multiple de cette proposition pour lui. "C'est ça l'ouverture", a-t-il pu triompher après la victoire de son poulain. L'envoi de DSK à Washington lui permet aussi d'éloigner le dirigeant de l'opposition qui était devenu le plus populaire. Les adeptes d'une vision "pipolisée" de la politique ajouteront que l'américanisation de Strauss-Kahn aurait même peut-être l'avantage d'écarter un hypothétique rival...

    Sur le fond, enfin, on peine à trouver matière à fierté pour le PS. Jean-Pierre Chevènement se demande ironiquement si les socialistes français ne sont pas subrepticement devenus les "maîtres du monde" dés lors que  "les deux institutions phares du capitalisme mondialisé" (le FMI et l'OMC dirigée par Pascal Lamy) ont un des leurs à leur tête. Et de présenter l'alternative: "Où bien ce système est devenu fou, ou bien ces deux personnalités n'étaient point socialistes".

    Les modernistes répliqueront sans doute que c'est précisément en œuvrant à la "régulation" du capitalisme que la gauche peut se rendre utile. "Mais si finalement, c’était là une autre façon, de gauche, de vouloir faire de la politique à haut niveau", applaudit Didier Pourquery dans son éditorial de "Libération". Il est vrai que le nouveau dirigeant de la rédaction de ce quotidien est, lui aussi, un homme d'ouverture. Juste avant de revenir à gauche, il préparait le lancement, finalement abandonné, d'un quotidien inspiré du tabloïd racoleur "Bild" pour le compte de l'éditeur allemand Axel Springer.
    

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A droite toute

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