C'est aujourd'hui que sort en librairie mon livre sur le cynisme ambiant: "Une société de chiens" (Seuil). Ce blog est donc réquisitionné à des fins promotionnelles. Vous pouvez lire ci-dessous la présentation de l'ouvrage et ailleurs la table des matières ainsi que l'introduction. Kathleen Evin m'a invité à en parler ce soir à 20H10, sur France-Inter, lors de son émission "L'humeur vagabonde".
Qui croit encore à ce qu’il fait ? Nous vivons dans une société d’acteurs désabusés. L’effondrement des idéologies et des croyances laisse libre cours au jeu des petits calculs et des grands intérêts. Le cynique moderne se situe en apparence aux antipodes de son ancêtre de l’Antiquité. Mais, se prenant pour un Dieu et vivant comme une bête, il partage avec Diogène le mépris du genre humain. Or cette maladie de la morale sociale se révèle contagieuse. Le cynisme des puissants exerce des effets en cascade sur l’ensemble de la société. Instrumentaliser autrui sans scrupules, tout ramener à soi, profiter de la confusion des genres, abuser du pouvoir de l’argent, professer que toutes les vérités se valent : nos cyniques ont plus d’un tour dans leur sac pour se frayer un chemin dans un monde réduit à une jungle. Cet essai démonte quelques uns de ces stratagèmes maîtrisés par d’importants personnages. De Thierry Ardisson à Nicolas Sarkozy, en passant par Jean-Marie Messier ou Bernard-Henri Lévy, les cyniques tiennent le haut du pavé dans nombre de sphères. Le moralisme ostentatoire du discours public masque mal ce règne généralisé de la ruse et cette primauté des rapports de forces. Promoteurs d’un état de défiance généralisée, les cyniques nous préparent une société de chiens.
l'introduction met en appêtit.
J'aime ces livres qui émergent de la pourriture humaine, cet humus des feuilles d'automne une fois l'arrosage de Novembre réalisé et qui nous forcent à lever le nez pour respirer et enfin prendre conscience. J'aime ces livres "enlevés" qui donnent sens à mon expérience, à mes souffrances de "naïf" toujours prêt à remettre ça...et qui me permettent d'avoir la hauteur pour mettre tout ça en perspective au lieu de le garder en petits morceaux, ceux de mes souvenirs "de bric et de broc"
J'espère qu'on le trouvera à La Réunion où le cynisme s'étale depuis pas mal de temps et symbolise caricaturalement notre pays !
Rédigé par: fradet | 09 mars 2006 à 07h51
On croise les doigts !!!
Rédigé par: Raphaël | 09 mars 2006 à 09h31
Allez, c'est parti pour une journée de promotion sur les blogs (et même sur in site de matériel informatique : http://forum.hardware.fr ;-) ) ! Je vais essayer d'en parler un peu partout.
Rédigé par: Raphaël | 09 mars 2006 à 10h01
Grrrr !!!
J'ose espérer que les chiens ne viendront pas sur cette note avec leur longue langue pour lécher le séant du maître de céans.
Avant même d'avoir lu ce livre (rassurez-vous, je le ferai), de savoir pourquoi ED a choisi ce titre, je m'élève (1m83) contre la stigmatisation des chiens à laquelle (inconsciemment je parie sauf si le petit Eric fut atteint dans ses forces vives et dans ses cinq ans par quelque doberman entreprenant) il participe. Marre de voir malmené le chien, ce sympathique animal auquel tous les malheurs arrivent (figurer au menu des Chinois, au répertoire d'insultes des Arabes, au bras goulu des stars et des mémères à toutous fustigées par Elliott Erwitt*).
Le chien (oui, chien, cynique, même étymon, je sais) est tout sauf cynique. Son seul défaut, outre de vous faire vivre dans un esclavage réciproque et c'est pour ça que je n'en ai plus, c'est de lécher la main qui le bat.
Disons alors que "les chiens" sont tous ces jeunes à qui on demande de passer sous les fourches caudines (la queue, ah ah ah) du CPE et de dire merci. A qui ? A leurs maîtres-chiens, tiens...
* Si ED ne connaît pas par coeur l'oeuvre d'Erwitt, je lui interdis de se dire photographe ! Grrr !!!
Rédigé par: PMB | 09 mars 2006 à 10h40
Je présente publiquement et solennellement mes excuses à tous les Chiens qui auraient pu se sentir offensés par le titre de mon livre et l'odieuse caricature qui orne sa couverture.
Rédigé par: Eric Dupin | 09 mars 2006 à 11h00
Réflexion sur l’esprit français (I) société civile contre bureaucratie d’appareil
Intéressante réunion avant-hier à la librairie Georges qui organise un café citoyen animé par un jeune professeur d’Université, Jean-Jacques Breillat. Hélas, pas plus de dix personnes présentes. Froid, horaire ou alors thème peu porteur ? En tous cas, le sujet fut d’actualité, orchestré autour d’un livre de Hirschmann, paru dans les années 1990, consacré à l’analyse des motifs présents dans la rhétorique réactionnaire des doctrines politiques. Cette conjoncture intellectuelle est récente à l’échelle de notre Histoire, deux siècles tout au plus et encore. C’est parce que les uns ont élaboré des discours progressistes que les autres ont construit un argumentaire destiné à contre-carrer les propositions des premiers. En gros, les progressistes assument une part de risque et d’incertitude et sont en fait des joueurs effectuant un pari raisonné sur l’avenir tout en prônant la prise de risque. L’attitude conservatrice est inverse et tente de persuader l’opinion que les risques sont trop grands, que les effets pervers sont fréquents et qu’en dernier ressort, les gens sont dépossédés des acquis et voient leur situation se dégrader. Mieux vaut ne pas tenter le diable et dieu sait si le malin sait séduire les humains !
Malgré une assistance réduite, les échanges furent riches en idées et réactions. Je n’ai pas hésité à évoquer la situation médiatique avec la difficulté à lire le réel mais le danger serait plutôt dans des réalités évidentes, parfois exagérées et tellement criantes de vérité qu’elles s’imposent sans travail critique au risque que la vérité officielle d’un régime s’impose. Quelque part, la dissonance des points de vue est utile au jeu démocratique. Au citoyen de se mettre en disponibilité pour étudier les points de vue. Et donc, la tâche du spécialiste en sciences politiques réside autant dans l’analyse des discours que la réception par les citoyens. Il en va de la politique comme de l’Art. La Suisse est connue pour son école esthétique ordonnée autour de la réception de l’œuvre d’art. Comment les gens reçoivent les discours, qu’ils soient progressistes ou conservateurs ? Quels sont les ressorts, les conditions ? Passion, enthousiasme, éthique, crainte, égoïsmes ? Comment se propagent les idées ? Et puis, cette question incontournable, la clé du futur sans doute, comment se constitue l’esprit d’une société ? Esprit des lois, esprit d’une politique menée, esprit d’une recherche, esprit d’une nation…
Une piste intéressante fut évoquée par un participant. Les Français ou du moins une partie, sont assez impliqués dans les réflexions de société, comme en attestent les assistances nombreuses aux débats portant sur des thèmes éducatifs, écologiques ou des questions de santé. Ces Français là sont en général plutôt bien informés et très critiques, parfois passionnés. Serait-ce là le fameux tiers instruit évoqué par Michel Serres ? Autre constat, celui du divorce entre les politiques et les citoyens. D’après notre participant, les politiques ne feraient pas confiance aux Français désirant se mêler d’affaires publiques. Est-ce là la marque de l’esprit français que l’on retrouve dans l’entreprise également, lorsque les syndicats sont dans une logique d’affrontement plus que de proposition, contrairement au système allemand ? Et donc, le politicien verrait dans le Français une sorte de réplique du syndicaliste, un demandeur, un quêteur, un individus plaintif qu’il faudrait satisfaire alors que la logique du partenariat semble absente. Comme s’il y avait dans notre société des domaines réservés. Le politicien devrait gérer l’Etat tout en répondant aux attentes des Français. Il n’y a rien de plus creux comme formule que celle de la réponses aux attentes. En filigrane se dessinerait la figure du politicien démagogue cherchant à ne pas se mettre à dos les Français. C’est l’avers de la culture de l’affrontement, autrement dit l’apaisement comme instrument de régulation du conflit. Un peu comme s’il y avait séparation des pouvoirs, l’un politique et l’autre citoyen. Rarement un citoyen est invité à exercer une fonction politique. Suivant le verdict de de Gaulle, le politicien préfère le Français quand il se comporte comme un veau dont il faut entendre les plaintes et qu’il faut abreuver de mesures, droits, primes, annonces, caresses… L’Etat comme gestion d’un parc humain ! Oui, des veaux il y en a mais aussi des citoyens prêt à assumer choix et innovations. On se demandera aussi si par un processus de « darwinisme anthropologique », le politicien français ne crée pas les conditions de transformation du citoyen. Au lieu d’avoir un animal politique épousant la figure du lion républicain, la nation ne fait que produire par élevage du parc humain le veau démocratique.
Le journaliste Sylvain Attal a participé aux comité Paris 2012 en tant que consultant. Son témoignage est parfaitement édifiant pour illustrer cette attitude des politiques vis-à-vis des propositions citoyennes. Voilà un exemple attestant de cette difficulté qu’on les gestionnaires et politiciens à accueillir les suggestions émanant d’individus étrangers aux corps auto-proclamé des chefs et subordonnés du projets. Je crois bien que les cas de ce type sont très répandus dans la vie sociale française. Combien de citoyens se plaignent de ne pas voir leurs projets développés par les instances publiques, ou alors quand c’est le cas, c’est pour le meilleurs profit des politiques en terme de rayonnement. Les politiciens ont tendance à s’approprier la société civile alors renversons les rôles et nous citoyens libéraux, au nom de la propriété privée et des idéaux de liberté, tachons de nous approprier les politiques. Bon, après ce mot d’ordre bien peu opérationnel, sorte d’allégorie citoyenne, voici le témoignage d’Attal que je vous laisse savourer
« Comme je l'ai constaté lors de ma brève collaboration avec "Paris 2012", comme consultant, les réunions de travail sont purement formelles. Aucune idée originale ou à contre-courant n'y est formulée par les responsables opérationnels parce que l'originalité est perçue comme une menace par et pour les "chefs". Résultat: ces séances de travail collectif sont le plus souvent l'occasion de rivalités de conformisme bon teint. Quand on a quelque chose à dire, qui risque d'aller contre le consensus, il vaut mieux se taire et le dire à la machine à café ou au restaurant, lors du déjeuner. On découvre alors que la "piétaille" a, plus souvent qu'on ne le croit, conscience que les "décisionnaires" coupés du terrain, vont dans le mur, que leurs choix ne sont pas les bons, mais que personne n'ose l'ouvrir de peur de compromettre sa progression de carrière. Les "juniors", les personnalités extérieures sont considérées comme n'ayant pas voie au chapitre. Quand à ceux qui ont gagné quelques galons, ils prennent le moins de risques possible.
Dans le cas de "Paris 2012", le pouvoir était beaucoup trop concentré entre les mains du maire de Paris qui a forcément privilégié une gestion politique et "d"honneur" dans ce dossier. Toute initiative, même la plus insignifiante devait systématiquement remonter à lui ou à ses conseillers. A Londres, Ken Livingstone a su déléguer sans disparaître et quand il a fallu changer de cap cela a été fait rapidement, en confiant le pilotage à Sebastian Coe, ancien athlète ayant parfaitement réussi sa reconversion dans la politique. Lors des présentations devant le CIO, c'est lui et non le maire qui défendait la candidature de Londres. A Paris tout était fait pour que brille l'étoile de Delanoë et que personne ne lui fasse de l'ombre. »
Peut-on parler d’un trait de l’esprit français ou bien d’un phénomène marginal de comportement autocratique dû à des excès commis par une personnalité et son cercle approché ? De la réponse pourrait naître le début d’une enquête sur cette société française que les bureaucrates, politiciens et gestionnaires étouffe. Autrement dit, l’Etat ne laisse pas assez de place à l’invention et l’innovation citoyenne. Pire, non seulement il bride la société civile mais en plus il pompe les crédits publics pour entretenir son dispositif bureaucratique. Et ce n’est pas tout, car il se peut bien qu’il contamine les institutions comme par exemple le CNRS ou les Universités, organismes connus pour s’opposer aux innovateurs et être dirigé par des gestionnaires qui se contentent d’une activité d’intendance sans pousser les créatifs histoire de ne pas susciter de vagues. Bref, à l’Université aussi, les idées s’échangent à la machine à café mais n’atteignent pas les centres décisionnels pour une réalisation effective
Rédigé par: Fulcanelli | 09 mars 2006 à 12h11
Bon courage pour cette promotion! Pas de passage chez Ardisson?
Rédigé par: Daryl | 09 mars 2006 à 12h30
Mr DUPIN, je ne maquerais pas de lire votre livre.
En outre, puisque vous faite la publicité de votre livre, permettez moi de faire celle d'un blogue, celui d'un Citoyen Handicapé!
www.handicap.canalblog.com
Donnez moi votre avis...
Rédigé par: Sébastien | 09 mars 2006 à 12h38
Fulca, j'avais lu ce témoignage de Sylvain Attal. Je ne lui reproche qu'une chose : ne pas être parti en claquant la porte et en dénonçant cet état de fait avant la défaite. Il était partie prenante et de ce fait a participé de toute cette organisation pyramidale qu'il dénonce. L'année dernière, sur son blog, il ne cessait de tresser des lauriers à tous ceux qu'il cotoyait. Trop facile de débiner maintenant que tout est terminé.
Rédigé par: Raphaël | 09 mars 2006 à 14h16
Côté chiens, il semble y avoir ce qu'il faut dans le Tarn, où la Poste a devancé depuis dix ans les désirs de nos champions de la précarité-pour-les-autres.
Article de Gilbert Laval en pages Economie sur libe.fr.
Rédigé par: PMB | 09 mars 2006 à 18h45
Bonsoir Monsieur Dupin,
Un grand merci pour votre intervention ce soir dans l'émission Humeur Vagabonde de France Inter. Elle m'a permis de connaître votre ouvrage que je pense lire mais également de mettre des mots sur mon ressenti du mal être ambiant.
Je rentre en France après 5 ans passés en Espagne. Emploi-jeune corvéable à merci durant 2 ans par le conseil général de la Savoie, j'ai voulu prendre le large pas uniquement par ambition personnelle, mais également pour palper ce qui ce passait ailleurs (pour la petite histoire, lors de vacances, j'avais été génée du cynisme dont j'étais imprégnée lors de réunions avec des personnes de ce pays et avais voulu m'en éloigner un peu).
J'ai honte de ce modèle sur lequel nous sommes assis Monsieur Dupin. La société espagnole suivra mais est encore, me semble-t-il, pour le moment plus humaine et sensible, tout au moins parmi les gens de ses rues (ses politiques mis à part) . Recul de l'éxilée ? Mise à nu me poussant à mieux me connaître et par conséquent à ne fréquenter que des gens dont la pensée va dans la même direction que la mienne ? Je crois malgré tout que nous sommes nombreux avec les mêmes déceptions vitales... ("Ah... c'était ça ?").
Malheureusement, je pense aussi que les grands cyniques ont aussi de très petites ornières qui leur font oublier l'universel.
Le cynisme moderne est désormais partout, de "nos plus grands" jusqu'au plus petit étudiant nombriliste (tv-addict), persuadé que LUI sera sauvé des eaux. Le cynisme s'affiche désormais ouvertement, sans forme, sans vergogne. Il n'est désormais plus indécent mais institutionnalisé. La brêche est ouverte et encore longue sera la chute.
Nous sommes rélégués à n'être plus que de bien médiocres automes, uniquement liés par de l'argent et par la quête de petits ou grands pouvoirs.
J'entends votre intervention non seulement comme politique mais également comme humaniste voire universelle.
Je trouve que nous avons finalement tendance à tout faire à l'envers : à mon sens le politique ne peut pas oeuvrer sur du pourri... Pourquoi ne pas retrouver fraîcheur, bonheur... voire même candeur avant de politiser ? Bon là, je l'avoue, je m'égare dans un idéalisme qui ne m'a pas encore quitté...
La question est tout de même de savoir jusqu'où cela va-til nous mener et dans quelle société évoluera mon petit garçon de 17 mois qui, pour le moment, veut donner tout ce qu'il a et pleure quand quelqu'un se blesse devant ses yeux...
J'aime croire malgré tout que notre société, comme le phénix, renaîtra de ses cendres plus forte et plus belle. On ne construit que mieux sur des ruines ? Espérons (prions ?) que le cycle d'"Hirshman" que vous décrivez lui donnera raison.
Je crois juste en l'initiative individuelle, à micro-échelle. Je crois aussi en la force du spirituel (imaginez-vous le plus perverti des cyniques enfermé dans un temple bouddhiste durant 6 mois) mais là, nous touchons du doigt un tout autre domaine .
Je vous souhaite le plus grand des intérêts à votre ouvrage et désire fortement qu'il ne soit pas la proie de cynisme, ce qui, à mon sens, en serait le comble le plus décadent.
Caroline,
Idéaliste non repentie (et sans télévision)
Rédigé par: Caroline / Réaction personnelle | 09 mars 2006 à 22h37
Monsieur Dupin
Je vous ai entendu ce jour puisque je vis à La Réunion.
Bon
vous faites oeuvre utile. Rien à reprocher. la pile des livres produits par des millions de l'hommes depuis le commencement de la conscience est vertigineuse.
Chaque auteur et il a raison , chacun dans son genre, essaie de corriger la trajectoire avec une efficacité tellement fortes que parfois on fait marche arrière ou que l'on part sur des voies de traverse.
mais bon d'autres se lèvent et ainsi inmlassablement on détruit des forêts , on replante des arbres et derechef on réaligne des produits chimiques sur des feuilles qui n'ont plus grand choise de végétal.
Rien que ça exigerait réflexion.
Vous avez choisi la lignée La Bruyère, Diderot, Rivarol etc. c'est bien, très bien même.
Mais ne croyez vous pas que Breughel l'ancien n'a pas tout dit avec sa marche des aveugles ? La Fontaine avec son bestiaire et notamment sa conversation Loup/agneau...ou simplement les romains avec Homo Homini Lupus?
La prise de conscience de la mort n'a-t-elle pas été le commencement de la fin de cette espèce appelée Homme? Une fin qui pourrait bien , maintenant, surgir demain...! fin non pas de l'homme mais de la forme que nous sommes depuis des millénaires pour , le cynisme aidant, passer à une forme radicalemnt différente tant prédite (Huxley, Rosnay, Ruffin etc...)?
Rédigé par: fradet | 10 mars 2006 à 11h17
10 mars 2006
mai 68 n’aura pas lieu
La Sorbonne occupée, la première fois depuis mai 68. Images de tensions entre étudiants et policiers, gare de Tours occupée mais en fin de compte, tout ceci rentrera dans l’ordre d’ici peu car et c’est sans doute dommage, il n’y a pas de solidarité étudiante, juste quelques activistes déterminés et que l’on doit louer pour cette volonté de se battre qui honore le genre humain. Pourtant, au vu de la caisse de résonance médiatique et de la situation sociale et politique, tous les ingrédients pour une explosion de la jeunesse sont réunis mais la grande majorité cherche à étudier et avoir son diplôme pour minimiser les probabilités de chômage. D’un côté on peut les comprendre ces jeunes, pas gâtés par le système et puis le CPE, ce n’est qu’un point de détail et en admettant que le gouvernement recule, ce qu’il a fait au moment de Balladur, la situation n’en serait pas améliorée et cette victoire n’aurait aucun sens historique, faute de recadrage dans une alternative idéologique inexistante à l’heure actuelle, donc mai 68 n’aura pas lieu. Car mai 68 a eu lieu dans un contexte historique précis.
La jeunesse a été sacrifiée, du moins une partie importante car la majorité des 20-30 ans sont bien intégrés même si leur rémunération est en décalage par rapport aux anciens. C’est ainsi, la société a fait ce choix de l’amputation sociale équitable. Par équité j’entends que le lot des perdants, même s’il met à contribution spéciale la jeunesse, comprend toutes les tranches d’âges et sur ce point, la précarité est assez équitable. Enfin, presque parce que les banlieues payent un lourd tribut. Les membres du haut conseil à l’intégration ou à la lutte contre les discriminations en tirent quelques prébendes sans justifier d’aucune efficacité.
Maintenant, je lance un appel à témoin pour retrouver les boursiers docteurs ingénieurs CNRS de la promotion 82-85. J’en faisais partie. Il se trouve que suite aux mesures de rigueur budgétaire prises par le gouvernement Fabius, les bénéficiaires d’une troisième année de bourse ont vu leur troisième année d’allocation amputée de deux, quatre, six ou dix mois et ce, dans l’indifférence générale. Il fallait bien que quelques-uns payent l’addition et l’on a rien trouvé de mieux pour faire quelques économies que d’amputer quelques mois de bourse pour de jeunes doctorants. Je crois que cet événement a valeur de symbole car il illustre bien l’état d’esprit de cette société qui a décrété sans aucune décision officielle que les jeunes seraient une variable d’ajustement. J’aimerais bien les retrouver, ces kamarades de la BDI, pour pouvoir témoigner. Je suis prêt à témoigner devant la presse parce que ce petit détail de l’histoire sociale prend soudain un sens précis dans le contexte des actualités présentes. Il est dommage que les apprentis syndicalistes de l’UNEF n’aient aucune vision passée ni future car le cas de la génération BDI 82-85 servirait un combat pour l’équité dépassant cet épiphénomène qu’est le CPE.
Rédigé par: Fulcanelli | 10 mars 2006 à 21h57
Dans le "lot des perdants" de Fulcanelli, on ne trouve pas les milliardaires, selon Forbes toujours plus nombreux de par le monde.
Dont notre Arnault, nouveau milliardaire, et cela parce qu'il fait dans l'industrie du luxe, qui se porte de mieux en mieux.
Comme les Restaus du Coeur.
Rédigé par: PMB | 10 mars 2006 à 23h57
Promo pour promo, je vous invite à aller voir et écouter, le 1er avril prochain, le concert d'un ami américain, Dean Prescott, qui vient justement chaque année à Paris pour échapper au cynisme ambiant des Etats-Unis! Vérité en deçà des Pyrénées...
Le site suivant vous présente son concert, et d'autres, dans une salle de Montreuil:
http://apologieasso.free.fr/CASA.html
Désolé pour cette promo, mais je crois que c'est de saison, non?
Rédigé par: Nicolas | 13 mars 2006 à 08h39
Très bonne initiative monsieur Dupin. Je vous conseille un livre publié en 2OO5 aux presses Septentrion (Une philosophie de la consommation)qui ne vous laissera certainement pas indifférent.
Rédigé par: Thibault | 22 mars 2006 à 07h11
Bonjour,
Un livre qui a l'air fort intéressant. En vous écoutant sur France culture (je crois) j'ai retrouvé une analyse similaire à celle que je fais dans mon ouvrage "qui veut détruire la classe moyenne ?" (Voir le mon blog) : L'abus du pouvoir, l'argent roi et l'humain transformé en variable d'ajustement aux soubresauts de l'économie. Deux livres complémentaires peut-être.
http://classemoyenne.hautetfort.com
Rédigé par: éric | 28 mars 2006 à 12h19
http://vulgum.org/article.php3?id_article=1037
Un livre accrocheur!
Rédigé par: Daryl | 31 mars 2006 à 11h26
Docteur Dupin
Merci pour votre diagnostic! Pourtant je n'ai lu que votre introduction,mais je trouve les choses excellement exprimées;je veux dire que vous arrivez à expliciter de manière nette ce que je ressens confusément depuis des années,depuis le début des années 80, comme vous...ayant moi-même souvent sombré dans le cynisme ambiant.Vite! je me précipite chez le libraire pour prendre une dose de remède dans cette oeuvre de salubrité publique...et je vous dirai à la fin ce que je pense de votre démarche d'ensemble. Et si vous proposiez votre analyse sur AGORAVOX,que je consulte tous les jours,où l'on trouve parfois le meilleur ?...
Rédigé par: thiriet | 31 mars 2006 à 14h03
Je viens de finir votre livre que j'ai eu envie de lire suite à l'émission de France Inter Charivari. J'écoute beaucoup la radio, n'ayant pas la télé et à la lecture de votre livre, je me suis dit que c'était une des raisons qui faisait que je n'étais pas devenue cynique comme beaucoup. (J'ai 55 ans). Je connais de nom, parfois de voix tous ces personnages de la communication mais je suis contente de ne pas connaître les traits de leur visage. Cela me laisse de l'espace pour des images pas encore totalement marchandes : la pêinture, les films, les photos que je crée. Je voudrais insister sur le fait que la télé en soi, pas seulement par le contenu de ses émissions mais par l'accumulation d'images successives rend tout anodin et crée de ce fait du cynisme.
Je vais passer votre livre à d'autres personnes et reconsulterai votre blog.
Hélène Grumel
Rédigé par: Hélène Grumel | 02 avril 2006 à 13h41
Belle réaction de Caroline sur le réenchantement du monde et de la politique, je suis d'accord avec elle : l'idéalisme est un beau projet.
Rédigé par: Praxis | 06 avril 2006 à 13h44
Je vous ai entendu hier à Cultures et Dépendances. La volonté de FOG et des deux UMP da rendre cette émission la plus futile possible n'a pas réussi à entraîner le débat vers le fond. Heureusement que les 4 de votre bord (le coté gauche?) et michel Richard ont sauvé les meubles. Vos interventions donnaient envie d'en savoir plus sur votre livre
Rédigé par: verel | 20 avril 2006 à 09h08
Je suppose que vous avez lu cet ouvrage essentiel de Christopher Lasch, "La culture du narcissisme". Il y a de cela trente ans, il donnait déjà les clés pour comprendre la société de chiens que vous décrivez. Et encore trente ans auparavant, George Orwell et sa philosophie de la "common decency" s'attachait à donner des réponses à l'effondrement moral à venir, sans aucun moralisme.
Je fais écho à vos réflexions, et donc les partage sans réserve dans mon dernier billet personnel, sur mon blog...
Rédigé par: Krysztoff | 20 avril 2006 à 17h14
Essentiel, en effet, "La culture du narcissisme". Il semble avoir été écrit hier.
Rédigé par: Robert Marchenoir | 20 avril 2006 à 17h38
Bonjour.
Je souhaiterais vous remercier, M. DUPIN, de l'immense bouffée d'oxygène que la lecture de votre livre a suscité dans mes poumons.
La liste des intérêts que j'y ai trouvé ne trouvant pas assez de place dans ce Blog, je me bornerai à vous demander ceci: Est-ce que les idées que vous exposez pourraient être à la base d'une action militante? Car sincèrement elles le méritent.
A titre personnel, je commencerai bien entendu par le meutre de BHL (il faut faire un exemple), puis continuerai par un piratage informatique paralysant totalement l'ensemble des médias pour une durée suffisante pour que le chômage technique mette tout le monde dehors.
Après, une bonne bouffe s'imposera pour réfléchir à la suite...(Humour, je précise)
Je serais honoré de votre réaction qui me permettrais un rapide dialogue sur l'après "Une Société De Chiens".
Cordialement.
Rédigé par: Patrick COURANT | 22 avril 2006 à 23h02
La partie la pus neuve et la plus interessante du livre est celle concernant la diffusion de ce cynisme dans la vie quotidienne et la désintégration du quotidien qui en est la conséquence, et non les "parisianeries" sur Sarkozy ou BHL... Dommage que l'auteur semble contribuer, dans ses interventions médiatiques, à ce que son livre soit réduit au second aspect en escamotant le premier...
Rédigé par: loubet | 26 avril 2006 à 08h38
Loubet,
Vous m'avez bien lu ! Ce qui distingue le cynisme moderne, c'est le fait qu'il se soit diffusé dans toutes les strates de la société, notamment parce qu'il est devenu ostentatoire de la part des élites. Hélas, dans les médias, on m'interroge presque exclusivement sur le cynisme de ces élites. J'essaie parfois de réorienter la discussion, mais ce n'est pas toujours facile...
Patrick,
Heureusement que vous précisez que vous plaisantez ! Je m'en voudrais d'être l'inspirateur d'un mouvement terroriste anti-cynique ;-) Blague à part, il me semble que "l'action militante" à la portée de tous ceux qui refusent le cynisme ambiant est sans doute de faire sérieusement et honnêtement son boulot... C'est déjà placer la barre assez haut. Bien sûr, cela ne remplace pas l'action collective et il faut par ailleurs encourager tous ceux qui s'y engagent.
Rédigé par: Eric Dupin | 26 avril 2006 à 10h29
"Il me semble que 'l'action militante' à la portée de tous ceux qui refusent le cynisme ambiant est sans doute de faire sérieusement et honnêtement son boulot... C'est déjà placer la barre assez haut."
Parfaitement d'accord. L'avantage est que tout le monde peut le faire. Tout de suite. Il suffit de le décider. On peut commencer à changer le monde en balayant devant sa porte.
C'est un bon test de la sincérité des récriminations contre les "élites", les "politiciens" et les "capitalistes".
Tout n'est pas la faute des politiques. A un moment ou à un autre, ils finissent bien par retourner devant les électeurs. Donc, dans une certaine mesure, ces derniers ont tout de même les politiciens qu'ils méritent.
Rédigé par: Robert Marchenoir | 26 avril 2006 à 12h13
Bonjour,
Suite à votre email concernant votre photo du Louvre sur photo.net, j'ai jeté un petit coup d'oeil à votre blog. Je n'ai évidemment pas tout vu mais j'ai pris le temps de lire la présentation et l'introduction de votre livre qui me paraît très intéressant. Le trouve-t-on toujours en librairie ?
Amicalement,
H. Manguy
Rédigé par: Manguy henri | 23 novembre 2006 à 11h16
On devrait encore le trouver dans les bonnes librairies puisqu'il est sorti en mars. Sinon, il est en stock sur Amazon (cliquer sur l'image à droite)...
Rédigé par: Eric Dupin | 23 novembre 2006 à 11h21
Bravo Eric,
Il faut être réactif ! Et hop une vente de plus ! Cela vous console-t-il d'avoir vendu vos action EDF trop tôt -49 euros aujourd'hui- ?
Rédigé par: jib le taquin | 23 novembre 2006 à 12h13