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09 juin 2009

Dernière ligne droite

    Tout s'est joué dans la dernière ligne droite. En règle générale, l'électorat se cristallise au cours de la campagne électorale et les choix tardifs ne pèsent guère sur l'issue du scrutin. Il en est allé différemment cette fois-ci. Dominée un temps par le cas Bayrou, la morne campagne européenne n'est pas parvenue à intéresser véritablement les citoyens. Et c'est seulement dans la semaine précédant le jour du vote que leurs intentions se sont enfin précisées.

    Une enquête TNS Sofres (1) réalisée le 7 juin nous apprend que 14 % des votants se sont déterminés dimanche, 6 % samedi et 24 % « au cours de la semaine ». Au total, près d'un électeur sur deux qui s'est rendu aux urnes a arrêté son vote dans les huit derniers jours. C'est le cas pour 61 % des électeurs d'Europe Ecologie contre seulement 37 % pour ceux du PS et 28 % à l'UMP. Les listes écologistes ont bel et bien été dopées par la fin de la campagne.

    Deux événements ont contribué à créer la surprise d'une Europe Ecologie faisant jeu égal avec le PS et écrasant le Modem : le débat du 4 juin sur France 2 (2,4 millions de téléspectacteurs), où François Bayrou a choqué par son agressivité à l'endroit de Daniel Cohn-Bendit, et la diffusion, le lendemain sur la même chaîne, du documentaire de tonalité écologiste « Home » (8 millions de téléspectateurs). La dynamique portant Europe Ecologie était toutefois antérieure à ces deux événements médiatiques. L'enquête sur les intentions de vote TNS Sofres réalisée les 3 et 4 juin hissait déjà ces listes à 15,5 %. L'enquête confidentielle Ipsos, effectuée vendredi et samedi, enregistra ensuite les violents décrochages qui allaient caractériser le scrutin européen avec Europe Ecologie bondissant à 16,5 % des suffrages potentiels, un PS en baisse à 18 % et un Modem plongeant à 8,5 %.

    Portés par une heureuse conjoncture, les écologistes ont récupéré une fraction notoire de l'électorat de centre gauche un temps séduit par le Modem et une partie de l'électorat socialiste déçu par les valses-hésitations du PS. Avec 16,3 % des suffrages exprimés, Europe Ecologie bat tous les records de ce courant politique aux élections européennes. Il faut remonter à 1989 pour retrouver un score écologiste à deux chiffres (10,6 % pour Antoine Waechter). L'unité réalisée entre des sensibilités différentes, de Daniel Cohn-Bendit à José Bové, s'est révélée payante. On aurait toutefois sans doute tort de réduire ce succès à ses dimensions conjoncturelles ou politiciennes. Si rien ne prouve que l'écologie pourra enfin être un acteur à part entière du jeu politique français, sa percée s'inscrit dans un mouvement de fond de nos sociétés.

    C'est d'abord le PS qui a pâti de la vague verte. Avec 16,5 % des voix, les socialistes enregistrent leur plus mauvais score à ce type de scrutin, à l'exception de l'accident de 1994 (14,5 % pour Michel Rocard concurrencé par Bernard Tapie). La cuisante défaite du 7 juin contraste avec les succès du PS lors des municipales de l'année dernière. Comme si cette formation était devenue un parti d'élus locaux en peine de convaincre dans les scrutins de portée plus large.

    L'échec est cependant peut-être plus lourd de conséquences pour le Modem. Le parti de François Bayrou voit brutalement invalidée sa stratégie de contestation systématique du pouvoir en place dans un scrutin qui est pourtant favorable aux postures protestataires. Avec 8,5 % des suffrages, le Modem retrouve presque exactement le score modeste de la centriste Simone Veil en 1989. Le recul est net par rapport à 2004 mais aussi 1999. C'est une troisième déconvenue électorale pour Bayrou après son isolement législatif de 2007 et ses insuccès municipaux de 2008. Plus grave, l'image personnelle du leader centriste sort abîmée d'une campagne où, de son propre aveu, il s'est laissé entraîner dans une « polémique excessive ».

    L'incontestable victoire de l'UMP tient, elle aussi, à l'adoption d'une stratégie unitaire, ici en direction du Nouveau Centre et des ralliés de « l'ouverture ». Avec 27,9 % des suffrages, les listes de la majorité présidentielle devancent de 11 points celles du principal parti d'opposition. Un cas de figure inédit même s'il est déjà arrivé, en 1979 et 1994, que la formation au pouvoir décroche la tête au scrutin européen.

    Il reste que la France qui a voté dimanche (seulement 40,7 % des inscrits) n'a pas plébiscité la droite. Avec son extrême, celle-ci ne totalise que 41,5 % des voix contre 45,4 % pour les gauches. Si l'on ajoute l'inconnue que représente la destinée des voix centristes, les prochaines échéances électorales s'annoncent très ouvertes.

(1) Enquête TNS Sofres - Logica - Radio France - France Télévisions - « Le Monde », « Le Point », 7 juin.

Article publié dans Les Echos du 9 juin 2009.

05 juin 2009

Marchaisien Bayrou

    François Bayrou serait-il en voie de communisation mentale ? On ne fait pas ici allusion à sa subite, et inexpliquée à ce jour, découverte des méfaits du libre-échange. C'est sa manière de pratiquer le débat politique qui rappelle étrangement Georges Marchais. L'ancien secrétaire général du PCF cognait avec une mauvaise foi égale à son culot d'acier. Le président du MoDem est à la même école. Il faut une bonne dose de malhonnêteté intellectuelle pour accuser Daniel Cohn-Bendit de connivence avec Nicolas Sarkozy en s'appuyant sur des propos du président de la République qui n'ont pas cette signification.

    Bayrou rappelle encore Marchais par cette façon de s'en prendre aux médias et aux sondages comme bouc-émissaires de ses prévisibles difficultés électorales. Hier soir, sur France 2, l'ancien ministre centriste s'est toutefois distingué de l'ancien dirigeant communiste par une attaque en-dessous de la ceinture contre son concurrent ex-soixantuitard. Un manque de sang-froid étonnant pour un homme qui aspire obsessionnellement à la plus haute fonction de l'Etat. Les sondages décevants de fin de campagne pour le MoDem ont visiblement usé les nerfs de Bayrou. Mais cette manière de combattre lui coûtera certainement des suffrages. L'électorat de centre-gauche, plutôt éduqué, qui hésite entre Europe-Ecologie et le MoDem ne se laissera pas facilement convaincre par les grosses ficelles et les basses attaques de Bayrou.

    Les chances d'Europe-Ecologie de dépasser le MoDem ont sans doute été renforcées par ce débat télévisé où Cohn-Bendit a été le participant le plus vif. Jean-Luc Mélenchon a également marqué des points par sa capacité à argumenter précisément. Pour le reste, chacun est resté fidèle à son image pour ne pas dire à sa caricature. Xavier Bertrand a fait preuve d'une louable placidité en répétant tranquillement deux ou trois formules. Martine Aubry s'est accrochée à un discours un tantinet abstrait. Olivier Besancenot a réitéré, avec un débit de mitraillette, son habituel propos. Marine Le Pen a manifesté, une fois de plus, son incompétence braillarde tandis que Philippe de Villiers semblait imiter sa propre marionnette.

Message dévalué

    L’Europe sera sans doute doublement perdante au soir du 7 juin. Son avenir n’a guère été discuté au cours d’une campagne électorale dominée par des préoccupations hexagonales. Et les Français, comme d’autres peuples de l’Union, devraient manifester à nouveau leur désaffection pour le Parlement européen. Selon TNS-Sofres (1), 55% des électeurs déclarent ouvertement « s’intéresser » peu ou pas du tout au scrutin du 7 juin. Cette indifférence culmine chez les jeunes (69% parmi les 25-34 ans) et dans les catégories populaires (72% chez les ouvriers).

    Un tel manque d’intérêt, pour des raisons examinées antérieurement (2), ne peut que saper la participation. On se dirige vraisemblablement vers un nouveau record d’abstention pour ce type de scrutin. Dans sa dernière enquête, l’Ifop (3) l’estime à 63%. Ipsos est légèrement plus optimiste avec un taux d’abstention prévisible de 58 à 62% des inscrits. L’apathie électorale serait encore plus impressionnante qu’en 2004 (57,2% d’abstention).

    Cette faible participation attendue réduira la portée politique du scrutin. Lorsque moins d’un citoyen sur deux se rend aux urnes, le message envoyé par le corps électoral perd de son impact. Nul doute que les perdants, dimanche soir, en tireront argument pour relativiser leur contre-performance…

    Le Parti socialiste est sans doute celui qui attendra avec le plus d’appréhension le verdict des électeurs. Du vote sanction anti-Barroso ou anti-Sarkozy à « l’Europe sociale » en passant par le vote utile ou efficace, le principal parti d’opposition n’a cessé d’ajuster son tir. Ce manque de continuité et de cohérence n’a pas échappé aux Français. Le PS est le parti qui a conduit une « mauvaise campagne » pour le plus grand nombre d’électeurs : 52% selon une enquête Ipsos (4), cette opinion étant même partagée par une majorité relative de 42% des sympathisants socialistes.

    Soumis à forte concurrence, le PS a ainsi vu ses intentions de vote décliner au cours de la campagne pour se rapprocher dangereusement du seuil des 20%. La mise en scène de son unité lors du meeting commun de Martine Aubry et Ségolène Royal, à Rezé (Loire-Atlantique) le 27 mai, semble avoir permis d’enrayer cette dynamique négative. Le PS est repassé de 19% à 20% des votes potentiels d’après l’institut TNS-Sofres qui a sondé juste avant et après l’événement. Il reste à confirmer que cet effet ne se sera pas dissipé le jour du scrutin. Au mieux, les socialistes ne sont crédités que de 21,5% dans l’enquête la plus favorable.

    A l’inverse, ce sont les écologistes qui ont mené la meilleure campagne selon l’enquête d’opinion citée plus haut. L’unité réalisée entre diverses sensibilités de cette mouvance semble devoir être récompensée par les électeurs. Les listes Europe-Ecologie ont eu tendance à gagner du terrain au cours de la campagne pour finir par menacer de dépasser le MoDem, avec 13,5% des intentions de vote dans l’enquête la plus généreuse.

    Après avoir nettement progressé, le mouvement de François Bayrou s’est tassé en fin de campagne. Ramené à une fourchette de 11 à 13% dans les dernières intentions de vote, il rééditerait simplement la performance de l’UDF d’il y a cinq ans.

    A la gauche du PS, c’est incontestablement le « Front de gauche » qui est le bénéficiaire de la campagne. L’alliance du PCF et du parti de Jean-Luc Mélenchon (5 à 7% des intentions de vote) a presque rattrapé le NPA d’Olivier Besancenot (5 à 7%). La détermination à aller voter étant nettement plus forte chez les premiers que celle des seconds, il n’est pas du tout exclu que le Front de gauche dépasse son concurrent.

    A la droite de l’UMP, le paysage n’a guère bougé. L’alliance « Libertas » du MPF de Philippe de Villiers et des chasseurs de CNPT reste créditée de 4 à 6% tandis que le FN n’est pas parvenu à remonter la pente (4 à 8% des intentions de vote).

    Reste l’UMP qui a continûment fait la course en tête lors de cette campagne atone. Le parti présidentiel a lui aussi subi une certaine érosion de ses intentions de vote en raison de la dispersion attendue des suffrages. Mais les dernières mesures le situent entre 25% et 27% de votes. Cela n’a toutefois rien d’extraordinaire pour un parti qui contrôle l’exécutif et le législatif. Et parions qu’une bataille des additions se déroulera dimanche soir pour contester la « victoire » de l’UMP. Car les opposants au pouvoir seront certainement majoritaires, la gauche devant aussi devancer la droite.

(1) Enquête TNS-Sofres-Logica-France Télévisions-Radio France-Le Monde, 2 juin. (2) Voir cette chronique du 20 avril et du 22 mai.
(3) Enquête Ifop-Paris Match, 28-29 mai.
(4) Enquête Ipsos-SFR-Le Point-20 minutes, 29-30 mai.

Article publié dans Les Echos du 5 juin 2009.

29 mai 2009

Bayrou au centre

    La radicalité oppositionnelle de l'ancien centriste François Bayrou lui a offert une place privilégiée au coeur de l'actuelle campagne européenne. « Lorsque tout le monde vous attaque, c'est que vous êtes en train de réussir », s'est félicité, le 27 mai, le leader du Modem. En ces temps de disgrâce de la classe politique, c'est à coup sûr un privilège d'être pris pour cible par les deux grandes formations gouvernementales que sont l'UMP et le PS. L'ancien et futur candidat à l'élection présidentielle a fort bien saisi le cruel dilemme devant lequel il place ses concurrents. Si la droite et la gauche ne répliquent pas à ses charges accusatrices, elles lui laissent le terrain libre. Mais si elles passent à l'attaque, les voilà qui transforment Bayrou en héros solitaire persécuté de tous côtés...

    Cette posture apparaît électoralement payante. Le Modem est la force qui gagne le plus nettement du terrain au cours de cette morne campagne. Ses listes sont en progression pour tous les instituts. De la mi-mars à la fin mai, le parti de Bayrou est passé de 10 % à 13 % des intentions de vote pour Ipsos. Pendant la même période, le PS perdait quatre points et l'UMP un. L'institut CSA relève des évolutions analogues. De mi-avril à fin mai, le Modem se hisse de 12 % à 14 % des votes potentiels, tandis que le PS recule de quatre points et l'UMP de deux. Pour OpinionWay, les listes bayrouistes progressent, en un mois, de 12 % à 13 %, alors que les socialistes cèdent deux points, le parti majoritaire étant stationnaire.

    Le parti néocentriste semble promis à un gain par rapport au résultat de l'UDF en 2004 (12 % des suffrages exprimés), sans toutefois égaler son score du premier tour de l'élection présidentielle de 2007 (18,6 %). Un bon résultat aux européennes, pour un parti qui a perdu l'essentiel de ses députés il y a deux ans et n'a guère brillé lors du scrutin municipal de 2008, conforterait assurément Bayrou dans sa quête élyséenne. Sa stratégie serait encore renforcée si le PS enregistrait un résultat médiocre, passant, comme il est possible, en dessous de la barre de 20 % de votants.

    La faible participation attendue au scrutin européen profite indéniablement au Modem. Les enquêtes montrent que son électorat est plutôt aisé, éduqué, avec un point fort chez les cadres supérieurs. Or ce sont précisément les catégories sociales qui sont les plus enclines à voter dans une élection de basse intensité comme celle du 7 juin. Le succès probable du parti de Bayrou ne saurait cependant s'expliquer uniquement par ce phénomène.

    Le député des Pyrénées-Atlantiques, qui n'est lui-même pas candidat au Parlement européen, parvient surtout à brasser un électorat très divers. Le noyau démocrate-chrétien hérité de l'UDF n'a, semble-t-il, pas fui un parti qui s'est spectaculairement départi de la recherche prudente d'un juste milieu. Selon une enquête Ifop (1), le Modem obtient 16 % des intentions de vote chez les catholiques pratiquants, majoritairement calés à droite. Mais il recueille aussi 14 % dans la catégorie très marquée à gauche des électeurs « sans religion ».

    La présence d'une importante composante protestataire dans le vote Modem se lit aussi dans l'attitude de ses électeurs lors du référendum sur la Constitution européenne de 2005. D'après l'institut CSA (2), le parti historiquement européiste de Bayrou attire 15 % des anciens partisans du « oui », mais également 12 % de ceux du « non ». Il aimante d'abord de nouveaux électeurs sur la gauche de l'échiquier politique. Le Modem attire, pour ce scrutin européen, une minorité non négligeable de sympathisants écologistes ou socialistes.

    C'est le propre d'une réussite électorale que de coaguler des électeurs de provenances variées. Le tout est ensuite de bâtir une influence durable. A cet égard, un succès à l'épreuve européenne ne garantit pas grand-chose. En 1999, Charles Pasqua a devancé d'un cheveu la liste conduite par Nicolas Sarkozy sans que cela ne serve de tremplin à sa carrière politique. En 1994, Bernard Tapie a talonné Michel Rocard mais a disparu de la scène publique l'année suivante pour cause de démêlés judiciaires.

    A l'inverse, en 1984 et 1989, le scrutin européen a permis l'émergence de nouvelles forces politiques - le Front national puis les Verts - qui se sont durablement implantées. Il est probable qu'un succès du Modem relèverait plutôt de cette catégorie. Un nouveau jeu triangulaire bousculerait alors la traditionnelle bipolarisation droite-gauche, hier déjà mise à mal par le surgissement d'une extrême-droite puissante ancrée dans les milieux populaires.

(1) Enquête Ifop-« La Croix », 29-30 avril et 6 -7 mai.
(2) Enquête CSA-« Le Parisien », 19-20 mai.

Article publié dans Les Echos du 29 mai 2009.

22 mai 2009

Débat apaisé

    Le manque d’intérêt pour l’actuelle campagne européenne, aggravé par une couverture médiatique qui intériorise à l’excès l’indifférence de l’opinion, s’explique aussi par l’apaisement du débat sur l’Europe. Le temps n’est plus où l’avenir de la construction européenne suscitait, en France, de vigoureux pugilats. Les passions qui avaient secoué le débat public au moment des référendums du traité de Maastricht (1992) puis du traité constitutionnel européen (2005) sont bien retombées. Les rudes empoignades entre fédéralistes et souverainistes ne sont plus qu’un lointain souvenir.

    L’appel de Jean-Pierre Chevènement à voter blanc ou nul au scrutin de 7 juin est le signe le plus frappant de cette évolution. Le critique de gauche le plus opiniâtre et le plus argumenté de la construction européenne est totalement absent de la compétition électorale. Son petit parti, le Mouvement républicain et citoyen (MRC), n’avait pas les moyens de se lancer seul dans la bataille comme il le fit, sans grand succès (2,5% des suffrages exprimés), en 1994. Il n’a pas non plus réussi à s’entendre avec le Front de gauche ou avec le Parti socialiste. Par son geste de dépit, Chevènement entérine l’isolement de sa démarche.

    Le souverainisme de droite est mieux représenté puisqu’il aligne deux listes, celles de Philippe de Villiers et de Nicolas Dupont-Aignan. Mais ce courant apparaît en nette perte de vitesse par rapport à son influence dans les dernières décennies. En 1994, Villiers avait recueilli 12,3% des voix. Un score qui avait même grimpé à 13,1% des suffrages en 1999 avec Charles Pasqua. Il y a cinq ans, le souverainiste vendéen avait enregistré un résultat plus modeste avec seulement 6,7% des votes. Les sondages ne lui garantissent même pas, cette année, de retrouver un tel score. Ils ne le créditent que de 5 à 6% des intentions de vote alors même que Villiers s’est allié avec Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) qui avait obtenu 1,7% des voix en 2004. Un regroupement en lui-même révélateur d’une certaine faiblesse. Quant aux listes gaullistes de « Debout la République », elles sont promises à un score très marginal (0,5 à 2%).

    A l’autre bout du débat européen, les fédéralistes ne sont guère plus visibles. C’est désormais avec la plus grande circonspection que certains candidats plaident pour une poursuite de l’intégration européenne. Sur ce plan, les listes « Europe-Ecologie » sont en pointe lorsqu’elles prônent un « gouvernement économique et social de la zone euro ». Mais leur « contrat écologiste pour l’Europe » évite soigneusement toute référence au fédéralisme.

    Le néocentrisme de François Bayrou est également en recul par rapport à la fougue européiste traditionnelle de la démocratie chrétienne. Loin de vanter les mérites d’une Europe fédérale, le leader du MoDem explique aujourd’hui que l’Europe doit « soutenir les identités ». Au PS, la nécessité de réconcilier les anciens partisans du « oui » et du « non » au référendum de2005 oblige à des formulations prudentes sur l’avenir de l’Union. Les socialistes pointent ainsi, dans leur programme, « une période de doute vis-à-vis de l’Europe » qui ne les épargne pas eux-mêmes.
    La droite républicaine est, elle aussi, contrainte de tenir compte de tout un éventail de sensibilités sur la question européenne. L’UMP a habilement choisi d’axer sa campagne sur un volontarisme qui fait la part belle aux initiatives nationales. « Quand l’Europe veut, l’Europe peut » : ce slogan illustré d’un portrait de Nicolas Sarkozy s’efforce de tirer profit d’une présidence européenne où le président français s’est illustré par son activisme. On chercherait en vain dans le programme du parti présidentiel des envolées supranationales qui n’ont, au demeurant, jamais été du goût de l’actuel chef de l’Etat.

    L’attitude des Français à l’égard de l’Europe est finalement assez en phase avec la tournure prise par le débat européen. L’hostilité à son égard est très minoritaire : seulement 21% des Français ont une « image négative » de l’Union européenne (1). Mais l’enthousiasme n’est pas non plus au rendez-vous. Pas plus de 46% de nos concitoyens ont une « image positive » de l’Europe. L’Eurobaromètre nous apprend encore qu’aussi nombreux sont les Français qui font « confiance » (46%) et « pas confiance » (45%) à l’Union européenne comme institution. Celle-ci se révèle ici plus populaire que le gouvernement français (31% de confiance) mais moins que les collectivités locales (62%). L’Europe a désormais plus à craindre l’indifférence distraite que l’hostilité farouche.

(1) Eurobaromètre 70, enquête en France réalisée par TNS-Sofres en octobre 2008.

Article publié dans Les Echos du 22 mai 2009.

15 mai 2009

Vote sanction pluriel

    Dans cette morne campagne européenne, le vote sanction qui accompagne traditionnellement les scrutins d'importance secondaire se caractérise par une inédite pluralité. Qui sera puni le 7 juin ? Certains électeurs chercheront à manifester leur mécontentement à l'égard du président de la République et de son gouvernement. En pleine tourmente économique et alors que l'exécutif est confronté à l'impopularité, les Français ne sont pourtant que 39 % à envisager d'utiliser leur bulletin de vote à cette fin (1). D'autres voudront protester contre la manière dont est conduite l'Union européenne. Selon l'enquête OpinionWay, cette motivation concernerait 41 % des votants.

    Les choses se compliquent dès lors que l'on pourra sanctionner le pouvoir national ou la construction européenne par un large éventail de votes. A l'exception compréhensible des listes de l'UMP, toutes les autres campent résolument dans le camp de l'opposition à Nicolas Sarkozy. On ne trouve guère que celles d'Europe Ecologie pour se refuser à coupler la consultation européenne avec l'hostilité au pouvoir en place.

    Le parti présidentiel profite à plein de cette neutralisation mutuelle des divers votes sanctions. A un mois du scrutin, l'UMP creuse l'écart avec le PS. La faible mobilisation attendue du corps électoral joue en sa faveur. D'après les enquêtes, une moitié environ des électeurs se déclarent actuellement « certains d'aller voter ». Sauf regain d'intérêt notable dans les toutes dernières semaines, cela augure d'un taux d'abstention supérieur à 50 % des inscrits. La sociologie de cet électorat étriqué est plutôt favorable à la droite. Seulement 30 % des électeurs de moins de 35 ans affichent leur intention de voter alors que c'est le cas de 63 % pour les 60 ans et plus (2). Or, selon Ipsos, 26 % des premiers ont l'intention de voter UMP contre 37 % des seconds...

    L'engagement présidentiel dans la campagne aide l'UMP à bénéficier du soutien du socle légitimiste de l'électorat de droite. Le parti majoritaire peut même compter sur la capitalisation des craintes liées à l'élargissement futur de l'Union. Le thème de « l'Europe rempart » brandi par Michel Barnier et le refus affirmé d'une entrée de la Turquie dans la Communauté européenne, en phase avec les réactions de l'opinion, peuvent être d'une certaine rentabilité électorale.

    L'UMP serait toutefois en position plus délicate si le vote oppositionnel n'était pas éclaté. Il est certes habituel que le scrutin européen et sa règle proportionnelle émiettent le champ politique. C'est la raison pour laquelle le PS doit généralement se contenter de scores modestes à cette compétition. Mais la difficulté est, cette fois-ci, aggravée par l'étrange proximité des positions défendues aujourd'hui par les socialistes et ceux que l'on n'ose plus guère qualifier de « centristes ».

    Le PS et le Modem se retrouvent pour instruire le procès de deux ans de pouvoir sarkozyste. Ils se rejoignent encore pour exiger le départ de « l'ultralibéral » José Barroso. François Bayrou pratique même la surenchère. Il cogne si dur contre le chef de l'Etat que Martine Aubry crie au « plagiat » et se paie le luxe d'avancer des noms pour remplacer le président de la Commission européenne. Pourtant héritiers de traditions européistes, le PS et le Modem convergent enfin vers une analyse plus critique de la construction européenne qu'il conviendrait de nettement réorienter. Cette ressemblance des discours est de nature à troubler l'électorat à la recherche du meilleur opposant.

    Sacrifiant lui aussi à la pluralité, le vote protestataire est morcelé. Le temps n'est plus où le Front national cristallisait à son profit quasi exclusif les angoisses générées par le chômage ou l'immigration. La récession actuelle stimule plutôt le vote d'extrême gauche. Les listes situées à la gauche du PS sont actuellement créditées de 14 à 15,5 % des intentions de vote (3). Soit une nette progression par rapport aux 7,3 % des voix recueillis par cet espace à la présidentielle de 2007 et aux 8,4 % enregistrés aux européennes de 2004. On relève une poussée de l'extrême gauche chez les ouvriers où la gauche de la gauche totalise, selon les ventilations d'OpinionWay, 23 % contre seulement 20 % pour le PS. Le vote protestataire de droite n'a pas pour autant disparu puisqu'il représente de 12 à 13 % des votes potentiels. Mais la concurrence des extrêmes gêne désormais plus le PS que l'UMP.

(1) Baromètre OpinionWay-Fiducial-TF1-LCI-« Le Figaro »-RTL, 7-10 mai.
(2) Enquête Ipsos-« Le Point », 30 avril-2 mai.
(3) Fourchette des trois dernières enquêtes publiées, les deux précitées et celle de l'Ifop pour « Paris Match » des 6 et 7 mai.

Article publié dans Les Echos du 15 mai 2009.

04 mai 2009

Batailles du 7 juin

    Une fois encore, le scrutin européen est en passe d'être indûment nationalisé. Selon une enquête LH2 (1), 52 % des électeurs prévoient de voter en fonction des « enjeux nationaux », et seulement 40 % à partir des « enjeux européens ». L'institut OpinionWay (2) parvient aux mêmes conclusions avec 58 % pour les « enjeux nationaux » contre 40 % pour les « enjeux européens ». Cette dernière enquête confirme que les questions liées à la crise préoccuperont surtout les Français le 7 juin.

    Les prochaines élections européennes peuvent être lues sous l'angle de quatre batailles politiques nationales. Une lutte pour la première place oppose tout d'abord le PS à l'UMP. Le parti au pouvoir se sait menacé par un « vote sanction » nourri de la popularité vacillante de l'exécutif. Il se montre pourtant offensif avec la volonté de Nicolas Sarkozy de s'engager dans ce combat électoral, fort du bilan de sa présidence à la tête de l'Union, et avec les vives attaques de François Fillon contre les socialistes. Le Premier ministre a poussé l'audace jusqu'à appeler à un « vote sanction » contre le principal parti d'opposition, une figure inédite sous la Ve République. Pour l'heure, l'UMP semble faire la course en tête avec de 26,5 % à 28 % des intentions de vote selon les sondages (3). Son score s'annonce, en tout cas, très supérieur au piteux 16,6 % des suffrages exprimés recueillis aux européennes de 2004.

    Avec le basculement du Modem dans une opposition frontale et l'affaiblissement du FN, le parti du président profite d'un large champ libre à droite. A l'inverse, le PS joue des coudes avec de multiples concurrences, sur ses flancs droit et gauche sans oublier les écologistes. A peine remis de leur congrès désastreux et toujours guettés par une polyphonie interne, les socialistes sont crédités actuellement de 22,5 % à 25 % des intentions de vote. Ils auront le plus grand mal à rééditer leur exploit de 2004, qui les avait hissés à 28,9 % des voix.

    La bataille pour la troisième place ne sera pas moins féroce. L'enjeu est ici de se placer comme une force capable de bousculer le duo UMP-PS dans la perspective des futures échéances électorales. François Bayrou est, bien sûr, celui qui spécule le plus de la sorte. Délaissant quelque peu le message européen traditionnellement porté par les centristes au profit d'une vigoureuse force de frappe oppositionnelle, le Modem s'efforce de maintenir sa dynamique présidentielle. Avec de 10 % à 14 % des intentions de vote sur la ligne de départ, il pourrait retrouver l'influence de l'UDF il y a cinq ans (12 %).

    Les écologistes, qui ont réussi à rassembler leurs différentes sensibilités, ont cependant eux aussi la capacité de décrocher la troisième place. La crise environnementale pourrait les aider pour peu qu'ils sachent combiner leur message écologiste avec les préoccupations sociales de la population. Les listes Europe Ecologie sont actuellement créditées de 7,5 % à 10 % soit guère plus qu'en 2004 (7,4 %).

    Deux autres forces peuvent prétendre s'inviter comme les surprises de ces élections européennes, mais sont surtout engagées dans une bataille de prééminence entre elles : le NPA d'Olivier Besancenot et le Front de gauche, regroupant le PCF et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Ces deux forces ont en commun de passer le 7 juin leur baptême du feu électoral. L'extrême gauche du NPA (de 7 % à 9 % des intentions de vote) mesurera l'impact de sa radicalité et de son soutien résolu à tous les mouvements sociaux. Le Front de gauche (de 3 % à 6 %) saura si sa stratégie de « trait d'union » entre la gauche gouvernante et l'extrême gauche rencontre un public.

    La dernière bataille se joue à l'autre bout du spectre politique. Elle a pour enjeu la domination du territoire de la droite anti-européenne. Philippe de Villiers repart au combat pour la troisième fois mais dans une alliance inédite avec les chasseurs de CNPT. Ce mariage ne s'annonce pas forcément fructueux puisque les listes Libertas sont créditées de 5 % à 6 % des suffrages potentiels (contre 8,4 % pour ces deux forces séparément en 2004). Son terrain lui sera disputé par un Front national affaibli par une nouvelle scission mais que tente de regonfler Marine Le Pen par sa verve populiste. Son score actuel (de 5,5 % à 8 %) reste toutefois inférieur à celui que l'extrême droite avait enregistré il y a cinq ans (9,8 %). La pente sera rude à remonter.

(1) Enquête LH2, 27-28 février.
(2) Enquête OpinionWay-TF1-« Le Figaro »-LCI, 16-17 avril.
(3) Les fourchettes citées prennent en compte, outre les deux sondages indiqués ci-dessus, l'enquête Ipsos-« Le Point » des 13-14 mars et l'enquête Ifop-« L'Humanité » des 23-24 avril.

Article publié dans Les Echos du 4 mai 2009.

20 avril 2009

Européennes hors sol

    En trente ans, le scrutin européen n'a pas réussi à s'installer dans le paysage électoral. Le sixième renouvellement du Parlement de l'Union, le 7 juin prochain, risque d'être à nouveau marqué par l'apathie civique. A l'exception de l'élection de 1994, le taux d'abstention au scrutin européen grimpe régulièrement en France. Il a bondi de 39,3 % en 1979, à 57,2 % en 2004.

    Les premières indications ne laissent guère présager un renversement de tendance. En février, selon l'enquête Eurobaromètre qui vient d'être rendue publique (1), 54 % des Européens (et 53 % des Français) se déclaraient « pas intéressés » par cette élection. Plus récemment, selon l'institut LH2 (2), ce sont 47 % des Français qui avouaient leur désintérêt pour le scrutin européen. Les chiffres d'Ipsos (3) sont tout aussi inquiétants. Seulement 49 % des électeurs se disaient, à la mi-mars, « certains d'aller voter », contre 69 % trois mois avant le scrutin en 2004. Le devenir du Parlement européen est certes aujourd'hui le cadet des soucis de Français confrontés à une violente crise économique. Mais ce désintérêt s'explique aussi par des raisons qui vont bien au-delà de cette conjoncture défavorable.

    L'élection européenne souffre d'abord de porter sur un enjeu insaisissable. Les citoyens ont du mal à cerner le pouvoir de codécision des députés européens. La pratique du compromis en l'honneur à l'Assemblée de Strasbourg est, en outre, étrangère à une culture politique française structurée autour de l'affrontement droite-gauche. En ce début de campagne, le PS s'efforce de « cliver » son discours européen en appelant de ses voeux l'élection d'une majorité de gauche anti-Barroso au Parlement. La pertinence de cette stratégie n'en est pas moins sérieusement amoindrie par l'hétérogénéité du PSE. Plusieurs chefs de gouvernement appartenant à la gauche européenne, et non des moindres comme Gordon Brown et José Luis Zapatero, s'accommodent fort bien de l'actuel et libéral président de la Commission.

    Le vote dans une Union élargie à 27 membres réduit encore l'impact des bulletins de vote. Avec l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie, la représentation française s'est réduite et glisse en dessous de 10 % (72 élus sur 736). Selon les premières projections (4), les équilibres politiques au sein du Parlement européen ne devraient guère être bousculés par les votes du 7 juin. La majorité de centre-droit ne semble pas menacée sauf retournement d'alliances.

    Il est dès lors peu surprenant que 69 % des personnes interrogées estiment que « ces élections ne vont pas changer quelque chose à la situation actuelle de la France » (LH2). Participer à un scrutin dont l'issue vous indiffère est d'autant plus vertueux que les élus choisis sont, eux aussi, insaisissables. Le scrutin européen produit des députés qui n'ont pas d'électeurs attitrés. Le mode de scrutin proportionnel les dispense d'avoir des comptes à rendre à un territoire bien défini.

    La réforme instituant, à partir de 2004, de très vastes circonscriptions régionales n'a pas amélioré les choses. Au contraire, elle a affaibli la légitimité européenne des députés sans assurer leur ancrage local. La pseudo-régionalisation du mode de scrutin introduit de funestes logiques de rivalités entre baronnies au détriment de la compétence européenne des candidats. Le PS et l'UMP illustrent ce phénomène en évinçant des députés sortants actifs à Strasbourg pour cause de jeux politiciens infra-nationaux. L'élection européenne souffre aussi d'être souvent le refuge provisoire de recalés du scrutin législatif, d'apparatchiks soucieux de leur confort matériel ou encore de personnages récompensés pour services rendus.

    Si le chemin des urnes n'est malgré tout pas déserté, c'est que l'élection européenne remplit une fonction qui a peu à voir avec l'avenir de l'Union. Elle s'apparente à un sondage grandeur nature, une sorte de baromètre des humeurs nationales. Ses effets sur la vie politique ne sont pas négligeables. On se souvient de l'émergence du Front national en 1984 ou bien de l'assassinat électoral de Michel Rocard en 1994. L'anxiété sociale générée par la crise ne manquera pas de produire ses effets le 7 juin. Un scrutin qui se déroule en pleine dépression économique pourrait réveiller certains électeurs désireux d'exprimer un message non spécifiquement européen.

 (1) Enquête Eurobaromètre, réalisée pour le Parlement européen auprès de 27.218 citoyens dans les 27 pays membres, entre la mi-janvier et la mi-février.
(2) Enquête LH2, 27-28 février.
(3) Enquête Ipsos-« Le Point », 13-14 mars.
(4) Voir http://www.predict09.eu

Article publié dans Les Echos du 20 avril 2009.

26 mars 2009

Populisme américain

    Et si l'administration Obama, trop respectueuse de l'establishment, s'exposait à une puissante vague de populisme ? C'est la question que pose Doug Ireland dans un stimulant article publié par le site Bakchich. Ce journaliste américain radical rappelle opportunément que le "populisme" est une tradition politique ancrée aux Etats-Unis. Un mouvement d'indignation morale des petits contre les abus de gros qui s'est manifesté pendant la "Grande Dépression" de la fin du XIXème siècle puis lors de la "Grande Crise" des années trente.

    L'indécente gloutonnerie d'une certaine aristocratie financière, qui contraste avec la brutalité de la crise actuelle pour le plus grand nombre, réactive la dynamique populiste. Les Américains ont été particulièrement choqués par les confortables bonus que se sont octroyés les dirigeants du grand groupe d'assurances AIG alors qu'il a dû faire appel à d'immenses aides publiques. Selon Gallup, pas moins de 76% d'entre eux estimaient que le gouvernement devait "bloquer ou récupérer" ces sommes. Un cri partiellement entendu puisque la Chambre des représentants a voté un dispositif fiscal imposant à 90% les scandaleux bonus.

    Doug Ireland souligne néanmoins que cette loi n'est pas encore passée au Sénat et que la Maison Blanche s'y opposerait. En fait, dans un premier temps, Barack Obama avait semblé saluer ce vote de la colère des Représentants avant que son administration fasse machine arrière. Le président du changement est, pour partie, prisonnier de l'équipe qu'il s'est choisi. Le secrétaire d'Etat au trésor, Timothy Geithner, est bien plus un ami de Wall Street que de "Main Street".

    La relative timidité de l'administration Obama, qui n'ose guère s'attaquer aux grands intérêts, risque effectivement d'ouvrir un boulevard au populisme. L'économiste James K. Galbraith explique, à juste titre, que la crise actuelle ne pourra être résolue classiquement en espérant revenir à l'état "normal" antérieur. Il n'en garde pas moins l'espoir qu'Obama sera contraint d'aller plus loin qu'actuellement dans les remises en cause, poussé par l'ampleur des difficultés. Un peu comme le président Roosevelt en son temps.

19 mars 2009

L'opinion avec la rue

    Tous les ingrédients sont réunis pour que la journée d'action syndicale d'aujourd'hui soit un beau succès. La rafale des mal nommés "plans sociaux" avive l'inquiétude des salariés. Le mélange détonnant de surdité bégayante et de provocation gratuite qui caractérise les prises de parole de Laurence Parisot a tout lieu de les agacer. La maladresse avec laquelle François Fillon a proclamé, à la veille de cette épreuve, qu'il ne bougerait pas d'un pouce ne peut également que pousser à la mobilisation.

    Celle-ci devra d'autant moins être sous-estimée par le pouvoir qu'elle est massivement soutenue par l'opinion. Selon l'IFOP, pas moins de 78% des Français estiment "justifiée" cette "journée de grève et de manifestation pour demander des mesures urgente sur l'emploi, les salaires et les services publics". Un niveau record d'approbation pour un mouvement social. BVA confirme le phénomène avec 74% de personnes interrogées qui jugent "justifié" ce mouvement "pour réclamer au gouvernement plus de réponses sociales face à la crise grâce à un nouveau plan de relance en faveur de la consommation, des salaires et de l'emploi". Là encore, rarement l'opinion n'avait été aussi en phase avec une action syndicale.

    Les fameuse classes moyennes, y compris leurs franges les plus favorisées, ne sont pas les dernières à être gagnées par l'inquiétude sociale. Il est aussi singulier que significatif que le soutien à la journée du 19 mars soit presque aussi massif chez les "CSP+" (cadres supérieurs, professions libérales, professions intermédiaires") avec 75% que chez les "CSP-" (ouvriers, employés) avec 83% (BVA).  Autre détail lourd de sens: le soutien à cette mobilisation est quasi-unanime chez les moins de 35 ans où il culmine à 91% (IFOP).

    En se manifestant chaque jour avec plus de violence, la crise bouscule les équilibres idéologiques. L'adhésion à un système économique qui réduit la condition salariale à un simple solde recule même dans les catégories a priori les mieux disposées à son égard. La réaction des "CSP+" à l'annonce par Total de la suppression de 555 emplois d'ici 2013 alors que cette entreprise a réalisé l'année dernière un bénéfice record de 14 milliards d'euros est parlante. Seulement 19% d'entre eux adhèrent à la réponse orthodoxe selon laquelle "il est normal que Total adapte ses postes par rapport à ses investissements futurs même si elle réalisé par ailleurs d'importants bénéfices". A l'opposé, 79% estiment qu'il n'est "pas normal que Total supprime des postes même sur des secteurs moins porteurs dans la mesure où elle a réalisé d'importants bénéfices". La tourmente actuelle n'en a pas fini de provoquer de radicales remises en question des manières de penser.

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A droite toute

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