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août 2007

30 août 2007

Opposition neutralisée

    L’état de grâce se transformerait-il en état de lévitation ? Cent jours après son arrivée à l’Elysée, Nicolas Sarkozy jouit d’une popularité exceptionnelle sous la Vème République. Aucun président n’avait suscité une telle ferveur en début de mandat. L’Ifop mesure, avec la même question, la popularité de l’exécutif depuis 1958. Selon cet indicateur, 69% des Français sont aujourd’hui « satisfaits » du chef de l’Etat et seulement 22% « mécontents » (1). Seul le général de Gaulle se rapproche d’une telle performance. En avril 1959, son score de satisfaction s’est élevé à 67%. Et le héros du 18 juin a, par la suite, franchi la barre de 70%, à six reprises, en 1960 et 1961.
    Les commencements de ses successeurs furent autrement plus modestes. Trois mois après leur entrée en fonction, Georges Pompidou devait se contenter de 52% de satisfaits, Valéry Giscard d’Estaing de 53%, François Mitterrand (2) de 48% et Jacques Chirac de… 39% ! La très haute popularité de l’actuel président dépasse le phénomène classique de bienveillance de l’opinion à l’endroit du vainqueur. Elle s’inscrit dans une conjoncture particulière où se conjuguent la séduction du style présidentiel, le bon accueil réservé aux premières mesures gouvernementales mais aussi l’impressionnante neutralisation de l’opposition.
    Les luxueuses vacances américaines de Sarkozy n’ont pas plus écorné son image que son séjour à bord d’un yacht après son élection. Preuve est faite qu’un dirigeant politique français n’a plus à dissimuler ses relations fortunées. Les catégories populaires demeurent acquises au nouveau président. Selon TNS-Sofres (3), 76% des ouvriers jugent positivement son action depuis trois mois contre 71% pour l’ensemble des personnes interrogées. La manière dont le chef de l’Etat se saisit systématiquement des faits divers pour se placer du côté des victimes n’y est sans doute pas étrangère. Les Français sont visiblement heureux d’avoir un président aussi prompt à prendre leur défense même s’ils ne sont pas dupes du procédé. Les trois-quarts des personnes interrogées dans l’enquête citée plus haut estiment que le qualificatif de « démagogique » peut être appliqué à Sarkozy. Significativement, ce jugement est autant partagé dans l’électorat de droite que dans celui de gauche.
    L’approbation des premières mesures gouvernementales est une autre source de popularité pour l’exécutif. A l’exception du non-remplacement de tous les fonctionnaires partant à la retraite, toutes les autres réformes sont favorablement accueillies d’après l’Ifop (4). C’est le cas l’ensemble des mesures fiscales mais aussi de l’instauration d’un service minimum dans les transports publics ou encore de l’autonomie des universités.
    Les préoccupations sociales des Français les incitent pourtant à certaines réserves à l’égard de l’action gouvernementale. Son influence sur le pouvoir d’achat, – question assurément majeure – est massivement considérée de façon négative (3). Une autre enquête indique qu’une majorité de sondés ne fait pas confiance au gouvernement en ce qui concerne non seulement « l’augmentation du pouvoir d’achat », mais encore « la baisse des impôts » et « la lutte contre la pauvreté et l’exclusion » (5).
    L’opposition pourrait prendre appui sur ces inquiétudes si elle était en état de jouer son rôle. La gauche demeure toutefois sous le choc de sa défaite du 6 mai et de la stratégie d’ouverture du président. Sarkozy y a gagné une image de « rassembleur » qui lui permet, selon TNS-Sofres, d’être approuvé par une moitié environ des électeurs de gauche.
    Les dirigeants socialistes peinent à se situer par rapport au pouvoir. François Hollande reste fidèle à la stratégie de « l’opposition frontale » définie par Laurent Fabius, mais le premier secrétaire du PS souffre d’un vif discrédit : un tiers seulement des sondés jugent favorablement son action d’après Ipsos (6). Quant à l’ancien Premier ministre de Mitterrand, il s’est réfugié dans un rôle de « sage actif ». A l’inverse, d’autres socialistes multiplient les coups de chapeau au nouveau pouvoir. Michel Rocard assène que « le PS n’est plus en situation de gouverner » (interview au « Parisien ») et il se réjouit que « le dynamisme est de retour dans la diplomatie française » (interview au « Scotsman »). Pierre Moscovici, secrétaire national du PS aux questions internationales, trouve « intéressant » et de bonne « tenue » le récent discours diplomatique de Sarkozy. Manuel Valls, qui a refusé d’entrer au gouvernement, propose de « faire un bout de chemin avec la majorité sur certains sujets » (interview au « Figaro »).
    La cacophonie menace d’autant plus la gauche que sa crise de leadership s’approfondit. Ségolène Royal a perdu la belle popularité qui avait conduit à son investiture. Avec 43% d’opinions favorables chez Ipsos, elle se situe désormais entre… Olivier Besancenot et Alain Juppé. Dominique Strauss-Kahn est considéré comme « le meilleur leader de la gauche » pour les années à venir dans une enquête LH2 (7). Or l’ancien ministre de l’Economie se consacre désormais à la conquête du FMI. Si Bertrand Delanoë effectue une percée dans les sondages, il n’est pas encore en situation de s’imposer à gauche. Tant que l’opposition ne sera pas en ordre de marche, Sarkozy conservera un avantage décisif.

(1) Sondage Ifop-Journal du Dimanche, 23-24 août.
(2) Ces chiffres concernent les premiers mandats présidentiels de Mitterrand et Chirac.
(3) Sondage TNS-Sofres-Le Figaro-RTL-LCI, 22-23 août.
(4) Sondage Ifop-Journal du Dimanche, 9-10 août.
(5) Sondage Ifop-Dimanche Ouest France, 23-24 août.
(6) Sondage Ipsos-Le Point, 17-18 août.
(7) Sondage LH2-Libération, 17-18 août.

Article publié dans Le Figaro du 30 août 2007.

24 août 2007

Hyper-prés(id)ence médiatique

    Hyperactif ! Les médias ne cachent pas leur fascination pour l'activisme tous azimuts de Nicolas Sarkozy. Délinquance sexuelle, crise financière, racisme à l'école, antiterrorisme, collisions maritimes, relance de la croissance: le président intervient sur tout et tout le temps. La question n'est pas de savoir s'il en fait trop, mais s'il parle et agit bien. Le chef de l'Etat impulse-t-il de manière efficace les politiques publiques ou bien s'en tient-il surtout à une "occupation constante de la scène médiatique" selon l'expression de Marcel Gauchet ?
    Ses interventions dans l'affaire du viol du petit Enis ont de quoi inquiéter ceux qui estiment qu'un président de la République doit travailler à la résolution des problèmes plutôt que de chercher à flatter l'opinion. Les propositions avancées précipitamment par Sarkozy pour mieux lutter contre la récidive des délinquants sexuels n'ont pas convaincu, c'est le moins qu'on puisse dire, la plupart des professionnels concernés. Mais, pour le candidat élu du 6 mai,  l'essentiel était visiblement de manifester spectaculairement son empathie avec l'émotion publique. Sans hésiter à utiliser un vocabulaire brutal ("prédateurs", "castration") pour mieux faire croire qu'il réagissait comme le commun des téléspectateurs. L'efficacité sondagière de la posture sera sans doute au rendez-vous. Mais démonstration aura aussi été faite du manque de sérénité de l'Elysée: une nouvelle loi sur la récidive fut annoncée moins d'un mois après le vote de celle adoptée définitivement le 26 juillet.
    Sur bien d'autres sujets, Sarkozy apparaît souvent plus désireux de frapper l'opinion que d'agir en profondeur. "La réalité n'a aucune importance. Il n'y a que la perception qui compte", assène son ancien chef de cabinet Laurent Solly. D'où, sans doute, la distance qui sépare parfois les grands discours de Sarkozy de leurs conséquences concrètes. Sait-on que 230 des 239 "sans papiers" du squatt de Cachan, fièrement promis à l'expulsion, ont été régularisés ?
    Le nouveau président tente certes de tenir ses promesses. Mais c'est surtout le cas pour les plus populaires comme les divers cadeaux fiscaux. Qu'il s'agisse de la réduction du nombre de fonctionnaires, du service minimum dans les services publics ou de la réforme de l'université, l'action a été en recul par rapport aux paroles. On ne saurait parler ici d'hyperactivité. Sarkozy devrait peut-être moins sautiller sur les sujets d'actualité et se pencher plus attentivement sur les réformes structurelles.

20 août 2007

Vacances caricaturales

    Aussi tapageuses que fastueuses, les vacances américaines de Nicolas Sarkozy auront offert une image caricaturale du nouveau président.
    L'ami des millionnaires. Chantre de la réussite matérielle, Sarkozy affiche sans complexe son goût du luxe. C'est son choix. L'ennui, c'est qu'il semble prendre l'habitude de profiter des largesses de ses opulents amis. Le coût de son séjour de deux semaines à Wolfeboro est estimé à 44 000 euros. C'est beaucoup, mais cela ne fait jamais que quelques 2% de la fortune officielle déclarée par l'entrant à l'Elysée. Ajoutons que si le traitement d'un président de la République est relativement modeste au regard de ses responsabilités, il peut être considéré comme de l'argent de poche: ce job-là est vraiment tous frais payés.
    Sarkozy pouvait se payer sa petite folie américaine. Il a préféré se la faire offrir par deux amis plus millionnaires que lui. Au risque que certaines coïncidences laissent songeur. Parmi ces généreux donateurs figure la responsable de la communication de Prada France. Une amie de Cécilia Sarkozy. Les nombreux lecteurs de la presse people se souviennent que la famille du nouveau président était parée de Prada lors de la cérémonie d'investiture du 16 mai. Une très belle publicité.
    L'ami des Américains. Bien sûr, l'air est exceptionnellement pur dans le New Hampshire. Mais Sarkozy n'a-t-il pas aussi été séduit à l'idée de passer ses vacances à 80 kilomètres seulement de la résidence familiale des Bush ? Même un peu gâchée par l'angine diplomatique de Cécilia, la hamburger party chez le président américain fut le moment fort de ses vacances. Pour Washington, il ne fait guère de doute que le nouveau président français sera plus accommodant que l'ancien. Et ce n'est pas le voyage de Bernard Kouchner en Irak qui démentira une inflexion atlantiste de la diplomatie française.
    L'ami des médias. Sarkozy ne peut s'en passer. Mises en scène joggeuses, confidences distillées aux journalistes, pluie de communiqués présidentiels: il n'y a pas eu de vacance médiatique du président. Mais l'ami des médias veut aussi les contrôler. Sur ce point, il est désespérément français et pas du tout américain. Sarkozy a du mal à comprendre que dans cet étrange pays que sont les Etats-Unis, les journalistes s'imaginent libres et qu'on ne peut limiter leurs allées et venues sous prétexte de "respect de la vie privée" ou encore d'un "accord" passé avec certains d'entre eux. D'où le quiproquo de l'abordage. Sarkozy a trop l'habitude de "dealer" avec les médias. Le dernier exemple en date est celui de son coup de fil aux journalistes du "Monde": je vous dis qui a payé mes vacances, mais vous ne parlez pas de Cécilia. Fort heureusement, le quotidien du soir n'a pas obtempéré.

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