La majorité silencieuse est passée à gauche. Il y a très longtemps - une trentaine d'années pour gagner légèrement en précision - l'activisme des minorités agissantes était gauchisant tandis que la sagesse majoritaire s'ancrait dans le conservatisme. Des défilés protestataires parfois frêles faisaient trembler des dirigeants se rassurant en pensant aux armées de l'ombre supposées les conforter.
Le schéma est différent aujourd'hui. En ces temps de fatalisme, seule une minorité s'engage toujours activement "à gauche". Les manifestations du 7 mars contre le CPE ont rassemblé beaucoup plus de monde, ce qui n'était pas difficile, que celles du mois dernier. Au regard de l'importance de l'enjeu, la mobilisation est toutefois restée limitée et sectorielle. L'idée de changer le cours des choses demeure saugrenue. A contrario, l'opinion est massivement réticente face aux changements libéraux dont le CPE est aujourd'hui le principal étendard. Toutes les enquêtes convergent en ce sens: 62% des Français pensent que le CPE va accroître la précarité de l'emploi selon l'Ifop, 58% sont opposés au CPE d'après LH2 tandis que que la grande majorité des jeunes ne croient pas à l'intérêt de cette nouvelle formule pour Ipsos.
La droite au pouvoir peut se payer le luxe d'ignorer la rue et de mépriser le porteurs de banderoles comme le faisait en son temps Raymond Barre. Le problème, pour elle, est que les électeurs sont sensiblement plus nombreux que les manifestants. La chute vertigineuse de popularité de Dominique de Villepin est symptomatique de cette sanction de la majorité silencieuse. Pour sa part, et en dépit de ce que l'on imagine qu'il en pense, Nicolas Sarkozy est resté tapi en son coin...
N'est-ce pas plutôt que la majorité silencieuse, en France, est depuis 1945 - au moins - assez sensibles aux revendications de sécurité au travail, assez hostile à l'entreprise, au "libéralisme", que ce soit par conservatisme de droite ou de gauche ?
Rédigé par: Paxatagore | 07 mars 2006 at 20h02
Les travailleurs handicapés en CAT bénéficient d’une garantie de ressources se montant au minimum à 55 % du SMIC. Cette garantie de ressources se compose d’un salaire direct versé par l'entreprise ( minimum 5 % du SMIC ) et d’un complément versé par l’Etat ( 50 % du SMIC ).
Ce dispositif sera bientôt remplacé par un nouveau, similaire, l'aide au poste, issu de la loi de février 2005. Les décrets sont attendus.
Les travailleurs handicapés en CAT n'ont pas le statut de salarié. Ils n'ont pas de contrat de travail. D'ailleurs, les syndicats de salariés refusent d'assurer leur défense.
Ils peuvent percevoir en complément l'allocation aux adultes handicapés selon des conditions particulières. Cependant, le fait de vivre avec un conjoint percevant des revenus peut leur en faire perdre le bénéfice.
Trouvez vous cela normal?
Rédigé par: Sébastien | 07 mars 2006 at 20h22
Décidément la sondomanie ne fait que croître et empirer, et les brillants commentateurs y trouvent matière à penser... sans risque ni brio.
En fait, ces sondages ne font que mesurer le pouvoir de conditionnement du système médiatique. Ils sont d'ailleurs mis en oeuvre par lui... Les thèmes, le libellé des questions sont choisis par lui. Et c'est lui aussi qui décide de l'opportunité de leur publication.
Le CPE, il n'y a pas 1% des français qui puisse en juger de manière informée. Personnellement, je n'ai aucune opinion sur le sujet, n'ayant pas pris le temps d'étudier l'existant (je ne sais même pas au juste s'il y a 25% ou 9% de chômage chez les jeunes tant les chiffres diffusés sont mal cadrés), et les nouveautés apportées par le projet, lourde tâche que j'ai déléguée, en votant, à mon député.
Comme moi, la majorité des français n'avaient pas d'opinion, mais restaient sur l'expectative, attendant de voir comment s'y prendrait Villepin. Et puis, le rouleau compresseur médiatique, au reste très vague, du niveau des slogans publicitaires, est passé là-dessus. Les français n'en savent toujours pas plus sur le CPE, mais ils se disent que Villepin est à la peine pour s'être engagé sur un terrain qu'il maîtrise tactiquement mal. Ce n'est pas le CPE qu'ils jugent négativement, c'est la cote de Villepin !
Rédigé par: Basta | 07 mars 2006 at 20h40
"62% des Français pensent que le CPE va accroître la précarité de l'emploi".
OK.
Alors on fait quoi? On augmente le nombre de fonctionnaires ou d'emplois aidés, ce qui revient au même?
On nationalise l'Oréal et Machepro Déménagements (Creuse-inférieure)?
On met un commissaire politique dans le bureau de chaque PDG pour le forcer à embaucher, accompagné d'une automitrailleuse devant le hall d'entrée de la boîte?
Dans le même ordre d'idées, une petite réflexion sur les viticulteurs du Midi, qui manifestent en ce moment, avec le vandalisme habituel.
Leur situation semble véritablement désespérée. Un grand nombre sont contraints de demander le RMI. Un blogueur anglais, qui vit dans le coin, témoigne que plusieurs ne vivent qu'en accumulant trois boulots, dont deux au noir.
Donc, ils appellent l'Etat au secours, comme d'hab'. On va sans doute leur débloquer des aides. Très bien. Il faut le faire. C'est à cela que sert la solidarité nationale, à court terme.
Mais un truc me laisse perplexe, tout de même.
Un slogan des manifestants dit: "Aucune autre profession n'accepterait une chute de salaire de 37% en un an". (Je cite de mémoire, mais vous voyez l'idée.)
Ben, bien sûr que si.
Aucune autre profession salariée n'accepterait une chute de salaire de 37%.
Mais une entreprise? Un entrepreneur individuel? Bien sûr qu'ils sont habitués à des chutes de chiffre d'affaires de 30, 50, voire 100%! C'est très embêtant, voire dramatique, mais c'est banal et normal dans la vie d'une entreprise... Or un agriculteur, c'est un entrepreneur individuel, que je sache.
Donc, personne ne relève l'incongruité de ce slogan: les viticulteurs du Midi se revendiquent comme salariés de l'Etat. Ce que sont d'ailleurs, globalement, les agriculteurs, compte tenu des subventions, notamment européennes.
Indépendants quand ça les arrange, salariés quand ça va mal.
Et soudain, un rapprochement se fait dans mon cerveau embrumé. Sans être historien du social, il me semble bien que de toute éternité (mettons depuis quarante, cinquante, voire quatre-vingts ans, vous m'excuserez de ne pas avoir vérifié les dates), les viticulteurs du Midi français se révoltent périodiquement dans les périodes de vaches maigres, vident les cuves de vins étrangers (aujourd'hui l'Italie, jadis l'Algérie), s'affrontent très durement aux forces de l'ordre.
Depuis de nombreuses décennies, périodiquement, les journaux se remplissent de leurs conditions de vie dramatiques. On le comprendrait si nous étions au Moyen-Age, dans une société de subsistance.
Mais en France? Au XXème et au XXIème siècle?
Dans n'importe quel secteur d'activité, une entreprise, qu'elle soit grosse ou minuscule, quand elle se rend compte que la concurrence est trop dure et qu'elle n'a pas de marché, soit elle s'adapte, soit elle ferme. Et son patron fait autre chose.
Visiblement, une partie de la viticulture du Midi n'est pas viable. Comment se fait-il que depuis des générations, de père en fils, ces viticulteurs s'obstinent?
Comment se fait-il que l'Etat, depuis des décennies, au travers des Républiques et des régimes, soutienne à bout de bras -- et sans effet, visiblement, une industrie qui est condamnée?
Pourquoi aucun responsable n'a eu le courage de dire à ceux de ces viticulteurs qui ne pouvaient pas s'adapter: arrêtez, vous ne pouvez pas réussir, on va vous aider à vous reconvertir sur cinq, dix ou vingt ans, au lieu de coller des emplâtres de subventions inutiles à chaque fois que ça explose?
Tout ça avec, en arrière-fond, des Français qui entretiennent le mythe du petit-agriculteur-bien-de-chez-nous, qui-en-bave-mais-sans-lequel-la-France-ne-serait-pas-ce qu'elle-est?
Ceux-là aussi, n'ont-ils pas une lourde responsabilité?
Décidément, le conservatisme suicidaire de ce pays est un mystère.
Rédigé par: Robert Marchenoir | 07 mars 2006 at 21h16
Je crois même qu'il y a 60% de cadres qui sont contre le CPE.
Hors les cadres votent plus à droite que la moyenne.
Pour les statistiques sur la mobilité sociale je vais essayer de retrouver où j'ai pris les chiffres, je suis presque sur que c'était une étude sur le blog de Matthew Yglesias un blog Américain.
JLS
Rédigé par: JLS | 07 mars 2006 at 22h15
La France ou le chaos? la tendance est claire depuis plusieurs décennies ; nous assistons à sa précipitation!
Mais après tout est-ce que les Français savent ce qu'ils veulent, sont prêts à payer, et en quoi cela est compatible avec le monde tel qu'il est déjà devenu (sans leur accord, j'en conviens). D'ailleurs, abêtis par toutes sortes d'anesthésiques et de neuroleptiques ont-ils même une notion de l'Histoire?
Rédigé par: fradet | 08 mars 2006 at 11h21
Grâce au BBB (personne n’est parfait) je viens de découvrir le blogue de Guy Birenbaum :
http://birenbaum.blog.20minutes.fr/archive/2006/03/08/precaires.html#comments
Texte de lancement remarquable, et commentaires qu’on lit comme on reçoit une claque. Je pense entre autres à ceux de « que dire » et de « corine ».
A lire par tous les yaka-ifo (il y en a quelques-uns sur ce blogue).
Rappelons aux tenants de ce CPE le "beau" slogan des années 70 : "Les licenciements d'aujourd'hui seront les emplois de demain" Ah, ah, ah.
Rédigé par: PMB | 08 mars 2006 at 13h08
M. Marchenoir, tout cela n'est pas faux dans l'absolu sauf que la politique française vis à vis des agriculteurs vise aussi à leur reconnaitre un rôle envers la collectivité, rôle non monétarisé forcément. Alors d'accord ca ne concerne pas les céréaliers millionnaires de la Beauce, ni forcément les viticulteurs, mais les agriculteurs sont subventionnés aussi parce qu'ils assument un rôle pour la collectivité : aménagement de l'espace, protection de l'environnement (y'a encore du boulot...).
Quant à M. Basta, au contraire de vous, je pense que toute personne, jeune ou pas, ayant été confrontée à la précarité (ca fait du monde, beaucou plus de 1 %), est en mesure d'en apprécier les effets.
L'aternative au CPE ce ne sont pas les mitrailleuses et les commissaires politiques (quelle vision archaïque de la gauche, vision qui s'est arrêtée aux années 60/70...elle évolué depuis : même le PC ne prône plus la révolution...), mais bien au contraire la concertation entre acteurs économiques et éducatifs sur une vraie politique de développement économique : les domaines à creuser ne manquent pas : coopération industrielle européenne, haute technologie & recherche, relance des circuits courts en matière agricole, etc.
Rédigé par: eczistenz | 08 mars 2006 at 14h44
Ah tiens, un article très intéressant dans Le Monde d'aujourd'hui http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-748600,0.html, qui appuie un peu dans le sens de mon dernier post...
Rédigé par: eczistenz | 08 mars 2006 at 15h10
"La droite au pouvoir peut se payer le luxe d'ignorer la rue et de mépriser le porteurs de banderoles..."
Bravo ! Vous voulez donc dire que les réponsables politiques élus par le suffrage universel devraient céder au pouvoir de la rue. Etes-vous démocrate Eric ?
Céder, c'est manquer de courage, ne pas pas céder c'est faire preuve de mépris. Joli procès d'intention en tout.
Si l'on suit votre raisonement, réformer est impossible, car, comme l'explique si bien Machiavel (ami bloggeurs cultivés, trouvez donc moi la citation), les gagnants aux réformes ne le savent pas encore, alors que les perdants le savent déjà.
Rédigé par: Michel | 08 mars 2006 at 15h10
Edito du Monde: "Les syndicats auraient tort de surestimer leurs forces. Mais M. de Villepin ferait une nouvelle erreur en méprisant les "porteurs de pancartes" dont se gaussait en son temps Raymond Barre."
Blog d'Eric "La droite au pouvoir peut se payer le luxe d'ignorer la rue et de mépriser le porteurs de banderoles comme le faisait en son temps Raymond Barre."
Qui copie qui ?
Rédigé par: Michel | 08 mars 2006 at 16h02
"Tapi dans son coin",dîtes-vous...Mais il serait temps d'être un peu plus télépathe et de deviner ce qu'il pense-ou ne pense pas.
Car à vous lire et à lire nombres d'éditos,quand Sarkozy ne dit rien,on ne se hasarde surtout pas à sur-interpréter ses "silences" et lorsqu'il parle,telle la Pythie de Delphes,on sur-médiatise sa parole.
Il y a un double-standard qui n'est plus acceptable:il faut être capable de qualifier le silence de Sarkozy pour ce qu'il est:un mélange de couardise et de basse tactique de communication.
Autre hypothèse:il lâche prise et rentre dans le rang mais là encore,ayons le courage de le dire!
Rédigé par: GlobLog | 08 mars 2006 at 17h03
Quant à la gauche,je vous réponds que nous faisons tout pour la remobiliser,que la "majorité silencieuse" que vous percevez n'est ni de gauche ni de droite:ce sont des multitudes français exasperés par ce gouvernement,souvent apathiques depuis des lustres et qui réagissent timidement et sur le tard aux atteintes à leurs droits sociaux.Parmi eux,en effet,une grande majorité d'actuels ou d'anciens électeurs de gauche,bien peu nombreux signes des temps(la répression syndicale ou l'absence de syndicats dans nombre d'entreprises,ça n'aide pas!).
En écrivant "mobilisation sectorielle",on en reste,Eric Dupin,aux analyses,d'apparence politologiques en fait assez hostiles,qui étaient proposées des grèves de nov-déc.95.
Je ne nie par leur caractère "sectoriel" mais point du doigt les non-dits commodes sur les causes réelles de la désyndicalisation en France et les mutations sourdes du monde de l'entreprise.Car s'en prendre au nouvelles méthodes de management dans l'entreprise et à la répression managériale rampante qu'elles engendrent,c'est être immanquablement un sous-marin trotskyste!Et pourtant,là est la verité...
Rédigé par: GlobLog | 08 mars 2006 at 17h28
Michel,
Amusante cette ressemblance entre l'édito du "Monde" et ma note. En tous cas, j'aurais eu du mal à copier hier soir un article qui n'était pas encore paru...
Pour le reste, rassurez-vous, je suis démocrate et ne conteste nullement le droit à un gouvernement de légiférer contre la rue ou l'opinion. Je relevais simplement que cette affaire risque de coûter électoralement cher à la droite.
Rédigé par: Eric Dupin | 08 mars 2006 at 17h29
"The Silent Majority",un livre écrit dans les années 70 pour qualifier les électeurs de Nixon,qui étaient restés longtemps silencieux et apeurés face à La Grande société des Démocrates et aux émeutes et manifestations (Watts,Viet-Nam).Une petite mise en perspective sur l'histoire du concept.
Rédigé par: GlobLog | 08 mars 2006 at 17h44
Mille excuses:la Pythie de Delphes "marmonnait" pour les seuls individus qui venaient à sa rencontre.Ce qui n'est évidemment pas le cas de Sarkozy qui ni ne marmonne(contrairement à Greenspan)ni s'adresse à des individus isolés mais à des masses silencieuses et majoritaires qui ont vocation à recevoir son message..
Rédigé par: GlobLog | 08 mars 2006 at 18h13
"Grâce au BBB" BBB ????
Vous ne pouriez pas préciser, Bing Bang Blog, cliquer ici à droite de la page
http://www.bigbangblog.net/
Rédigé par: Michel | 08 mars 2006 at 23h09
Pour que le CPE "coûte électoralement cher à la droite" il faudrait que la gauche et le PS présente en face des arguments crédibles et sérieux. Ce n'est pas le cas. DSK termine sont papier sur le CPE par:
"La droite n’a qu’un seul ennemi, l’égalité, elle n’a qu’un seul drapeau, la généralisation de la précarité . Poursuivons la mobilisation."
http://www.blogdsk.net/dsk/2006/02/mobilisation_co.html#comments
J'ignore si le CPE est une bonne ou une mauvaise mesure. Je sais en tout cas que tous les jeunes qui m'entourent enfants, beaux enfants, neveux etc... galèrent. Aucun n'a un CDI.
Rédigé par: Michel | 08 mars 2006 at 23h23
Bing, ça m'étonnerait.
Rédigé par: PMB | 09 mars 2006 at 07h35
Ce que l'on voit surtout, ce sont des universites dans lesquelles des etudiants en empechent d'autres de travailler. On est fonde a s'interroger sur la complicite plus ou moins passive des presidences, dont la mission, me semble-t-il, est pourtant de s'assurer du bon fonctionnement de l'etablissement, et donc en premier lieu et avant toute chose, du bon deroulement des enseignements. C'est en tout cas amusant de voir a quel point dans ce pays le mot "president" semble lie a celui d'"emploi fictif".
Rédigé par: Le cousin de Marseille | 09 mars 2006 at 17h37
L'Observer de Londres consacre, aujourd'hui, deux pages à Sarkozy, où le journaliste donne son avis sur le CPE:
"La manifestation qui passe sous mes fenêtres est dirigée contre une loi qui permet aux petites entreprises d'embaucher des jeunes en contrat de courte durée."
"Vous pourriez penser qu'il s'agit là d'un changement de détail, en tous cas certainement pas quelque chose qui aura un impact majeur sur un cadre législatif qui offre une sécurité de l'emploi beaucoup plus grande que tout ce que nous connaissons en Angleterre, ou dans la plupart des pays européens."
"Et pourtant, cela suffit pour faire descendre dans la rue plusieurs centaines de milliers de personnes."
C'est écrit dans un hebdomadaire qui est, en quelque sorte, le supplément du dimanche du Guardian. George Orwell a fait partie de la rédaction de l'Observer. Le Guardian est un journal de gauche.
Parfois, sortir de France aide à réfléchir.
Rédigé par: Robert Marchenoir | 12 mars 2006 at 22h59
"Le cousin de Marseille" reprend une sentence radiophonique célèbre de De Gaulle exhortant les étudiants en 1968(on les revoit tous silencieux dans la Cour d'Honneur de la Sorbonne écouter ce sermon déjà d'Outre-Tombe)."On n'empêche les travailleurs de travailler,les étudiants d'étudier,les commerçants de commercer,les ouvriers de travailler.etc.".Excellent:c'est le bon sens français allié à la grandeur du Verbe.
Rédigé par: GlobLog | 13 mars 2006 at 16h54
la majorité silencieuse peut être prise en otage par une minorité active. Un exemple:
Le CPE soulève de très vives protestations, et ce pour de très bonnes raisons. Rares sont les « jeunes » à y être favorables (je n’en suis pas). Néanmoins, entre vouloir manifester et vouloir empêcher tout le monde d’aller en cours, il y a un pas gigantesque, celui qui sépare l’engagement individuel volontaire de la pénalisation générale arbitrairement imposée . J’étais donc résolu, lors de la première assemblée générale (AG) de ma fac, à tout faire pour contrer la mise en place d’un blocus.
En effet, contrairement à presque toutes les autres facultés de la ville de Nantes, celle des sciences et techniques continuait le travail et restait sourde à l’appel au blocus lancé par certains étudiants et mouvements étudiants, plus que politisés (l’UNEF), issus d’autres établissements. Pour remédier à cela, lundi dernier, un grand nombre d’entre eux sont venus participer à une assemblée générale soi-disant organisée par les étudiants en sciences.
Les organisateurs de cette AG ont très vite montré de quel côté ils penchaient :
Tout d’abord en refusant d’organiser un vote à bulletins secrets qui aurait permis de vérifier si tous les votants, sur la question du blocus de fac de sciences de Nantes, étudiaient bien dans cette fac, au profit d’un vote à mains levées sans aucune vérification d’identité des participants. Ils ont doublement justifié ce refus : en organisant un vote à mains levées (on a voté pour savoir comment voter) auquel les étudiants pro-blocus des autres facs ont participé (je vous laisse deviner si ceux-ci ont voté pour ou contre leur propre exclusion des votes) ; et d’autre part parce que d’après eux un vote à mains levés est plus démocratique qu’un vote à bulletins secrets !
Tous les intervenants pro-blocus ont eu plusieurs fois accès, dès qu’ils le demandaient, au porte-voix, ce qui ne fut pas le cas pour les anti-blocus, comme moi, qui furent restreints à une seule intervention, sous les huées des pro-blocus des autres facs (ce qui limita fortement la compréhension et donc la portée des arguments énoncés, surtout lorsque l’on n’eut pas l’opportunité de les répéter plus tard). Quant au discours qu’ils ont prononcé, la démagogie et les hors sujet discréditaient les véritables arguments anti-CPE.
Au bout d’une heure et demi, un vote (à mains levées bien sûr) a été organisé, mais la question n’ayant pas été posée très fort (étrange : auparavant le porte-voix fonctionnait beaucoup mieux…), beaucoup d’étudiants n’ont compris qu’il s’agissait du vote sur le blocus que lorsque les pro-blocus debout à côté de la table des organisateurs ont levé les bras au ciel. Et il est inutile de préciser qu’il n’a pas été question de faire recommencer le vote pour que ceux n’ayant pas entendu la première fois puissent voter… une première fois.
Dans cette AG, il y avait au plus 500 étudiants, dont une bonne part issus d’autres facs. A cause du faible volume sonore auquel a été posée la question, environ la moitié des étudiants ont voté, et sur ceux-ci, une faible majorité a fait pencher la balance du côté du blocus.
Pour résumer, environ 200 étudiants (dont une grande partie issue d’autres établissements) ont voté le blocus d’une faculté de sciences et techniques qui compte environ 4000 étudiants dans ses rangs… Vous avez dit manipulation ?
L’arnaque ne s’arrête pas là : 200 étudiants pro-blocus n’auraient pas le pouvoir de refuser aux 4000 autres l’accès aux salles de classe et donc aux cours. Heureusement pour eux, le recteur d’académie de Nantes a volé à leur secours ! Malgré la malhonnêteté évidente des conditions de vote, ce dernier a fait comme si un vote transparent et démocratique avait eu lieu, et a accepté de fermer les salles pendant la durée du blocus. C’est donc lui qui, de fait, a imposé aux 4000 étudiants de la faculté de sciences et techniques de Nantes, une suspension obligatoire et intrinsèquement pénalisante des cours !
Histoire d’en remettre une dernière couche, parlons un peu des médias : la télévision régionale était présente lors de l’AG et pourtant à aucun moment la malhonnêteté de son organisation n’a été ne serait-ce qu’évoquée dans le journal. Au contraire, à les écouter, les étudiants de la fac de sciences avaient voté tout à fait normalement le blocus. Encore pire : qui furent les seuls étudiants dont l’interview passa dans le journal régional dans le reportage sur l’AG de la fac de sciences ? Des pro-blocus issus d’autres facs ! Dans le même esprit, on ne s’étonnera pas que les déclarations plus que contestables sur le côté non-démocratique des votes à bulletins secrets, contrairement à ceux à mains levées, n’aient pas été diffusées par les journalistes. Ceux-ci ne tentent pas davantage de confronter les représentants de l’UNEF avec leurs mensonges, entre un discours officiel qui prône les votes à bulletins secrets et les discours réels qui les rejettent et les combattent
Vous avez dit manipulation ?
Résumons toute l’affaire : une toute petite minorité activiste, manipulatrice et bien organisée a réussi à imposer un blocus à l’ensemble des étudiants, les privant de la liberté de poursuivre normalement leurs cours, avec la complicité plus qu’active du recteur d’académie et des journalistes présents.
Il y a de quoi être écœuré non ?.
Pour conclure, bien qu’étant personnellement contre le CPE, je commence à souhaiter que de Villepin reste ferme et ne le retire pas, pour ne pas que la rue, qui affirme pourtant lutter contre l'enfreinte démocratique du 49.3 utilisé par de Villepin, ne prenne trop l'habitude d'imposer parfois aveuglément des blocages et des grèves en refusant elle-même le dialogue.
Stéphane Dauge, étudiant en 4ème année à la faculté de Sciences et Techniques de Nantes
Rédigé par: Stéphane D. | 14 mars 2006 at 22h38