La CGT est engagée dans une mutation qu'on aurait grand tort de réduire à un amolissement de ses positions. A l'occasion de son congrès de Nantes, qui s'est achevé aujourd'hui, les commentateurs ont évoqué un "tournant réformiste" de la centrale syndicale qui tourna longtemps dans l'orbite du PCF. C'est ignorer que, même à cette époque, la CGT ne pratiquait guère un syndicalisme révolutionnaire.
La thèse d'une droitisation de la CGT a été renforcée par l'apparition d'une critique interne accusant la direction confédérale de vouloir transformer l'organisation en CFDT bis. Ces opposants remarquent que l'expression de "lutte de classes" a disparu de la littérature cégétiste.
C'est exact mais là n'est sans doute pas le changement le plus lourd de conséquences. Les débats très libres du congrès de Nantes ont montré que la CGT s'efforce de changer en profondeur sa pratique syndicale. Au fond, il s'agit de passer d'un syndicalisme centré sur les grandes entreprises et le secteur public à un syndicalisme représentant mieux le salariat d'aujourd'hui.
A cet égard, la volonté actée par le congrès de changer progressivement les structures de l'organisation est de première importance. Non sans de sérieuses difficultés, la CGT va tenter de regrouper ses fédérations professionnelles ou encore de créer des sections syndicales mieux adaptés aux nouveaux périmètres de la vie économique (par exemple, en incluant les salariés des sous-traitants). Voilà qui serait de nature à faire reculer le corporatisme et à favoriser des convergences entre salariés.
La recherche d'une réunification du salariat est également lisible dans deux autres orientations majeures du congrès. La première est de mettre en avant des mots d'ordre unifiants comme le "nouveau statut salarié" et la "maison commune des retraites". La seconde est de persister dans la stratégie d'unité syndicale, condition nécessaire à une victoire sur la bataille décisive des retraites en 2010.
Ces orientations ont été, à la fois, largement ratifiées et amplement contestées à Nantes.
Certains opposants, marqués à l'extrême gauche, ont visiblement des motivations politiques. Mais les contestations les plus dangereuses pour la direction sont sans doute d'ordre plus sociologique. Pas mal de cégétistes, nostalgiques de la belle époque, sont mal à l'aise avec un nouveau discours orphelin de slogans simplificateurs. En outre, beaucoup de syndicalistes du secteur public craignent un peu de faire les frais des nouvelles orientations.
C'est ainsi qu'environ 30% des mandats n'ont pas approuvé l'action de la direction sortante. La contestation, qui s'est largement exprimée pendant les débats, a visiblement impressionné Bernard Thibault. Au point que le numéro un de la CGT a sans doute commis l'erreur de cibler, dans son intervention de clôture, le risque fractionniste plutôt que de dégager les perspectives novatrices qui s'ouvrent à sa centrale.
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