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septembre 2007

25 septembre 2007

Lire Gorz

    Un vrai philosophe, un vrai journaliste, un vrai militant. André Gorz, qui vient de disparaître, a réussi à être tout cela. Son itinéraire intellectuel est fascinant de cohérence, de courage et de vivacité. Impasse du marxisme orthodoxe, potentialités révolutionnaires de l'écologisme, métamorphoses du travail : cet auteur aura anticipé et analysé nombre d'évolutions majeures. Son anti-capitalisme, nourri d'une critique à la fois concrète et radicale du système productiviste, n'avait pas faibli au fil des ans. Gorz avait simplement entrepris de le reformuler en décortiquant les nouvelles formes du "capitalisme cognitif".
    A l'heure où la gauche ne sait plus que penser, tiraillée qu'elle est entre des crispations archaïsantes et des abandons pseudo-modernistes, la (re)lecture de l'oeuvre de cet authentique penseur engagé ne lui ferait pas de mal.

21 septembre 2007

Périlleux après-Royal

    Le Parti socialiste glisse insensiblement dans l’ère de l’après-Royal. La chronique des événements courants bruisse certes toujours des faits et gestes de l’ancienne candidate du PS à l’élection présidentielle. Celle-ci a été chaleureusement accueillie au Québec en dépit de prises de parole toujours aussi peu assurées. Ségolène Royal a aussi été au centre de la rentrée éditoriale de ses camarades de parti qui l’ont vaillamment pilonné après la bataille.

    Mais tout ceci relève d’une période qui s’efface. Lorsque Lionel Jospin affirme que la présidente de Poitou-Charentes n’a « pas les qualités humaines ni les capacités politiques » pour diriger le PS, la crudité du propos suscite de vives réactions, mais personne ne se risque à défendre la thèse inverse. Royal semble d’ailleurs avoir renoncé à s’imposer à la tête du parti comme elle en avait exprimé le souhait avant l’été.

    Or la championne de la « démocratie participative » aura du mal à emprunter une stratégie de contournement du PS par l’opinion. Sa popularité, qui fut au principe de sa fortune politique, n’est plus qu’un souvenir. Au manège des faveurs publiques, Bertrand Delanoë l’a bel et bien supplantée. Le maire de Paris est présenté comme la personnalité politique française la plus populaire, dans une enquête Ifop (1), avec 76% de « bonnes opinions ». A ce palmarès, Royal n’arrive qu’en vingt-troisième position avec 49% de jugements favorables (et autant de défavorables).

    Dans le baromètre Ipsos (2), Delanoë apparaît comme le leader de gauche le plus populaire avec 60% d’opinions positives, loin devant Royal (42%). Détail important : chez les sympathisants socialistes eux-mêmes, le maire de Paris est plus apprécié que l’ancienne candidate (respectivement 76% et 68%). L’édile de la capitale n’en conserve pas moins quelques fragilités, notamment une certaine réserve des catégories populaires à son endroit. Mais les socialistes seraient surtout bien inspirés de ne pas reproduire avec Delanoë l’opportunisme qui fut le leur à l’égard de Royal. La stratégie du recours à une personnalité adoubée par les sondés a prouvé ses limites. Rien ne sert de se ranger derrière un leader populaire en l’absence d’un projet politique clair.

    C’est ici que le PS va être soumis à rude épreuve. Plus les socialistes débattront du fond et plus leurs divergences éclateront. La réforme des régimes spéciaux de retraite a fait apparaître tout un éventail de positions au sein de ce parti, de l’approbation au refus en passant par les critiques de forme. Alors que les « éléphants » disparaissent les uns après les autres (Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn, voire Laurent Fabius), une nouvelle topographie politique se dessine au PS. Une droite audacieusement rénovatrice (Gaëtan Gorce, Manuel Valls) pose ses jalons dans le sillage d’un ségolisme mal en point. Une gauche courageusement résistante (Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon) lui apporte la contradiction dans un contexte idéologique peu favorable.

    Entre les deux, le centre du parti se cherche avec d’autant moins de précipitation qu’il se sait majoritaire. François Hollande voudrait en devenir le présidentiable attitré mais il sort terriblement usé de sa décennie en charge de la rue de Solférino. Delanoë est bien placé pour prendre le relais. L’ambiguïté même de son identité personnelle – un ancien apparatchik de culture socialiste traditionnelle devenu un élu moderniste prisé des « bobos » – le place au point d’équilibre du PS d’aujourd’hui.

    C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Tant que les socialistes n’auront pas tranché sur les sujets qui les divisent, leurs capacités de conviction seront entravées. Or cette clarification sera périlleuse. Le problème n’est pas seulement d’arbitrer entre des sensibilités différentes au sein du parti. Il est de définir une orientation qui tienne compte des clivages profonds qui traversent le « peuple de gauche » lui-même. Une fort intéressante enquête LH2 (3) a mis en lumière l’incroyable diversité idéologique des Français qui se situent à gauche.

    En analysant leurs opinions sur toute une batterie de questions, l’institut a dégagé quatre grande familles bien distinctes. La première catégorie en nombre (37%) n’est autre que celle des « libéraux-autoritaires » : favorables au libéralisme économique et partisans de la fermeté sur les questions sociétales. Autrement dit, une « gauche » étrangement proche du sarkozysme… Non seulement cette composante pèse lourd dans l’électorat potentiel de ce camp, mais elle est aussi celle qui regroupe la plus grande proportion d’ouvriers et d’employés.

    La seconde famille de gauche est celle des « sociaux-libéraux » (26%) qui ont souvent voté pour François Bayrou et qui espéraient en Dominique Strauss-Kahn. Viennent enfin les « étatistes » (24%), fidèles aux conceptions traditionnelles de la gauche, et les « anti-libéraux » (15%), de tempérament gauchiste. Comment diable fédérer des positions aussi antagonistes ? Tirant partie de ses propres contradictions, Royal avait partiellement réussi, le temps d’une campagne, à coaguler des contraires. Mais une gauche qui resterait hyper-plurielle n’est pas promise à un destin majoritaire. Bâtir une nouvelle cohérence s’impose à elle comme une tâche aussi ardue qu’indispensable.

(1) Sondage Ifop-Paris Match, 6-7 septembre.
(2) Baromètre Ipsos-Le Point, 7-8 septembre.
(3) Sondage LH2-Libération, 17-25 août.

Article publié dans Le Figaro du 21 septembre 2007.

19 septembre 2007

Vitesse et imprécision

    Un gros bouquet de réformes sociales promises dans les délais les plus brefs. Le discours de Nicolas Sarkozy d'hier a été, une fois de plus, placé sous le signe du mouvement. La stratégie est d'autant moins surprenante qu'elle avait été annoncée pendant la campagne présidentielle: mener à bien l'ensemble des réformes de front et au pas de charge.

    Ce tempo a le mérite de convaincre les Français que, décidément, ce président veut agir. Mais la vitesse imprimée se heurte à une vraie contradiction. En peu de temps, il est bien difficile d'imaginer des solutions nouvelles aux délicats problèmes à résoudre. La concertation sociale tant vantée risque alors d'être plutôt formelle, le pouvoir se contentant de mettre en oeuvre les réformes déclinées pendant la campagne électorale. Ou bien, le président et son gouvernement lâchent du lest au gré des résistances rencontrées. Et tant pis, cette fois, pour les tenants de la "rupture" libérale.

    D'ores et déjà, frappant est le contraste entre la vigueur du calendrier et l'imprécision des réformes. Prenons l'exemple du contrat de travail. Le candidat Sarkozy avait promis un nouveau "contrat de travail unique" remplaçant le CDD et le CDI. Le président Sarkozy se contente d'évoquer "plusieurs pistes" d'assouplissement inspirées des propositions du Medef. Sur la réforme emblématique des régimes spéciaux de retraite, le chef de l'Etat laisse également la porte ouverte à bien des aménagements. Sarkozy sera peut-être plus performant dans l'impression de mouvement que dans le mouvement lui-même.

11 septembre 2007

Piège à syndicats

    Les menaces syndicales ne doivent pas faire illusion. Les grandes confédérations de salariés savent qu'elles ne disposent pas du rapport de forces leur permettant de s'opposer à la réforme des régimes spéciaux de retraite. "L'habileté" dont se prévaut François Fillon, qui avait fait le "choix tactique" de ne pas toucher à ces fameux régimes spéciaux lors de la réforme des retraites de 2003, est en passe de payer. Leurs bénéficiaires seront, cette fois-ci, isolés.

    Un mouvement de protestation analogue à celui de 1995 est hautement improbable. Son succès avait beaucoup tenu à sa popularité dans l'opinion. Douze ans plus tard, les mentalités ont changé. Chacun jalouse autrement plus le voisin. Et les Français n'ont pas conscience que la suppression de ces avantages particuliers ouvrira la voie à un nouveau durcissement du régime général des retraites. Les valse-hésitations du PS sur la question sont révélatrices de l'état d'esprit ambiant.

    Les syndicats sont coincés. S'ils déclenchent la guerre, ils sont sont promis à la défaite. Or, Bernard Thibault l'a bien compris, le gouvernement ne verrait pas d'un mauvais oeil un "affrontement avec une profession en particulier" (comprendre les cheminots) dont il sortirait vainqueur. La donne sociale du pays en serait transformée. Aussi les confédérations de salariés ont-elles plutôt intérêt à négocier au plus juste sur ce dossier afin de conserver leurs capacités de mobilisation pour d'autre causes, plus populaires, comme la défense du contrat de travail.

    On s'amusera enfin d'entendre Patrick Devedjian prendre appui sur la "demande d'égalité du corps social", concept assez peu prisé à l'UMP. Les défenseurs patentés des privilégiés s'offrent ici le luxe de partir en guerre contre les "privilégiés" du secteur public. Qui n'auront cependant jamais bénéficié d'une authentique "retraite-chapeau".   

08 septembre 2007

Défense en feu

    Pour se reposer des artifices politiciens, quelques clichés pris lors du spectacle pyrotechnique du 6 septembre sur le parvis de La Défense.

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07 septembre 2007

Mandat impératif

    « Tout mandat impératif est nul », prévient fermement l’article 27 de la Constitution. Heureusement pour Nicolas Sarkozy, cette règle s’impose aux membres du Parlement. Elle leur interdit de décomposer la souveraineté nationale en devenant les instruments de la volonté particulière de leurs électeurs. Une telle suspicion est moins de mise pour un président de la République élu par l’ensemble de la nation.

    « Tout dire avant pour tout faire après » : le précepte sarkozien évoque étrangement le principe du mandat impératif. Pris au pied de la lettre, il suppose que son action à la tête de l’Etat découlera mécaniquement de ses discours de campagne. L’élu du 6 mai 2007 se situe aux antipodes de Jacques Chirac. On prête à l’ancien président la maxime selon laquelle « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Le fondateur du RPR distinguait soigneusement les manœuvres de l’avant scrutin et les décisions de l’après. Ne goûtant guère l’improvisation, Sarkozy hisse au contraire le respect des engagements pris devant les électeurs au rang d’ardente obligation.

    L’obsession d’une cohérence entre les paroles d’hier et l’action d’aujourd’hui est d’autant plus lourde de conséquences que le candidat victorieux de l’UMP a mené une campagne très programmatique. Sarkozy a combiné la martèlement de slogans (« travailler plus pour gagner plus ») avec la déclinaison de mesures concrètes (défiscalisation des heures supplémentaires). Son projet présidentiel s’est largement inspiré du programme longuement préparé par l’UMP au fil de ses conventions thématiques.

    Ayant annoncé la couleur sur de nombreux sujets, le président peut se prévaloir d’une forte légitimité politique. Par leurs votes, le Français lui ont donné un assez clair mandat pour agir. Un atout précieux pour faire face à une opinion changeante ou à des partenaires sociaux récalcitrants. Nous sommes loin du contexte de 1995. Le « plan Juppé », on s’en souvient, n’avait pas résisté à l’épreuve d’un puissant et populaire mouvement social. Le pouvoir de l’époque payait un tournant rigoriste contradictoire avec la thématique de la « fracture sociale » portée par le candidat Chirac quelques mois auparavant. La réforme des régimes spéciaux de retraite, explicitement annoncée, ne provoquera pas cette fois-ci pareil tumulte.

    Non seulement Sarkozy a été élu sur un mandat précis, mais il a été bien élu. Considérés dans leur ensemble, les quatre scrutins du printemps 2007 sont très favorables à la droite. Sa déception au soir du second tour des élections législatives ne corrige qu’à la marge un rapport de forces très déséquilibré en sa faveur. Avec 31,4% des suffrages exprimés au premier tour et 53,1% au second, le candidat de l’UMP a d’abord obtenu, à l’élection présidentielle, les meilleurs résultats de la Vème République pour un candidat non sortant, exception faite du scrutin de 1969 où la gauche était hors jeu. En 1974, Valéry Giscard d’Estaing avait fait légèrement mieux au premier tour mais nettement moins bien au second. Les performances de François Mitterrand en 1981 furent beaucoup plus modestes tout comme celles de Jacques Chirac en 1995.

    Le scrutin législatif a confirmé la dynamique sarkozienne. En recueillant 39,6% des voix au premier tour, l’UMP a enregistré le meilleur résultat pour un parti du président nouvellement élu. Disposant de 59% des sièges de députés, la majorité présidentielle est plus confortable qu’en 1981 et 1988, même si elle est un peu plus étroite qu’en 2002. La limpidité de ces verdicts électoraux doit encore être rapprochée de la fermeté de la ligne politique défendue par Sarkozy et l’UMP. Le nouveau président a fait une campagne ancrée à droite jusque dans l’entre-deux-tours de la présidentielle. Et la nouvelle majorité n’a guère mis d’eau dans son vin pendant la campagne législative, au risque d’être suspectée de projets impopulaires comme ce fut le cas avec la TVA sociale.

    Pour autant, le mandat confié par les électeurs à Sarkozy n’est pas dénué d’ambiguïtés. Il faut distinguer la lettre et l’esprit des engagements pris devant les Français. Ceux-ci ratifient moins un programme examiné dans ses détails qu’ils n’approuvent une orientation en phase avec leurs attentes. L’essentiel relève d’un mandat implicite : satisfaire les espérances soulevées pendant la campagne. Sécurité garantie, immigration maîtrisée, pouvoir d’achat en progrès, retour au plein emploi, liberté scolaire : tels sont quelques unes de promesses que l’électorat retiendra. Les réformes annoncées permettront-elles d’atteindre ces ambitieux objectifs ? Le nouveau chef de l’Etat risque d’être prisonnier des limites de son propre programme.

Article publié dans Enjeux-Les Echos de septembre 2007.

05 septembre 2007

Logique Vélib'

    Comme de nombreux Parisiens, je suis vite devenu un praticien enthousiaste de Vélib'. Il me semble cependant que l'entreprise risque d'être victime de son succès. En tous cas, celui-ci obligera certainement à aller plus loin dans la mutation des transports urbains.

    1. Malgré la montée en puissance du réseau de stations, la disponibilité du service menace d'être aléatoire. Pénurie de vélos dans la périphérie de la capitale et impossibilité de les garer en son centre seraient la sanction logique d'une utilisation systématique de ce mode de transports dans les navettes domicile-travail.

    2. Le maillage très honorable de Vélib' contraste avec le faible nombre de vraies pistes cyclables dans Paris. A l'expérience, le partage de certaines voies entre bus (et taxis) et vélos n'apparaît pas comme une excellente idée. Etre frôlé par un bus ou brutalement stoppé par un de ses arrêts n'est pas très réjouissant. Et plaignons leurs chauffeurs de devoir slalomer entre des cyclistes parfois désinvoltes. Un réseau serré de pistes cyclables dédiées s'impose.

    3. Rien n'indique que Vélib' permettra de réduire la part de la voiture dans les transports parisiens. Il semble plutôt que les nouveaux pédaleurs empruntaient le métro (c'est mon cas). Les transports publics risquent paradoxalement de souffrir de cette nouvelle concurrence, surtout s'ils n'améliorent pas leur offre (fréquence des rames en fin de soirée, par exemple).

     4. A vélo, la jungle parisienne est souvent effrayante. Les automobilistes ne respectent pas les cyclistes (et vice-versa), les cyclistes ne respectent pas les piétons (et vice-versa), les automobilistes ne respectent pas les piétons (et vice-versa). Sur le bitume aussi, le "vivre ensemble" est problématique. Bien avant Vélib', les pédaleurs ont pris l'habitude de réécrire à leur manière le code de la route en supprimant, par exemple, les notions de feux rouges ou de sens unique. A deux roues, il faut être d'une très rare vertu pour rester scrupuleusement dans les clous de la légalité ! A Paris, en tous cas.

03 septembre 2007

Deux PS

    Les royalistes rasent les murs au Parti socialiste. J'étais ce week-end à La Rochelle pour débattre de la "droitisation de la société française" en tant qu'auteur du livre "A droite toute". La tonalité des interventions, dans cet "atelier", contrastait fort avec les propos tenus par la plupart des dirigeants du PS qui s'expriment cet an-ci dans la presse. Ségolène Royal veut que ce parti s'adapte à l'air du temps en "ouvrant portes et fenêtres". Manuel Valls souhaite supprimer la référence socialiste. Gaëtan Gorce conjure ses camarades d'accepter la mondialisation et de "remettre l'individu au centre de nos préoccupations".
    Ces sensibilités ne ne se sont guère fait entendre à La Rochelle. Le "nouveaux adhérents" à 20 euros, séduits par Royal, ont déjà disparu de la circulation ou bien alors ils n'osent pas prendre la parole. La grande majorité des militants qui se sont exprimés étaient plutôt demandeurs d'une réaffirmation de l'identité de gauche du PS et d'une critique plus ferme de la droite au pouvoir. Aux discours de la "rénovation" des uns répondent les préoccupations identitaires des autres. Comme si un PS de l'extérieur, parfois excessivement sensible à la droitisation de la société, coexistait avec un PS de l'intérieur qui a tendance à la nier purement et simplement. Militants et dirigeants semblent alors presque vivre sur des planètes différentes. Ce grand écart est lourd de dangers pour les socialistes.

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A droite toute

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