Six questions
L’élection présidentielle se joue d’abord au premier tour. Cette vérité n’est pas que platement chronologique. Elle est aussi politologique. Le premier tour révèle des équilibres électoraux et propulse des dynamiques politiques déterminants pour le second tour. En ce sens, le tour décisif n’est pas forcément celui qu’on croît. Cette année, ce premier rendez-vous électoral est même particulièrement crucial. L’incertitude qui continue à peser sur l’identité des deux finalistes de la course à l’Elysée lui attribue une fonction de tri décisive. Et l’intérêt passionné manifesté les Français pour cette campagne les incite à peser, dés le premier tour, sur l’issue de la compétition. Résumons les enjeux du 22 avril 2007 en six questions.
1. L’abstention descendra-t-elle en dessous de 20% ?
Tout annonce une forte participation. L’intérêt pour l’élection présidentielle se situe, d’après les enquêtes d’opinion, à un niveau sans précédent depuis 1981. La forte audience des émissions politiques au fil de la campagne témoigne aussi d’une attention soutenue qui devrait trouver sa traduction dans les urnes. La vague des nouvelles inscriptions sur les listes électorales en est un autre signe. Le nombre des inscrits s’est gonflé de 4,3%, le pourcentage le plus élevé avant une élection présidentielle depuis 1981.
La nouveauté de l’offre électorale n’est pas étrangère à cette ardeur. Les candidats des deux principaux partis de gouvernement en sont à leur première compétition élyséenne. Tout ceci pourrait nous faire renouer avec les taux d’abstention inférieurs à 20% des inscrits constatés de 1974 à 1988. La surprise du 21 avril 2002 tenait, pour beaucoup, à une participation inhabituellement faible. Aux régionales et aux européennes de 2004, la torpeur électorale avait encore fait des ravages. Un retour à l’enthousiasme civique marquerait un tournant majeur. L’enjeu est d’abord celui d’un retour massif dans les bureaux de votes des catégories populaires, celles-là même qui ont constitué la cible principale de cette campagne.
2. Nicolas Sarkozy distancera-t-il ses rivaux ?
Le candidat de l’UMP a résolument adopté une stratégie de premier tour : son objectif est d’arriver en tête suffisamment largement pour empêcher qu’une dynamique de second tour ne le fasse battre. Il est donc important pour lui, non seulement d’être le premier, mais aussi de creuser l’écart avec son adversaire du 6 mai. Cette stratégie explique pourquoi Nicolas Sarkozy s’est d’abord employé à garantir le soutien susceptible de lui être apporté par une fraction non négligeable d’anciens électeurs de Jean-Marie Le Pen. De manière convergente, le candidat de droite a systématiquement cherché à se concilier les faveurs d’un électorat populaire qui avait massivement boudé l’UMP lors des scrutins de 2004.
Au-delà de ces calculs, Sarkozy aura réussi à imposer la majorité des thèmes de la campagne même si son intempérance verbale a parfois brouillé son message. Son lieutenant Patrick Devedjian lui a fixé un seuil de succès modeste en évoquant le meilleur score de Jacques Chirac en premier tour de présidentielle (20,8% en 1995). C’est oublier que l’UMP, créée en 2002, a voulu réunifier la plupart des courants de la droite parlementaire. En additionnant le score d’il y a cinq ans obtenu par les trois candidats dont les soutiens se retrouvent aujourd’hui chez Sarkozy, on obtient quelques 25% des suffrages. Son succès serait éclatant s’il franchissant la barre des 30% jamais atteinte par un candidat de droite depuis 1974.
3. Ségolène Royal se qualifiera-t-elle pour le second tour ?
Posé ainsi, l’enjeu pour la candidate socialiste peut sembler excessivement limité. Après tout, la gauche a remporté de manière éclatante les scrutins régionaux et européens de 2004. L’impopularité du gouvernement sortant, dont Sarkozy fut un des principaux ministres, devrait aussi faire de la candidate du PS la favorite de cette élection. Or François Hollande lui-même n’a cessé de rappeler qu’il n’était pas assuré de sa présence au second tour. Le traumatisme du 21 avril n’a toujours pas été surmonté à gauche. La poussée de François Bayrou au cours de la campagne a, par ailleurs, renouvelé les scénarios d’élimination prématurée de ce camp. Il est vrai que le vote socialiste est particulièrement élastique dans les batailles présidentielles : son score est étiré des 5% obtenus par Gaston Defferre en 1969 aux 34,1% engrangés par François Mitterrand en 1988.
Placée sous le double signe de la ténacité et de l’improvisation, la campagne de Ségolène Royal n’a que très inégalement convaincu. Mais l’appel au vote utile des électeurs de gauche, comme une manière de transformer sa faiblesse en force, pourrait être d’une redoutable efficacité. Grâce au ralliement de Jean-Pierre Chevènement et de Christiane Taubira, la candidate du PS dispose déjà d’un potentiel électoral de 24% par référence à 2002. Elle peut même espérer créer la surprise en décrochant la première place, comme Lionel Jospin en 1995. Cela ne garantirait pas pour autant sa victoire au second tour si, comme c’est le cas depuis douze ans, le total des voix de gauche n’atteignait pas la barre de 40% des exprimés.
4. François Bayrou triomphera-t-il de la bipolarisation ?
Le candidat de l’UDF joue gros. Comme il l’a déclaré lui-même, il ne se bat pas pour faire un bon « score » mais pour « gagner ». Cela suppose d’arracher au moins la seconde place. L’éventualité n’est pas à exclure si l’on songe à la spectaculaire ascension de François Bayrou. Aussi dynamique qu’imprécise, sa campagne lui a permis d’être le candidat qui a incontestablement marqué le plus de points. Le cocktail électoral lui permettant d’être qualifié pour le 6 mai est toutefois délicat à confectionner : le jour du vote, il lui faudra additionner à sa base UDF traditionnelle l’électorat de droite allergique à Sarkozy et celui de gauche hostile à Royal. L’hésitation très marquée dans ses soutiens potentiels est à la mesure de l’ampleur du changement impliqué par le succès de son entreprise : l’éclatement du clivage droite-gauche qui structure la vie politique française depuis plus d’un demi-siècle.
S’il manque son objectif principal, Bayrou pourrait toutefois affirmer l’influence d’un courant centriste qui a eu ses heures de gloire présidentielles. Jean Lecanuet avait recueilli 15,6% des voix en 1965. Et Alain Poher s’était qualifié pour le second tour avec 23,3% des suffrages, en 1969, sur fond de débâcle socialiste. Bayrou dispose, au demeurant, d’un potentiel électoral de 9% tandis que l’UDF a rassemblé 12% des exprimés aux dernières européennes.
5. Jean-Marie Le Pen échappera-t-il au déclin ?
Plus on monte haut, et plus il est difficile de ne pas descendre. Le candidat du Front national s’était hissé au second tour à la surprise générale en 2002. Ce précédent joue aujourd’hui contre lui. La gauche est prévenue du risque de dispersion de ses voix. Jean-Marie Le Pen lui-même semble ne plus vraiment croire à ses chances de rééditer l’exploit d’il y a cinq ans. Alors que le thème de l’immigration, qui lui est cher, a été très présent dans la campagne, sa stratégie a souffert d’hésitations et de contradictions. Le candidat d’extrême droite a oscillé entre son répertoire traditionnel et ses tentatives de sortir de sa caricature.
Grâce au soutien de Bruno Mégret, Le Pen dispose d’un potentiel électoral de 19% des suffrages. Il n’est pourtant pas assuré de poursuivre sa croissance présidentielle : 14,4% des suffrages exprimés en 1988, 15% en 1995 et 16,9% en 2002. Les scrutins de 2004 ont montré que le FN n’est plus porté par une dynamique ascendante. Aux régionales, avec 15% des voix, ses listes ont simplement retrouvé leur score de 1998. Aux européennes, le FN n’a obtenu que 10% des suffrages, soit nettement moins qu’en 1994 et 1989. La concurrence de Philippe de Villiers pourrait lui coûter quelques points, mais c’est évidemment celle de Sarkozy qui sera la plus dangereuse.
6. L’extrême gauche conservera-t-elle son influence ?
La vitalité et la diversité du courant trotskiste figurent parmi les manifestations de l’exception française. Les héritiers de l’ancien chef de l’Armée rouge alignent trois candidats. Au total, la « gauche antilibérale » est représentée dimanche par cinq bulletins de vote. Cette dispersion ne l’empêchera sans doute pas de peser sur le premier tour. L’extrême gauche avait totalisé 10% des voix en 2002. La conjoncture lui était favorable dans la mesure où elle pouvait alors dénoncer un pouvoir de gauche sortant.
L’enjeu, pour ce courant, n’est pas seulement celui du maintien de son influence mais aussi celui du leadership interne. La LCR d’Olivier Besancenot, dépassée par LO d’Arlette Laguiller en 2002, tentera cette fois-ci de dominer ses rivaux. Le sort du PCF est également en question dimanche. Si Marie-George Buffet provoque une nouvelle baisse d’audience de son parti, le déclin de celui-ci risque d’entrer en phase terminale.
Article publié dans Le Figaro du 21 avril 2007.
ATTENTION: Les commentaires sont exceptionnellement soumis à autorisation préalable jusqu'à dimanche soir.

En France, les arbres commencent à bourgeonner. Toute la nature annonce le changement, un changement tendre et sans heurts. Epousez le mouvement.
C’est une femme. Au début comme tout bon mâle j’étais sceptique : qu’à donc à voir le sexe avec les compétences, me disais-je ? Et voilà un Parti Socialiste exsangue depuis la défaite injuste de Jospin qui sort de son chapeau une dame jolie comme une publicité pour des vacances au bord de la lagune, opposant son imperturbable sourire à la morgue des éléphants socialistes, aux dents acérés des requins UMP... mais... une femme.... vous y pensez ? Marianne, si joliment féminine avec son écharpe tricolore, pourrait vraiment être incarnée... par une femme ! Voilà qui bouleversait nos usages. Marianne bibelot dans les vitrines des officines de la République, tant que vous voudrez, statue-sirène à la proue du beau bateau France... mais... une femme à la barre ? Et une femme féminine en plus... Mais puisqu’on vous dit que le pays est fasciné par sa propre insécurité... ce qu’il nous faut, c’est Villepin qui paraît-il la dit... c’est un Ben Hur, un chef de gang qui est assez de c0v !££s pour aller mettre de l’ordre dans les quartiers ! La France a besoin d’ordre. Qu’ont à voir les femmes avec l’ordre, si ce n’est avec l’ordre de la maisonnée ?
Mais c’est le Printemps, toute la nature appelle au changement tendre, les oiseaux même s’éveillent et délaissant pour un moment la chasse aux insectes, s’envoient, d’une branche à l’autre, des trilles amicales pour annoncer le retour du soleil.
La guerre des gangs n’aura pas lieu, semblent nous chanter les oiseaux. Il ne faut pas qu’elle ait lieu. On le sait, les petit mâles aiment à se prendre pour de grands aventuriers. Et combien y en a-t-il, aujourd’hui, en France, de ces petits mâles ambitieux, que ce soit dans la misère des citées ou dans les palais dorées de la République, qui attendent le signal des hostilités ?
Il est grand temps qu’une femme mette de l’ordre dans la maisonnée, une femme, qui, ayant déjà éduqué quatre enfants, ayant mis de l’ordre dans toute une région, la sienne, qu’elle dirige sans heurts, ne divise pas la belle et multicolore famille France - en opposant d’un côté "le parti des honnêtes gens" de l’autre "celui de la racaille", en opposant d’un côté "la France qui se lève tôt", de l’autre coté "la France des assistés", en jouant "une France contre une autre", comme s’il y avait deux France - mais en réunissant tous les enfants de France, dans un même projet.
"De l’ordre ?" oui ! nous dit-elle. Comment une femme, mère de famille de quatre enfants ne pourraient-elles pas savoir qu’il faut que l’ordre, ou mieux, l’harmonie, règne dans la maisonnée ? mais de l’ordre juste. Car une mère sait qu’on ne peut éduquer des enfants simplement par la contrainte ou une morale rigoureuse dont on ne donne même pas soi-même l’exemple. Et quel homme ou femme politique aujourd’hui en France pourrait prétendre être un Saint ou une Vierge immaculée ? Elle n’est pas une Sainte, mais une femme, et une mère, qui aime d’abord tous ses enfants pour ce qu’ils sont, tous les enfants de France, et qui ensuite, veut les conduire, et elle avec eux, à s’améliorer ! Car c’est ici une toute autre manière de gouverner qui s’offre à nous, ou chacun de nous doit trouver sa place, comme acteur.
"Le travail ?" oui ! ajoute-elle, mais une relation au travail qui tienne compte des possibilités de chacun des enfants de France et cherche à les accroitre. Car une mère sait que chacun de ses enfants n’est pas pareillement doué, mais à chacun, elle veut donner la possibilité de se réaliser.
Une famille ? oui ! mais que serait une famille qui ne serait pas ouverte sur les autres ou qui chasserait, après les avoir punis, ceux qui commettent des bêtises, si grosses soient-elles ? Que serait une famille qui fermerait sa porte à celui qui ne parle pas aussi bien la langue familiale que les autres ? A celui qui ne réussit pas aussi bien que les autres ? Que serait une famille qui choisirait ses enfants selon les dons qu’ils ont ? Ce ne serait pas une famille, ce serait un clan, un gang, une mafia.
Donc, prêtez l’oreille, amis de France. La nature toute entière parle d’amour, et la France n’a pas besoin d’un père fouettard qui nous commanderait d’espérer à l’ombre d’un martinet et promettrait de punir tous ceux qui ne voudraient pas se mettre au garde à vous devant l’espoir préfabriqué qu’il nous commande ! Elle a besoin d’une femme, elle n’en a jamais eu autant besoin, elle est prête pour recevoir une femme qui nous invite à renouer le dialogue, et à réapprendre à tisser, avec les fils multicolores de nos différences, un drapeau français - qui ne soit pas le fanion d’une armée de petits mâles avides de pouvoir, à l’ombre duquel se préparaient les prochains carnages.
Rédigé par: Balise | le 21 avril 2007 à 09h52
Il n'y a pas que les arbres qui bourgeonnent : la niaiserie aussi.
Rédigé par: Trésor de bienfaits | le 21 avril 2007 à 12h07
Juste un mot pour vous dire que votre passage à itélé était réussi, malgré un message un peu brouillé du fait de la superposition des thèses (et des prises de parole !) avec votre homologue sociologue.
Rédigé par: Fr. | le 21 avril 2007 à 13h18
Je suis surpris que vous ne citiez pas l'élection de Valéry Giscard d'Estaing parmi les succès électoraux du centrisme ??!
Sinon, ne faudrait-il pas compter également Dominique Voynet parmi les candidats de l'extrême-gauche ? (pardon, j'oubliais que quand on est poli on dit "gauche de la gauche") Ce qui porte à six et non à cinq candidats la représentation de cette famille politique. Il est vrai que la campagne de Voynet se fait essentiellement sur des thèmes écologistes, mais son image publique est essentiellement "gauchiste".
Rédigé par: Nikita Malliarakis | le 21 avril 2007 à 15h26
1. L’abstention descendra-t-elle en dessous de 20% ?
Oui, où alors c'est a désespérer de la démocratie.
2. Nicolas Sarkozy distancera-t-il ses rivaux ?
Pas certain, c'est lui qui a fait la campagne. Mais il a du même coup, dressé les autres contre lui, jusqu'à les rapprocher.
3. Ségolène Royal se qualifiera-t-elle pour le second tour ?
Pas certain. Le vote Bayrou doit être un casse-tête pour les sondeurs... et l'eg est bien fournie.
4. François Bayrou triomphera-t-il de la bipolarisation ?
C'est vraiment de là que la surprise viendra, ou pas.
5. Jean-Marie Le Pen échappera-t-il au déclin ?
Oui. Son électorat est stable. Il semble que ceux qui vote une fois Le Pen, y reviennent par la suite. Malgré le positionnement de Sarkozy.
6. L’extrême gauche conservera-t-elle son influence ?
L'eg n'a pas besoin d'influence dans les urnes pour se faire entendre...
PS : Basile vous êtes pathétique...
Rédigé par: noop | le 21 avril 2007 à 17h09
1. L’abstention descendra-t-elle en dessous de 20% ?
L'Engouement indécis pour cette campagne porte à y croire.......
2. Nicolas Sarkozy distancera-t-il ses rivaux ?
C'est lui qui a fait l'essentiel de la campagne et la crédulité légendaire des français doit en effet lui donner l'avantage, mais seul un devin peut dire s'il "DISTANCERA SES RIVAUX".
3. Ségolène Royal se qualifiera-t-elle pour le second tour ? Elle devait gagner haut la main ces élections, il lui suffisait de continuer sur sa lancée Jaurésienne du début.....
4. François Bayrou triomphera-t-il de la bipolarisation ? Trente années de copinage corrompu de l'UMP et de laxisme imbécile du PS auraient dû le propulser en tête, il a fait des erreurs de campagne (parler de DSK, critiquer les deux autres).
5. Jean-Marie Le Pen échappera-t-il au déclin ?
Oui. Personne n'osera s'attaquer à l'intégrisme donc Marine sera en position de force dans cinq ans.
6. L’extrême gauche conservera-t-elle son influence ?
Tout dépend comment Ségolène entend réaliser l'aggiornamento du PS, vers le centre ou plus improbablement vers l'extrême gauche qui pourrait alors être phagocytée.
Rédigé par: Eric Gillot | le 21 avril 2007 à 19h37
C'est étrange la France, une candidate de la ségosphère ( le mot socialiste est honteux mais le budget est très utile pour nourrir sa soif de pouvoir ) qui aidée de son compagnon ( le 1er secrétaire du PS ) et un grand garçon un peu benêt mais comme c'est le fils à sa maman il est de tous les meetings et connait même des tribunes médiatiques. Bref, on est en 2007, mais celà pourrait se passer au XIXème siècle, dans la famille Thénardier qui masque ses revenus et se sert des pauvres pour s'enrichir et appelle le peuple à voter utile pour conserver ses acquis. Le PS est devenue l'arrière cour d'une famille Holllande-Royal pour s'engraisser sur la dime des militants appelés à claquer son forfait pour conjurer ses voisins à voter pour Désir d'avenir. Dans quelques mois lorsque les sociologues, politologues auront retrouver la tête froide ils inonderont les rédactions de textes qui feront monter la honte et le repentir des innombrables ségolatres qui diront "Ah le vote utile a été utile qu'au couple Hollande-Royal".
Rédigé par: lovely | le 21 avril 2007 à 19h48